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Cliniques et structure de la croyance (Michel Daudin)

Alain HARLY m'a proposé de faire l'introduction des journées PICTAVES sur le thème de la croyance. Je dois dire que cela n'a pas été pour moi, facile. En effet, les différents axes qui seront abordés dans ces deux journées, témoignent des façons très diverses dont ce thème peut être traité.
Tout d'abord, je voudrais vous faire part d'une relecture du texte "Avenir d'une illusion" (1927) où Freud engage un dialogue avec un partenaire imaginaire Cette façon d'aborder les choses lui permet de défaire, de déconstruire ce qui peut en être des différentes croyances (populaire, religieuses, scientifiques) et je dois dire que dans ces réflexions, même si le domaine de la science a fût beaucoup de progrès depuis 1927, nous pouvons certainement nous y retrouver aujourd'hui. Freud élabore son propos avec en contrepoint, non pas la croyance mais l'espérance qu'une démarche scientifique psychologique puisse nous permettre d'approcher les choses d'une façon un peu différente par rapport aux croyances illusoires et d'accomplir ainsi un pas, pas un progrès, mas un pas de plus dans le champ du savoir. Il ne s'agit pas pour Freud d'élaborer une nouvelle vision du monde, mais de tenir compte des découvertes apportées par une démarche psychanalytique et scientifique qu'il nous demande de respecter tout autant que d'autres démarches scientifiques dans d'autres domaines. Ceci afin que le réel de nos investigations soit pris en considération et mis en application dans nos pratiques, sachant qu'en agissant de la sorte, nous ne courrons pas le risque d'être nuisible, mais qu'il faudra également pour apprécier des résultats, savoir intégrer les avancées nouvelles qui se feront au fur et à mesure du développement de la psychanalyse.
Voilà ce qui va nous amener à reprendre le thème de la croyance au cours de ces journées à partir de considérations actuelles.
Il est écrit dans l'argument préparatoire que la croyance n'est pas un concept analytique, mais une notion qui n'est pas sans rapport avec le sujet en tant qu'il est supposition, avec le transfert en tant qu'il implique un sujet supposé savoir, avec la jouissance en tant qu'elle n'est pas que du sens et avec l'Autre, enfin, en tant que lieu troué par le manque.
Je commencerai pour ma part par cette remarque que la croyance est le premier temps qui va permettre l'installation du transfert. Elle est même indispensable pour que celui-ci puisse se mettre en place. Cela n'implique pas forcément que la personne qui vient faire une demande croit déjà par avance aux vertus de la psychanalyse ou à la compétence, aux capacités reconnues de l'analyste. La croyance va s'installer si la personne à qui s'adresse la plainte se trouve être en position de grand Autre, c'est-à-dire dans une position radicalement Autre.
Je prendrais pour exemple ces demandes qui semblent plus fréquentes aujourd'hui et que vous avez certainement pu rencontrer ; je pense à ces jeunes cadres dynamiques qui viennent avec une démarche scientifique, nous demandant quelle est notre formation, quelle méthode nous allons employer, s'il y en a plusieurs, laquelle nous allons lui proposer, quel résultat peut être attendu, en combien de temps, pour quel prix, etc., etc... Eh bien il s'avère qu'une affaire qui semblait si mal engagée, si à côté de la plaque, pourra permettre un travail analytique parfois plus sûrement orienté qu'avec un patient qui d'emblée déroule une histoire psychologiquement compréhensible et qui attendrait donc de l'analyste une meilleure compréhension. En effet, dans ce deuxième cas, patient et analyste sont en position de semblables, c'est à dire en position de partager une même jouissance alors que dans le premier cas pris en exemple, l'Analyste est en position que j'appellerai radicalement Autre. De par ce fait, j'ai envie de dire de par cette étrangeté, le patient va être amené à poser un sujet dans l'Autre et à se faire à l'image du sujet qu'il va prêter à l'Autre. C'est en croyant à un sujet dans l'Autre, sujet qui sera d'autant plus à son image que c'est lui-même qui l'a installé, qu'alors il va se mettre à l'aimer et qu'il va le mettre en position de transfert. Cette mise en place du grand Autre, du CHE VUOI, c'est aussi celle du symbolique, celle du langage avec lequel on va interroger l'énigme car il ne faudrait pas que l'analyste croît à son tour qu'il est aimé pour lui-même (comme cela se passe dans la suggestion ou dans l'hypnose) et qu'il croit ainsi pouvoir transférer son idéal sur son patient. A cette condition pourra se dérouler pour l'analysant l'histoire symbolique de ses idéaux et de ses mythes, c'est-à-dire de ses croyances à partir de ses repères symboliques, mais aussi de ce qui fera reste, de l'indicible de son désir, de ce qui fait répétition et jouissance. (jouissance à laquelle il croit et à juste titre puisque c'est le reste, la perte qui l'a fit advenir comme parlêtre.)
C'est dans cette structure signifiante comme lecture du réel que nous pourrons repérer différentes formes cliniques et les croyances qui leur sont propres.
Nous pourrons certainement ce week-end, voir se dégager les traits qui en sont caractéristiques et mieux comprendre à partir des instances réelles, symboliques, imaginaires ainsi mises en place les enjeux différents entre confiance laïque et croyance religieuse.
L'étude des parandias où les délires religieux peuvent être déployés raisonnablement (voir le livre de Schreber), c'est-à-dire selon les lois du signifiant, nous aideront certainement de façon pertinente sur la question du sujet et la croyance nécessaire à sa mise en place.
Nous aurons certainement à reprendre le nouage borroméen dans le séminaire de Jacques Lacan, les non dupes errent, où est mis en place la fonction de la religion comme nouage de RSI c'est-à-dire ce qu'il en est de réaliser le symbolique de l'imaginaire, le nouage IRS comme imaginer le réel du symbolique où nous retrouvons la fonction des mathématiques et enfin SIR comme façon de symboliser l'imagination du réel dans le discours psychanalytique.
Nous avons essentiellement évoqué jusqu'à présent, l'organisation de la chaîne signifiante, mettant en jeu la jouissance phallique qui consiste à préserver la toute puissance du phallus, c'est-à-dire aussi bien le père mort de totem et tabou, que le Dieu des religions monothéistes et cela afin de nous mettre à l'abri des aléas ou des caprices de l'Autre. C'est cette croyance qui assure notre fantasme mais qui introduit aussi le doute devant l'impossibilité logique d'obéir pleinement à la loi qui en découle.
Nous pourrons avoir une autre voie d'abord en introduisant la démarche scientifique. La démarche scientifique est la voie moderne qui par sa volonté proclamée de maîtriser le réel, tente de supprimer la culpabilité, mais elle implique alors un mitre réel pour mettre de l'ordre dans la cité, maître réel que nous retrouvons aujourd'hui dans les démocraties aux commandes des médias pour une économie marchande mondialisante, maître auquel bien évidemment on croît, en qui nous mettons notre espoir. Mais cela n'est pas sans conséquence, en effet la jouissance Autre ainsi mise en place au chevauchement de l'imaginaire et du réel n'assure aucune garantie pour limiter les rivalités imaginaires et les forces de destruction qui en découlent. Ce type de mise en relation duelle peut expliquer le développement des sectes que nous voyons fleurir et les catastrophes liées à une croyance illimitée aux venus de leur gourou. Plusieurs exposés nous aideront sûrement à mieux comprendre les mécanismes en cause. Je pense par exemple à l'économie imaginaire, mettant en place la notion d'individu en tant que relevant du même dés lors que la place du tiers disparût. Cette introduction à la croyance par la notion de mêmeté, peut nous aider à comprendre les mouvements ségrégationnistes actuels, autrement que par des conflits de croyances idéologiques.