Ecole Psychanalytique du Centre Ouest

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EnseignementsAnnée 2008-2009

Pour un enseignement de psychanalyse


La transmission de la psychanalyse est une affaire délicate puisqu'elle prend son point d'appui sur une expérience singulière dont la pertinence rencontre invariablement des objections à valoir pour tous soit à s'universaliser.

Il faut manifestement que se déplace le transfert, moteur de la cure, en transfert de travail qui vise un objet autre, un objet dégagé autant que faire se peut des appétits narcissiques ou des rêveries unifiantes.

Elle ne peut se prévaloir à l'instar des sciences dures d'un corpus qui pourrait se partager sans quiconque. Alors s'impose, si l'on veut éviter une infinie religiosité transférentielle d'un coté et un savoir de fonctionnaire de l'universalité de l'autre, de tenir l'éthique qui seule permet un travail analytique : le transfert s'engage avec du supposé-savoir, mais c'est dans la mesure où cette supposition peut être retourner à l'analysant que l'on peut parler de transfert analytique.

Ecole psychanalytique, le terme demande à être défini et précisé dans son objectif, dans son contenu et dans sa forme.

Dans un premier temps risquons cette définition : une école psychanalytique est un lieu où il se pourrait que s'y tienne le discours psychanalytique. On avance ici avec une prudence certaine car en la matière rien n'est sûr, ce qui ne saurait être une raison suffisante pour ne pas risquer le pas qu'il faudrait. Certains j'imagine en feraient un délicieux et éternel débat.

Son objectif , c'est de participer à la transmission de la psychanalyse. C'est une affaire éminemment problématique : elle se heurte d'entrée à un obstacle majeur à savoir que ce qui se tient ici comme discours est profondément antipathique, que ce qui se dégage comme objet est spécialement abject, que les effets qui s'y opèrent conduisent le sujet à prendre la mesure d'une manière toujours plus insistante qu'il n'est pas maître dans sa demeure, etc. Ce n'est donc pas un objectif susceptible de déclencher un enthousiasme de masse.

Quant à la forme, cela nécessite de mettre en position maîtresse cet objet d'abjection, objet exclu de tout commerce et qui pourtant est au fondement même de tout lien social. Est ce refuser de nos échanges toutes les autres modes de discours? Non, disons seulement que le discours du psychanalyste ne saurait se soutenir de l'enflure qui consisterait à soutenir qu'il dit toute la vérité qui manquerait aux autres.

Il ne s'agit pas de refuser le discours de l'universitaire qui se déploie sous l'autorité du savoir. Le discours psychanalytique pourtant pourrait l'aider à se défaire de sa prétention à l'universalité et de pointer dans ce discours même le défaut qui est la marque même du sujet.

Ce n'est pas non plus exclure le discours qui exhibe la faille du sujet dans une adresse au Maître, où se reconnaît le discours de l'hystérique, dans la mesure où d'une part la division du sujet est la condition même de la subjectivité et où d'autre part ce dévoilement vise ainsi l'intolérable incomplétude de l'Autre.

Ce n'est certainement pas tenir pour hors-la-loi le discours du Maître comme la mode d'une jouissance sans limite nous y invite : entendons le comme structure dans la mesure où du sujet ex-siste à un mode de torsion ordonné par la logique du signifiant. Le jeu de la métaphore produit cette opération que le sujet est représenté par un signifiant, non pour lui même comme la psychologie classique le propose dans ses mirages spéculaires, mais pour un autre signifiant.

Alors fonder une Ecole de psychanalyse reviendrait à faire valoir cette sorte d'acrobatie à quoi nous sommes conduits quand on prend au sérieux la trouvaille freudienne, ce qui nous ramène donc à ce point essentiel dans la doctrine et dans la pratique : l'ombilic du rêve disait joliment Freud dans la Traumdeutung, l'Urverdrangung, le refoulement originaire propose t il plus tard; et Lacan sortant de cette spatialisation implicite articule et nomme l'objet a .

Saurons nous tenir ce fil? Une chose est assurée, ça ne saurait être le fil à couper le beurre, soit la bonne manière de se partager un bien. Si l'on veut tenter une transmission de la psychanalyse, ce sera au prix pour chacun de faire l'épreuve d'une division subjective.

Alors est ce le fil du rasoir, chacun prenant le risque d'y laisser un bout de chair ? Prendre la parole comporte assurément un risque, mais n'est ce pas du même ordre que celui de l'analysant dans sa cure? Serait ce alors une position sacrificielle qui serait requise ici, renouant ainsi avec la tradition d'une religiosité qui promettait une rencontre enfin réussie avec le Père?. Le siècle dernier a produit les aliénations les plus pernicieuses au nom d'une défense de "la Cause" et c'est une impasse dont les psychanalystes ne sont pas toujours prémunis.

A l'entrée de ce XXI ème siècle, on voit surgir les figures nouvelles de la barbarie. Seront nous plus malins que nos ancêtres qui donnèrent à ce lieu d'incertitude et d' une-bevue le visage du Diabolique? L'époque pourrait nous conduire au pessimisme si nous n'avions pas quelques outils pour saisir la structure de la paranoïa collective qui a le mérite incomparable de soulager provisoirement les embarras de la différences des sexes par une abolition de la dite différence, le caractère fondamentalement étranger du père et sa projection dans le réel de sa figure menaçante, la rivalité fraternelle exacerbée dans la compétition imaginaire pour une réconciliation face à cet étranger hostile, etc. Charles Melman alors que la xénophohie devenait en 1991-92 un argument politique inquiétant, en dépliait après Freud et sa Massenpsycholog,, la logique.

Pour donner un peu de légèreté à notre propos, je vous proposerais bien la métaphore de l'acrobate qui marche lui aussi sur un fil, moins pour l'image que pour le signifiant. Par son étymologie grecque l'akrobatês qui se décompose en batês qui veut dire marcheur et akros qui veut dire à l'extrémité, à la limite. L'acrobatês, le marcheur à la limite ça pourrait assez bien convenir comme proposition et comme style de travail pour une école de psychanalyse puisqu'il s'agirait de se tenir dans l'étroit d'un bord, sur le bord du réel.

Pour se tenir sur ce fil nous pouvons concevoir qu'il faille avoir recours à quelques systèmes stabilisateurs où une fois lancé il n'y a plus qu'à tenter le chemin. On imagine aussi que cela ne va pas sans quelques exercices assidus pour savoir y faire avec cette proximité du vide. Que la pertinence de l'acte analytique oblige à la solitude demande avec la même insistance que la structure de cet acte puisse être dégagée.

C'est ainsi que cette Ecole engage son projet en proposant des enseignements, en nous rompant à la discipline de la lecture des textes fondateurs, en invitant à la mise en place de cartels, en ouvrant des lieux où la clinique saurait nous provoquer à l'invention.

Poitiers, octobre 2001, Alain Harly.

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