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Ecole Psychanalytique du Centre Ouest Un Groupe Regional de l'Association Lacanienne Internationale BP406 86010 Poitiers Cedex - Courriel: Epco2@wanadoo.fr |
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Science avec croyance : par Giordano BRUNO, (Jean-Louis Chassaing) en hommage au Professeur Gaston Pierre DASTUGUE, et à Monsieur Guy MOURLEVAT, de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Clermont-Ferrand. Il y a une quinzaine d'années à l'Hôpital un patient, paranoïaque qui émergeait à peine d'un état délirant mystique me disait, du haut de sa grandeur : "ici vous ne pouvez rien comprendre & ils suivent le vent : on a mis la science à la place de Dieu !" & J'ai été amené à cette question également par d'autres rencontres. Chargé d'enseignement au Centre
hospitalo-universitaire de Clermont-Ferrand il y a quelques années,
il m'avait été demandé de parler de psychanalyse
à un groupe d'externes en médecine. L'affaire faite, une
collègue me rapporte dès le lendemain les propos évaluatifs
de ma prestation, propos tenus donc par ces futurs médecins :
"c'était bien, c'était intéressant &
mais on n'y croit pas !". J'osais - et j'ose encore - croire quant
à moi qu'il s'agissait bien entendu de propos dits "défensifs".
L'intérêt du contenu était donc dissocié
de la croyance intime. Ils ne s'étaient pas prêtés
à y croire & mais en quoi ? A la question immédiate
: s'agit-il pour la psychanalyse de croyance ? s'est substituée
la question du transfert, avec la face toujours prête à
surgir de la suggestion, et l'autre face du dispositif, face plus logique,
liée non pas à une pratique magique mais à un autre
type de croyance, concernant le savoir et le sujet, relevant si l'on
suit LACAN d'une supposition. Je cite André GIDE : "Il y
a ce que l'on sait & et ce que l'on ignore. Entre les deux il y
a ce que l'on suppose". L'affaire est toutefois plus complexe, à suivre FREUD et LACAN dans leur rapprochement de la psychanalyse avec les sciences - ou bien selon un rappel de LACAN, un rappel quelque peu anachronique (on trouve notamment cela "le Mythe individuel du névrosé"), rappel de l'appartenance de la psychanalyse aux sept arts libéraux de l'époque médiévale. Opposés aux arts mécaniques, ils comprenaient le Trivium : grammaire, dialectique, rhétorique, et le Quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie, musique. Egalement : la psychanalyse non pas comme "science humaine" - termes que LACAN récuse : "Il n'y a pas de science de l'homme & parce que l'homme de la science n'existe pas, mais seulement son sujet" - mais psychanalyse assise sur une " Esquisse pour une psychologie scientifique " (FREUD), ou bien encore en tant que "science conjecturale" (LACAN). FREUD est "moderne" dans son idée, dans son épistémologie de référence à la construction d'une théorie, moderne puisqu'il n'hésite pas à remettre en cause ses hypothèses dès lors qu'un fait clinique vient les contredire. Il n'en renie pas forcément le montage mais en effectue un, nouveau, plus congruent aux faits récents que ne pourrait l'être l'ancien montage. Ainsi peut-on noter dans le texte "Pulsions et destins des pulsions" : "Mais le progrès de la connaissance ne tolère pas non plus de rigidité dans les définitions. Comme l'exemple de la physique l'enseigne de manière éclatante, même les concepts "fondamentaux" qui ont été fixés dans des définitions voient leur contenu constamment modifié" (in Métapsychologie ; 1915). Ou bien encore, dans "Pour introduire le narcissisme" (1914), FREUD s'efforce ici aussi d'établir une distinction entre théorie spéculative et théorie scientifique, et il énonce que la première se fonde sur un concept défini avec rigueur, alors qu'en ce qui concerne la seconde, la théorie scientifique donc, "les idées (la construction) ne constituent pas les fondations mais le faîte de tout l'édifice, et elles peuvent sans dommage être remplacées ou enlevées. Nous faisons encore, de nos jours, la même expérience pour la physique : ses intuitions fondamentales sur la matière, les centres de force, l'attraction etc. sont à peine moins discutables que les conceptions correspondantes en psychanalyse". Nous verrons plus loin une certaine analogie, qui vaut ce qu'elle vaut, avec des énoncés de Karl POPPER. FREUD a donc, par sa réflexion sur son élaboration, sur sa méthodologie, un maintien sans cesse présent d'agir en scientifique, rappel incessant et nécessaire au vu de son objet d'étude, lequel va induire obligatoirement une autre démarche voire une autre définition de la science, sans pour autant renier ou bien s'éloigner de celle-ci & Une croyance - hypothèse, supposition, conjecture est ainsi incluse dans la démarche. Elle ne sera ni certitude ni de fait dérive délirante telle celle, également construite à partir de sa propre expérience, de SCHREBER. Cette dernière est plus (ou : bien moins) qu'une théorie scientifique, elle est monstration, c'est-à-dire qu'elle a une adresse particulière et elle rate alors l'accrochage de ce particulier à ce qui serait une théorie universelle mais scientifique & FREUD sait de quoi il parle : il a commencé, et sa théorie et son analyse avec FLIESS ! & Sans doute la particularité de cette "nouvelle science" se trouve déjà dans cette origine : à savoir la nécessité de ce dialogue particulier, transférentiel, élaboré, et la nécessité également de s'en dégager. Et pour FREUD ce dégagement concernait tout aussi bien son transfert d'analysant que la "communauté théorique" (de fait inexistante) avec le délirant FLIESS. Ceci est probablement un des sens à
donner à la lecture de cette lettre de FREUD à FERENZI,
lettre du 06 octobre 1906, lettre citée par Ernest JONES : Il nous semble que ceci concerne le transfert avec sa nécessité et son piège narcissique, et ceci encore une fois tout autant pour sa propre analyse que pour l'élaboration, scientifique obligatoirement, sinon : Schreberienne ou Fliéssienne & FREUD ouvre la voie. FREUD "moderne" donc sur ces deux points : non certitude des hypothèses et autonomie scientifique - si l'on se réfère à un de ses critiques, épistémologue, Karl POPPER. Ce dernier en effet n'en reste pas à un scepticisme classique, celui du doute à priori sur la validité de toute connaissance ; mais il avance un "rationalisme critique". Pour lui, "toutes les théories scientifiques sont irréductiblement conjecturales ; elles ne peuvent jamais être vérifiées, confirmées ou justifiées, mais seulement falsifiées, c'est-à-dire réfutées sur la base des expériences" (J.J. ROSAT ; préface du traducteur de "La connaissance objective" - édition Aubier). Donc "on élimine progressivement toutes les théories à mesure qu'elles échouent pour les remplacer par des théories nouvelles qui résistent mieux aux tests &" C'est à cet énoncé que nous avons renvoyés les énoncés antérieurement cités de FREUD. POPPER préférera quant à lui parler de "progrès scientifiques" plutôt que de "connaissance", ceci incluant alors la notion de mouvement (voir par exemple la "métaphysique du changement" comme l'appelle Renée BOUVERESSE ; 1981). Ainsi le doute n'est plus ici un à priori, extérieur à la démarche, mais il est inscrit dans le processus même, consubstantiel à, de la même marche que le processus. De même l'intérêt, pour POPPER, quelque peu utopiste, serait qu'il s'agit là d'un processus objectif "sans sujet connaissant", qui mettrait aux prises des hypothèses largement indépendantes des individus qui les ont produites (c'est ainsi qu'il est amené à intituler son livre "La logique de la découverte scientifique"). "Le progrès de la science ne repose en fin de compte sur rien d'autre que sur elle-même, sur son propre mouvement" (J.J. ROSAT). POPPER veut se démarquer de cette tradition de la théorie de la connaissance qui pour lui a été "pour l'essentiel subjectiviste : on a considéré la connaissance comme un genre de croyance humaine particulièrement assurée et la connaissance scientifique comme un genre de connaissance humaine particulièrement assurée". Nous avons ici un lien entre science et croyance, lien qui nous semble aussi ambigu, mais sans doute d'une autre façon, que celui qui existe entre théorie psychanalytique et transfert ; à savoir lien nécessaire à ce départ mais reposant sur une subjectivité. Est-il nécessaire de croire pour poser une hypothèse, et pourquoi la poser ? Et même le jeu de lettres une fois posé, quel est le désir qui en anime, et en assure, le mouvement ?
La cohabitation semblait ici réussir ! & Cette cohabitation, celle d'une croyance
religieuse et d'une recherche scientifique, Qu'est-ce qui fait cet intérêt,
que j'ai éprouvé il y a quelques années, certains
de mes amis également, et que l'on a vu récemment fleurir
dans la presse et dans l'édition autour du 17 février
dernier, qu'est-ce qui fait cet intérêt pour Giordano BRUNO
? Toutefois Giordano BRUNO a suscité
d'autres intérêts, heureusement moins dramatiques et plus
élaborés : SPINOZA, LEIBNITZ et DIDEROT se sont inspirés
de son Suvre ; GALILEE probablement bien sûr mais il n'a
pu dire le nom de BRUNO, élaborant lui-même sa théorie
à quelques années seulement de la condamnation de Giordano
BRUNO & Ils ont probablement, sans aucun doute, discuté
ensemble d'ailleurs, dans le cercle des hommes sages et savants qui
se réunissaient chez l'historien Andréa MOROSINI, à
VENISE, en 1592, très peu de temps avant justement l'arrestation
de BRUNO. Filippo BRUNO naît à NOLA, non loin de NAPLES en 1548. A l'âge de 7 ans il possède parfaitement le latin et jongle avec les commentaires et les textes de philosophie. A l'âge de 14 ans, il part à NAPLES pour étudier les lettres, la logique et la dialectique. Un de ses maîtres Giovan VINCENZO COLLE, bien qu'aristotélicien, est un féru d'AVERROES (auteur du XIIè siècle), ce qui donne un enseignement sans doute un peu décalé par rapport à celui des "grammairiens" aristotéliciens officiels. A l'âge de 17 ans, il entre au couvent de San Domenico Maggiore, comme novice (moine) sous le nom de GIORDANO. Il entre ainsi au service de la Vérité (Veritas est le "cri d'armes" des Dominicains), il entre donc dans cet Ordre, fondé en 1215 pour lutter contre l'hérésie Cathare. San Domenico Maggiore à NAPLES, est le monastère où mourut Thomas d'AQUIN, trois siècles plutôt (1274). Ce dernier y travailla la troisième partie de sa "Somme Théologique", et BRUNO assimila alors le thomisme et ceci dans la fabuleuse bibliothèque du monastère. Mais ses professeurs, qui l'apprécient, remarquent toutefois ses questions assez souvent osées. En effet, si l'Suvre de Thomas est ouverte sur le monde et la nature, il ne faut pas expliquer les choses de la Terre sans d'abord entendre le Ciel. BRUNO était sans doute déjà influencé au moins par AVERROES qui avait prôné cette "double vérité" grâce à laquelle le philosophe pouvait dire ce que les sciences lui prouvaient sans trop se préoccuper des contradictions avec les Ecritures. C'est donc dans une ITALIE menacée par la Réforme protestante (Martin LUTHER est mort en 1546), contre laquelle l'Eglise catholique dresse la Contre-Réforme, mais également dans une ITALIE touchée par l'essor des connaissances, que Giordano BRUNO étudie, notamment durant trois années la philosophie. A l'âge de 20 ans, il part à Rome : le pape avait demandé à l'entendre réciter des textes. En effet PIE V, lui-même ancien père dominicain, avait entendu parler de la mémoire exceptionnelle de Giordano BRUNO. La passion de ce dernier pour la mnémotechnie n'était pas étrangère à la lecture d'un "mage" napolitain, Giovanni BATISTA DELLA PORTA, et surtout d'un auteur également féru de magie, auteur du XIIIè siècle, Raymond LULLE. BRUNO récita donc un psaume en hébreu, mais quelque peu choqué par le faste clérico-papal qu'il découvrait à ROME, il écrit un premier texte, texte satirique qu'il va alors dédier & au vicaire du Christ ! & Ainsi, réciter les textes des autres ne l'intéressait plus essentiellement. Il devait chercher, créer, proposer, polémiquer & peut-être est-ce ainsi qu'il en vint à ce refus de croire d'emblée, par exemple en la divinité de Jésus, en la virginité de Marie, en la Trinité, et ceci sans l'avoir lui-même démontré & Lors de son procès - de 1592 à
1599 - il tente en effet de s'expliquer : Nommé sous diacre (1572) puis diacre (1573) il étudie encore quatre années durant la théologie, il soutient deux thèses. Mais, lecteur en théologie, ses doutes en des croyances non vérifiées, doutes publiquement énoncés, ses lectures d'Suvres hérétiques condamnées (Saint-Chrystosome ; Saint-Jérome : Cicéron ; Lucrèce ; Arius & Erasme &), ses écrits satiriques sur la vie du couvent, le font interdire du droit de prédication, d'enseignement et d'étude. Il s'en était pourtant défendu, de défendre les hérétiques : "non, vous vous méprenez, vous confondez le verbe avec la choses. Je dis seulement qu'il faut essayer de comprendre qu'il existe d'autres langues que la nôtre !" Première excommunication donc. Il préfère alors partir,
défroqué, ce qu'il fait en février 1576. Une longue
vie d'errance commence, à la recherche de lieu où apprendre,
où enseigner, à la recherche de protecteurs. Il part à
GENES (le 15 avril 1576), il pense toujours à l'Université
de PADOUE, il arrive à NOLI où il sera professeur de grammaire,
puis d'astronomie, valet de ferme (1577) ; il va, finissant toujours
par être suspecté, de TURIN à VENISE, à PADOUE,
MILAN, & le pied du Mont-Cenis & Il suscite l'intérêt,
inquiète, fascine, dérange, et reçoit toujours
le conseil de fuir. C'est ainsi qu'il arrive à GENEVE, ville
des Réformateurs, la "ROME du protestantisme" ; il
a 30 ans. Martin LUTHER est mort en 1546 ; le second "père",
CALVIN, étend son pouvoir, de même que son successeur Théodore
de BEZE. Giordano est correcteur d'imprimerie et s'inscrit à
l'Académie avec le titre de "Professeur de Sainte Théologie".
Il y rencontre le principal, un lecteur de philosophie, médecin
diplômé de PADOUE, Antoyne de la FAYE. Ce dernier prononce
un discours aristotélicien ; BRUNO ne supporte pas et ne peut
s'empêcher de riposter par une brochure. Le sieur Antoyne était
toutefois l'assistant de Théodore DE BEZE ! & BRUNO se retrouve
en prison ; il comparait par la suite devant le Vénérable
Consistoire, équivalent protestant du Saint Office, et il reconnaît
sa faute : calomnie des ministres et errances en la doctrine (août
1579). Deuxième excommunication, par les calvinistes donc. Il
part à TOULOUSE, où naquit l'Ordre des Dominicains fondé
selon la règle de Saint-Augustin, il commente "De anima"
d'ARISTOTE et devant l'avancée de la Sainte Ligue Catholique,
il fuit alors, à PARIS (1581). Il a 33 ans, il trouve comme protecteur
le Roi lui-même, HENRI III, passionné par les Italiens,
la philosophie et par la mnémotechnie. BRUNO devient lecteur
extraordinaire, lecteur royal à ce qui deviendra le Collège
de France. Mais il dérange toujours, lui-même se reconnaît
"irritable, rebelle et bizarre". Il part alors pour LONDRES
en 1583, avec une lettre de recommandation à la Reine Elisabeth
D'ANGLETERRE, de la part d'HENRI III, il part avec l'ambassadeur Michel
DE CASTELNAU, il part aussi avec un message qui le précède,
message au grand secrétaire du Conseil Royal : "Le Docteur
Giordano BRUNO NOLANO, Professeur de philosophie a l'intention d'aller
en ANGLETERRE. C'est un homme sans religion". Giordano est donc
deux fois excommunié, en habit civil, et Londres n'est pas un
milieu sans hostilité. Sous haute protection cependant, il sera
lecteur attitré de l'Université d'OXFORD, il sera dès
le début de ses cours accusé de plagiat d'un auteur du
début du siècle Marcille FICIN, auteur qu'il appréciait
notamment pour son platonisme à l'opposé d'ARISTOTE. Mais
auparavant cela, au cours d'un Banquet, il avait mouché deux
docteurs d'OXFORD et leur pédantisme. Il écrira "Le
Banquet des Cendres", livre de philosophie écrit en italien,
puis il écrira contre les puritains d'ANGLETERRE "L'Expulsion
de la bête triomphante" ou l'on pourra lire quelques tirades
plus ou moins délirantes. Toutefois, il est écrasant de
par son savoir et de son inventivité. Que lui était-il reproché ? Quelle flamme a-t-on fait brûler ? Pourquoi s'est-il fait toujours "incendié" ? Son ironie mordante, ses talents de polémiste, son dégoût affiché pour la scolastique et les sacrements ; ses doutes publiques ; son savoir considérable aussi probablement & De fait, il connaissait parfaitement les auteurs classiques, autorisés ARISTOTE, PLATON, AVICENNE, AVEROES, LUCRECE, PARACELSE & Thomas d'AQUIN et les Pères de l'Eglise & Mais aussi, il connaissait les auteurs plus "cachés", comme ERASME, PIC DE LA MIRANDOLE, ou encore des auteurs très suspects de magie : HERMES TRISMEGISTE en EGYPTE, les druides en GAULE, les gymnosophistes en INDE, les cabalistes près des Hébreux, les mages en PERSES (les disciples de Zoroastre), les sophistes en GRECE, les Sages proches des latins" (voir J. ROCCHI). Auteurs protestants, philosophie occulte,
magie naturelle accompagnaient le savoir théologique et philosophique,
scientifique donc à l'époque de BRUNO. Pour lui, contrairement
à ARISTOTE, et encore plus à Thomas d'AQUIN, et un peu
plus sur la voie de la "double vérité" d'AVERROES,
savoir et croyance devaient être séparés. C'est
d'ailleurs tout au long de ses errances, également tout au long
des huit ans de son procès, la confrontation difficile entre
théologie et philosophie qui sera l'enjeu des débats,
et de sa vie. Philosophie c'est-à-dire science. Nous insisterons ici sur trois auteurs
particuliers, sur lesquels Giordano BRUNO s'est appuyé. Le premier
est bien sûr le moine polonais Nicolas COPERNIC, et notamment
son ouvrage "De revolutionibus orbium caelestinium libri VI",
paru en 1543, dans lequel il expose son heliocentrisme & au détriment
de la planète Terre. Il y avait déjà eu de telles
intuitions bien sûr, notamment ARISTARQUE DE SAMOS, au IIIème
siècle avant JESUS CHRIST & Ouvrage donc qu'il adressa au
pape PAUL III (Alexandre FARNESE) avec une préface témoignant
d'une certaine lucidité à l'égard "des gens
de mauvaise foi et ignorants des mathématiques". COPERNIC
eu la "bonne idée" de mourir le jour même où
il reçu l'imprimé de son Suvre, à NUREMBERG,
soit le 24 mai 1543 !. Cet héritage quelque peu "sulfureux",
comme celui de COPERNIC et celui de la " Docte Ignorance "
de Nicolas de CUES ne pouvaient que frapper l'Eglise, en proie à
la poussée de la Réforme et à la montée
des savoirs, des connaissances. La détermination farouche quant
à la connaissance atteinte par la raison, le talent et l'intransigeance
de polémiste en ajoutaient. Par ailleurs, à l'occasion de la représentation de la pièce de Bertold BRECHT, "La vie de Galilée" (avec Jacques Weber dans le rôle), Michel COURNOT dans un article du Monde rappelle que "l'Inquisition et les grands prélats n'allaient pas main dans la main". Ainsi pour l'affaire GALILEE il cite un historien italien, Pietro REDONDI, qui aurait " récemment prouvé que l'Inquisition s'en serait prise à GAILEE parce qu'il soutenait une théorie de la chaleur qui confirmait la doctrine eucharistique de la transsubstantiation. Accusation d'une gravité extrême. Le pape URBAIN VIII aurait obtenu l'échange contre l'hérésie Copernicienne, moins radicale". GALILEE aurait de plus abjuré ; et toutefois cette "rétraction" aurait eu lieu "au secret", contrairement aux lois de l'Inquisition qui l'exigeait publique ! & La réhabilitation de GALILEE par
l'Eglise a commencé en 1979. Il est rappelé en note, dans
l'Encyclique "foi et raison" de 1998 le Discours de Jean-Paul
II à l'Académie Pontificale des Sciences, le 10 novembre
1979, : "GALILEE a déclaré explicitement que les
deux vérités, de foi et de science, ne peuvent jamais
se contredire &" GALILEE est cité ! & Dans cette
lettre Encyclique Jean-Paul II souhaite le rapprochement de la foi et
de la raison, des sciences, s'enrichissant l'une et l'autre, l'une par
l'autre. En effet, avec toutefois des rappels salutaires contre un certain
utilitarisme nocif des sciences et des techniques, le pape prône
une certaine réconciliation : "Il est illusoire de penser
que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force
plus grande, au contraire, elle tombe dans le grand danger d'être
réduite à un mythe ou à une superstition. De la
même manière, une raison qui n'a plus une foi adulte, en
face d'elle n'est pas incitée à s'intéresser à
la nouveauté et à la radicalité de l'Etre". Y a-t-il deux Vérités en présence l'une de l'autre ? "double vérité" selon AVERROES ; croyance séparée de la foi pour Giordano BRUNO, ce dernier se défendant en tant que philosophe d'intervenir comme théologien & si ce n'est comme philosophe dans la théologie ! & Alors, pour reprendre une question de Gérard POMMIER lors du colloque de la Fondation Européenne pour la Psychanalyse à CLERMONT-FERRAND l'an dernier , "faut-il brûler BRUNO une seconde fois ?", de nos jours, au nom cette fois non pas de la religion mais d'un anti-scientisme, souvent justifié quant aux arrogances de certains mais de fait assez peu raisonnable & Jean-Paul II nous montre-t-il la voie d'une nouvelle alliance ? Pour la psychanalyse telle que le conçoit
Jacques LACAN, la Vérité est une, elle est une place ;
en bas à gauche dans le quadrangle des discours, elle peut donc
être occupée par chacune des quatre lettres : objet a,
signifiant Maître, savoir, sujet. Il n'y a pas de discours de
la science ni de discours de la religion, à moins de les rattacher
de manière conjecturale et occasionnelle, à l'un de ces
quatre discours. Mais cette place de la Vérité, "de
la Vérité comme cause", peut selon les processus
qui vont s'y rapporter définir quatre praxis distinctes, "qui
se réclament de la Vérité". Dans la leçon
d'ouverture du séminaire tenu l'année 1965/1966 à
l'Ecole Normale Supérieure, "La Science et la Vérité",
texte repris dans les Ecrits, LACAN distingue la science, de la magie,
de la religion et de la psychanalyse. Pour la première, il y
aurait forclusion de la Vérité comme cause ("elle
n'en voudrait rien savoir"). Mais, contrairement à la magie
et à la religion, ce savoir là de la science se communique.
Que la science ne veuille rien savoir de la Vérité peut
paraître surprenant, sauf à préciser que le sujet
est divisé entre savoir et vérité, lesquels ne
se confondent pas ! En ce qui concerne la magie la cause doit être
"efficiente" : c'est dans le corps du Chaman par exemple,
que le signifiant dans la nature est appelé par le signifiant
de l'incantation. Il y a corrélation de signifiant à signifiant,
le sujet est négligé, il doit être "mise en
état" ; la vérité comme cause est refoulée.
C'est signé Jacques LACAN, à
GUITTRANCOURT, le 10 novembre 1963. C'est une lettre à Serge
LECLAIRE, après son exclusion, son excommunication de la liste
des didacticiens par l'International Psychanalytique ou IPA le 13 octobre
de la même année. Peut-on dire que le désir de BRUNO
s'accorde avec cette mise à l'écart du sujet ? Ou bien
est-il recouvert, ce désir, par cette dernière, la mise
à l'écart, mise en place par les systèmes dans
lesquels il est pris ? ou bien est-il ce désir encore, tel celui
d'ANTIGONE, conducteur d'une détermination farouche & jusqu'à
la mort ? Sur ces bases, la psychanalyse doit bien en assurer le discours à l'envers, et l'on comprend qu'elle puisse être mise à l'index ; l'on comprend aussi que les discours montants, selon le cas et selon l'éthique des psychanalystes certains puissent vouloir qu'elle soit à leur égal, discours du maître donc, ce qui vaut aussi une mise au bûcher & Il serait sage de maintenir une troisième voie, ou plutôt un quatrième discours, le discours psychanalytique. |