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Psychopathia Sexualis, ( partie V )

by Richard von Krafft-Ebing

OBSERVATION 126.--Taylor avait à examiner une nommée Elise Edwards, âgée de vingt-quatre ans. L'examen a amené la constatation qu'elle était du sexe masculin. E... avait depuis l'âge de quatorze ans porté des vêtements féminins, elle a aussi débuté sur la scène comme actrice; elle portait les cheveux longs et, à la mode des femmes, une raie au milieu. La conformation de la figure avait quelque chose de féminin; pour le reste le corps était tout à fait masculin. Elle avait soigneusement arraché les poils de sa barbe. Les parties génitales viriles, vigoureuses et bien développées, étaient fixées par un bandage vers le haut sur le ventre.

L'examen de l'anus indiquait la pratique de la pédérastie passive (Taylor, Med. jurisprudence, 1873. 11, p. 280, 473).

OBSERVATION 127.--Un fonctionnaire d'âge moyen, marié à une brave femme et, depuis plusieurs années, père de famille heureux, présente un phénomène curieux dons le sens de l'inversion sexuelle.

L'histoire scandaleuse suivante fut divulguée un jour par l'indiscrétion d'une prostituée. X... se présentait environ tous les huit jours au lupanar, s'y costumait en femme; à ce déguisement ne manquait jamais une perruque de femme. La toilette terminée, il se couchait sur un lit et se laissait masturber par une prostituée. Il préférait de beaucoup employer, s'il pouvait l'y décider, un individu masculin, l'homme de peine du lupanar. Le père de X... avait une tare héréditaire, fut à plusieurs reprises atteint d'aliénation mentale et hyperæsthesia et paræsthesia sexualis.

OBSERVATION 128.--C... R..., servante, vingt-six ans, souffre depuis l'âge de sa formation de paranoïa originaria et d'hystérie; elle eut, à la suite de ses idées fixes, un passé romanesque et s'attira, en 1887, en Suisse, où elle s'était réfugiée par monomanie de la persécution, une instruction judiciaire. À cette occasion on constata qu'elle était atteinte d'inversion sexuelle.

On n'a aucun renseignement sur ses parents ni sur sa parenté R... prétend que, sauf une inflammation des poumons qu'elle a eue à l'âge de seize ans, elle n'a jamais été gravement malade auparavant.

La première menstruation eut lieu sans malaises à l'âge de quinze ans; plus tard les menses furent irrégulières et anormalement fortes. La malade affirme qu'elle n'a jamais eu de penchant pour les personnes de l'autre sexe, et jamais toléré qu'un homme s'approchât d'elle. Elle n'a jamais pu comprendre comment ses amies pouvaient parler de la beauté et de l'amabilité des personnes du sexe masculin. Elle ne peut pas comprendre non plus comment une femme peut se laisser embrasser par un homme. Par contre, elle fut transportée d'enthousiasme quand elle put poser un baiser sur les lèvres d'une amie bien aimée. Elle a pour les filles un amour qu'elle ne peut pas s'expliquer. Elle a aimé et embrassé avec extase quelques-unes de ses amies; elle aurait été capable de leur sacrifier sa vie. Le comble de son plaisir aurait été de vivre avec une pareille amie et de la posséder seule et entièrement.

Elle se sent comme homme vis-à-vis de la fille aimée. Étant encore petite fille, elle n'avait de goût que pour les jeux des garçons; elle aimait surtout entendre les décharges des fusils et la musique militaire; elle en était tout à fait enthousiasmée et aurait aimé partir comme soldat. Son idéal était la chasse et la guerre. Au théâtre elle n'avait d'intérêt que pour les artistes des rôles de femmes. Elle sait très bien que cette tendance est contraire au caractère féminin, mais c'est plus fort qu'elle. Elle avait grand plaisir à aller habillée en homme, de même elle fit de tout temps avec plaisir toutes sortes d'ouvrages d'homme et y montra une adresse particulière, tandis que c'était le contraire en ce qui concerne les ouvrages de femme et surtout les travaux manuels. La malade aime aussi à fumer et à boire des boissons alcooliques. A la suite d'idées fixes de persécution et pour échapper à ses prétendus persécuteurs, la malade s'est, à plusieurs reprises, montrée en vêtements d'homme et a joué des rôles masculins. Elle le faisait avec tant d'adresse--(native sans doute)--qu'elle sut généralement tromper les gens sur son véritable sexe.

Il a été établi documentairement que, déjà en 1884, la malade avait vécu pendant longtemps tantôt habillée en civil, tantôt avec l'uniforme d'un lieutenant, et que, poussée par la monomanie de la persécution, elle s'était, en août 1884, habillée d'un costume semblable à celui des laquais et s'était réfugiée d'Autriche en Suisse. Là elle trouva une place comme domestique dans la famille d'un négociant; elle tomba amoureuse de la demoiselle de la maison, la «belle Anna», qui de son côté, ne se doutant pas du véritable sexe de R..., devint amoureuse du jeune et joli servant.

La malade fait sur cet épisode de sa vie les remarques caractéristiques que voici: «J'étais tout à fait amoureuse d'Anna. Je ne sais pas comment cela m'est venu, et je ne saurais me rendre aucun compte de cette inclination. C'est cet amour fatal qui est cause que j'ai pendant si longtemps continué de jouer le rôle d'un homme. Je n'ai encore jamais éprouvé d'amour pour un homme, et je crois que mon affection se tourne vers le sexe féminin et non pas vers le sexe masculin. Je ne comprend pas cet état.»

R... écrivait de Suisse des lettres à son amie et compatriote Amélie, qui ont été jointes au dossier du tribunal. Ce sont des lettres pleines d'un amour extatique qui dépasse de bien loin la mesure de l'amitié. Elle appelle son amie: «ma fleur de miracle, soleil de mon coeur, langueur de mon âme». Elle est son suprême bonheur sur terre, c'est à elle qu'elle a donné tout son coeur. Dans des lettres adressées aux parents de son amie, elle dit qu'ils veillent bien sur cette «fleur miraculeuse», car si celle-ci mourait, elle ne pourrait plus rester parmi les vivants.

R... fut pendant quelque temps internée à l'asile pour qu'on puisse examiner son état mental. Un jour qu'on autorisa une visite d'Anna près de R..., les accolades et les baisers ardents n'en voulaient plus finir. Anna avoua sans réticence qu'à la maison déjà elles s'étaient embrassées avec la même tendresse.

R... est une femme grande, svelte, et d'une apparence imposante, de conformation tout à fait féminine, mais avec des traits plutôt masculins. Le crâne est régulier, pas de stigmates de dégénérescence anatomique; les parties génitales sont normales et tout à fait vierges. R... fait l'impression d'une personne décente et moralement très pure. Toutes les circonstances indiquent qu'elle n'a aimé que platoniquement; le regard et l'extérieur indiquent une névropathe. Hystérie grave périodique, accès d'une sorte de catalepsie avec état délirant et visions. La malade est facile à mettre en état de somnambulisme par l'influence hypnotique, et, dans cet état, elle est susceptible de recevoir toutes les suggestions. (Observation personnelle, Friedreichs Blætter, 1881.
Fascicule 1.)

4. ANDROGYNIE ET GYNANDRIE.

Il y a une transition à peine sensible entre la groupe précédent et les cas d'inversion sexuelle où non seulement le caractère et toutes les sensations du sens sexuel anormal coexistent, mais où même par la conformation de son squelette, le type de sa figure, sa voix, etc., en un mot sous le rapport anatomique comme sous le rapport psychique et psycho-sexuel, l'individu se rapproche du sexe dans le rôle duquel il se sent vis-à-vis des autres individus de son propre sexe. Il est évident que cette empreinte anthropologique de l'anomalie cérébrale représente un degré très avancé de dégénérescence. Mais, d'autre part, cette déviation est basée sur des conditions tout autres que les phénomènes tératologiques de l'hermaphrodisme envisagé au sens anatomique. Cela ressort clairement du fait que jusqu'ici on n'a jamais rencontré sur le terrain de l'inversion sexuelle, de tendance aux malformations hermaphroditiques des parties génitales. On a toujours établi que les parties génitales de ces individus étaient, au point de vue sexuel, complètement différenciées, bien que souvent atteintes de stigmates de dégénérescence anatomique (épi- ou hypospadies, etc.), qui entravaient le développement des organes qui étaient du reste bien différenciés au point de vue sexuel.

Mais on ne possède pas encore jusqu'ici un nombre d'observations suffisant de ce groupe intéressant: femmes en vêtements d'hommes avec parties génitales féminines, hommes en vêtements de femmes avec parties génitales masculines. Tout observateur expérimenté se rappelle sans doute avoir rencontré des individus masculins dont la manière d'être féminine (hanches larges, formes rondes avec abondance de graisse, barbe totalement absente ou très faiblement développée; traits de la figure féminins, teint délicat, voix de fausset, etc.) était surprenante, et vice versa des êtres féminins qui, par la charpente des os, le bassin, la démarche, les attitudes, leurs traits grossiers et nettement virils, leur voix grave et rauque, etc., l'ont fait douter de l'«éternel féminin».

Nous avons d'ailleurs, dans les groupes précédents, rencontré des traces isolées d'une pareille transformation anthropologique, entre autres dans l'observation 106 où une dame avait des pieds d'homme, dans l'observation 112 où il y eut développement des mamelles avec du lait à l'âge de la puberté.

Il paraît aussi que chez les individus du quatrième groupe ainsi que chez quelques-uns du troisième qui forment une transition vers le quatrième, la pudeur sexuelle n'existe qu'en face d'une personne du propre sexe et non pas en face du sexe opposé.

OBSERVATION 129. Androgynie.--M. V... H..., trente ans, célibataire, est né d'une mère névropathe. On prétend que dans la famille du malade il n'y aurait eu ni maladies nerveuses, ni mentales, et que son frère unique est tout à fait normal au point de vue intellectuel et physique. Le malade, dit-on, eut un développement physique tardif et, pour cette raison, on l'a envoyé à plusieurs reprises aux bains de mer et dans les stations climatériques. Dès son enfance, il était de constitution névropathique et, d'après le témoignage d'un parent, il n'était pas comme les autres garçons. De très bonne heure il s'est fait remarquer par son aversion pour les amusements des garçons et par sa prédilection pour les jouets féminins. Il détestait tous les jeux des garçons, les exercices de la gymnastique, tandis que le jeu de poupées et les ouvrages de femme avaient pour lui un charme particulier. Plus tard le malade s'est bien développé au physique, il n'a pas eu de maladies graves; mais, au point de vue intellectuel, son individualité est restée anormale, incapable d'envisager la vie d'une manière sérieuse, et empreinte d'une tendance tout à fait féminine dans ses pensées et ses sentiments.

À l'âge de dix-sept ans, des pollutions se sont produites; devenues de plus en plus fréquentes, elles avaient lieu même dans la journée; elles affaiblirent le malade et causèrent des troubles nerveux nombreux. Des phénomènes de neurasthenia spinalis se sont développés et ont subsisté jusqu'à ces dernières années, mais ils se sont atténués à mesure que les pollutions devenaient plus rares. Il nie avoir pratiqué l'onanisme, mais le contraire paraît très vraisemblable. Depuis l'âge de la puberté, son caractère apathique, mou et rêveur s'est fait de plus en plus jour. Tous les efforts pour amener le malade à une profession pratique proprement dite, restèrent infructueux. Ses facultés intellectuelles, bien que réellement saines, ne pouvaient s'élever à la hauteur nécessaire pour se diriger efficacement avec un caractère indépendant et envisager la vie d'une manière plus élevée. Il est resté sans volonté précise, un grand enfant; rien ne caractérise plus manifestement sa conformation anormale que son incapacité réelle à manier l'argent; de son propre aveu, il n'a pas l'esprit à gérer l'argent d'une façon ordonnée et sensée. Aussitôt qu'il a des fonds, il les dépense en bibelots, objets de toilette et autres futilités.

Le malade paraît aussi peu capable que possible de conquérir une position sociale, pas même d'en comprendre l'importance et la valeur.

Il n'a rien appris à fond; il a occupé son temps à sa toilette, aux passe-temps artistiques, surtout à la peinture pour laquelle il semble avoir quelque talent; mais, là non plus, il ne faisait rien, n'ayant pas la persévérance nécessaire. On ne pouvait pas l'amener à un travail intellectuel sérieux. Il ne comprenait que les apparences des choses; il était toujours distrait, et s'ennuyait toutes les fois qu'il était question d'affaires sérieuses. Des coups de tête insensés, des voyages sans rime ni raison, des gaspillages d'argent, des dettes: voilà ce qui se produisait à chaque instant dans son existence, et il ne saisissait même pas les inconvénients positifs de ce genre de vie. Il était entêté, intraitable; il n'a jamais fait rien qui vaille toutes les fois qu'on a essayé de le faire marcher tout seul et gérer lui-même ses intérêts.

Avec ces phénomènes d'une conformation originairement anormale et psychiquement défectueuse, s'alliaient des symptômes prononcés d'un sentiment sexuel pervers qui, d'ailleurs, sont aussi indiqués par l'habitus somatique du malade. Il se sent sexuellement femme en face de l'homme; il a de l'inclination pour les personnes de son propre sexe en même temps que de l'indifférence, sinon de l'aversion pour les femmes. Il prétend avoir eu, à l'âge de vingt-deux ans, des rapports sexuels avec des femmes, et avoir accompli le coït d'une façon normale; mais il s'est bientôt détourné du sexe féminin, d'une part, parce que ses malaises neurasthéniques s'accentuaient après chaque coït, d'autre part, parce qu'il avait peur d'être infecté et que l'acte ne lui avait jamais procuré de satisfaction. Il ne se rend pas parfaitement compte de son état sexuel anormal; il a conscience d'avoir un penchant pour le sexe masculin, mais il n'admet qu'avec réticence qu'il a pour certains individus masculins un sentiment du délicieuse amitié, sans qu'il s'y joigne un sentiment sensuel. Il n'abhorre pas précisément le sexe féminin, il se déciderait même à épouser une femme qui l'attirerait par des penchants artistiques homogènes aux siens, à la condition qu'on lui fît grâce de ses devoirs conjugaux qui lui seraient désagréables et dont l'accomplissement le rendrait faible et le fatiguerait. Le malade nie avoir jamais eu des rapports sexuels avec des hommes; mais ses dénégations sont démenties par l'embarras et la rougeur qu'il manifeste en parlant de ce sujet, et plus encore par un incident arrivé à N..., où le malade se trouvait il y a quelque temps: au restaurant, il a essayé d'entrer en rapports sexuels avec quelques jeunes gens et a provoqué ainsi un immense scandale.

L'extérieur aussi, l'habitus, la conformation du corps, les gestes, les manières, la toilette attirent l'attention et rappellent décidément des formes et des allures féminines. Le malade est d'une taille au-dessus de la moyenne, mais le thorax et le bassin sont de conformation féminine. Le corps est riche en graisse, la peau bien soignée, tendre et douce. Cette impression qu'on est en présence d'une femme habillée en homme est encore renforcée par le fait que la figure ne porte que peu de barbe qui d'ailleurs est rasée, le malade n'ayant laissé qu'une petite moustache, et aussi par sa démarche dandinante, ses manières timides et pleines de minauderies, ses traits féminins, l'expression flottante et névropathique de ses yeux, les traces de rouge et du blanc sur sa figure, la coupe gomineuse de ses vêtements, avec un veston bombé devant comme par des seins, sa cravate à franges et nouée à la façon des dames, et enfin ses cheveux séparés au milieu par une raie, ramenés et collés sur les tempes.

L'examen du corps a permis de constater une conformation d'un caractère féminin incontestable. Les parties génitales externes sont, il est vrai, bien développées, mais le testicule gauche est resté dans le canal inguinal, le mons Veneris est peu poilu, anormalement riche en graisse et proéminent. La voix est d'un timbre élevé et manque absolument de caractère viril.

Les occupations et les pensées de V... H... ont également un caractère féminin très prononcé. Il a son boudoir, sa table de toilette bien assortie devant laquelle il passe des heures entières, s'occupant de toutes sortes d'artifices pour s'embellir; il abhorre la chasse, les exercices d'armes et toutes les occupations masculines; il se désigne lui-même comme un bel esprit, parle de préférence de ses peintures, de ses essais poétiques, s'intéresse aux ouvrages féminins, tels que la broderie qu'il fait aussi; il dit que son bonheur suprême serait de passer sa vie dans un cercle de messieurs et de dames qui auraient des goûts artistiques, une éducation esthétique, d'occuper son temps en conversations, à faire de la musique, à discuter des questions d'esthétique, etc. Sa conversation roule de préférence sur les choses féminines, les modes, les travaux manuels de la femme, l'art de la cuisine, les affaires du ménage.

Le malade est bien portant, mais un peu anémique. Il est de constitution névropathique et présente des symptômes de neurasthénie qui sont entretenus par son genre de vie manqué, par un trop long séjour au lit et à la chambre, par sa mollesse.

Il se plaint de maux de tête périodiques, de congestions céphaliques, de constipation habituelle; il a facilement des soubresauts d'effroi: il se plaint d'être parfois faible et fatigué, d'avoir des douleurs aiguës dans les extrémités, dans la direction des nerfs lombo-abdominaux; il se sent fatigué après ses pollutions et après ses repas; il est sensible à la pression sur le Proc. spinosi, sur le thorax, la poitrine, de même qu'à la palpation des nerfs qui y conduisent. Il éprouve d'étranges sympathies ou antipathies pour certains personnages; quand il rencontre des personnes antipathiques, il est en proie à un état singulier d'angoisse et de trouble. Ses pollutions, bien qu'elles soient actuellement devenues rares, sont pathologiques, car elles se produisent même au cours de la journée et sans aucune émotion voluptueuse.

Conclusions médicales.
--1º M. V... H... est d'après tout ce qu'on a observé en lui et rapporté sur sa personne, un être intellectuellement anormal, défectueux, et il faut ajouter qu'il l'est ab origine. Son inversion sexuelle présente un phénomène partiel de cette conformation anormale au point de vue physique et intellectuel.

2º Cet état, étant primitif, n'est susceptible d'aucune guérison.

Il y a dans les centres intellectuels les plus élevés une organisation défectueuse, qui le rend incapable de diriger son existence par lui-même et d'acquérir une position sociale par l'exercice d'une profession. Son sentiment sexuel pervers l'empêche de fonctionner sexuellement d'une façon normale; il a, en outre, pour lui, toutes les conséquences sociales d'une pareille anomalie: dangers dans la satisfaction des envies perverses qui résultent de son organisation anormale, ses craintes de conflits avec la loi et la société. Cette préoccupation cependant ne doit pas être très grande, étant donné que l'instinct génital pervers du malade est minime.

3º M. V... H... n'est pas irresponsable dans le sens légal du mot; il n'y a pas lieu de l'interner dans un asile d'aliénés, cela n'est pas nécessaire.

Bien que ce soit un grand enfant, incapable de se diriger lui-même, il peut, sous la surveillance et la direction d'hommes intellectuellement normaux, vivre dans la société. Il est capable aussi jusqu'à un certain degré de respecter les lois et les prescriptions de la société civile et de les prendre comme ligne de direction pour ses actes; mais en vue des aberrations sexuelles et des conflits avec la loi qui en pourraient résulter, il faut appuyer sur le fait que son sentiment sexuel est anormal et basé sur des conditions organiques et morbides, circonstance dont éventuellement on devra lui tenir compte.

4º M. V... H... souffre aussi physiquement. Il présente des symptômes d'une anémie légère et de neurasthenia spinalis.

Un régime de vie rationnel, un traitement médical tonique et autant que possible hydrothérapique paraissent nécessaires. Il faut maintenir le soupçon que la masturbation pratiquée de bonne heure a été la cause première de cette maladie, et la possibilité de l'existence d'une spermatorrhée, étiologiquement et thérapeutiquement importante, paraît tout indiquée.
(Observation personnelle, Zeitschrift f. Psychiatrie.)

OBSERVATION 130.--Mlle X..., trente-huit ans, s'est présentée à l'automne de 1881 à ma consultation pour de violentes douleurs spinales, une insomnie persistante qu'elle a voulu combattre et qui l'a amenée au morphinisme et au chloralisme.

La mère et la soeur avaient une maladie de nerfs; les autres membres de la famille seraient bien portants, à ce qu'elle dit. La malade prétend que sa maladie date de 1872, à la suite d'une chute sur le dos dont elle fut vivement effrayée: mais étant encore jeune fille, elle souffrait déjà de crampes musculaires et de symptômes hystériques. Par suite de sa chute, il s'est développé une névrose neurasthénico-hystérique où prédominaient l'irritation spinale et l'insomnie. Épisodiquement elle eut de la paraplégie hystérique qui dura jusqu'à huit mois, et des accès de délire d'hysteria hallucinatoria avec crampes. Au cours de sa maladie, il se surajouta des symptômes de morphinisme. Un séjour de plusieurs mois à la clinique a fait cesser le morphinisme et a atténué considérablement la névrose neurasthénique; à ce propos, la faradisation générale s'est montrée étonnamment favorable.

Au premier aspect, la malade avait fait une impression étrange par ses vêtements, ses traits et ses manières. Elle portait un chapeau d'homme, des cheveux coupés courts, un pince-nez, une cravate d'homme, une jaquette à coupe masculine et qui couvrait une grande partie de sa robe; elle avait les traits durs, masculins, une voix un peu grave: elle fit plutôt l'impression d'un homme en jupons que d'une dame, en faisant abstraction de la gorge et de la conformation féminine du bassin.

Pendant sa longue période d'observation, la malade ne présenta jamais aucun signe d'érotisme. Interrogée sur son genre d'habillement, elle répondit que la mise qu'elle avait choisie lui allait mieux. Peu à peu on lui fit avouer qu'étant petite fille encore, elle avait une prédilection pour les chevaux et les occupations masculines, mais aucun intérêt pour les ouvrages de femme. Plus tard, elle aima beaucoup la lecture et eut le désir de se faire institutrice. Elle n'a jamais trouvé aucun plaisir à la danse qu'elle a toujours considérée connue une chose insensée. Le bal non plus n'eut jamais d'attrait pour elle. Son plus grand plaisir était le cirque. Jusqu'à sa maladie de 1872, elle n'a eu d'affection ni pour les personnes de l'autre sexe, ni pour celles de son propre sexe. À partir de cette époque, elle ressentit une amitié chaleureuse, qui lui paraissait étrange à elle-même, pour les femmes, surtout pour les dames jeunes; elle éprouva et satisfit son besoin de porter des chapeaux et des paletots à la façon des hommes. Depuis 1869, elle a coupé ses cheveux et elle les porte peignés à la façon des hommes. Elle prétend n'avoir jamais été excitée sensuellement dans ses fréquentations avec les jeunes dames, mais son amitié et son dévouement pour celles qui lui étaient sympathiques, étaient illimités, tandis qu'elle éprouvait une aversion pour les hommes et leur société.

Ses parents rapportent que, avant 1872, on demanda la malade en mariage, mais qu'elle refusa; elle est, en 1877, revenue d'une station thermale tout à fait changée sexuellement; depuis elle a parfois donné à entendre qu'elle ne se considérait pas comme un être féminin.

Depuis elle ne voulut fréquenter que des dames; elle a toujours une sorte de liaison amoureuse avec l'une ou avec l'autre et laisse parfois échapper la remarque qu'elle se sent homme. Cet attachement pour les dames dépasse la mesure de l'amitié; il y a des larmes, des scènes de jalousie, etc. En 1874, comme elle passait dans une ville balnéaire, une jeune dame est tombée amoureuse de la malade qu'elle prit pour un homme déguisé en femme. Quand cette dame plus tard s'est mariée, la malade est devenue mélancolique pendant un certain temps et a parlé d'infidélité. L'attention des parents fut aussitôt éveillée par son penchant pour les vêtements d'hommes, par ses allures masculines, son aversion pour les ouvrages féminins; singularités qui ne se manifestaient que depuis sa maladie, tandis que, auparavant, la malade, du moins au point de vue sexuel, n'avait présenté aucun symptôme étrange. D'autres recherches il est résulté que la malade entretenait, avec la dame décrite dans l'observation 118, une liaison d'amour qui, en tout cas, n'était pas purement platonique et qu'elle écrivait à cette dame des billets tendres, comme un amant en écrirait à sa maîtresse.

J'ai revu en 1887 la malade dans un hôpital où elle avait été transportée de nouveau, à cause de ses accès hystéro-épileptiques, son irritation spinale et son morphinisme. L'inversion sexuelle subsistait toujours; ce n'est que grâce à une surveillance rigoureuse qu'on a pu empêcher la malade de faire des tentatives impudiques sur des malades femmes. Son état n'a pas changé jusqu'en 1889. Alors la malade fit une grave maladie, et mourut au mois d'août 1889 d'épuisement.

L'autopsie a fait constater dans les organes végétatifs: dégénérescence amyloïde des reins, fibrome de l'utérus, kyste de l'ovaire gauche. L'os frontal semblait très épaissi, inégal à sa surface interne, avec de nombreuses exostoses; la dure-mère était soudée à la boite cranienne.

Le diamètre longitudinal du crâne était de 175, le diamètre en largeur de 148 millimètres. Le poids total du cerveau oedématié, mais non atrophié, était de 1,175 grammes. Les méninges étaient fines, faciles à détacher. Écorce cérébrale pâle, circonvolutions cérébrales larges, peu nombreuses, et régulièrement disposées. Dans le cervelet et les gros ganglions, rien d'anormal.

OBSERVATION 131 (Gynandrie[95]).--Le 4 novembre 1889, le beau-père d'un certain comte V. Sàndor se plaignit au parquet que le comte lui avait extorqué la somme de 800 florins, sous prétexte qu'il avait besoin de cette somme pour un cautionnement qu'il devait déposer pour devenir secrétaire d'une société d'actions. On a, en outre, établi que Sàndor avait falsifié des traités, que la cérémonie nuptiale du printemps de 1889, lorsqu'il s'était uni à sa femme, était fictive, et surtout que ce prétendu comte Sàndor n'était pas un homme, mais une femme déguisée en homme et dont le vrai nom était comtesse Sarolla (Charlotte) de V...

[Note 95: Comparez les rapports détaillés des médecins légistes sur ce cas réunis par le docteur Birnbacher dans Friedreichs Blætter f. ger. Med., 1891, fascicule 1.]

S... fut arrêté et une instruction judiciaire ouverte contre lui pour escroquerie et falsification de documents publics. Dans le premier interrogatoire, S..., né le 6 décembre 1866, reconnut qu'il était de sexe féminin, de culte catholique, célibataire, et vivait comme auteur, sous le nom de comte Sàndor V...

Voici les faits remarquables et corroborés par d'autres témoignages, qui ressortent de l'autobiographie de cet homme-femme.

S... est originaire d'une famille de vieille noblesse, très considérée en Hongrie, famille particulièrement excentrique.

Une soeur de la grand'mère du côté maternel était hystérique, somnambule, et resta pendant dix-sept ans au lit pour une paralysie imaginaire. Une deuxième grand'tante a passé sept ans au lit, s'imaginant qu'elle était malade à mourir, ce qui ne l'empêchait point de donner des bals. Une troisième avait le spleen et l'idée qu'une console de son salon était maudite. Si quelqu'un mettait un objet sur cette console, la dame en avait la plus vive émotion, criait sans cesse: «c'est maudit, c'est maudit!» Elle portait l'objet dans une pièce qu'elle appelait la «chambre noire», et dont elle gardait sur elle la clef. Après la mort de cette dame, on trouva dans la soi-disant «chambre noire» un grand nombre de châles, de bijoux, de billets de banque, etc. Une quatrième grand'tante n'a pas laissé balayer sa chambre pendant deux ans; elle ne se débarbouillait ni ne se peignait. Elle ne se montra qu'après ces deux ans expirés. Toutes ces femmes étaient en même temps très instruites, spirituelles et aimables.

La mère de S... était nerveuse et ne pouvait supporter le clair de lune.

On prétend que la famille du côté paternel avait une vis de trop dans ses rouages. Une branche de la famille s'occupe presque exclusivement de spiritisme. Deux parents proches du côté paternel se sont brûlé la cervelle. La majorité des descendants masculins sont des gens de grand talent. Les descendants féminins sont tous des êtres bornés et terre à terre. Le père de S... occupait un poste élevé qu'il a cependant dû quitter à cause de son excentricité et de sa prodigalité (il a mangé plus d'un million et demi de florins).

Une des manies du père fut de faire élever S... tout à fait en garçon; il la faisait monter à cheval, conduire des chevaux, chasser; il admirait son énergie virile et l'appelait Sàndor.

Par contre, ce père maniaque a fait habiller de vêtements féminins son fils cadet, et l'a fait élever en fille. La farce cessa à l'âge de seize ans, quand ce garçon dut entrer dans un lycée, pour faire ses études.

Sarolta Sàndor, cependant, resta sous l'influence de son père jusqu'à l'âge de douze ans; alors on l'envoya chez sa grand'mère maternelle, femme excentrique qui vivait à Dresde, mais qui la mit dans une pension de demoiselles, lorsque les goûts virils de la petite commencèrent à devenir trop exagérés.

À l'âge de treize ans, elle noua dans la pension une liaison d'amour avec une Anglaise à laquelle elle déclara être un garçon et l'enleva.

Sarolta revint ensuite chez sa mère qui n'avait aucune action sur sa fille et qui dut permettre que sa Sarolta redevienne Sàndor, qu'elle porte de nouveau des vêtements de garçon et qu'elle ait chaque année au moins une liaison d'amour avec des personnes de son propre sexe. En même temps, Sarolta recevait une éducation très soignée, faisait de grands voyages avec son père, bien entendu toujours habillée en jeune monsieur, fréquentait les cafés, même des lieux équivoques, et se vantait même d'avoir, un jour, au lupanar, in utroque genu puellas sedisse. Sarolta se grisait souvent, était passionnée pour les sports virils, très forte en escrime. Elle se sentait particulièrement attirée vers les actrices ou vers les femmes isolées et qui autant que possible n'étaient pas de la première jeunesse. Elle affirme n'avoir jamais eu d'affection pour un jeune homme et avoir éprouvé, d'année en année, une aversion croissante pour les individus du sexe masculin. «J'aimais mieux aller avec des hommes peu jolis et insignifiants dans la société des dames, afin de n'être éclipsée par aucun d'eux. Si j'apercevais qu'un de mes compagnons éveillait des sympathies chez les dames, j'en devenais jalouse. Parmi les dames, je préférais les spirituelles à celles qui avaient de la beauté physique. Je ne pouvais souffrir ni les dames grosses et encore moins celles qui étaient folles des hommes. J'aimais la passion féminine qui se manifestait sous un voile poétique. Toute effronterie de la part d'une femme m'inspirait du dégoût. J'avais une idiosyncrasie indicible pour les vêtements de femme et, en général, pour tout ce qui est féminin, mais seulement sur moi et en moi; car, au contraire, j'avais de l'enthousiasme pour le beau sexe.»

Depuis environ dix ans, Sarolta a vécu toujours loin de sa famille et toujours en homme. Elle eut un grand nombre de liaisons avec des dames, fit des voyages avec elles, dépensa beaucoup d'argent et contracta des dettes.

En même temps, elle se consacrait aux travaux littéraires et devint le collaborateur très apprécié de deux grands journaux de la capitale.

Sa passion pour les dames était très variable. Elle n'avait pas de constance en amour.

Une seule fois une de ses liaisons a duré trois ans. Il y a plusieurs années que Sarolta fit au château de G... la connaissance de Mme Emma E... qui avait dix ans plus qu'elle. Elle tomba amoureuse de cette dame, conclut avec elle un contrat de mariage et vécut avec elle pendant trois ans, maritalement, dans la capitale.

Un nouvel amour qui lui fut funeste, l'a décidée à rompre ses «liens conjugaux» avec E... Celle-ci ne voulait pas quitter Sarolta. Ce n'est qu'au prix de grands sacrifices matériels, que Sarolta a racheté sa liberté. E..., dit-on, se donne encore aujourd'hui comme femme divorcée et se considère comme comtesse V... Sarolta a dû inspirer aussi à d'autres dames de la passion; cela ressort du fait que, avant son «mariage» avec E..., alors qu'elle s'était lassée d'une demoiselle D..., après avoir dépensé avec elle plusieurs milliers de florins, celle-ci la menaça de lui brûler la cervelle, si elle ne lui restait pas fidèle.

Ce fut l'été de 1887, pendant un séjour dans une station balnéaire, que Sarolta fit la connaissance de la famille d'un fonctionnaire très estimé, M. E... Aussitôt Sarolta devint amoureuse de Marie, la fille de ce fonctionnaire, et en fut aimée. La mère et la cousine de la jeune fille essayèrent de la détourner de cette liaison, mais vainement. Pendant l'hiver, les deux amoureux échangèrent des lettres. Au mois d'avril 1888, le comte S... vint faire une visite, et au mois de mai 1889, il atteignit le comble de ses désirs: Marie qui entre temps avait quitté sa place d'institutrice, fut unie par un pseudo-prêtre hongrois à son S... adoré dans une tonnelle de jardin improvisée en chapelle; un ami de son fiancé figurait comme témoin.

Le couple vivait heureux et joyeux, et sans la plainte déposée par le beau-père, ce simulacre de mariage aurait encore duré longtemps. Il est à remarquer que pendant la longue période de son état de fiancé, S... a réussi à induire la famille de sa fiancée en erreur complète sur son véritable sexe.

S... était fumeur passionné, avait des allures et des passions tout à fait masculines. Ses lettres et même les convocations des tribunaux lui parvenaient sous l'adresse de «Comte S...»; il disait entre autres souvent qu'il lui faudrait bientôt aller faire ses vingt-huit jours. Il ressort des allusions faites par le «beau-père» que S...--(ce qu'il a d'ailleurs plus tard avoué)--a pu simuler l'existence d'un scrotum à l'aide d'un mouchoir ou d'un gant qu'il fourrait dans une des poches de son pantalon. Le beau-père a aussi remarqué un jour chez son futur gendre quelque chose comme un membre en érection (probablement un priape); celui-ci a même donné à entendre qu'il lui serait nécessaire de se servir d'un suspensoir toutes les fois qu'il monterait à cheval. En effet S... portait un bandage autour du corps, probablement pour attacher un priape.

Bien que S... se fît souvent raser, pour la forme, on était pourtant convaincu dans l'hôtel qu'il était femme, car la fille de chambre avait trouvé dans son linge des traces de sang provenant des menstrues (sang que S... prétendait être de provenance hémorroïdale): un jour que S... prenait un bain, la même fille de chambre, ayant regardé à travers le trou de la serrure, prétendit s'être convaincue de visu du sexe féminin de S...

Il faut croire que la famille de Mlle Marie fut pendant longtemps dans l'erreur sur le véritable sexe du pseudo-époux.

Rien ne caractérise mieux la naïveté et l'innocence incroyable de cette malheureuse fille que le passage suivant d'une lettre adressée par Marie à S... le 20 août 1889:

«Je n'aime plus les enfants des autres, mais un petit bébé de mon Sandi, une superbe petite poupée,--ah! quel bonheur, mon Sandi!»

Quant à l'individualité intellectuelle de S..., un grand nombre de manuscrits nous fournissent les renseignements désirés. L'écriture a du caractère, de la fermeté et de l'assurance. Ce sont des traits de plume foncièrement virils. Le contenu se répète partout avec les mêmes singularités: passion féroce et effrénée, haine et guerre à tout ce qui s'oppose à son coeur avide d'amour et d'affection, amour au souffle poétique, amour qui ne touche jamais à rien de vil, enthousiasme pour tout ce qui est beau et noble, goût pour les sciences et les beaux-arts.

Les écrits de Sarolta dénotent une vaste connaissance des littératures de toutes les langues: il y a là des citations des poètes et des prosateurs de tous les pays. Des gens compétents affirment aussi que les produits poétiques et la prose de S... ne sont pas sans valeur.

Les lettres et les écrits qui concernent ses rapports avec Marie, sont très remarquables au point de vue psychologique. S... parle du bonheur qui fleurit pour elle aux côtés de Marie, de son immense désir de voir, ne fût-ce qu'un moment, la femme adorée. Après tant de honte, elle ne désire qu'échanger sa cellule contre la tombe. La douleur la plus amère, c'est l'idée que maintenant Marie aussi la haïra. Elle a versé des larmes brûlantes sur son bonheur perdu, des larmes si abondantes qu'elle pourrait s'y noyer. Des feuilles entières sont consacrées à la glorification de cet amour, aux souvenirs du temps de son premier amour et de sa première connaissance.

S... se plaint de son coeur qui ne se laisse pas dominer par la raison; elle manifeste des explosions de sentiments, qu'on ne peut que sentir dans la réalité, et qu'on ne peut feindre. Puis de nouveau, des explosions de la passion la plus folle avec la déclaration de ne pouvoir plus vivre sans Marie. «Ta voix si chère et si aimée, cette voix au son de laquelle je sortirais peut-être encore de ma tombe, cette voix dont le son m'était toujours la promesse du paradis! Ta seule présence était suffisante pour soulager mes souffrances physiques et morales. C'était un courant magnétique, une singulière puissance que ton être a exercée sur le mien et que je ne saurais jamais définir. Ainsi j'en suis restée à la définition éternellement juste et vraie: Je l'aime, parce que je l'aime. Dans la nuit sombre et pleine de désolation, je n'avais qu'une étoile, l'astre de l'amour de Marie. Cet astre est éteint maintenant; il n'en est resté que le reflet, le souvenir doux et douloureux qui de sa lueur faible éclaircit encore la nuit terrible de la mort, une étincelle d'espoir...» Cet écrit se termine par cette apostrophe: «Messieurs, sages jurisconsultes, psycho-pathologues et autres, jugez-moi! Chaque pas que je faisais était guidé par l'amour, chacun de mes actes avait pour cause l'amour.--Dieu me l'a inculqué dans le coeur. S'il m'a créée telle et non autrement, est-ce ma faute ou sont-ce les voies du destin à jamais insondables? J'ai foi en Dieu et je crois qu'un jour la délivrance viendra, car ma faute n'était que l'amour même, base et principe fondamental de ses doctrines et de son empire. Dieu miséricordieux, tout-puissant, tu vois mes peines, tu sais combien je souffre: penche-toi vers moi, tends-moi ta main secourable, puisque tout le monde m'a déjà abandonnée. Dieu seul est juste. Dans quel beau langage le dit Victor Hugo dans sa Légende des Siècles! Qu'il me semble triste et singulier cet air de Mendelssohn: Chaque nuit je te vois dans mon rêve...»

Bien que S..., sache qu'aucun de ses écrits n'arrivera à sa «tête de lionne adorée», elle ne se lasse point de remplir les feuilles de l'exaltation de la personne de Marie, d'y transcrire les explosions de sa douleur et de son bonheur en amour, «de solliciter une seule larme claire et brillante, versée par un clair et tranquille soir d'été, quand le lac est embrasé des feux du soleil couchant, comme de l'or fondu, et que les cloches de Sainte-Anna et de Maria-Woerth se fondent en une harmonie mélancolique et annoncent le calme et la paix à cette pauvre âme, à ce pauvre coeur qui jusqu'au dernier soupir n'a battu que pour toi.»

Examen personnel.
--La première rencontre que les médecins légistes eurent avec Mlle S..., fut en quelque sorte un embarras pour les deux parties: pour les médecins, parce que la tournure virile, peut-être exagérée, de S..., leur en imposait; pour elle, parce qu'elle craignait d'être déshonorée par le stigmate de la moral insanity. Une figure intelligente, pas laide, qui malgré une certaine délicatesse des traits et une certaine exiguïté des parties, aurait eu un caractère masculin très prononcé, s'il n'y avait pas absence totale de moustaches, ce que S... regrettait beaucoup. Il était difficile, même pour les médecins légistes, malgré les vêtements féminins de Sarolta, de se figurer sans cesse avoir devant eux une dame: par contre, les rapports avec Sàndor homme se passaient avec beaucoup plus de sans-gêne, de naturel, et de correction apparente, l'accusée elle-même le sent bien. Elle devient plus franche, plus communicative, plus dégagée, aussitôt qu'on la traite en homme.

Malgré son penchant pour le sexe féminin qui existait chez elle depuis les premières années de sa vie, elle prétend n'avoir éprouvé les premières manifestations de l'instinct génital qu'à l'âge de treize ans, lorsqu'elle enleva l'Anglaise à cheveux roux du pensionnat de Dresde. Cet instinct se manifestait alors par une sensation de volupté, quand elle embrassait et caressait son amie. Déjà à cette époque, elle ne voyait dans ses songes que des êtres féminins; depuis, dans ses rêves érotiques, elle se sentit toujours dans la situation d'un homme, et à l'occasion, elle eut aussi la sensation de l'éjaculation.

Elle ne connaît ni l'onanisme solitaire ni l'onanisme mutuel. Pareille chose lui paraît dégoûtante et au-dessous de la «dignité d'un homme». Elle ne s'est jamais laissée toucher par d'autres ad genitalia, d'abord pour la raison qu'elle tenait beaucoup à garder son secret. Les menses ne se sont produites qu'à l'âge de dix-sept ans, elles venaient toujours faiblement et sans aucun malaise. S... abhorre visiblement la discussion des phénomènes de la menstruation; c'est quelque chose qui répugne à ses sentiments et à sa conscience d'homme. Elle reconnaît le caractère morbide de ses penchants sexuels, mais elle ne désire pas un autre état, se sentant bien et heureuse dans cette situation perverse. L'idée d'un rapport sexuel avec des hommes lui fait horreur et elle en croit l'exécution impossible.

Sa pudeur va si loin qu'elle coucherait plutôt avec des hommes qu'avec des femmes. Ainsi quand elle veut satisfaire un besoin naturel ou changer du linge, elle se voit dans la nécessité de prier sa compagne de cellule de se tourner vers la fenêtre pour qu'elle ne la regarde pas.

Quand S... se trouve par hasard en contact avec sa compagne de cellule, femme de la lie du peuple, elle éprouve une excitation voluptueuse, et a dû en rougir. S... raconte, même spontanément, qu'elle fut en proie à une véritable angoisse lorsque, dans la cellule de la prison, elle fut forcée de reprendre les vêtements de femme dont elle avait perdu l'habitude. Sa seule consolation fut qu'on lui avait laissé au moins sa chemise d'homme. Ce qui est très remarquable et ce qui prouve l'importance du sens olfactif dans sa vita sexualis, c'est qu'elle nous dit que, après le départ de Marie, elle avait cherché et reniflé les endroits du canapé où la tête de Marie s'était posée, pour respirer avec volupté le parfum de ses cheveux. Quant aux femmes, ce ne sont pas précisément les jeunes et les plantureuses qui intéressent S..., les très jeunes non plus. Elle ne met qu'au second rang les charmes physiques de la femme. Elle se sent attirée comme par une force magnétique vers celles qui sont entre vingt-quatre et trente ans. Elle trouvait sa satisfaction sexuelle exclusivement in corpore feminæ (jamais sur son propre corps), par la manustupration de la femme aimée ou en faisant le cunnilingus. À l'occasion elle se servait aussi d'un bas garni d'étoupe comme priape. S... ne fait qu'à contre-coeur et avec un visible embarras pudique ces révélations; de même, dans ses écrits, on ne trouve aucune trace d'impudicité ou de cynisme.

Elle est dévote, a un vif intérêt pour tout ce qui est beau et noble, sauf pour les hommes; elle est très sensible à l'estime morale des autres.

Elle regrette profondément d'avoir par sa passion rendu Marie malheureuse, trouve pervers ses sentiments sexuels, et cet amour d'une femme pour une autre femme moralement répréhensible chez les individus sains. Elle a beaucoup de talent littéraire, possède une mémoire extraordinaire. Sa seule faiblesse est sa légèreté colossale et son incapacité de gérer, avec bon sens, l'argent et les valeurs en argent. Mais elle se rend parfaitement compte de cette faiblesse et nous prie de n'en plus parler.

S... a 153 centimètres de taille; elle est d'une charpente osseuse délicate et maigre, mais étonnamment musculeuse sur la poitrine et sur la partie supérieure des cuisses. Sa démarche, avec des vêtements féminins, est maladroite.

Ses mouvements sont vigoureux, pas désagréables, bien que d'une certaine raideur masculine, sans grâce. Elle salue par une vigoureuse poignée de mains. Toute son attitude a l'air résolue, énergique, et dénote une certaine confiance en sa propre force. Le regard est intelligent, l'air un peu sombre. Ses pieds et ses mains sont remarquablement petits comme chez un enfant. Les parties tendineuses des extrémités sont remarquablement velues, tandis qu'on ne voit pas de poils de barbe, ni même de duvet, malgré les expériences faites avec le rasoir. Le torse ne répond pas du tout à la conformation féminine. La taille manque. Le bassin est si mince et si peu proéminent qu'une ligne partie d'au-dessous de l'aisselle et allant au genou correspondant forme une ligne droite et n'est ni enfoncée par la taille, ni repoussée en dehors par le bassin. Le crâne est légèrement oxycéphale et reste dans toutes ses dimensions d'un centimètre au-dessous du volume moyen du crâne féminin.

La circonférence du crâne est de 32 centimètres, la ligne de l'oreille à la pointe postérieure du crâne de 24, la ligne de l'oreille à l'occiput de 23, celle de l'oreille au front de 26,5; la circonférence longitudinale est de 30, la ligne de l'oreille au menton de 20,5, le diamètre longitudinal de 17, le plus grand diamètre en largeur de 13, la distance des conduits auditifs de 12, la ligne des jugulaires de 11,2 centimètres. La mâchoire supérieure dépasse la mâchoire inférieure de 0,5 centimètre. La position des dents n'est pas tout à fait normale. La dent oculaire supérieure à droite ne s'est jamais développée. La bouche est remarquablement petite. Les oreilles sont décollées, les lobes ne sont pas séparés, mais se confondent avec la peau des joues. Le palais est dur, étroit et bombé. La voix est dure et grave. Les seins sont assez développés, mais sans sécrétion. Le mons Veneris est couvert de poils touffus et foncés. Les parties génitales sont tout à fait féminines, sans aucune trace de phénomènes d'hermaphrodisme, mais leur développement s'est arrêté; elles ont le type enfantin d'une fille de dix ans. Les labia majora se touchent presque complètement, les minora ont la forme d'une crête de coq et proéminent au-dessus des grandes. Le clitoris est petit et très sensible. Le frenulum est tendre, le perineum très étroit, introitus vaginæ étroit, avec muqueuse normale. L'hymen manque (probablement absence congénitale), de même les carunculæ myrtiformes. La vagina est tellement étroite que l'introduction d'un membrum virile serait impossible; d'ailleurs très sensible. Il est évident que jusqu'ici le coït n'a pas eu lieu. L'utérus est senti à travers le rectum gros comme une noix; il est immobile et en rétroflexion.

Le bassin est aminci dans tous les sens (rabougri), avec un type masculin très prononcé. La distance entre les pointes de l'os iliaque antérieur est de 22,3 (au lieu de 26,9), celle des crêtes iliaques 26,5 (au lieu de 29,3) celle des trochanter de 27,7 (31), les conjungata externes ont 17,2 (19-20), et les internes ont 7,7 (au lieu de 10,8). En raison du peu de largeur du bassin, les cuisses ne sont pas convergentes comme c'est le cas chez la femme, mais leur position est tout à fait droite.

Le rapport médical a démontré que chez S..., il y a une inversion morbide et congénitale du sentiment sexuel, inversion qui se manifeste même anthropologiquement par des anomalies dans le développement du corps, et qui a pour cause de lourdes tares héréditaires; qu'enfin les actes incriminés trouvent leur explication dans la sexualité morbide et irrésistible de la malade.

La remarque caractéristique de S.: «Dieu m'a inculqué l'amour dans le coeur; s'il m'a créée telle et pas autrement, est-ce ma faute, ou sont-ce les voies insondables de la Providence?» est, sous ce rapport, tout à fait légitime.

Le tribunal a prononcé l'acquittement. La «comtesse en vêtements d'homme», comme l'appelaient les journaux, rentra dans la capitale de son pays où elle figure de nouveau comme comte Sàndor. Son seul chagrin est que son amour heureux avec sa Marie ardemment adorée a maintenant disparu.

Une femme mariée, à Brandon (Wisconsin), dont le docteur Kiernan rapporte l'histoire (The med. Standard, 1888, nov.-déc), a eu plus de chance. Elle enleva, en 1883, une jeune fille, se laissa marier avec elle à l'église, et vécut maritalement avec elle sans être dérangée.

Un cas rapporté par Spitzka (Chicago med. Review du 20 août 1881) fournit un intéressant exemple historique d'androgynie. Il concerne lord Cornbury, gouverneur de New-York, qui a vécu sous le gouvernement de la reine Anne, et qui, évidemment atteint de moral insanity, était un débauché effréné. Malgré sa haute position, il ne pouvait s'empêcher de se promener dans les rues vêtu en femme et avec toutes les allures et les minauderies d'une cocotte.

Sur un des portraits qu'on a pu conserver de lui, on remarquera surtout l'étroitesse de son os frontal, sa face asymétrique, ses traits féminins, sa bouche sensuelle. Il est certain qu'il ne s'est jamais pris lui-même pour une femme.

Chez les individus atteints d'inversion sexuelle, le sentiment et la tendance sexuels pervers peuvent aussi se compliquer d'autres phénomènes de perversion.

Il est probable qu'il s'agit, en ce qui concerne la manifestation de l'instinct, de faits analogues à ceux qui se produisent chez les personnes hétérosexuelles perverses dans la mise en action de leur instinct.

Étant donné cette circonstance que l'inversion sexuelle va presque régulièrement de pair avec une accentuation morbide de la vie sexuelle, il est fort possible que des actes sadistes et de volupté cruelle se produisent sans la satisfaction du libido. Un exemple caractéristique à ce sujet est le cas de Zastroio (Casper-Liman, 7e édit., t. I, p. 160; t. II, p. 487), qui a mordu une de ses victimes, un garçon, lui a déchiré le prépuce, fendu l'anus, et finalement l'a étranglé.

Z... était issu d'un grand-père psychopathe, d'une mère mélancolique; son oncle maternel s'adonnait à des jouissances sexuelles anormales et s'est suicidé.

Z... était né d'uraniste; dans son habitus et ses occupations, il était de caractère masculin, atteint de phimosis; c'était un homme faible psychiquement, tout à fait déséquilibré et, au point de vue social, tout à fait inutilisable. Il avait l'horror feminæ; dans ses rêves érotiques, il se sentait femme en face de l'homme; il avait la pénible conscience de son absence de sentiment sexuel normal et de son penchant pervers; il essaya de trouver une satisfaction dans l'onanisme mutuel et eut souvent des désirs de pédérastie.

On trouve dans l'historique de quelques-uns des malades précédents de pareilles velléités sadistes chez des invertis sexuels (comp. observations 107, 108 de cette édition). Il y a aussi du masochisme parfois (comp. observations 43, 6e édition, observation 111, 114 de cette édition).

Comme exemple de satisfaction sexuelle perverse basée sur l'inversion sexuelle, nous citerons encore ce Grec qui, comme le rapporte Athenæus, était amoureux d'une statue de Cupidon et la souilla dans le temple de Delphes; puis, outre les cas monstrueux cités dans le livre de Tardieu (Attentats, p. 272), le cas horrible d'un nommé Artusio (voir Lumbroso: L'uomo delinquente, p. 200) qui a ouvert le ventre d'un garçon et l'a souillé par cette ouverture.

Les observations 86, 110, 111 prouvent que, dans l'inversion sexuelle, on rencontre quelquefois aussi du fétichisme.

DIAGNOSTIC, PRONOSTIC ET TRAITEMENT DE L'INVERSION SEXUELLE

L'inversion sexuelle n'a eu pour la science jusqu'à ces derniers temps qu'un intérêt anthropologique, clinique et médico-légal; on est arrivé, grâce aux recherches plus récentes, à pouvoir penser aussi à la thérapie de cette anomalie funeste qui, chez l'individu atteint, constitue un si grave préjudice au point de vue moral, physique et social.

La première condition d'une intervention thérapeutique, c'est la différenciation exacte entre les cas de maladie acquise et ceux de maladie congénitale, et le classement d'un cas concret dans une des catégories qu'on a pu définir par la voie de l'empirisme scientifique.

Le diagnostic entre les cas acquis et congénitaux n'offre pas de difficultés au début.

Si l'inversio sexualis est déjà déclarée, l'étude rétrospective du cas donnera les éclaircissements nécessaires sur la maladie.

La conclusion importante, au point de vue du pronostic, c'est-à-dire de savoir s'il y a inversion congénitale ou acquise, ne peut dans ces cas se déduire que d'une anamnèse minutieuse.

Il serait de la plus grande importance, pour juger du caractère congénital de l'anomalie, d'établir si l'inversion sexuelle existait longtemps avant que l'individu se soit livré à la masturbation. Une enquête dans ce sens se butte à une difficulté: la possibilité d'une indication inexacte de l'époque (erreur de mémoire).

Prouver que le sentiment hétérosexuel a existé avant la période de début de l'auto-masturbation ou de l'onanisme mutuel, est chose importante pour la constatation d'une inversion sexuelle acquise.

En général, les cas acquis sont caractérisés de la façon suivante:

1º Le sentiment homosexuel ne se montre dans la vie de l'individu que secondairement, et peut être dû parfois à des incidents qui ont troublé la satisfaction sexuelle normale (neurasthénie onaniste, états psychiques).

Il est cependant probable que dans ce cas, malgré un libido sensuel et grossier, les sentiments et les penchants pour l'autre sexe, surtout au point de vue de l'affection psychique et du sens esthétique, ne reposent ab origine que sur une base très faible.

2º Tant que l'inversion sexuelle ne s'est pas manifestée par des faits, le sentiment homosexuel est jugé par la conscience comme vicieux et morbide, et l'individu ne s'abandonne que faute de mieux à cette anomalie.

3º Le sentiment hétérosexuel reste pendant longtemps prédominant, et l'individu ressent péniblement l'impossibilité de le satisfaire. Ce sentiment s'efface à mesure que le sentiment homosexuel se fait de plus en plus fort.

Dans les cas congénitaux, au contraire, on observe les phénomènes suivants:

a
) Le sentiment homosexuel vient en première ligne et domine la vita sexualis. Il apparaît comme une satisfaction naturelle et prédomine aussi dans les songes de l'individu.

b
) Le sentiment hétérosexuel a manqué de tout temps, ou si, dans le cours de la vie de l'individu, il se manifeste aussi (hermaphrodisme psycho-sexuel), il n'est qu'un phénomène épisodique, ne trouve pas de racines dans l'âme de l'individu, et n'est qu'un moyen accidentel pour satisfaire des impulsions sexuelles.

D'après ce qui procède, la différenciation entre les divers autres groupes d'invertis congénitaux et les cas d'inversion acquise ne rencontrera guère de difficultés.

Le pronostic des cas d'inversion sexuelle acquise est de beaucoup plus favorable que celui des cas congénitaux. Dans les premiers, c'est vraisemblablement l'effémination complète, la transformation psychique de l'individu dans le sens de ses sentiments sexuels pervers qui constitue la limite au delà de laquelle il n'y a plus rien à espérer pour la thérapeutique. Dans les cas congénitaux, les diverses catégories énumérées dans ce livre représentent autant de degrés divers de la tare psychosexuelle, et la guérison n'est possible qu'avec la catégorie des hermaphrodites, et seulement probable (voir plus loin le cas de Schrenk-Notzing) dans les états de dégénérescence plus grave.

La prophylaxie de ces états n'en serait que plus importante: empêchement pour les congénitaux de procréer de pareils malheureux; préservation pour les invertis acquis des influences nuisibles qui, d'après l'expérience, pourraient amener cette fatale aberration du sentiment sexuel.

D'innombrables héréditaires deviennent la proie de ce triste mal, parce que les parents et les précepteurs ne se doutent même pas des dangers que la masturbation peut avoir pour les enfants, sur un terrain pareil.

Dans beaucoup d'écoles et de pensionnats il y a pour ainsi dire un apprentissage de la masturbation et de l'impudicité. Aujourd'hui on se préoccupe trop peu de la situation physique et morale des élèves.

S'acquitter du programme d'études, voilà la principale chose. Qu'importe si en même temps maint élève sombre au physique et au moral!

Avec une pruderie ridicule on cache d'un voile épais aux jeunes gens qui grandissent la vita sexualis: mais on ne fait pas la moindre attention aux mouvements de leur instinct génital. Combien peu de médecins sont consultés par leurs clients souvent les plus lourdement tarés pendant la période de développement des enfants.

On croit tout devoir abandonner à la nature. Par moments celle-ci s'agite trop violemment et conduit par des voies dangereuses les jeunes gens qui manquent de conseils et de secours.

Il ne nous paraît pas à propos d'approfondir ici le côté prophylactique de la question[96].

[Note 96: Les paroles suivantes, que m'a écrites le malade de l'observation 88 de la 6e édition, sont dignes d'attention sous le rapport de la prophylaxie: «Si jamais on arrivait, non pas à détruire, comme chez les Spartiates, les jeunes gens malingres pour avoir une bonne sélection dans le sens des idées darwiniennes, mais à reconnaître notre inversion sexuelle à l'âge de notre première jeunesse, on pourrait peut-être, pendant cette période, guérir par la suggestion, la pire de toutes les maladies! Il est probable que la guérison pourrait être plus facilement obtenue dans la jeunesse que plus tard.»]

Les parents et les précepteurs trouveront beaucoup d'indications et d'instructions dans ce livre ainsi que dans les nombreux ouvrages scientifiques sur la masturbation.

Voici les points à remplir dans le traitement de l'inversion sexuelle:

1º Combattre l'onanisme ainsi que les autres éléments nuisibles à la vita sexualis.

2º Suppression de la névrose (neurasthenia sexualis et universalis) produite par des conditions anti-hygiéniques de la vita sexualis.

3º Traitement psychique pour combattre les sentiments et les impulsions homosexuels et développer le penchant hétérosexuel.

Le point principal de l'action devra viser à remplir la troisième indication, surtout contre l'onanisme.

L'accomplissement des points 1 et 2 du programme ne suffira que dans des cas très rares, quand l'inversion sexuelle acquise n'est pas encore arrivée à un état avancé. Le cas suivant rapporté par l'auteur dans le l'Irrenfreund de 1884, nº I, en fournit un exemple.

OBSERVATION 132.--Z... 51 ans, de mère psychopathe, a été mis dans son jeune âge à l'école des cadets où il a été entraîné à l'onanisme. Il se développa bien au physique; il avait le sens sexuel normal, et devint à l'âge de dix-sept ans légèrement neurasthénique à la suite de pratiques de masturbation; il eut des rapports sexuels avec des femmes et en éprouva du plaisir, se maria à l'âge de vingt-cinq ans, mais fut atteint un an plus tard de malaises neurasthéniques accentués et perdit alors tout à fait son inclination pour le sexe féminin. Elle fut remplacée par l'inversion sexuelle. Impliqué dans un procès de haute trahison, il passa deux ans en prison et ensuite cinq ans en Sibérie. Pendant ces sept années, la neurasthénie et l'inversion sexuelle s'aggravèrent sous l'influence de la masturbation continuelle. À l'âge de trente-cinq ans, rendu à la liberté, le malade a dû depuis visiter toutes sortes de stations thermales, à cause de ses malaises neurasthéniques très avancés. Pendant cette longue période, son sentiment sexuel anormal n'a subi aucun changement. Il vivait pour la plupart du temps séparé de sa femme, qu'il estimait beaucoup pour ses qualités intellectuelles, mais qu'il fuyait parce qu'elle était femme, de même qu'il évitait les contacts avec tout être féminin. Son inversion sexuelle était purement platonique. L'amitié, l'accolade cordiale, un baiser, lui suffisaient. Des pollutions occasionnelles se produisaient sous l'influence de rêves érotiques où il s'agissait toujours de personnes de son propre sexe. Pendant la journée aussi, la plus belle femme le laissait froid, tandis que la seule vue de beaux hommes provoquait chez lui de l'érection et de l'éjaculation. Au cirque et au bal il n'y avait que les athlètes et les danseurs qui l'intéressaient. Dans ses périodes de plus grande émotivité, l'aspect même des statues d'hommes lui provoquait du l'érection. Incidemment il retomba à son ancien vice, à la masturbation. Homme délicat de sentiment et cultivé au point de vue esthétique, il avait la pédérastie en horreur. Il considéra toujours son sentiment sexuel pervers comme quelque chose de morbide, sans s'en estimer malheureux, étant donné son libido et sa puissance manifestement affaiblis.

Le status præsens a montré les symptômes ordinaires de la neurasthénie. La taille, l'attitude et le vêtement ne présentaient rien d'étrange. Le massage électrique eut un succès extraordinaire. Au bout de quelques séances, le malade était très ragaillardi au physique et au moral. Après vingt séances, le libido s'est réveillé de nouveau, non dans le sens qu'il avait jusqu'ici, mais avec une tendance normale, la même que le malade eut jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. À partir de ce moment ses rêves érotiques n'eurent pour objet que la femme, et un jour le malade me raconta avec joie qu'il avait fait le coït et qu'il y avait éprouvé le même plaisir qu'il y a vingt-six ans. Il cohabitait de nouveau avec sa femme et espérait être délivré pour jamais de la neurasthénie et de l'inversion sexuelle. Cette espérance s'est justifiée pendant les six mois que j'ai encore eu l'occasion d'observer le malade.

Ordinairement le traitement physique, même soutenu par la thérapie morale, par des conseils énergiques d'éviter la masturbation, de supprimer les sentiments homosexuels et d'éveiller les tendances hétérosexuelles, ne suffit pas, même dans les cas d'inversion sexuelle acquise.

Seul le traitement psychique--la suggestion--peut être efficace.

L'observation suivante montre un exemple intéressant et réconfortant du succès obtenu par l'autosuggestion dans les formes atténuées de l'anomalie.

OBSERVATION 133.--Autobiographie d'un hermaphrodite psychique.--Lutte victorieuse de l'individu contre ses penchants homosexuels.

Mon père a eu une attaque d'apoplexie, mais il guérit en gardant une légère déviation de la figure. Ma mère était très anémique et très mélancolique. Tous deux ont beaucoup souffert d'hémorrhoïdes; mon père leur attribuait les maux de reins dont il souffrait par moments, même après son mariage.

Je suis, si j'ose m'exprimer ainsi, un caractère passif. Étant enfant je m'abandonnais à toutes sortes d'imaginations (les religieuses y compris). Je mouillais mes draps et pendant mon sommeil je m'amusais avec mes parties génitales, jusqu'au jour où mon père, pour m'en empêcher, m'attacha les mains. (J'étais à cette époque tout enfant et je ne me masturbais pas.) J'ai toujours été timide et maladroit dans mes rapports avec les autres. À l'âge d'environ quatorze ou quinze ans je fus poussé à l'onanisme. L'impulsion et les désirs pour la femme qui se sont manifestés lors de l'éveil de mon sentiment sexuel, n'étaient au fond que de nature platonique; d'ailleurs je n'avais pas d'occasions de me mettre en relation avec des dames. À l'âge d'environ dix-huit ans j'ai essayé de satisfaire d'une façon naturelle mon besoin sexuel, plutôt poussé par la curiosité que par une impulsion intérieure. Sans avoir eu jamais d'inclination pour la femme, j'ai depuis ce temps satisfait mon besoin par des rapports sexuels chaque fois que j'en ai eu l'occasion.

Peu après la période de la puberté, je devins très anémique et je paraissais plus que mon âge. Alors des pensées mélancoliques et des idées étranges se firent jour. J'éprouvais une vraie volupté à me représenter dans l'état de la plus grande humiliation possible. Il peut être intéressant d'ajouter encore qu'à cette époque je luttais contre des doutes religieux et que ce n'est que plus tard que j'ai trouvé le courage de me placer au-dessus de la religion. Je tombais amoureux des jeunes gens. Au commencement je résistai à ces idées, mais plus tard elles sont devenues si puissantes que je suis devenu un véritable uraniste. Les femmes me paraissaient n'être que des êtres humains de seconde classe. J'étais dans un état d'esprit désolant. Avec une lassitude de la vie, des tendances à la misanthropie s'installèrent dans mon âme malade.
Un jour je lus l'ouvrage: Was will das werden? (Qu'adviendra-t-il?) Et avant que j'aie pu m'en rendre compte, j'étais devenu démocrate-socialiste, mais dans le sens idéal. La vie avait de nouveau une valeur pour moi, car j'avais un idéal: la lutte pacifique pour le relèvement social du prolétariat. Cela produisit une puissante révolution dans mon être. Comme dans mes meilleurs jours (à l'âge de seize et dix-sept ans), je m'enthousiasmais pour l'art et notamment pour le théâtre. À l'heure qu'il est, je travaille à un drame et à une comédie, et je roule dans ma tête de grandes idées. J'ai lu une remarque de Schlegel que Sophocle devait son énergie et sa puissance de travail aux exercices physiques, son sens artistique à la musique. Puis un autre passage: «L'auteur dramatique doit être avant tout d'une intelligence intacte.» Cela me tomba comme une lourde pierre sur l'âme; car mes sentiments sexuels invertis ne pouvaient être sortis d'un esprit sain et droit.

Je conçus alors l'idée de me faire traiter par l'hypnotisme, mais la honte m'en empêcha. Je me dis alors que je devais être, au fond, un être lâche et bien faible pour avoir si peu de confiance en moi-même et je résolus sérieusement de supprimer mes désirs uranistes. En même temps, je combattis par un régime rationnel ma nervosité. Je faisais des parties de canot; je fréquentais la salle d'armes, je marchais beaucoup en plein air, et j'eus la joie, en me réveillant un matin, de me trouver comme un homme tout à fait transformé. Quand je pensais à mon passé entre vingt et vingt-six ans, il me semblait que, pendant cette période, un homme tout à fait étranger et dégoûtant avait logé dans ma peau.

J'étais tout étonné que le plus bel écuyer, le camionneur de bière le plus vigoureux ne m'inspirassent plus aucun intérêt; les musculeux tailleurs de pierres même me laissaient froid. J'avais du dégoût en pensant que de pareils gens avaient pu me sembler beaux. Ma confiance en moi-même s'augmente; je suis très bon, c'est vrai, mais je suis d'un caractère foncièrement actif. Mon extérieur s'est continuellement amélioré depuis l'âge de vingt ans. J'ai maintenant l'air que comporte mon âge. J'ai, c'est vrai, des rechutes dans mes désirs uranistes, mais je les supprime avec énergie. Je ne satisfais mon libido que par le coït, et j'espère qu'en continuant ce genre de vie rationnel l'envie du coït s'accroîtra.

Ordinairement c'est la suggestion par un tiers et la suggestion provoquée par l'hypnose qui offrira des chances de succès.

Dans ces cas la suggestion posthypnotique doit désuggérer l'impulsion à la masturbation ainsi que les sentiments homosexuels, et, d'autre part, inculquer au malade la confiance dans sa puissance et lui donner des penchants hétérosexuels.

La condition première est naturellement la possibilité d'amener une hypnose suffisamment profonde. C'est précisément ce qui ne réussit pas souvent chez les neurasthéniques; car ils sont trop excités, embarrassés, et peu en état de pouvoir concentrer leur idées.

Ainsi dans un cas que j'ai rapporté (T. I, fascicule II, p. 58 de Internationale Centralblatt für die Physiologie und Pathologie der Harn und Sexualorgane), je n'ai pas réussi à obtenir l'hypnose bien que le malade la désirât vivement et fît tout son possible pour y parvenir.

Étant donnés les bienfaits énormes qu'on peut rendre à ces malheureux, quand on se rappelle le fait de Ladame (voir plus loin), on devrait dans de pareils cas faire tout son possible pour forcer l'hypnose, seul moyen de salut. Le résultat fut satisfaisant dans les trois cas suivants.

OBSERVATION 134. (Inversion sexuelle acquise par la masturbation.)--M. X..., négociant, vingt-neuf ans.

Les parents du malade étaient bien portants. Dans la famille du père, aucune trace de nervosité.

Le père était un homme irritable et morose. Un frère du père avait été un viveur et est mort célibataire.

La mère est morte à sa troisième couche, le malade avait six ans; elle avait une voix grave et rauque, plutôt virile, et était très brusque dans ses allures.

Parmi les enfants nés de cette union, il y a un frère du malade qui est irritable, mélancolique et indifférent aux femmes.

Étant enfant, le malade eut une rougeole avec délire. Jusqu'à l'âge de quatorze ans, il était gai et sociable; à partir de cette époque, il est devenu calme, solitaire, mélancolique. La première trace de sentiment sexuel s'est fait remarquer à l'âge de dix à onze ans; il fut alors initié par d'autres garçons à l'onanisme et pratiqua avec eux l'onanisme mutuel.

À l'âge de treize à quatorze ans il eut sa première éjaculation. Jusqu'à il y a trois mois, le malade ne s'est aperçu d'aucune conséquence fâcheuse de l'onanisme.

À l'école il apprenait avec facilité; parfois il avait des maux de tête. À partir de l'âge de vingt ans, il a eu des pollutions, bien qu'il se masturbât tous les jours. Quand il avait des pollutions, il rêvait de scènes d'accouplement; il voyait comment l'homme et la femme accomplissaient l'acte. À l'âge de dix-sept ans, il a été amené par un homme homosexuel à pratiquer l'onanisme mutuel. Il y a éprouvé de la satisfaction, car il a toujours eu d'énormes besoins sexuels. Il s'est passé un temps assez long avant que le malade ait cherché une nouvelle occasion d'avoir des rapports avec un homme. Il s'agissait seulement pour lui de se débarrasser de son sperme.

Il n'éprouvait ni amitié, ni amour pour les personnes avec lesquelles il entretenait des rapports. Il n'éprouvait de satisfaction que lorsqu'il était dans le rôle actif et qu'on le manustruprait. Une fois l'acte accompli, il n'avait que du mépris pour l'individu. Quand, avec le temps, le personnage lui inspirait de l'estime, il cessait les relations. Plus tard, il lui fut indifférent de se masturber ou d'être masturbé. Quand il se masturbait lui-même, il pensait toujours à la main des hommes sympathiques qui l'onanisaient. Il préférait les mains dures et rugueuses.

Le malade croit que, sans la séduction, il se serait dirigé dans les voies de la satisfaction naturelle de l'instinct génital. Il n'a jamais éprouvé de l'amour pour son propre sexe, mais il s'est plu à l'idée de cultiver l'amour avec des hommes. Au commencement il a eu des émotions sensuelles en face de l'autre sexe. Il aimait à danser; il se plaisait avec les femmes, mais il regardait plutôt leur corps que leur figure. Il avait eu aussi des érections en voyant une femme sympathique, il n'a jamais essayé de faire le coït, car il craignait l'infection; il ignore même s'il serait puissant en présence d'une femme. Il croit que tel ne serait pas le cas, car ses sentiments pour les femmes se sont refroidis, surtout depuis cette dernière année.

Tandis qu'auparavant, dans ses rêves érotiques, il avait des représentations d'hommes et de femmes, plus tard, il ne rêvait plus que de rapprochements avec des hommes. Il ne peut se rappeler d'avoir, ces années dernières, rêvé de rapports sexuels avec une femme. Au théâtre, ce sont toujours les figures féminines qui l'intéressent, de même au cirque et au bal. Dans les musées, il se sent également attiré par les statues masculines et féminines.

Le malade fume beaucoup, boit de la bière, aime la compagnie des messieurs, est gymnaste et patineur. Les manières fates lui ont toujours été odieuses; il n'a jamais eu le désir de plaire aux hommes, mais plutôt le désir de plaire aux dames.

Il ressent péniblement son état actuel, l'onanisme ayant pris trop d'empire. L'onanisme qui, autrefois, était inoffensif, montre maintenant ses effets nuisibles.

Depuis le mois de juillet 1889, il souffre de névralgie des testicules; la douleur se fait sentir surtout pendant la nuit; il a souvent des tremblements la nuit, (irritabilité réflexe exagérée): le sommeil ne le repose pas; le malade s'éveille avec des douleurs dans les testicules. Il est maintenant porté à se masturber plus souvent qu'autrefois. Il a peur de l'onanisme. Il espère que sa vie sexuelle pourra encore être ramenée dans les voies normales. Il pense à l'avenir; il a même déjà noué une liaison avec une demoiselle qui lui est sympathique, et l'idée de l'avoir comme épouse lui est agréable.

Depuis cinq jours il s'est abstenu de l'onanisme, mais il ne croit pas qu'il serait capable d'y renoncer par sa propre force. Ces temps derniers, il était très abattu, n'avait plus envie de travailler, se sentait las de la vie.

Le malade est grand, vigoureux, bien bâti, très barbu. Le crâne et le squelette sont normaux.

Réflexes profonds très accentués, pupilles plus larges que la moyenne, égales, réagissant très promptement. Carotides de calibre égal. Hyperæsthesia urethræ. Les cordons spermatiques et le testicule ne sont pas sensibles; les parties génitales sont tout à fait normales.

On rassure le malade; on le console par l'espoir d'un avenir heureux à la condition qu'il renonce à l'onanisme et qu'il reporte son sentiment actuel pour son propre sexe vers les femmes.

Ordonnance: demi-bains (24--20° R.), antipyrine, 1 gr. pro die; le soir 4 grammes de bromure de potassium.

13 décembre. Le malade vient tout effrayé et troublé à la consultation, disant qu'il ne pourra par sa propre force résister à l'onanisme; il prie qu'on l'aide.

Un essai d'hypnose plonge la malade dans un profond engourdissement.

Il reçoit les suggestions suivantes:

1º Je ne puis, ne dois et ne veux plus faire de l'onanisme;

2º J'ai en horreur l'amour pour mon propre sexe et je ne trouverai plus beau aucun homme;

3º Je veux guérir et je guérirai; j'aimerai une brave femme, je serai heureux et je la rendrai heureuse.

14 décembre. Le malade, en se promenant, a vu un bel homme et s'est senti puissamment attiré vers celui-ci.

À partir de ce moment, tous les deux jours, séances hypnotiques avec les suggestions sus-indiquées. Le 18 décembre, (quatrième séance) on réussit à obtenir le somnambulisme. L'impulsion à l'onanisme et l'intérêt pour les individus masculins diminuent.

Dans la huitième séance, on ajoute aux suggestions sus-mentionnées celle de la «puissance complète». Le malade se sent moralement relevé et physiquement renforcé. La névralgie des testicules a disparu. Il trouve qu'il est maintenant au zéro du sentiment sexuel.

Il croit être débarrassé de la masturbation et de l'inversion sexuelle.

Après la onzième séance, il déclare n'avoir plus besoin des séances médicales. Il veut rentrer chez, lui et épouser une fille. Il se sent tout à fait bien portant et puissant. Le malade est renvoyé au commencement du mois de janvier 1890.

En mars 1890, le malade m'écrit: «J'ai eu depuis encore quelquefois besoin de rassembler toutes mes forces morales pour combattre mon ancienne habitude et Dieu merci! j'ai réussi à me délivrer de ce mal. Plusieurs fois déjà j'ai pu accomplir le coït et j'y ai éprouvé un plaisir assez sérieux. Je compte avec tranquillité sur l'avènement d'un avenir heureux.»

OBSERVATION 135. (Inversion sexuelle acquise. Amélioration notable par le traitement hypnotique.)--M. P..., né en 1803, employé d'un établissement industriel, est issu d'une famille de patriciens très considérée en Allemagne centrale, famille dans laquelle la nervosité et les maladies mentales étaient fréquentes.

L'aïeul du côté paternel et sa soeur sont morts aliénés, la grand'mère est morte d'apoplexie, le frère du père est mort fou, la fille de ce dernier a péri d'une tuberculose cérébrale; le frère de la mère s'est suicidé dans un accès de folie. Le père du malade est très nerveux; un frère aîné est gravement atteint de neurasthénie compliquée d'anomalie de la vita sexualis; un autre frère est l'objet de l'observation 118 de la sixième édition de la Psychopathia sexualis, un troisième frère a une conduite excentrique et aurait, dit-on, des monomanies; une soeur souffre de crampes, une autre soeur est morte en bas âge de convulsions.

Le malade est taré, car dès sa première jeunesse, il était très bizarre, irritable, emporté; il faisait à son entourage l'impression d'un individu anormal.

De très bonne heure, la vita sexualis se manifesta chez lui violemment, il est venu à l'onanisme sans y être entraîné. À partir de l'âge de seize ans, ce garçon, très développé pour son âge, fréquentait les bordels de la capitale, profitant de ses sorties du dimanche et des jours de fêtes. Il faisait le coït avec plaisir, et pendant les jours de la semaine, il se satisfaisait par l'onanisme. À partir de l'âge de vingt ans, le malade, devenu indépendant, fit des excès avec des prostituées; il fut à la suite atteint de neurasthenia sexualis, devint relativement impuissant, et ne trouva plus de satisfaction dans le coït, à cause de sa faiblesse d'érection et de l'ejaculatio præcox. Son libido sexualis devint plus puissant que jamais; il le satisfaisait par l'onanisme. Au commencement de l'année 1888, le malade fit la connaissance d'un jeune homme.

«Par sa figure agréable, ses manières câlines et les belles formes extérieures de son corps, il s'acquit toute mon affection. J'avais le désir de lui adresser la parole et je me réjouissais d'avance du moment où je pourrais le voir, j'étais tout à fait amoureux de lui. Avec cette passion s'éteignit mon amour pour les femmes. Cet homme pouvait m'exciter à un tel point que pendant des minutes, je sentais ma mémoire s'évanouir et que je ne pouvais que balbutier.

«Bientôt après, je fis la connaissance d'un monsieur qui m'était sympathique aussi et qui devait avoir une influence décisive sur le reste de ma vie. Il était homosexuel. Je lui avouai que je n'éprouvais plus que du dégoût pour le sexe féminin et que je me sentais attiré vers l'homme.

«Un jour que je demandais à mon camarade comment il s'y prenait pour amener des soldats à se livrer à lui, il me répondit que la principale chose était d'avoir de l'aplomb et qu'alors on pouvait faire marcher n'importe qui. Vers la fin de 1888, me rappelant ce conseil, je me rapprochai d'un brosseur d'officier qui m'avait puissamment excité, bien que jamais aucune éjaculation n'en eût résulté. Voyant que ce soldat ne voulait pas se livrer, je n'insistai plus auprès de lui. Alium quondam militem in cubiculum allectum rogavi ut, veste exuta, mecum in lectum concumberet. Rogatus fecit quæ volui et alter alterius penem trivit.

«Bien qu'après ce succès heureux j'aie encore abusé de beaucoup de gens, je n'étais pour ainsi dire amoureux que d'un seul. C'était un très joli garçon de dix-sept ans. Sa voix me semblait si caressante, ses manières étaient si convenablement tendres, qu'aujourd'hui encore je ne puis l'oublier. Dans mes rêves je ne m'occupais que de beaux jeunes gens et souvent ma sensualité réveillée m'empêchait de dormir des nuits entières».

Au commencement de l'année 1889, les manières du malade éveillèrent des soupçons d'amour homosexuel. Une dénonciation dont il était menacé, le déprima profondément et il songea à se suicider. Sur le conseil du médecin de la famille, il partit pour la capitale. Comme le malade était incapable de renoncer par sa propre volonté à ses goûts habituels, on commença à lui appliquer le traitement hypnotique. On n'obtint qu'un léger engourdissement qui n'eut qu'un succès minime, étant données les séductions des anciens amants dans la proximité desquels le malade se trouvait.

À cette époque, il ne manquait pas encore de principes moraux solides. La situation s'améliora grâce à l'idée de sa famille désolée, et par la crainte d'une poursuite judiciaire dont il était sérieusement menacé.

Le malade se décida à essayer de se soumettre au traitement de l'auteur de ce livre.

J'ai trouvé en lui un homme délicat, pâle, gravement neurasthénique, qui désespérait de son avenir, mais qui n'avait aucun stigmate extérieur de dégénérescence. Le malade reconnaissait qu'il se trouvait dans une fausse position et semblait vouloir faire tout son possible pour redevenir un homme honnête et convenable.

Il regrettait profondément sa perversion sexuelle qu'il jugeait comme morbide, mais qu'il croyait acquise. Il ne me cacha nullement qu'en présence de jeunes gens il n'était plus maître de lui et qu'il ne pouvait pas garantir non plus de pouvoir s'abstenir de l'onanisme auquel il était forcé d'avoir recours faute de mieux. Seule une volonté puissante pourrait par suggestion l'en préserver.

Son amour homosexuel a consisté jusqu'ici exclusivement en onanisme mutuel; l'érection ne se produit chez lui qu'au contact des hommes aimés; l'éjaculation a lieu très tôt, mais l'accolade seule ne suffit pas pour la provoquer. Il ne s'est pas senti dans un rôle sexuel particulier vis-à-vis de l'homme. Les parties génitales et les organes végétatifs sont normaux.

En dehors des dispositions pour un traitement contra neurastheniam, on a commencé, le 8 avril 1890, un traitement hypnotico-suggestif.

L'hypnose réussit facilement par le simple regard et la suggestion verbale. Après une demi-minute, le malade tomba dans un profond engourdissement avec attitude cataleptiforme des muscles. Le réveil eut lieu en lui suggérant qu'il se réveillerait en comptant jusqu'à trois. Parfois, on pouvait obtenir des suggestions post-hypnotiques. Les suggestions intra-hypnotiques avaient pour sujet:

1º Défense de s'onaniser;

2º Ordre formel de considérer l'amour homosexuel comme méprisable, dégoûtant et impossible;

3º Ordre de ne trouver de beauté que chez les dames, de s'approcher d'elles, de rêver d'elles, de sentir du libido et de l'érection à leur aspect.

Les séances ont eu lieu quotidiennement. Le 14 avril, le malade m'annonça avec contentement et une sorte de satisfaction morale qu'il a fait le coït avec plaisir et qu'il avait éjaculé tardivement.

Le 16, il se sentit exempt de tendances onanistes, attiré vers la femme et tout à fait indifférent envers les hommes. Il rêve de charmes féminins et a des rapports avec des femmes.

Le 1er mai, le malade paraît tout à fait normal sexuellement et il se sent comme tel. Il est devenu au physique un tout autre homme, plein de courage et de confiance en lui-même.

Il fait le coït normal avec une satisfaction parfaite et il se croit à l'abri de toute rechute.

Dans une lettre écrite plus tard M. P... dit:

«Ce qui n'est pas autrement remarquable, c'est que je suis toujours délivré de ces aberrations. La seule chose qui me rappelle encore cette période sombre, ce sont les rêves, rares il est vrai, de mon passé désolé que je n'ai pas le pouvoir de bannir et qui parfois occupent même agréablement mes pensées. Par ma propre volonté, je l'espère, je réussirai pourtant à m'en débarrasser bientôt tout à fait. Dans le cas où je redeviendrais faible, vos exhortations instantes, j'en suis sûr, feront que je résisterai avec énergie et que je ne succomberai point.»

Le 20 octobre 1890 P... m'écrivait:

«Je suis complètement guéri de l'onanisme et l'amour homosexuel ne trouve plus de sympathie en moi. Mais la puissance complète ne semble pas encore rétablie, bien que je vive avec un régime très réglé. Toutefois je me sens content.»

OBSERVATION 136. (Inversion sexuelle acquise.)--Z..., fonctionnaire, trente-deux ans, né d'une mère hystéropathe. La mère de la mère souffrait également d'hystérie, et tous ses frères et soeurs avaient des maladies de nerfs. Un frère est uraniste. Z... était faiblement doué d'esprit; il apprenait difficilement. En dehors de la scarlatine, il n'eut pas de maladies d'enfance. À treize ans, il fut amené par des camarades de pensionnat à pratiquer l'onanisme. Il était sexuellement hyperesthésique; il commença à l'âge de dix-sept ans à faire le coït qu'il pratiquait avec plaisir et puissance complète. À l'âge de vingt-six ans, mariage par raison d'argent et pour sa position sociale. Le ménage fut malheureux. Après un ans, Mme Z..., à la suite d'une maladie utérine très grave, devint incapable de supporter le coït. Z... satisfaisait ses grands besoins avec d'autres femmes et, faute de mieux, par la masturbation. Il s'adonna, en outre, à la passion du jeu, mena une vie tout à fait dissolue, devint gravement neurasthénique et essaya de ranimer ses nerfs usés en buvant de grandes quantités de vin et de cognac. À ses malaises essentiellement cérébrasthéniques se joignirent alors des crises de rire et de pleurs; il devint très émotif. Son libido nimia subsistait toujours sans être diminué. Par suite du dégoût qu'il avait toujours eu des prostituées et de la crainte des maladies, il ne se satisfaisait qu'exceptionnellement par le coït. Dans la plupart des cas, il se soulageait par l'onanisme.

Il y a quatre ans, il s'aperçut d'un affaiblissement progressif de l'érection et de la diminution du libido pour la femme. Il commença à se sentir attiré vers les hommes, et les scènes de ses rêves érotiques n'avaient plus pour objet la femme mais des individus masculins.

Il y a trois ans, comme un garçon de bain le massait, il fut très excité sexuellement (le domestique avait aussi de l'érection, ce qui frappa l'attention du malade). Il ne put pas se retenir de se serrer contre le garçon, de l'embrasser et de se faire masturber par lui, ce que celui-ci fit volontiers. À partir de ce moment ce genre de satisfaction sexuelle fut le seul qui lui convint. La femme lui est devenue tout à fait indifférente. Il ne courait qu'après les hommes. Cum talibus masturbationem mutuam fecit, concupivit cum iis dormire. Il abhorrait la pédérastie. Il se sentait tout à fait heureux, quand une lettre anonyme (datée du mois d'août 1889) qui l'engageait à être prudent, le ramena à la conscience de sa situation. Il fut profondément bouleversé, eut des attaques hystériques, fut complètement déprimé, eut honte devant les autres hommes, se sentit comme un paria dans la société, médita un suicide, s'ouvrit à un prêtre qui le rassura. Il tomba ensuite dans les idées religieuses, voulut entre autres entrer dans un couvent par pénitence et pour se guérir de ses aberrations sexuelles. En proie à cet état d'esprit, le malade tomba par hasard sur mon livre Psychopathia sexualis. Il fut épouvanté, honteux, mais il trouva une consolation dans l'idée qu'il devait être malade. Sa première idée fut de se réhabiliter sexuellement devant lui-même. Il surmonta toute son aversion, essaya le coït dans un bordel, ne réussit pas d'abord par suite de sa trop grande excitation, mais finit par remporter un succès.

Comme ses sentiments d'inversion sexuelle ne disparaissaient pas, bien qu'il s'efforçât de les refouler par toutes sortes de moyens possibles, il vint me trouver et me demander des soins médicaux. Il se sentait, dit-il, affreusement malheureux, près du désespoir et du suicide. Il voyait devant lui l'abîme et il voudrait être sauvé à tout prix.

Sa confession fut interrompue à plusieurs reprises par de violents accès hystériques. Des affirmations rassurantes, l'espoir du salut le calmèrent.

Au point de vue physique, la malade a le front un peu fuyant; pas d'autres stigmates de dégénérescence. L'irritation spinale, les réflexes profonds exagérés, la congestion de la tête, indiquaient la neurasthénie. Du côté des parties génitales point d'anomalies, mais l'urethra était hyperesthésié. Sa mine était troublée, son maintien relâché; vie psychique désordonnée et sans aucune consistance.

Ordonnance: demi-bains, frictions, antipyrine, bromure. Interdiction de s'onaniser, d'avoir des rapports avec des hommes; interdiction d'avoir des pensées libidineuses portant sur des hommes.

Le malade revient après quelques jours et se plaint qu'il n'est pas assez fort pour exécuter ce programme. Sa volonté est trop faible. Étant donnée cette situation précaire, il n'y a que la suggestion hypnotique qui puisse porter remède.

Suggestions
: 1º Je déteste l'onanisme, je ne puis et ne veux plus me masturber.

2º Je trouve le penchant pour l'homme dégoûtant, détestable. Jamais je ne trouverai plus l'homme ni beau, ni désirable.

3º Je trouve que seule la femme est désirable. Je ferai le coït avec plaisir et avec puissance, une fois par semaine.

Le malade accepte ces suggestions et les répète d'une voix balbutiante.

Les séances ont lieu tous les deux jours. À partir du 15 on réussit à obtenir l'état somnambulique avec suggestions posthypnotiques à volonté. Le malade reprend une certaine solidité morale et se rétablit au physique, mais des malaises cérébrasthéniques le tourmentent encore; parfois il a encore des rêves d'hommes pendant la nuit, et à l'état de veille des penchants vers l'homme, ce qui le déprime.

Le traitement dure jusqu'au 21 septembre. Résultat: le malade est guéri de l'onanisme; il n'est plus excité par les hommes mais bien par les femmes. Coït normal tous les huit jours. Les malaises hystériques ont disparu; les malaises neurasthéniques sont très atténués.

Le 6 octobre, le malade m'annonce par lettre qu'il se porte bien, et me remercie en paroles émues de l'avoir «sauvé d'un abîme profond». Il se sent rendu à une nouvelle vie.

Le 9 décembre 1889, le malade revient pour être soumis de nouveau à mon traitement. Il a eu, ces temps derniers, deux fois des rêves érotiques d'hommes, mais à l'état de veille il n'a éprouvé aucun penchant pour l'homme, il a pu aussi résister à la tentation de se masturber, bien que vivant seul à la campagne il n'eût pas d'occasions de faire le coït. Il a plus que de l'inclination pour l'autre sexe, et ordinairement il ne rêve que de personnes féminines; rentré dans la capitale, il a fait le coït et en a éprouvé du plaisir. Le malade se sent réhabilité moralement, presque débarrassé des malaises neurasthéniques, et déclare, après trois nouvelles séances hypnotiques, que maintenant il se croit tout à fait guéri et à l'abri de toute rechute. Toutefois une rechute a eu lieu au mois de septembre 1890. Le malade, après un surmenage physique dans un voyage à travers de hautes montagnes et une série d'émotions morales, et de plus par manque d'occasions de faire le coït, était redevenu neurasthénique.

Il eut de nouveau des rêves d'hommes, se sentit attiré vers des hommes sympathiques. Il se masturba plusieurs fois et n'éprouva plus de vrai plaisir lorsque, rentré dans la ville, il fit le coït. Du reste, par un traitement antineurasthénique et une seule hypnose, on réussit vite à rétablir sa santé et à rendre sa conduite normale.

Au cours des années 1890 et 1891, le malade eut encore par-ci par là des tendances à l'inversion sexuelle et des rêves dans ce sens, mais seulement lorsque, à la suite d'émotions morales ou d'excès, la névrose se manifestait de nouveau. Dans ces moments, le coït ne lui procurait plus de satisfaction. Le malade s'est vu alors dans la nécessité de faire rétablir l'équilibre par quelques séances hypnotiques, ce qui a toujours facilement réussi.

À la fin de l'année 1891, le malade déclare avec satisfaction que depuis son traitement il a su se maintenir à l'abri de la masturbation et des rapports homosexuels, et que sa confiance en lui-même, de même que son estime de lui-même, s'est consolidée de nouveau.

Quant aux autres cas d'inversion acquise, guéris par l'emploi de la suggestion hypnotique, consulter Wetterstrand, Der Hypnotismus und seine Anwendung in der praktischen Medicin, 1891, p. 52; Bernheim Hypnotisme, Paris, 1891, etc., p. 38.

Les faits que nous venons de citer et qui montrent le succès de la suggestion hypnotique en présence des cas d'inversion sexuelle acquise, font supposer qu'il est possible de porter secours aussi aux malheureux qui sont atteints d'inversion sexuelle congénitale.

Bien entendu, la situation dans ces derniers cas est tout autre, en tant qu'il s'agit de combattre une anomalie congénitale, de détruire une existence psycho-sexuelle morbide pour en créer à sa place une nouvelle qui soit saine. Cet effet paraît a priori impossible à obtenir, du moins chez l'uraniste prononcé. Mais, ce qui est en apparence impossible, devient possible par l'emploi d'artifices; cela ressort du cas de Schrenck-Notzing que nous trouverons plus loin. Il dépasse de beaucoup le cas que j'ai rapporté et dans lequel du moins la désuggestion des sentiments homosexuels a réussi avec l'emploi de l'hypnose.

Une observation analogue est rapportée par Ladame (voir plus loin).

Les conditions sont de beaucoup plus favorables chez l'hermaphrodite psycho-sexuel, chez qui on peut du moins renforcer par la suggestion et faire prévaloir les éléments et le sentiment hétérosexuel qui existent chez l'individu malade.

OBSERVATION 137.--Je suis enfant illégitime, né en 1858. Ce n'est que tard, en suivant les traces obscures de mon origine, que j'ai pu avoir des renseignements sur l'individualité de mes parents. Ces renseignements, malheureusement, sont très incomplets. Mon père et ma mère étaient cousins. Mon père est mort il y a trois ans; il s'était marié avec une autre femme et avait plusieurs enfants qui, autant que je sais, sont bien portants.

Je ne crois pas que mon père ait eu de l'inversion sexuelle. Étant enfant, je l'ai vu souvent sans me douter que c'était mon père. Il avait un aspect vigoureux et viril. D'ailleurs, on dit qu'à l'époque de ma naissance ou auparavant, il aurait eu une maladie vénérienne.

J'ai vu plusieurs fois ma mère dans la rue, mais j'ignorais alors que c'était ma mère. Elle devait avoir environ vingt-quatre ans, lorsque je suis venu au monde. Elle était de grande taille, de mouvements brusques et énergiques et d'un caractère résolu. On dit qu'à l'époque de ma naissance elle a beaucoup voyagé, déguisée en homme, qu'elle a porté les cheveux courts, fumé de longues pipes et en général qu'elle s'est fait remarquer alors par ses allures excentriques. Elle possédait une excellente instruction, avait été belle dans sa jeunesse; elle est morte sans avoir été jamais mariée et a laissé une fortune considérable.

Tout cela permettrait, le cas donné, de conclure à des penchants homosexuels ou du moins à l'existence d'anomalies. Ma mère a, plusieurs années avant ma naissance, donné le jour à une fille. Cette soeur que je n'ai jamais connue, s'est mariée très jeune; mais elle s'est empoisonnée après quelques années de mariage, pour des raisons que j'ignore encore.

J'ai 1 m. 70 de taille; 0 m. 92 de tour; le tour de mes reins est de 1 m. 02; je crois donc avoir le bassin un peu fortement développé. Le pannicule graisseux a été très développé chez moi de tout temps. La charpente osseuse est vigoureuse. La musculature est bien faite, mais pas assez développée, peut-être faute d'exercice ou peut-être sous l'influence de l'onanisme que j'ai pratiqué de bonne heure et avec persévérance: de sorte que je parais plus fort que je ne le suis. Le système pileux, les cheveux et la barbe sont normaux. Les poils des parties génitales sont quelque peu clairsemés. Le reste du corps est presque glabre. Tout mon extérieur a un caractère tout à fait viril. La démarche, le maintien, la voix, sont d'un homme complet, et d'autres uranistes m'ont souvent dit qu'ils ne se doutaient pas du tout de ma passion. J'ai servi dans l'armée et j'ai toujours pris plaisir aux exercices du cavalier, monter à cheval, faire de l'escrime, nager, etc.

Ma première éducation a été dirigée par un prêtre. Je n'avais guère de camarades de jeu pour ainsi dire. La vie de famille de mes parents d'adoption était irréprochable. Au mois d'octobre 1871, on m'a mis en pension. Là, j'ai commis les premiers actes pervers sur lesquels j'aurai à revenir en détail dans l'historique de ma vie sexuelle.

J'ai fait mes classes au lycée, puis mon service militaire comme volontaire d'un an; j'ai étudié ensuite la science forestière et je suis maintenant intendant d'un grand domaine. Je n'ai appris à parler qu'à l'âge de trois ans et ce fait a contribué à maintenir les gens dans la supposition que je suis hydrocéphale. À partir de l'époque où j'allai à l'école, mon développement intellectuel fut normal; j'apprenais même facilement, mais je n'ai jamais pu concentrer mon activité sur un point fixe. J'ai beaucoup de goût pour l'art et pour l'esthétique, mais aucun goût pour la musique. Dans mes premières années, j'avais le plus mauvais caractère qu'on puisse imaginer. Il a changé complètement au cours de ces derniers douze ans, sans que j'en puisse indiquer la cause. Aujourd'hui rien ne m'est plus haïssable que le mensonge et je ne dis plus rien de contraire à la vérité, pas même en plaisantant. Dans les affaires d'argent je suis devenu très économe, sans être pour cela avare.

Bref, aujourd'hui je ne pense qu'en rougissant à mon passé et je ne me considérerai à juste titre comme un parfait galant homme, que lorsque je pourrai être délivré de ma malheureuse perversion ou perversité sexuelle. J'ai bon coeur, toujours prêt à faire le bien dans la mesure de mes moyens, de caractère gai pour la plupart du temps; je suis un homme bien vu dans la société. Je n'ai aucune trace de cette irascibilité nerveuse qu'on remarque si souvent chez mes compagnons de souffrance. Je ne manque pas non plus de bravoure personnelle. Rien dans les premières phases de mon développement n'indique une anomalie. Il est vrai qu'étant encore enfant j'aimais à être au lit et à me coucher sur le ventre; je me suis, dans cette position, le matin, frotté avec plaisir le ventre contre le lit, ce qui a souvent fait rire mes parents adoptifs. Mais je ne me rappelle pas avoir ressenti de sensations voluptueuses par ces mouvements. Je n'ai jamais recherché particulièrement la camaraderie des petites filles et je n'ai jamais joué aux poupées. De très bonne heure, j'entendis parler des choses sexuelles. Mais en écoutant ce genre de conversation, je ne pensais à rien. Même dans la vie de mes rêves, il n'y avait alors rien qui touchât aux choses sexuelles. Il n'en était pas non plus question dans mes relations avec les garçons de mon âge. Je crois pouvoir affirmer que ma vita sexualis ne s'est éveillée qu'à l'âge de treize ans, au pensionnat, après avoir été entraîné par un camarade à l'onanisme mutuel. L'éjaculation ne se produisit pas encore; la première n'eut lieu qu'un an plus tard. Malgré cela, je me livrai avec passion au vice de l'onanisme. Mais à cette époque se manifestèrent déjà les premiers symptômes d'un penchant homosexuel. Des jeunes gens vigoureux, des débardeurs de la halle, des ouvriers, des soldats apparurent dans mes rêves, et l'évocation de leur image jouait un rôle pendant la masturbation. En même temps, il se manifesta une première inclination à la pédérastie, notamment à la pédérastie passive. Jusqu'à l'âge de quatorze ans j'ai fait souvent avec mon séducteur des essais de pédérastie mutuelle sans que l'on ait réussi à accomplir une immissio. Parallèlement à ces tendances, il existait encore un penchant faible pour le sexe féminin. Environ six mois après la première masturbation, j'allai une fois chez une puella publica, mais je n'eus ni éjaculation ni volupté particulière. Plus tard j'ai fait jusqu'à l'âge de dix-neuf ans six fois le coït dans des maisons publiques. L'érection et l'éjaculation se produisaient promptement, mais sans me procurer une grande volupté. L'onanisme, surtout pratiqué mutuellement, m'était au moins aussi agréable que le coït. Je n'ai jamais eu ce qu'on appelle un «amour de lycéen». Il y a dix ans, lorsque je me trouvais à la station balnéaire de H., je crus qu'il s'éveillait en moi de l'amour pour une dame d'une beauté extraordinaire qui appartenait à une grande famille; je me sentais bien près d'elle et je m'estimai heureux quand je constatai que mon amour était payé de retour. Aussi cette liaison me détourna pendant quelque temps de l'onanisme; seulement j'avais peur, par suite de l'onanisme pratiqué pendant des années, d'être affaibli et d'être incapable de remplir mes devoirs conjugaux. Quand nous fûmes ensuite séparés par la distance, mon affection se refroidit bien vite; je m'aperçus que je m'étais berné moi-même et, deux années plus tard, je pouvais apprendre sans la moindre jalousie, que cette dame s'était mariée. Mon penchant pour la femme--si jamais il avait existé--se refroidissait de plus en plus. Il y a deux ans et demi, étant allé avec des amis très virils dans une maison publique à H., je fis mon dernier coït. J'eus encore une érection, mais plus d'éjaculation. La femme m'est devenue indifférente; la prostituée qui se comporte avec effronterie, provoque mon indignation. J'aime la société des femmes spirituelles, surtout de celles qui sont déjà d'un certain âge, bien que dans la société je sois maladroit, gauche, et souvent même sans tact. Je n'ai jamais trouvé aucun charme aux formes du corps féminin.

Mais revenons à mes tendances perverses. Quand, à l'âge de quatorze ans, je suis venu à H..., j'ai perdu de vue mon amant, mon séducteur. Il avait quelques années de plus que moi, et il entra dans la carrière administrative à l'âge de dix-neuf ans, je l'ai rencontré pendant un voyage en chemin de fer. Nous avons interrompu notre voyage, pris une chambre commune et essayé de la pédérastie mutuelle; mais, à cause des douleurs, l'immissio ne nous a pas réussi. Nous nous sommes satisfaits alors par l'onanisme mutuel. À H..., j'ai eu des rapports sexuels avec deux condisciples, mais ces rapports se bornaient à de fréquentes masturbations mutuelles, mes deux camarades ne voulant pas se prêter à la pédérastie. Dans la dernière année de mon séjour à H..., j'avais alors dix-neuf ans, j'eus encore des rapports avec un troisième ami en pratiquant de l'onanisme; mais nos relations étaient déjà plus intimes; nous nous déshabillions et faisions de la masturbation mutuelle au lit. Du mois d'octobre 1869 jusqu'au mois de juillet 1870, je n'eus pas d'amant. Je faisais de la masturbation solitaire. Quand la guerre éclata, je voulus me faire enrôler comme volontaire, mais on ne m'a pas pris. En même temps que moi se présenta au bureau d'enrôlement un ancien camarade d'école qui depuis était devenu un jeune homme d'une rare beauté. J'ai dû partager avec lui dans un hôtel trop rempli le même lit pendant une nuit. Bien qu'à l'époque de notre séjour à l'école nous n'eussions jamais eu de rapports sexuels l'un avec l'autre, il se montra favorable à mes assiduités et fit une tentative de pédérastie. Elle ne réussit pas non plus, à cause des douleurs; cependant pendant ces essais il y eut ejaculatio ante anum meum. Aujourd'hui encore je me rappelle de la sensation de volupté que j'ai éprouvée et qui dépassa toute mon attente. Après la guerre j'ai encore souvent rencontré cet ami, mais nos rapports se bornèrent alors aux procédés d'onanisme mutuel. Pendant les dix-huit années suivantes, je n'ai eu que deux fois l'occasion de pratiquer l'amour homosexuel. L'hiver de l'année 1879 je rencontrai dans un compartiment de chemin de fer un beau hussard. Je le décidai à coucher avec moi dans un hôtel. Plus tard il m'avoua avoir déjà pratiqué l'onanisme mutuel avec le fils du châtelain de sa commune. Je ne pus le décider à la pédérastie. Par contre je provoquai chez lui de l'éjaculation par la receptio penis ejus in os meum. Ce procédé ne m'a procuré aucune satisfaction, mais du dégoût. Je n'y suis jamais revenu depuis et je n'ai pas accepté non plus la receptio penis mei in os alterius. En 1887 j'ai fait, c'était encore en chemin de fer, la connaissance d'un matelot que je décidai à rester avec moi à l'hôtel. Il prétendit, il est vrai, n'avoir encore jamais fait de la pédérastie, mais il s'y montra tout de suite disposé; il était dans une excitation sensuelle manifeste, eut immédiatement de l'érection et accomplit l'acte avec une ardeur non dissimulée. C'était la première fois que la pædicatio réussissait. J'eus, il est vrai, des douleurs atroces mais aussi une jouissance infinie.

Pendant mon séjour dans cette ville ma vita sexualis a subi un changement radical. J'ai constaté avec quelle facilité on peut, soit pour de l'argent, soit par goût, trouver des gens qui se prêtent à nos penchants. De tristes expériences avec des escrocs ne me furent pas épargnées non plus. Jusqu'à la fin de l'année passée j'ai goûté abondamment au plaisir de l'amour homosexuel et surtout de la pédérastie passive; depuis je n'ai pratiqué que l'onanisme mutuel de peur de contracter une maladie vénérienne. Je n'ai jamais été pédéraste actif, d'abord pour la simple raison que je n'ai trouvé personne qui pût supporter la douleur qui en résulte.

Je cherche de préférence mes amants parmi les cavaliers, les marins, éventuellement parmi les ouvriers, surtout les bouchers et les forgerons. Les hommes robustes, à la figure colorée, m'attirent particulièrement. Les culottes de peau ordinaire des cavaliers ont pour moi un charme particulier. Je n'ai pas de prédilection ni pour les baisers ni pour d'autres accessoires. J'aime aussi les grandes mains dures et rendues calleuses par le travail.

Je ne veux pas laisser passer inaperçu que, dans certaines circonstances, j'ai un grand empire sur moi-même.

Étant intendant d'un grand domaine, j'habitais une grande maison. Mon valet était un jeune homme d'une rare beauté, qui avait fait son service militaire dans les hussards. Après avoir causé une fois vaguement de cette affaire avec lui et appris à cette occasion qu'il était inaccessible, j'ai habité pendant des années avec ce jeune homme, je me suis réjoui de sa beauté, mais je ne l'ai jamais touché. Je crois qu'il ignore encore aujourd'hui ma passion. De même j'ai fait il y a deux ans et demi à C... la connaissance d'un matelot qu'aujourd'hui encore, mes amis et moi, nous déclarons être le plus bel homme que nous ayons jamais vu. Après une absence de plus de deux années, ce marin se rendit, il y a quelques semaines, à mon invitation et me fit une visite. Je sus m'arranger de façon à ce que nous couchions dans la même chambre; je brûlais du désir de m'approcher de lui. Mais avant je le sondai par une conversation confidentielle et quand j'appris qu'il méprisait tout ce qui avait rapport à l'amour homosexuel, je ne pus me décider à essayer de nouveaux rapprochements. Pendant des semaines nous avons partagé la même chambre, je me suis toujours réjoui à la vue de son corps superbe (dans les premiers jours j'en étais même excité sexuellement); j'ai pris avec lui un bain romain afin de pouvoir regardé son corps nu, mais il n'a jamais rien su de ma passion. Aujourd'hui encore j'ai une liaison idéale et platonique avec ce jeune homme qui a une instruction bien supérieure à sa position sociale et un joli talent de poète.

Jusqu'à l'âge de trente-huit ans, je n'ai pas eu une idée nette de ma situation. Je croyais toujours que je m'étais désaccoutumé de la femme par suite de l'onanisme trop précoce et pratiqué depuis, continuellement et avec intensité; j'espérais toujours que, quand je rencontrerais «la vraie femme», j'abandonnerais l'onanisme et que je pourrais trouver du plaisir avec elle. Je n'ai connu mon état qu'après avoir fait la connaissance de compagnons de souffrance et de gens de ma tendance. Je fus d'abord épouvanté; plus tard, je me suis résigné en me disant que mon sort ne dépend pas de moi. Aussi n'ai-je plus fait d'efforts pour résister à la tentation.

Il y a deux ou trois semaines, votre livre Psychopathia sexualis m'est tombé entre les mains. Cet ouvrage m'a fait une impression des plus profondes. Je l'ai d'abord lu avec un intérêt indubitablement lascif. La description de la formation des mujerados, par exemple, m'a beaucoup excité. L'idée qu'un jeune homme vigoureux soit émasculé de cette façon pour servir plus tard à la pédérastie de toute une tribu de peaux-rouges sauvages, vigoureux et sensuels, m'a tellement excité que, les deux jours suivants, je me suis masturbé cinq fois, toujours en rêvant que j'étais un de ces mujerados. Mais plus j'avançais dans la lecture du livre, plus j'en comprenais la portée sérieuse, morale, et plus j'ai pris en horreur mon état actuel. J'ai compris de mieux en mieux ce qu'il me faudrait faire pour amener, s'il en existe la moindre possibilité, un changement dans ma situation présente. Quand j'eus fini l'ouvrage, ma résolution était prise d'aller chercher remède chez l'auteur.

La lecture de l'ouvrage cité a eu sans doute un résultat. Depuis, je n'ai pratiqué que deux fois la masturbation solitaire, et deux fois avec des cavaliers. Dans ces quatre cas, j'ai eu bien moins de satisfaction qu'auparavant et j'ai toujours ce sentiment: «Ah! puisses-tu donc renoncer à tout cela!»

Néanmoins, je vous avoue que maintenant encore j'ai immédiatement des érections, quand je me trouve avec de beaux militaires.

Pour terminer, j'ajouterai encore que malgré, ou peut-être à cause de la fréquence de l'onanisme, je n'ai jamais eu de pollutions. L'éjaculation qui d'ailleurs ne consiste et n'a consisté habituellement qu'en quelques petites gouttelettes, ne se produit qu'après une friction d'une durée relativement longue.

Quand pour une raison ou pour une autre, je m'abstenais pendant longtemps de l'onanisme, l'éjaculation se produisait plus promptement et plus abondamment.

Il y a douze ans, Hansen a essayé, mais en vain, de m'hypnotiser.»

Au printemps de 1891 l'auteur de l'autobiographie précédente est venu me trouver, en me déclarant qu'il ne pouvait plus continuer cette existence et qu'il considérait le traitement hypnotique comme son dernier moyen de salut, ne se sentant pas lui-même la force nécessaire pour résister à son penchant funeste à l'onanisme et à la satisfaction sexuelle avec des personnes de son propre sexe. Il se sent comme un paria, un être contre nature, mis hors les lois de la nature et de la société, et se trouvant de plus en danger de tomber entre les mains des juges.

Il éprouve une horreur morale en accomplissant l'acte sexuel avec un individu masculin, et pourtant il se sent comme électrisé à la vue d'un beau troupier.

Depuis des années, il n'a plus la moindre sympathie, pas même morale, pour la femme.

La malade m'a paru, au point de vue physique et psychique, exactement tel qu'il s'est présenté dans son autobiographie.

J'ai pu constater que le crâne est un peu hydrocéphale et en même temps plagiocéphale.

Les essais d'hypnotisation se sont heurtés au commencement à des difficultés.

Ce n'est que par le moyen du Braid et en me servant d'un peu de chloroforme que j'ai pu obtenir, dans la troisième séance, un profond engourdissement.

À partir de ce moment, il suffisait de le faire regarder un objet brillant.

Les suggestions consistaient dans l'interdiction de la masturbation, dans la désuggestion des sentiments homosexuels, dans l'assurance que le malade prendrait goût à la femme et qu'il n'aurait plaisir et puissance que dans les rapports hétérosexuels.

Une seule fois il revint encore à la masturbation. Après la troisième séance, le malade rêva de femmes.

Quand, après la quatorzième séance, le malade, appelé à sa maison, par d'importantes affaires, dut partir, il se déclara complètement débarrassé des tendances à la masturbation et à l'amour homosexuel: cependant, ajoutait-il, le penchant pour l'homme n'était pas encore tout à fait éteint.

Il éprouva de nouveau de l'intérêt pour le sexe féminin, et il espère en continuant le traitement se délivrer définitivement de son funeste état.

OBSERVATION 138. (Hermaphrodisme psychique.)--M. V. P., vingt-cinq ans, célibataire, issu d'une famille nerveuse, a souffert de convulsions dans son enfance. Il s'en est rétabli, mais il est resté malingre, émotif et irascible. Il n'a pas eu de maladies graves. Avant l'âge de dix ans, la vie sexuelle s'est éveillée. Ses premiers souvenirs à ce sujet se rapportent à des sensations voluptueuses qu'il a éprouvées auprès des valets de la maison. Quand il fut plus âgé, il avait des rêves érotiques où il s'agissait de rapports avec des hommes. Au cirque il s'intéressait exclusivement aux artistes masculins.

Les jeunes gens vigoureux lui étaient les plus sympathiques de tous. Souvent il ne pouvait résister à l'envie de les enlacer et de les embrasser. Ces temps derniers, le simple frôlement d'un homme le remplissait de délices et lui donnait de l'éjaculation. Il a jusqu'ici heureusement résisté à l'impulsion de nouer une liaison amoureuse avec un homme. Le malade est un hermaphrodite psychique, dans ce sens qu'il n'est pas insensible aux charmes féminins; mais il trouve l'homme plus beau que la femme. Jusqu'ici, à vrai dire, les nudités féminines ne lui ont jamais plu, et ce n'est qu'une fois qu'il aurait, d'après ses souvenirs, rêvé du coït avec une femme.

Ayant de grands besoins sexuels et ne voulant pas se commettre avec des hommes, il a toutefois commencé à l'âge de vingt ans à avoir des rapports sexuels avec des femmes. Jusque-là il s'est rarement livré à la masturbation manuelle, mais il a fait souvent de l'onanisme psychique; ce faisant, des images de beaux hommes planaient dans son imagination.

Il a fait le coït avec succès, mais sans plaisir et sans une véritable sensation de volupté. Par des circonstances particulières, il fut astreint à l'abstinence de sa vingt-deuxième à sa vingt-quatrième année. Il supporta péniblement cette abstinence, mais il se soulageait par-ci par-là par l'onanisme psychique.

Quand, il y un an, il trouva de nouveau l'occasion de faire le coït, il s'aperçut que son libido pour la femme s'était affaibli, que l'érection était insuffisante et que l'éjaculation se produisait trop tôt. Finalement il renonça au coït. Alors il se manifesta chez lui du libido pour l'homme.

Étant donnée la faiblesse irritable de son centre d'éjaculation, le seul contact des hommes sympathiques suffisait pour provoquer chez lui un écoulement de sperme.

Le malade est fils unique. Des raisons de famille exigent qu'il conclue un mariage. Il a, à juste titre, des scrupules; il se croit impuissant «imaginatif», et demande conseil et remède.

Il sait bien qu'il faudrait lui enlever ses penchants pour l'homme; c'est le seul moyen de le secourir.

Il est d'un extérieur tout à fait viril. Le crâne est légèrement hydrocéphale. Barbe richement développée, parties génitales normales. Le réflexe crémastérien ne peut pas être provoqué. Aucun symptôme de neurasthénie. OEil névropathique. Pollutions rares. Érections seulement en présence des hommes sympathiques.

Le 16 juillet 1889, on a commencé à faire de l'hypnose selon la méthode de Bernheim, afin d'agir sur lui par suggestion. Ce n'est qu'à la troisième séance, le 18, qu'on a obtenu un profond engourdissement.

Suggestions:
Vous n'avez plus d'affection pour l'homme. Seule la femme est belle et désirable. Vous aimerez une femme, vous l'épouserez, vous serez heureux, et vous la rendrez heureuse. Vous êtes tout à fait puissant. Vous le sentez déjà.

Le malade accepte toutes les suggestions dans l'hypnose qui est répétée chaque jour, mais qui ne dépasse jamais l'engourdissement. Le 22 juillet il annonce qu'il a fait le coït avec plaisir. Le garçon de l'hôtel où il demeure l'intéresse de moins en moins. Toutefois, il trouve toujours l'homme plus beau que la femme. Le 1er août on a dû interrompre le traitement. Résultat: puissance complète, indifférence totale pour le sexe masculin, et aussi pour le moment pour le sexe féminin.

Le même traitement a eu un succès décisif dans le cas suivant d'hermaphrodisme psychosoxuel que j'ai rapporté dans le T. 1, fascicule 2 de l'Internat.
Centralblatt für die Physiol. u. Pathol. der Harn und Sexualorgane.

OBSERVATION 139.--Monsieur V. X., vingt-cinq ans, grand propriétaire, né d'un père névropathe et emporté. Le père dit-on, est sexuellement normal. La mère souffrait des nerfs, de même que ses deux soeurs. La mère de la mère était nerveuse, le père de la mère était un viveur et faisait des excès in Venere. Le malade est enfant unique et tient de la mère. Il fut dès sa naissance malingre, souffrit beaucoup de migraines; il était nerveux, il a supporté diverses maladies d'enfance et s'est livré, sans y être entraîné, à l'onanisme à partir de l'âge de quinze ans.

Il prétend n'avoir éprouvé d'inclination ni pour le sexe féminin, ni pour le masculin, jusqu'à l'âge de dix-sept ans; alors s'est éveillé en lui le penchant pour l'homme. Il est devenu amoureux d'un camarade. Celui-ci a répondu à son amour. Ils se sont enlacés, se sont embrassés et se sont masturbés mutuellement. À l'occasion le malade pratiquait le coït inter femora viri. Il abhorrait la pédérastie.

Ses rêves érotiques n'avaient pour objet que des hommes. Au théâtre et au cirque, il ne s'intéressait qu'aux sujets masculins. Son penchant le portait vers les gens d'environ vingt ans. Une belle taille plantureuse lui inspirait de la sympathie.

Quand ces conditions étaient remplies, peu lui importait à quelle classe de la société l'homme de sa prédilection appartenait. Dans ses rencontres sexuelles, il se sentait toujours dans le rôle masculin.

À partir de l'âge de dix-huit ans, le malade fut l'objet de vives préoccupations de la part de sa famille, car il avait noué une liaison amoureuse avec un garçon de café, s'était rendu ridicule par cette affaire et s'était laissé exploiter. On le fit rentrer à la maison. Il se commettait avec des valets et des cochers. Il y eut scandale. On l'envoya en voyage. À Londres il s'attira une affaire de chantage. Il réussit à regagner sa patrie.

Ces diverses expériences ne lui furent d'aucun enseignement et il manifesta de nouveau un penchant fatal pour les hommes. On m'a envoyé le malade pour que je le guérisse de son funeste penchant (décembre 1888). C'est un jeune homme bien portant, de grande taille, imposant, robuste; il est de conformation tout à fait virile, a les parties génitales fortes et bien développées. La démarche, la voix et le maintien sont tout à fait virils. Il n'a pas de passions viriles bien prononcées. Il fume peu et seulement des cigarettes, boit très peu, aime les sucreries, la musique, les beaux-arts, l'élégance, les fleurs, et se meut de préférence dans les cercles de femmes; il porte moustache, mais le reste de la figure est rasé. Sa mise n'a rien du gommeux. C'est un homme pâle, amolli, un flâneur et un propre à rien du grand monde, qu'il est difficile de sortir du lit avant l'heure de midi. Il prétend n'avoir jamais senti le caractère morbide de son penchant pour son propre sexe. Il croit que cette disposition est congénitale; il voudrait, assagi par de fâcheuses expériences, se délivrer de sa funeste perversion; mais il n'a guère confiance en sa force morale. Il a déjà essayé, mais alors il tombe toujours dans le vice de la masturbation qu'il trouve nuisible, car elle lui cause des malaises neurasthéniques (pas trop graves d'ailleurs). Il n'y a pas chez lui de défectuosités morales. L'intelligence est un peu au-dessous de la moyenne. Il a une éducation soignée et des manières aristocratiques. L'oeil un peu névropathique dénote la constitution nerveuse de l'individu. Le malade n'est pas un uraniste complet et condamné. Il a des sentiments hétérosexuels, mais ses émotions sensuelles pour le beau sexe ne se manifestent que rarement et à un degré très faible. À l'âge de dix-neuf ans, il fut pour la première fois amené par des amis dans un lupanar. Il n'éprouva pas d'horror feminæ, il eut une érection suffisante et fit le coït avec quelque plaisir, mais sans cette volupté intense qu'il éprouve entre les bras d'un homme.

Depuis, dit le malade, il a encore coïté six fois, deux fois sua sponte. Il affirme qu'il en a toujours l'occasion, mais qu'il ne le fait que faute de mieux, quand l'impulsion sexuelle le tourmente trop; enfin que le coït ainsi que la masturbation lui servent de faible compensation pour remplacer l'amour homosexuel. Il a même déjà pensé à la possibilité de trouver une femme sympathique et de l'épouser. Il est vrai qu'il considérerait les rapports conjugaux et l'abstinence définitive des hommes comme des devoirs très durs.

Comme il y avait là des rudiments de sentiment hétérosexuel et que le cas ne pouvait être considéré comme désespéré, un essai thérapeutique me sembla opportun. Les indications étaient très claires, mais on ne pouvait compter sur la volonté de ce malade amolli, qui n'avait nullement la conscience nette de sa situation. Il était donc tout indiqué de chercher dans l'hypnose un appui pour l'influence morale du médecin. La réalisation de cet espoir paraissait douteuse, par suite du récit du malade que le fameux Hansen avait, à plusieurs reprises, mais en vain, essayé de l'hypnotiser.

Toutefois, il fallait répéter les essais, à cause des intérêts sociaux importants du malade. À mon grand étonnement, la méthode de Bernheim amena immédiatement un profond engourdissement avec possibilité de suggestion posthypnotique.

À la deuxième séance, le somnambulisme a été obtenu par un simple regard jeté sur le malade qui est suggestible dans tous les sens. On peut, en lui passant la main sur la peau, provoquer des contractures. Le réveil a lieu en comptant jusqu'à trois.

La malade a de l'amnésie, en dehors de l'hypnose, pour tout ce qui s'est passé pendant son état hypnotique. On l'hypnotise tous les deux ou trois jours pour lui faire des suggestions. On fait, en outre, un traitement moral et hydrothérapique.

Les suggestions faites pendant l'hypnose sont les suivantes:

1º Je déteste l'onanisme, car il rend malade et misérable;

2º Je n'ai plus d'affection pour l'homme, car l'amour pour un être masculin est contraire à la religion, à la nature et à la loi;

3º J'éprouve du penchant pour la femme, car la femme est un être aimable et désirable; elle est créée pour l'homme.

Dans les séances, la malade répète ces suggestions sur mon ordre.

Après la quatrième séance on est surpris de constater déjà que, dans les cercles où il est présenté, le malade commence à faire la cour aux dames. Peu de temps après, quand une célèbre cantatrice passe sur la scène, il est tout feu et flamme pour elle. Quelques jours plus tard, le malade s'informe de l'adresse d'un lupanar.

Toutefois, il cherche encore de préférence la compagnie des jeunes messieurs, mais, malgré une surveillance très étroite, on n'a pu constater rien de suspect à ce sujet.

17 février. Le malade demande la permission de faire le coït et il est très satisfait de son début avec une dame du demi-monde.

16 mars. Jusqu'ici hypnose environ deux fois par semaine. Par un seul regard, le malade est plongé dans un profond somnambulisme; sur mon ordre, il répète les suggestions; il est accessible à toute suggestion posthypnotique et, à l'état de veille, il ne se rappelle plus de l'influence qu'on a exercée sur lui pendant son état d'hypnose. À l'état hypnotique, il affirme être parfois tout à fait débarrassé de l'onanisme et des sentiments sexuels pour les hommes. Comme dans l'hypnose il donne toujours les mêmes réponses stéréotypées (par exemple, d'avoir à telle ou telle date fait la masturbation pour la dernière fois) et qu'il subit trop la volonté du médecin pour pouvoir mentir, ses affirmations méritent foi, d'autant plus qu'il a les apparences d'une santé florissante, qu'il est exempt de tout malaise neurasthénique, qu'il ne donne aucune inquiétude dans ses rapports avec les messieurs, et qu'il montre un caractère franc, libre et viril.

Comme il fait parfois le coït avec plaisir et en cédant à son libre penchant, et que les pollutions qu'il a quelquefois, ne sont provoquées que par des rêves érotiques concernant des personnes féminines, on ne peut plus douter de la transformation favorable de sa vita sexualis et l'on peut supposer que les suggestions hypnotiques sont maintenant devenues des auto-suggestions directrices de la totalité de ses sentiments, de ses idées et de ses efforts. Le malade restera probablement toujours une natura frigida, mais il parle souvent de mariage, et de sa résolution, aussitôt qu'il aura trouvé une dame qui lui soit sympathique, de solliciter sa main. On cessa le traitement. (Observation personnelle. International Centralblatt für die Physiol. u. Pathologie der Harn und Sexualorgane. T. I.)

Au mois de juillet 1889, j'ai reçu une lettre du père qui m'annonce que son fils se porte bien et a une bonne conduite.

Le 24 mai 1890 j'ai rencontré par hasard mon ancien client dans un voyage. Son air de santé florissante me laissa supposer un état des plus favorables. Il me confessa qu'il trouvait encore certains hommes sympathiques, mais qu'il n'éprouvait plus aucune velléité amoureuse pour le sexe masculin. À l'occasion, il fait le coït avec des femmes, en éprouve un plaisir parfait, et il songe sérieusement à se marier.

Pour faire un essai, j'ai hypnotisé le malade selon la méthode que je lui avais appliquée autrefois et je lui demandai de répéter les ordres que je lui avais donnés.

Plongé dans un profond somnambulisme et avec la même intonation qu'autrefois, le malade me récita les suggestions qu'il avait reçues en décembre 1888. C'est, en tout cas, un exemple de la durée et de la puissance de la suggestion posthypnotique.

Le traitement par suggestion hypnotique eut un succès complet dans les cas suivants.

OBSERVATION 140. (Hermaphrodisme psychique. Amélioration par le traitement hypnotique).--M. de K..., 23 ans, d'une grande famille, très bien doué intellectuellement, scrofuleux pendant son enfance, descend d'un père qui, dit-on, a été un viveur. Le frère du père avait la réputation d'être un inverti sexuel.

Le malade affirme que, déjà à l'âge de sept ans, il avait une inclination singulière pour les personnes du sexe masculin. C'étaient surtout les cochers et les laquais à moustaches qui l'enthousiasmaient à cette époque. Il éprouvait un sentiment de bonheur étrange quand il pouvait se frotter contre ces individus.

De bonne heure, le malade fut placé au corps des cadets, où il fut entraîné à l'onanisme mutuel et où il apprit la pratique de l'imitatio coïtus inter femora viri. À l'âge de dix-sept ans, il fit pour la première fois le coït avec une prostituée.

Il accomplit l'acte très bien, mais il n'eut pas le moindre plaisir, et il reconnut ou que ce genre de satisfaction n'était rien ou bien qu'il devait être autrement conformé que les autres jeunes gens.

Toutefois, il coïtait encore souvent, contracta une gonorrhée, après la guérison de laquelle il éprouva une aversion de plus en plus vive pour le sexe féminin; il pratiqua dorénavant le coït de plus en plus rarement et seulement dans les cas où, malgré son libido très vif, il ne pouvait avoir des rapports avec des individus masculins. Son penchant pour les hommes devenait de plus en plus fort; c'étaient notamment les hommes adultes bien bâtis et autant que possible peu barbus qui avaient de l'attrait pour lui. Il aboutit aux excès les plus dégoûtants dans le sens du coïtus buccalis, et de la pédérastie active et passive.

Le malade lui-même avait grande honte d'une pareille dégradation; il essayait toujours de revenir dans la bonne voie en faisant le coït avec la femme, mais il dut se rendre à cette évidence désespérante que sa force normale était insuffisante, que le rapport avec la femme le laissait froid ou même lui répugnait, et que, à vrai dire, il était créé pour les rapports sexuels avec des personnes de son propre sexe. En effet, ses songes n'avaient jamais les femmes pour objet, mais toujours les hommes, et tel était déjà le cas à un âge où il n'avait pas encore la moindre idée de la différence des sexes.

Le malade vient à la consultation, car il a compris que le bonheur de toute sa vie est en jeu. Il a clairement reconnu le caractère immoral et antinaturel de son existence sexuelle. Il croit que sa situation n'est pas désespérée, puisqu'il n'abhorre pas la femme: il y a trois semaines encore, il a coïté avec une femme, il a réussi, bien qu'il n'ait éprouvé ni plaisir, ni satisfaction morale. Il ne met pas en doute qu'il soit en réalité créé pour l'amour du sexe masculin; mais à la suite d'une neurasthénie qui vient de se déclarer, il n'a plus, même dans l'acte sexuel avec l'homme, le plaisir qu'il éprouvait autrefois dans des circonstances analogues. Il a abandonné sa position d'officier de l'armée, parce que ses troupiers l'excitaient trop sexuellement, et qu'il craignait de se compromettre un jour.

Le malade n'a pas de stigmates de dégénérescence. Il a un extérieur tout à fait viril; les parties génitales sont normales. L'examen d'un spécimen du sperme a permis de constater des spermatozoïdes en abondance. Le pénis est grand, bien développé; le système pileux sur les parties génitales et sur le corps en général est très bien fourni. Le malade a des goûts virils, mais il n'a jamais trouvé plaisir ni à fumer ni à boire. Son oeil névropathique est la seule chose qu'on pourrait interpréter dans le sens d'une prédisposition nerveuse.

Il prétend que dans ses actes sexuels avec les hommes, il s'est la plupart du temps senti dans le rôle de l'homme, mais parfois aussi dans celui de la femme.

Une tentative d'hypnose a amené un engourdissement avec une attitude cataleptiforme des muscles; on l'utilise pour lui faire des suggestions appropriées à sa maladie.

Après la quatrième séance, il déclare avec satisfaction et étonnement à la fois, que les hommes le laissent froid. Il voudrait essayer sa bonne chance avec des femmes, mais il craint d'être impuissant.

Après la sixième séance, il essaie le coït cum muliere, sans y avoir été engagé. Son libido fut très grand, mais inter actum le libido ainsi que l'érection l'abandonnèrent.

Après la neuvième séance, le malade interrompt le traitement, ses affaires l'ayant obligé de rentrer à la maison. Il est content en tant qu'il se sent indifférent vis-à-vis de l'homme, et capable de résister à toute tentation. Il a la conviction certaine qu'il ne retombera plus dans ses anciennes «vilenies». Mais à l'heure qu'il est, il ne sent pas non plus le moindre intérêt pour le sexe féminin.

OBSERVATION 141.--M. X..., trente et un ans, chimiste, issu d'une famille névropathique, était, dès son enfance, nerveux, émotif, peureux et sujet aux migraines. Il se rappelle nettement qu'étant tout petit garçon, il contemplait avec plaisir les ouvriers à demi nus dans l'atelier qui se trouvait en face de la maison paternelle et qu'il se sentait attiré vers eux. Quand on l'envoya en classe, il éprouva un sentiment analogue pour ses camarades. Sans y être incité, il arriva à l'âge de onze ans à faire de l'onanisme; pendant l'acte, il pensait toujours à ses camarades d'école. Plus tard, il eut des amitiés extatiques. Sa vita sexualis est devenue toute-puissante. Devenu grand, il s'intéressa aussi aux femmes, mais le principal objet du ses désirs, c'étaient les hommes des classes élevées de la société. Il sentit l'anomalie de ce penchant, chercha des relations avec les puellis, fit plusieurs fois le coït, mais sans y éprouver un véritable agrément. Alors il s'égara de plus en plus dans la voie de l'inversion sexuelle: il pratiquait la masturbation mutuelle et le coït inter femora viri, se livrait à l'occasion aussi à la pédérastie passive, mais il y renonça bientôt car il n'en éprouvait que de la douleur.

Il affirme qu'il se sent tout à fait homme et qu'il n'a jamais eu de goûts féminins. Squelette, attitude tout à fait virils. Système pileux et barbe très abondants, parties génitales tout à fait normales. Point d'aversion pour le sexe féminin. À l'occasion, il fait le coït avec des puellis, mais sans en être satisfait. Le malade se sent très malheureux, reconnaît nettement sa fausse position, voudrait à tout prix être débarrassé de son penchant homosexuel et devenir capable de se marier. Ce serait terrible d'être toujours forcé de jouer la comédie. Dès le premier essai d'hypnotisation fait d'après la méthode de Bernheim, le malade est plongé dans un profond engourdissement. Il est très suggestible, reçoit les suggestions nécessaires, constate avec satisfaction, après la quatrième séance, que les individus masculins lui sont devenus tout à fait indifférents et qu'il commence à coïter avec plaisir, mais que dans son âme il ne se sent pas satisfait, étant donné qu'il est obligé d'avoir recours aux puellæ publicæ. Après la quatorzième séance, il déclare n'avoir plus besoin d'appui. Il est enthousiasmé d'une jeune dame et il a l'intention de l'épouser. Le malade a sollicité la main de cette dame, mais il a été éconduit. Bientôt après, il fit un voyage en Italie, et alors l'intérêt pour les hommes se réveilla de nouveau. Il eut une rechute et me demanda de reprendre le traitement. En peu de séances le statu quo ante fut rétabli.

OBSERVATION 142. (Hermaphrodisme psychique. Traitement par la suggestion hypnotique suivi de succès). M. Z..., vingt ans, prétend être issu de grands-parents bien portants, de père sain, mais d'une mère nerveuse. Il est enfant unique et il a été gâté par sa mère. À l'âge de huit ans, il a été très excité sexuellement par un valet qui lui montrait des gravures pornographiques et son pénis.

À l'âge de douze ans, Z... devint amoureux de son corépétiteur. En s'endormant il eut la vision de cet homme tout nu. Il se sentit vis-à-vis de celui-ci dans la situation d'une femme; il s'extasiait à l'idée de pouvoir l'épouser un jour.

À l'âge de treize ans, à l'occasion d'une soirée dansante donnée à la maison, une jeune gouvernante excita son imagination, et à l'âge de quinze ans il tomba amoureux d'une jeune dame. Il est resté sensuellement très excitable, mais les années suivantes ce furent exclusivement les hommes sympathiques qui lui firent cette impression. Il ne pratiquait point la masturbation.

À l'âge de vingt ans, le malade est devenu neurasthénique ex abstinentia. Il essaya alors le coït, mais ne réussit pas. En revanche, il était saisi d'un puissant libido quand, dans un hammam, il avait l'occasion de voir des viri nudi. L'un d'eux remarqua l'émotion du jeune homme, l'aborda, le masturba, ce qui lui causa un grand plaisir. Il se sentait puissamment attiré vers cet homme et se fit encore masturber par lui à plusieurs reprises. Entre temps il faisait des essais du coït avec les femmes, mais il remportait toujours un échec. Le malade en était profondément désolé; il consulta des médecins qui expliquèrent son impuissance par sa nervosité et qui étaient d'avis que cela s'arrangerait bientôt.

Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, sa satisfaction sexuelle consistait à se faire masturber une fois par mois par l'homme aimé. C'est à cette époque qu'il se sentit pour la dernière fois attiré vers la femme. C'était une paysanne vierge. Elle se montra inaccessible à ses désirs. Comme son amant lui était devenu inaccessible aussi, le malade prit l'habitude de la masturbation solitaire. À la suite de ces pratiques, sa neurasthénie s'accentua de plus en plus. Il ne put pour cette raison terminer ses études; il évita les hommes, devint sombre, aboulique; il fit sans succès des cures dans divers établissements hydrothérapiques. Le malade vint me trouver vers la fin du mois de février 1890 pour me demander conseil au sujet de sa neurasthénie (cérébro-spinale) qui était grave et continue.

C'est un homme grand, svelte, de manières aristocratiques, d'allures nettement viriles, et d'apparence névropathique; lobes des oreilles grands et se confondant comme un cadre avec les joues. Les parties génitales sont tout à fait normales. Il présente les symptômes ordinaires d'une neurasthénie cérébro-spinale modérée. Il est très déprimé, se plaint que la vie lui paraît si peu agréable qu'il en est arrivé au tædium vitæ; il est péniblement affecté de son anomalie sexuelle, d'autant plus que sa famille insiste pour qu'il se marie.

Chez la femme il n'y a que l'âme qui l'intéresse et non le corps. Sexuellement il n'a d'affection que pour les hommes, et encore faut-il que ceux-ci soient du meilleur monde. Ses rêves n'ont jamais eu pour objet des individus de son propre sexe, mais toujours des personnes du sexe féminin. Dans ces rêves érotiques il s'est vu dans le rôle de la femme.

La puella la plus raffinée n'a jamais pu provoquer de l'érection ni du libido chez lui.

Ses rapports sexuels avec les hommes ont consisté dans la masturbation passive ou mutuelle. Il ne s'est livré que rarement à l'auto-masturbation et quand il ne pouvait faire autrement. Depuis cinq mois il s'en est abstenu, depuis le mois d'août 1889 il n'a pas eu non plus de rapports sexuels avec des hommes.

Un essai d'hypnose selon la méthode de Bernheim n'a pas réussi. En passant plusieurs fois la main sur le front, on provoque de l'engourdissement avec catalepsie. Cette méthode est employée pour appliquer le traitement suggestif chez ce malade digne de pitié. L'état hypnotique reste toujours le même; il est impossible de l'amener au somnambulisme.

À la troisième séance le malade reçoit les suggestions: l'onanisme et l'amour du sexe masculin sont détestables; il faut trouver les femmes belles et rêver d'elles.

Après la sixième séance (10 mars), il se produit une évolution visible dans l'existence psychique du malade. Il devient plus calme, il se sent plus dégagé, rêve par-ci par-là de femmes, et plus d'hommes, trouve que ces derniers lui sont devenus tout à fait indifférents et m'annonce avec satisfaction qu'il n'a plus de velléités de masturbation. Il s'approche du beau sexe, mais il s'aperçoit que les femmes n'exercent pas sur lui la moindre force d'attraction.

Le 19 mars des affaires rappellent le malade chez lui, de sorte que le traitement a dû être interrompu.

Le 17 mai 1890 il revient au traitement. Il affirme qu'entre temps il ne s'est pas masturbé et qu'il a su résister à son penchant pour les hommes. Aussi n'a-t-il plus rêvé d'hommes, et deux fois même dans ses songes il s'est occupé de femmes, mais tout à fait platoniquement. Son asthénie cérébrale (ex abstinentia) s'est augmentée. Il souffre évidemment du manque d'une satisfaction morale et sensuelle de sa vita sexualis, puisque l'amour homosexuel et la masturbation lui sont devenus impossibles, et que, en même temps, il est aussi privé des rapports avec les femmes. Le malade en est péniblement affecté jusqu'au tædium vitæ.

On le soumet alors à un traitement antineurasthénique (hydro-électrothérapie) et on reprend le traitement hypnotique. Ce n'est qu'après une cure laborieuse de dix semaines que les malaises neurasthéniques disparaissent. Parallèlement il se produit un changement dans l'individualité psychique.

Le malade s'aperçoit avec satisfaction qu'il devient plus vigoureux et que la vie sexuelle ne joue plus chez lui un rôle dominant. Il est vrai qu'il se sent attiré plutôt vers l'homme que vers la femme, mais il résiste facilement aux désirs homosexuels. Le boudoir qu'il avait jusqu'ici se transforme en bureau de travail; au lieu de s'occuper de luxe, de toilette et de lectures frivoles, il court dans les forêts et sur les montagnes. À cause des dangers d'un échec, on laisse le malade prendre une initiative sur le terrain hétérosexuel.

Ce n'est que dans la quatorzième semaine de sa cure qu'il se met à l'épreuve. Il réussit brillamment. Il devient un homme gai, sain de corps et d'esprit; il nourrit les meilleures espérances pour son avenir et caresse même l'idée de se marier.

Il éprouve un plaisir croissant aux rapports sexuels normaux et a, à l'occasion, des rêves érotiques concernant des femmes; il ne rêve plus d'hommes.

Vers la fin du mois de septembre, la cure du malade est terminée. Il se sent tout à fait normal sous le rapport hétérosexuel; il est délivré de sa neurasthénie et il a des idées de mariage. Toutefois il avoue franchement qu'il entre encore en érection quand il voit un homme bien fait tout nu; mais il résiste avec facilité aux envies qui pourraient le prendre à ce propos; dans la vie des songes il a exclusivement des «relations avec la femme».

Au mois d'avril 1891 j'ai revu le malade qui se portait au mieux. Il croit que sa vita sexualis est complètement assainie, en tant qu'il fait le coït régulièrement avec une parfaite puissance, qu'il ne rêve que de femmes et qu'il n'a jamais la moindre velléité de masturbation. Toutefois il me fait cet aveu intéressant que souvent post coïtum il a encore passagèrement un «léger goût pour l'homme», mais qu'il lui est facile de le dompter. Il se croit rétabli pour toujours et nourrit le projet de se marier.

Le traitement par suggestion peut réussir aussi dans l'inversion sexuelle manifestement congénitale, ainsi que le prouvent les sujets traités par l'auteur et celui de Ladame où du moins on a réussi à désuggérer les sentiments homosexuels et à obtenir une neutralisation sexuelle très salutaire, étant donnés les dangers de la honte sociale et des poursuites judiciaires. Wetterstrand a même réussi à remplacer la tendance homosexuelle par des sentiments hétérosexuels avec puissance génitale. Ce cas est cité par von Schrenk (op. cit., observation 49). Des succès analogues ont été encore obtenus par Bernheim (cité par Schrenk: observation 51), Muller (cité par Schrenk: observation 53), Schrenk (op. cit., cas 66, 67). Ce dernier même a réussi dans des cas d'effémination (Schrenk, op. cit., cas 62 et 63).

Nous tenons à citer ici le premier de ces cas qui est pour ainsi dire un succès phénoménal et que l'auteur a pu personnellement suivre. D'ailleurs, ces succès décisifs et durables ne peuvent être obtenus que quand on peut pousser l'hypnose jusqu'au somnambulisme. Toutefois, il faut se mettre en garde contre les illusions.

OBSERVATION 143 (Cas d'inversion sexuelle congénitale amélioré par suggestion hypnotique).--R., fonctionnaire, vingt-huit ans, demanda, le 20 janvier 1880, des secours médicaux. Il est le frère du malade qui fait l'objet de l'observation 135 et par conséquent d'une famille très tarée. Vers la fin du traitement, il avoue être l'auteur de l'autobiographie qui a été insérée comme observation 83 dans la cinquième édition de ce livre et que nous allons tout d'abord reproduire ici:

«Mon anomalie consiste, pour le dire brièvement, en ce que, sous le rapport sexuel, je me sens tout à fait femme. Depuis ma première jeunesse, dans mes rêves et dans mes actes sexuels, j'ai eu devant les yeux uniquement des images d'êtres masculins et de parties génitales d'hommes. Jusqu'à ce que je sois devenu élève de l'Université, je n'y ai rien trouvé d'étrange. (Je n'ai jamais parlé à autrui de mes fantaisies et de mes rêves; je vivais, quand je fréquentais le lycée, très retiré, et j'étais très peu communicatif). Ce qui frappa mon attention, alors que j'étais étudiant de l'Université, c'est que les êtres féminins ne pouvaient m'inspirer le moindre intérêt. J'ai essayé plusieurs fois depuis, au lupanar et ailleurs, de faire le coït ou d'arriver au moins au coït, mais toujours en vain.

«Aussitôt que j'étais seul avec un être féminin dans une chambre, toute érection cessait immédiatement. J'ai pris d'abord ce phénomène pour de l'impuissance, et pourtant j'étais à cette époque si excité sexuellement qu'il me fallait me masturber plusieurs fois par jour pour pouvoir dormir.

«Mes sentiments pour le sexe masculin se sont développés bien autrement: ils sont devenus plus forts chaque année. Au commencement ils se manifestèrent par une amitié extrêmement romanesque pour certains personnages, sous la fenêtre desquels j'attendais la nuit des heures entières, que je cherchais par tous les moyens à rencontrer dans les rues, et dont je cherchais toujours à me rapprocher. J'écrivais à ces personnages les lettres les plus passionnées, mais je me gardais bien toutefois d'y déclarer trop clairement mes sentiments. Plus tard, dans la période qui suivit mes vingt ans, j'eus une conscience nette de la nature sensuelle de mes inclinations, surtout à la suite de la sensation voluptueuse que j'éprouvais aussitôt que je me trouvais en contact direct avec un de ces amis. C'étaient tous des hommes bien bâtis, aux cheveux foncés et aux yeux noirs. Je ne me suis jamais senti excité par des garçons et je ne comprends pas comment on peut avoir du goût pour la pédérastie proprement dite. À la même époque (entre ma vingt-deuxième et ma vingt-troisième année) le cercle des personnes que j'aimais, s'élargissait de plus en plus. À l'heure qu'il est, je ne peux pas voir dans la rue un bel homme sans concevoir le désir de le posséder. J'aime surtout les personnes de la basse classe dont les formes vigoureuses m'attirent: les soldats, les gendarmes, les cochers de tramway, etc.. en un mot, tout ce qui porte un uniforme. Si quelqu'un de ces gens répond à mon regard, je sens comme un frisson à travers tout mon corps. Je suis excité surtout le soir, et rien qu'en entendant le pas vigoureux d'un militaire, j'ai souvent des érections des plus violentes. C'est pour moi un plaisir particulier de suivre ces individus et de les contempler en marchant derrière eux. Aussitôt que j'apprends qu'ils sont mariés ou qu'ils se commettent avec des filles, mon émotion disparaît. Il y a quelques mois encore je pouvais maîtriser mes penchants et ils ne se faisaient pas remarquer directement. À cette époque, un soldat que je suivais, me sembla disposé à consentir à mes désirs; je l'abordai. Pour de l'argent, il fut prêt à tout. Statim summa libidine affectus sum eum amplecti et osculari neque periculo videndi deterritus sum, quominus hæc facerem. Genitalia mea apprehendit manibus et statim ejaculatio evenit. Cette rencontre me fit enfin comprendre le but de ma vie, but que je cherchais depuis si longtemps. Je savais que c'était là que mon naturel trouverait son bonheur et sa satisfaction; à partir de ce moment j'ai pris la résolution de faire tous mes efforts pour trouver un être que je puisse aimer et auquel je resterais attaché pour toujours. Je n'ai aucun remords de ma manière d'agir.

«Il est vrai que dans les moments de calme je sens très bien la grande différence qui existe entre ma façon de penser et les vues du monde; je connais naturellement aussi, étant jurisconsulte, les dangers d'une liaison telle que je la désire, mais tant que la totalité de ma nature n'aura pas changé, je ne saurais résister aux tentations qui me hantent. Malgré tout, je serais prêt à me soumettre à tout traitement pour sortir de mon état anormal.

«Je sens en femme, et je m'en rends compte, entre autres par le fait que toute représentation sensuelle ayant rapport à une femme me paraît pour ainsi dire forcée et même contre nature. Je suis certain aussi que mon estime pour une femme--je fréquente beaucoup la société des dames et je m'y trouve très bien--se convertirait en aversion dans le cas où j'apercevrais chez elle des inclinations sensuelles pour ma personne. Dans mes rêves et dans mes fantaisies érotiques concernant les hommes, je me figure toujours dans des positions telles que leur figure est tournée vers moi. Maxima mihi esset voluptas, si vir robustus nudus me tanta vi amplecteretur, ut reniti non possem. En général, je me vois dans ces positions dans un rôle tout à fait passif, et ce n'est qu'en faisant violence à mes sentiments que je pourrais m'imaginer dans une autre situation. Je suis d'une timidité vraiment féminine. Quelque grand que soit mon désir de m'approcher de tel ou tel individu, je fais des efforts aussi grands pour ne rien laisser percer de mon inclination. Des moustaches, un système pileux très développé, et même la crasse, me paraissent particulièrement attrayants. Inutile de dire qu'au point de vue social mon état me paraît tout à fait désespérant, et si je n'avais pas l'espoir de trouver un être qui me comprenne, je ne saurais guère supporter la vie. Je sens que les rapports sexuels avec l'homme sont l'unique moyen de combattre avec efficacité mon penchant pour l'onanisme. Bien que cela m'affecte beaucoup, je ne puis pas m'en passer longtemps, car autrement, ainsi que je l'ai déjà éprouvé par expérience, je serais encore plus affaibli par des pollutions nocturnes et par des érections qui dureraient des heures entières dans la journée.

«Jusqu'ici je n'ai aimé vraiment que deux hommes. Tous les deux étaient des officiers, de beaux hommes, de grand talent, sveltes et bien bâtis, bruns, avec des yeux noirs. J'ai fait la connaissance de l'un à l'Université. J'étais amoureux fou de lui; je souffrais beaucoup de son indifférence, je passais la moitié des nuits sous ses fenêtres, rien que pour être dans sa proximité. Quand il fut transféré dans une autre garnison, je fus désespéré.

«Peu après je fis la connaissance d'un autre officier qui ressemblait au premier, et qui m'a captivé dès le premier moment. Je cherchai par tous les moyens possibles à me rencontrer avec lui; je passais toute la journée dans la rue et dans les endroits où je pouvais espérer le voir. Je sentais me monter le sang au visage quand je l'apercevais à l'improviste. Quand je le voyais causer amicalement avec d'autres, je ne me sentais plus de jalousie. Quand j'étais assis à côté de lui, j'avais l'impulsion invincible de le toucher; je pouvais à peine cacher ma grande émotion, quand j'avais l'occasion de lui effleurer les genua aut femora. Cependant jamais je n'ai eu le courage de déclarer mes sentiments devant lui, car j'ai cru deviner dans ses manières qu'il ne les aurait pas compris ou pas partagés.

«J'ai vingt-sept ans, je suis de taille moyenne, bien fait; je passe pour être joli, j'ai la poitrine un peu étroite, de petites mains, de petits pieds et une voix grêle. Au point de vue intellectuel, je crois être bien doué, car j'ai passé brillamment mon examen de brevet; je sais plusieurs langues et je suis bon peintre.

«Dans mon métier je passe pour être travailleur et consciencieux. Les gens de ma connaissance me trouvent froid et singulier. Je ne fume pas, ne pratique aucun sport; je ne puis ni chanter, ni siffler. Ma démarche est un peu affectée, de même que mon langage. J'ai beaucoup de prédilection pour l'élégance, j'aime les bijoux, les sucreries, les parfums, et je vais de préférence dans la société des dames.»

On apprend encore par les notes prises par le Dr V. Schrenk sur la maladie de cet inverti, que les entraves sociales et légales d'un côté, l'impulsion violente pour son propre sexe de l'autre côté, ont provoqué dans l'âme du malade des luttes terribles qui ont fait de sa vie un supplice. C'est pour cette raison qu'il s'est confié à un médecin.

Le 22 janvier 1889, le malade fut soumis au traitement hypnotico-suggestif suivant la méthode de l'École de Nancy. Peu à peu on réussit à le mettre en somnambulisme.

Les suggestions lui ont été faites dans ce sens: indifférence et faculté de résistance vis-à-vis du sexe masculin, intérêt croissant pour les rapports avec la femme, interdiction de la masturbation, substitution des images féminines aux images masculines dans les rêves érotiques. Après quelques séances, les formes féminines commencent à plaire au malade. À la septième séance, on lui suggère de faire le coït et d'y réussir. Cette suggestion est suivie d'effet. Pendant les trois mois suivants, le malade se trouvant sous l'influence éducatrice des suggestions périodiques, est resté en possession complète d'un fonctionnement sexuel normal. Le 22 avril 1889, il y a rechute, par suite de la séduction d'un uraniste. Repentir et horreur dans la séance suivante. Comme expiation, coït avec une femme en présence du séducteur.

Le malade se plaint que le coït avec des femmes très inférieures comme éducation, ne satisfait pas son besoin esthétique. Il espère trouver cette satisfaction dans un mariage heureux. Il cesse le traitement, se fiance quelques semaines plus tard avec une amie d'enfance, se présente six mois après comme un heureux fiancé, et croit, par suite du bonheur qu'il éprouve avec sa fiancée, être à l'abri de toute rechute.

L'auteur assure que le traitement hypnotique n'a jamais d'effet nuisible secondaire. Étant donnée la lourde tare héréditaire du malade, il ne tranche pas la question de savoir si la guérison sera durable, mais il exprime la conviction que, dans le cas de récidive, la suggestion hypnotique ne manquerait pas de produire son effet comme la première fois.

Comme le succès incroyable de ce cas m'avait intéressé au plus haut degré, et que je m'intéressais encore davantage au cours que prendraient les choses après la guérison, je me suis adressé à l'auteur en lui demandant des renseignements sur l'état de santé de son ancien malade.

Avec la plus grande amabilité, M. le Dr V. Schrenk a mis à ma disposition la lettre suivante qu'il avait reçue au mois de janvier 1890.

«Par le traitement suggestif de M. le baron V. Schrenk, j'eus pour la première fois la faculté physique d'avoir des rapports sexuels avec une femme, ce qui, jusqu'ici ne m'avait pas réussi malgré des essais réitérés.

«Comme mon besoin esthétique ne pouvait être satisfait par des relations avec des prostituées, j'ai cru trouver mon salut réel dans un mariage. Une affection amicale ancienne pour une dame que je connais depuis mon enfance m'a fourni la meilleure occasion de conclure un mariage, d'autant plus qu'à cette époque je croyais que c'était elle qui serait le plus capable d'éveiller en moi des sentiments pour le sexe féminin, sentiments qui, jusque-là m'étaient totalement inconnus. Son être répond tellement à mes inclinations que je suis profondément convaincu de trouver aussi une complète satisfaction physique. Cette conviction n'a pas changé pendant les mois qui se sont écoulés depuis nos fiançailles.

«J'ai l'intention de me marier dans quatre semaines.

«En ce qui concerne mon attitude vis-à-vis du sexe masculin, ma force de résistance--c'est le résultat le plus positif et le plus constant du traitement--subsiste toujours au même degré. Tandis que, autrefois, il m'était impossible, en voyant par exemple un beau cocher de tramway, de résister à une excitation sexuelle intense au point de me forcer à quitter la voiture: aujourd'hui je peux rester sans aucune excitation sexuelle, même quand je me trouve avec mon ancien amant. Il faut ajouter toutefois que la fréquentation de ce dernier a toujours pour moi un certain attrait qui cependant ne peut être comparé à mon ancienne passion.

«D'autre part j'ai refusé, et sans que cela m'ait coûté beaucoup d'efforts, des offres réitérées d'entrer en rapports sexuels avec des hommes auxquels autrefois je n'aurais pu résister.

«Je puis affirmer que c'est plutôt par sentiment de pitié que je ne romps pas les relations avec mon ancien amant qui a conservé pour moi son affection passionnée.

«Ces relations me paraissent plutôt comme un devoir moral que comme un besoin intérieur.

«Depuis que le traitement médical a été terminé, je n'ai plus eu de rapports avec des prostituées. Cette circonstance, ainsi que les nombreuses lettres de mon ancien amant et ses tentatives de renouer l'ancienne liaison, peuvent être considérées comme la cause de ce que, dans l'intervalle de huit mois, je me suis laissé entraîner trois ou quatre fois dans nos entretiens à un rapport sexuel. Dans ces occasions, j'ai toujours conservé la conscience d'être parfaitement maître de moi-même, ce qui était contraire à mon état passionnel d'autrefois, et m'a attiré les reproches les plus vifs de la part de mon ami. Je sens toujours une certaine barrière insurmontable qui n'est pas fondée sur des raisons morales mais qui doit être directement attribuée à votre traitement. Depuis ce temps, je n'éprouve plus pour lui d'amour dans le sens d'autrefois. D'ailleurs, depuis que le traitement a été terminé, je n'ai plus jamais cherché d'occasions d'entrer en rapports sexuels avec des hommes et je n'en éprouve pas non plus le besoin, tandis qu'autrefois il ne se passait pas un jour où je ne m'y sentisse poussé au point que par moments j'étais incapable de penser à autre chose.

«Les images sexuelles à l'état de rêve ou à l'état de veille sont devenues très rares.

«Je crois pouvoir exprimer la conviction que mon mariage, qui aura lieu d'ici quelques semaines, que le changement de domicile qui en sera la conséquence et que je désire moi-même, seront capables de détruire les derniers résidus de ma perversion, résidus qui d'ailleurs ne me gênent plus. Je termine ces lignes par l'affirmation la plus sincère que, dans mon for intérieur, je suis devenu un tout autre homme et que cette transformation m'a rendu l'équilibre moral qui m'a manqué jusqu'ici.»

Les lignes précédentes que M. le Dr V. Schrenk complète encore en rapportant une communication verbale du malade d'après laquelle celui-ci ne s'est plus livré à aucun acte de masturbation, constituent bien la preuve la plus éclatante de l'effet durable et efficace de la suggestion post-hypnotique.

Pour ma part, je tiens le sentiment hétérosexuel du malade pour une création artificielle d'un excellent médecin, et le malade lui-même semble le sentir, car il parle d'une barrière qui n'est pas fondée sur des raisons morales, mais qui doit être directement attribuée au traitement.

La lettre suivante, que mon collègue V. Schrenk a bien voulu mettre à ma disposition, nous montre quel sort a été réservé à ce malade intéressant.

«Monsieur le baron, rentré depuis quelques jours de mon voyage de noces, je me permets de vous envoyer un rapport sommaire sur mon état actuel. La semaine qui précéda le mariage, je me trouvai, à vrai dire, dans un état d'émotion excessive, car je craignais de ne pouvoir remplir certains devoirs. Les prières pressantes de mon ami, qui voulait à tout prix avoir encore un entretien avec moi, m'ont laissé absolument froid. Depuis que je vous ai rencontré la dernière fois, je n'ai pas revu cet ami. J'étais très inquiet à l'idée que mon mariage pourrait fatalement devenir malheureux. Mais maintenant je n'ai plus d'inquiétude à ce sujet. Il est vrai que, la première nuit, je n'ai réussi que très difficilement à me mettre en excitation sexuelle; mais la seconde nuit et les suivantes je crois avoir satisfait à toutes les exigences qu'on peut demander à un homme normal; je suis toujours capable d'y satisfaire. J'ai aussi la conviction que l'harmonie qui existe, au point de vue intellectuel, entre ma femme et moi depuis longtemps, se complète encore de plus en plus par un autre genre d'harmonie. Il me paraît impossible de revenir aux anciennes habitudes. Voici peut-être un fait significatif pour mon état actuel: la nuit passée j'ai, il est vrai, rêvé d'un ancien amant, mais ce rêve n'était pas sensuel et ne m'a pas excité.

«Quant à ma situation actuelle, j'en suis satisfait. Je sais bien que mon affection nouvelle est loin d'avoir atteint le même degré que mon affection ancienne. Mais je crois que ce penchant croîtra en force tous les jours. Déjà maintenant la vie que je menais autrefois me paraît incompréhensible et je ne puis pas comprendre pourquoi je n'ai pas pensé plus tôt à refouler ces sentiments anormaux par une satisfaction sexuelle normale. Une rechute ne me paraîtrait possible qu'à la suite d'une transformation complète de ma vie psychique actuelle, et cela, pour le dire en un mot, me semble impossible.

«Votre tout dévoué, L...»

J'apprends encore les détails suivants par une lettre que M. le Dr V. Schrenk m'a écrite le 7 décembre:

«Dans le cas présent, la guérison paraît être de plus longue durée que je ne l'aurais attendu, car, lorsqu'il y a quelques mois, j'ai parlé avec mon ancien malade, celui-ci a déclaré qu'il se sentait très heureux de la vie conjugale et, comme je l'ai compris, il s'attend à devenir père d'ici peu de temps.»

En effet, au printemps 1891, il est devenu père. Le docteur V. Schrenk a publié sur son ancien malade de nouveaux renseignements très intéressants au point de vue thérapeutique, qu'on peut relire dans la Wiener internationale klinische Rundschau 1892 ainsi que dans son livre Die Suggestionstherapie, 1892, p. 242.

IV PATHOLOGIE SPÉCIALE

Les phénomènes de la vie sexuelle morbide dans les diverses formes et états de l'aliénation mentale.--Entraves psychiques.--Affaiblissement mental aigu.--Faiblesse mentale consécutive à des psychoses, à des attaques d'apoplexie, à une lésion de la tête ou à un lues cerebralis.--Démence paralytique.--Épilepsie.--Folie périodique.--Psychopathie sexuelle périodique.--Manie.--Symptômes d'excitation sexuelle chez les maniaques.--Satyriasis.--Nymphomanie.--Satyriasis et nymphomanie chroniques.--Mélancolie.--Hystérie.--Paranoia.

ENTRAVES PSYCHIQUES AU DÉVELOPPEMENT

En général, la vie sexuelle est très peu développée chez les idiots. Elle fait même totalement défaut chez les idiots d'un degré avancé. Les parties génitales sont, dans ce cas, petites, atrophiées, les menstrues ne se produisent que tard ou pas du tout. Il y a impuissance ou stérilité. Même chez les idiots qui ont des facultés mentales d'un niveau relativement plus élevé, la vie sexuelle ne tient pas le premier rang. Elle se manifeste, dans quelques cas très rares, avec une certaine périodicité et alors elle se fait jour avec une grande intensité. Elle ne peut apparaître que sous forme de rut et elle exige avec impétuosité une satisfaction. Les perversions de l'instinct génital ne semblent pas se rencontrer chez les individus dont le développement intellectuel reste à un degré aussi peu élevé.

Si l'impulsion à la satisfaction sexuelle se butte à une résistance, il se produit de puissants désirs accompagnés de violences dangereuses contre les personnes. Il est bien compréhensible que l'idiot ne soit pas difficile quand il s'agit de sa satisfaction sexuelle et qu'il s'attaque même aux personnes de sa plus proche parenté.

Ainsi Marc Ideler rapporte le cas d'un idiot qui voulut stuprer sa propre soeur et qui l'avait presque étranglée quand on l'empêcha de commettre l'acte.

Un cas analogue est raconté par Friedreich (Friedreichs Blätter, 1858, p. 50).

J'ai, à plusieurs reprises, donné mon avis médical sur des délits contre les moeurs commis sur des petites filles.

Girard aussi (Annales méd.-psych., 1885, nº 1) cite un cas à ce sujet. La conscience de la portée de l'acte manque toujours, mais souvent l'idiot a le sentiment instinctif que ces actes obscènes ne sont pas permis en public, c'est ce qui le décide à accomplir les actes sexuels dans un lieu solitaire.

Chez les imbéciles, la vie sexuelle est ordinairement aussi développée que chez les individus qui jouissent de la plénitude de leurs facultés mentales. Les sentiments d'arrêt moraux sont très peu développés. Voilà pourquoi la vie sexuelle de ces individus se fait jour d'une manière plus ou moins vive. C'est aussi pour cette raison que les imbéciles sont un élément troublant pour la vie sociale. L'accentuation morbide et la perversion de l'instinct sont très rares chez eux.

La satisfaction de l'instinct génital la plus usitée, c'est l'onanisme. L'imbécile ose rarement s'attaquer aux personnes adultes de l'autre sexe.

Souvent il stupre des animaux. L'immense majorité des sodomistes sont des imbéciles. Les enfants aussi sont assez souvent l'objet de leurs aggressions.

Emminghaus (Maschka's Handbuch, IV, p. 234) rappelle la grande fréquence chez eux des manifestations impudiques de l'instinct génital: masturbation dans un lieu public, exhibition des parties génitales, violences sur des enfants et même sur des personnes de leur propre sexe, sodomie.

Giraud (Annales méd.-psychol., 1885, nº 1) a rapporté toute une série d'attentats aux moeurs commis sur des enfants.

1º H..., dix-sept ans, imbécile, a entraîné avec des noix une petite fille dans un grenier, (Genitalia puellæ nudavit, sua genitalia ei ostendit et in abdomine infantis coitum conatus est. Il n'a pas du tout conscience de la signification de son acte au point de vue légal et moral.

2º L..., vingt et un ans, imbécile, dégénéré, est occupé à garder les troupeaux. Sa soeur âgée de onze ans vient avec une camarade âgée de huit ans et raconte qu'un inconnu a essayé de commettre sur elles des attentats obscènes. L... conduit aussitôt les enfants dans une maison inhabitée, essaie le coït sur l'enfant de huit ans, mais il abandonne bientôt sa tentative car l'immissio ne réussit pas et l'enfant crie. Rentré à la maison, il promet à l'enfant de l'épouser si elle ne le trahit pas. Amené devant le juge, il exprime l'intention de réparer son tort en épousant la petite.

3º G..., vingt et un ans, microcéphale, imbécile, pratique depuis l'âge de six ans la masturbation: il fut plus tard pédéraste, tantôt actif, tantôt passif; a essayé à plusieurs reprises de faire l'acte de pédérastie sur des garçons et a attaqué des petites filles. Il ne comprenait absolument pas la portée de ses actes. Ses envies sexuelles le prenaient périodiquement et sous forme de rut, comme chez les animaux[97].

[Note 97: Pour les nombreux cas de ce genre, voir Henkes Zeitschrift, XXIII, fascicule supplémentaire, p. 147.--Combes, Annales med.-psych., 1866--Liman, Zweifelhafte Geisteszustaende, p. 389).--Casper-Liman, Lehrb., 7e édit., cas 293.--Bartels, Friedreichs Blätter f. d. gerichtl. Med., 1890, fascicule 1.

Pour d'autres cas de pédérastie consulter Casper, Klin. Novellen, cas 5.--Combes, Annales méd.-psychol., juillet.]

4º B..., vingt et un ans, imbécile, se trouvant seul au bois avec sa soeur âgée de dix-neuf ans, lui demande de consentir au coït. Elle refuse. Il menace de l'étrangler et la blesse d'un coup de couteau. La fille affolée lui tire violemment le pénis comme pour l'arracher, alors il renonce à sa tentative et revient tranquillement à son ouvrage. B... a un crâne microcéphale, mal conformé: il n'a aucune compréhension de son acte.

Emminghaus (op. cit. p. 234) cite un cas d'exhibitionnisme.

OBSERVATION 144.--Un homme de quarante ans, marié, avait pendant seize ans exhibitionné dans des squares et autres endroits publics devant des petites filles, des bonnes, etc. Il choisissait toujours l'heure du crépuscule et sifflait pour attirer l'attention sur lui. Des gens qui le guettaient l'avaient souvent surpris et lui avaient administré une verte correction. Il évitait alors ces endroits; mais il continuait ailleurs. Hydrocéphalie. Imbécillité à un degré léger. Le tribunal inflige une punition minime.

OBSERVATION 145.--X..., issu d'une famille chargée de tares héréditaires, imbécile, étrange et bizarre dans ses pensées, ses sentiments et ses actes, est arrivé, grâce au népotisme, à occuper les fonctions de juge suppléant. Accusatus est quod iterum iterumque ancilis genitalia sua ostendit et superiorem corporis partem de fenestra demonstravit. Hors cela aucune trace d'instinct génital. Prétend n'avoir jamais pratiqué la masturbation.
(Sander: Archiv. f. Psych. T. I, p. 655)

OBSERVATION 146.--Actes de pédérastie sur un enfant. Le 8 avril 1884, à dix heures du matin, un certain V... entre en conversation dans la rue avec Mme X... qui tenait sur ses genoux un garçon de seize mois. V... lui prit l'enfant sous prétexte qu'il voulait le mener promener. Il s'éloigna à une distance d'un demi-kilomètre, revint et déclara que l'enfant lui était tombé des bras et s'était, dans sa chute, blessé à l'anus. Cette partie du corps était déchirée et il en coulait du sang. À l'endroit où l'accident a eu lieu, on a trouvé des traces de sperme. V... avoua son crime abominable, mais pendant l'audience il eut une attitude si étrange, qu'on ordonna un examen de son état mental. Il fit l'impression d'un imbécile aux gardiens de la prison.

V..., quarante-cinq ans, ouvrier maçon, moralement et psychiquement taré, est dolichomicrocéphale; il a une face étroite et resserrée, une figure et des oreilles asymétriques, un front bas et fuyant. Les parties génitales sont normales. V... fait preuve d'une sensibilité cutanée très minime en général; c'est un imbécile, il n'a pas de conception de rien. Il vit au jour le jour, sans s'inquiéter de rien, vit pour lui et ne fait rien de sa propre initiative. Il n'a ni désirs ni coeur; il n'a jamais fait le coït. Il est impossible d'obtenir de lui d'autres détails sur sa vita sexualis. L'idiotie intellectuelle et morale est prouvée par sa microcéphalie; le crime doit être attribué à un instinct sexuel indomptable et pervers. Il est interné dans un asile d'aliénés (Virgilio. Il Manicomio. Ve année nº 3).

Un cas analysé par L. Meyer (Arch. f. Psych. T. I, p. 103) nous montre des femmes imbéciles devenues indécentes, se livrant à la prostitution et à d'autres actes d'immoralité[98].

DÉBILITÉ MENTALE ACQUISE

Dans la pathologie générale, nous avons déjà parlé des anomalies variées de la vita sexualis dans les cas de dementia senilis. Dans les autres états de faiblesse mentale acquise, produits par l'apoplexie, le trauma capitis, ou existant comme phases secondaires des psychoses non encore établies ou bien sur la base d'inflammations chroniques de l'écorce cérébrale (lues, dom. paralytica), les perversions de l'instinct génital semblent être très rares et les actes sexuels choquants ne semblent avoir pour origine qu'une accentuation morbide ou une manifestation effrénée d'une vie sexuelle qui en soi-même n'est point anormale.

1.--DÉBILITÉ MENTALE (IDIOTIE) CONSÉCUTIVE AUX PSYCHOSES.

Casper (Klin. Novellen, cas 31) cite un cas d'impudicité commis sur un enfant et dont s'était rendu coupable un médecin, âgé de trente-trois ans, faible d'esprit consécutivement à une maladie hypocondriaque. Il s'excusa d'une manière toute puérile, ne saisissant point la portée légale et morale de cet acte qui évidemment n'était que la conséquence d'un instinct sexuel devenu indomptable par suite de la faiblesse mentale de l'individu.

Un cas analogue est cité dans l'observation 21 de l'ouvrage Zweifelhafte Geisteszustaende de Liman (Dementia par mélancolie; outrage à la pudeur; exhibitionnisme).

2.--IDIOTIE CONSÉCUTIVE À L'APOPLEXIE.

OBSERVATION 147.--B...., cinquante-deux ans, a eu une maladie du cerveau à la suite de laquelle il est devenu incapable de continuer son métier de négociant.

Un jour, pendant l'absence de sa femme, il attira deux petites filles dans sa chambre, leur fait boire des boissons alcooliques, leur fit des attouchements voluptueux, leur recommanda de ne rien dire et alla ensuite vaquer à ses affaires. L'expertise a constaté une idiotie consécutive à un double accès d'apoplexie. B... qui jusque-là avait eu une conduite irréprochable, prétend avoir commis l'acte sous l'obsession d'une impulsion qu'il ne s'explique pas lui-même et lui a fait perdre la raison. Après le délit, lorsqu'il fut revenu à lui-même, il en eut honte et il renvoya immédiatement les petites filles. Depuis ses attaques d'apoplexie, B... était affaibli mentalement, incapable d'exercer son métier, à moitié paralysé, pouvant à peine parler et penser. Il pleurait souvent comme un enfant, et fit bientôt après son arrestation une tentative puérile de suicide. En tout cas, son énergie morale et intellectuelle était trop affaiblie pour combattre ses mouvements sensuels. Pas de condamnation. (Giraud, Ann. méd.-psychol., 1881, mars).

3.--IDIOTIE CONSÉCUTIVE À DES LÉSIONS DE LA TÊTE.

OBSERVATION 148.--K..., à l'âge de quatorze ans, a été gravement blessé à la tête par un cheval. Le crâne était brisé en plusieurs endroits; il a fallu enlever plusieurs esquilles. Depuis cet accident, il paraît très borné d'esprit, violent et emporté. Peu à peu s'est développée chez lui une sensualité démesurée et vraiment bestiale qui l'amenait aux actes les plus impudiques. Un jour il viola une fille de douze ans et l'étrangla, pour qu'on ne découvrît pas son crime. Arrêté, il avoua. Le médecin légiste le déclara responsable. Exécution capitale.

L'autopsie a fait constater une soudure de presque toutes les sutures du crâne, une asymétrie remarquable des deux moitiés du crâne, des traces de fractures du crâne guéries. La moitié du cerveau affectée était traversée par des masses cicatrisées en forme de rayons; elle était d'un tiers plus petite que l'autre moitié. (Friedreichs Blätter, 1855, fascicule 6.)

4.--IDIOTIE ACQUISE, PROBABLEMENT PAR LUES.

OBSERVATION 140.--X... officier. Sæpius cum parvis puellis stupra fecit, eas masturbare ipsum jussit, genitalia sua ostendit earumque genitalia tetigit.

X..., autrefois sain et d'une conduite irréprochable, fut atteint, en 1867, de syphilis. En 1879, il se produisit une paralysie du premier abducteur. On remarqua alors chez lui, comme conséquence de cet accident, de la faiblesse de la mémoire, un changement dans toutes ses manières et dans son caractère, des maux de tête, parfois de l'incohérence du langage, de la diminution dans la vivacité de l'esprit et de la logique, par moment de l'inégalité des pupilles, de la paralysie du côté droit de la bouche.

X..., trente-sept ans, ne présente, lors de l'examen, aucune trace de lues. La paralysie de l'abducteur subsiste toujours. L'oeil gauche est ambliopique. Il est affaibli mentalement; en présence des preuves écrasantes recueillies contre lui, il prétend qu'il s'agit d'un malentendu innocent. Traces d'aphasie. Faiblesse de la mémoire surtout pour les faits très récents, caractère superficiel de la réaction morale; l'esprit se fatigue très vite au point qu'il perd la mémoire et la faculté de parler. Cela prouve que la défectuosité éthique et que l'instinct génital pervers sont des symptômes d'un état cérébral morbide qui a été probablement occasionné par des lues.

Les poursuites sont abandonnées (Observation personnelle. Jahrbuscher fur Psychiatrie.

5.--DEMENTIA PARALYTICA.

Dans cette maladie aussi, la vie sexuelle est affectée morbidement; elle est accentuée dans les premières phases de la maladie et dans les états d'excitation épisodiques; elle est quelquefois aussi perverse; vers les dernières phases de la maladie, le libido et la puissance baissent habituellement jusqu'à zéro.

Comme dans les phases prodromiques des formes séniles, on voit se produire de très bonne heure, à côté de lacunes morales et intellectuelles plus ou moins grandes, des manifestations d'un instinct sexuel exagéré (propos obscènes, lascivité dans les rapports avec l'autre sexe, projets de mariage, fréquentation des bordels, etc.), manifestations qui se font avec un sans-gêne bien caractéristique dû à l'obscurcissement de la conscience.

Excitation à la débauche, enlèvement de femmes, scandales publics, sont dans ce cas à l'ordre du jour. Au début, l'individu tient encore quelque peu compte des circonstances, bien que le cynisme de sa manière d'agir soit déjà assez frappant.

À mesure que la faiblesse mentale fait des progrès, les malades de cette catégorie deviennent choquants par exhibitionnisme, ils se masturbent dans la rue, font des actes obscènes avec des enfants.

Des états d'excitation psychique amènent le malade à des tentatives de viol ou du moins à des outrages grossiers à la pudeur, il attaque les femmes dans la rue, paraît en public dans une toilette incomplète, pénètre en toilette négligée dans les appartements d'autrui avec l'intention de faire le coït avec la femme d'un ami ou d'épouser séance tenante la fille de la maison.

De nombreux cas de ce genre se trouvent enregistrés dans Tardieu (Attentats aux moeurs), Mendel (Progr. Paralyse der Irren, 1880, p. 123), Westphal (Archiv f. Psychiatrie, VII, p. 622). Un cas rapporté par Pétrucci (Annal. méd.-psychol. 1875) nous montre que, dans ce genre de maladie, les individus atteints peuvent être aussi amenés à la bigamie.

Ce qui est très caractéristique, c'est la brutalité avec laquelle les malades à l'état avancé procèdent pour satisfaire leur instinct sexuel.

Dans un cas rapporté par Legrand (La folie, p. 519), on surprit un père de famille qui se masturbait en pleine rue. Après l'acte, il avala son sperme.

Un malade que j'ai observé, officier, issu d'une grande famille, fit dans une ville de saison, en plein jour, des tentatives obscènes sur des petites filles.

Un cas analogue est rapporté par Regis (De la dynamie ou exaltation fonctionnelle au début de la paralysie générale, 1878).

Les observations de Tarnowsky (Op. cit., p. 82), nous apprennent que, dans les phases prodromiques et au cours de la maladie, il se produit aussi des cas de pédérastie et de bestialité.

ÉPILEPSIE

Il faut ajouter aux maladies dont nous venons de parler l'épilepsie, qui est souvent une cause d'affaiblissement psychique et qui peut donner naissance à tous les faits de satisfaction sexuelle brutale dont nous venons de parler.

D'ailleurs, chez beaucoup d'épileptiques, l'instinct génital est très vif. Dans la plupart des cas, il est satisfait par la masturbation, parfois par des actes obscènes avec des enfants, par la pédérastie. La perversion de l'instinct suivie d'actes sexuels pervers ne semble se rencontrer que rarement.

De beaucoup plus importants sont les cas,--qu'on cite de plus en plus fréquemment dans les ouvrages spéciaux,--les cas dans lesquels les épileptiques ne présentent pendant certains intervalles aucun symptôme de sexualité excessive, mais seulement au moment des accès épileptiques, quand ils sont dans un état d'exception psychique équivalent ou post-épileptique.

Ces cas ont été jusqu'ici à peine analysés au point de vue clinique, et nullement au point de vue médico-légal; ils méritent pourtant une étude approfondie, car on pourrait ainsi mieux juger certains actes contre la morale et certains viols, et éviter par ce moyen certains arrêts injustes des tribunaux.

Les faits suivants feront clairement ressortir que les altérations du cerveau, qui se produisent à la suite des affections épileptiques, peuvent occasionner une excitation morbide de la vie sexuelle[99].

[Note 99: Arndt (Lehrbuch. d. Psych., p. 140), relève particulièrement l'état de rut qui existe chez les épileptiques. «J'ai connu des épileptiques qui se sont enflammés de la passion la plus sensuelle pour leur propre mère et d'autres qui étaient suspectés par leur père d'avoir des rapports sexuels avec leur mère.» Mais Arndt est dans l'erreur quand il prétend que partout où il y a une vie sexuelle anormale, il faut supposer l'existence d'un élément épileptique.]

De plus, dans les états d'exception psychique, l'épileptique a les sens troublés et se trouve sans résistance contre ses impulsions sexuelles.

Depuis des années, je vois un jeune épileptique, très taré, qui, toutes les fois qu'il a eu des accès réitérés, s'élance sur sa mère et veut la stuprer. Le malade reprend ses sens après un certain temps, mais avec amnésie pour les faits qui se sont passés. Dans les intervalles, c'est un homme d'une moralité sévère et qui n'a pas de besoins sexuels.

Il y a quelques années, j'ai connu un valet de ferme qui, au moment de ses accès épileptiques, se livrait à une masturbation effrénée. Pendant les intervalles, sa conduite était irréprochable.

Simon (Crimes et délits, p. 220), fait mention d'une fille épileptique de vingt-trois ans, de la meilleure éducation et d'une moralité des plus sévères, qui, dans l'attaque de vertige, murmure quelques paroles obscènes, soulève ensuite ses jupons, fait des mouvements lascifs et cherche à déchirer son pantalon fermé.

Kiernan (Alienist und Neurologiste, janvier 1884) raconte qu'un épileptique avait toujours comme aura de ses accès la vision d'une belle femme en position lascive et qu'il en avait de l'éjaculation. Après des années et à la suite d'un traitement bromuré, cette vision a été remplacée par celle d'un diable qui l'attaque avec un trident. Au moment où celui-ci l'atteint, il perd conscience.

Le même auteur fait mention d'un homme très respectable qui avait deux à trois fois par an des accès épileptiques suivis de rage dysthymique et des impulsions à la pédérastie qui duraient huit à quinze jours; il parle ensuite d'une dame qui, à la ménopause, avait des accès épileptiques avec des impulsions sexuelles pour un garçon.

OBSERVATION 150.--W..., sans tare, autrefois sain, intellectuellement normal, tranquille, bon, de moeurs décentes, non adonné à la boisson, manqua d'appétit le 13 avril 1877. Le 14 au matin, en présence de sa femme et de ses enfants, il se leva brusquement de son siège, s'élança sur une amie de sa femme, la conjura et conjura sa femme ensuite de lui accorder le coït. Repoussé, il fut atteint immédiatement d'une crise épileptiforme, à la suite de laquelle il se mit à rager, cassant ce qu'il trouvait, jetant de l'eau bouillante à ceux qui voulaient l'approcher et jetant un enfant dans le foyer. Bientôt après il devint calme, resta troublé pendant quelques jours encore et recouvrit ensuite ses sens mais avec une amnésie complète pour tout ce qui s'était passé (Howalewsky, Jahrbuescher f. Psych., 1879).

Un autre cas étudié par Casper (Klin. Novellen, p. 267) dans lequel un homme ordinairement très convenable, attaqua à peu d'intervalle quatre femmes dans la rue (une fois même devant deux témoins) et en viola une, quoique son épouse, jeune, jolie et saine, habitât tout près,--peut être aussi rattaché à une épilepsie larvée, d'autant plus que l'individu en question avait de l'amnésie de ses actes scandaleux.

La nature épileptique des actes sexuels est incontestable et claire dans les observations suivantes.

OBSERVATION 151.--L..., fonctionnaire, quarante ans, époux affectueux, bon père, commit, en quatre années, vingt-cinq délits graves contre les moeurs pour lesquels il eut à purger des peines d'emprisonnement d'assez longue durée.

Comme premier chef, il était accusé d'avoir, en passant à cheval, mis à nu ses parties génitales devant des filles de onze à treize ans et attiré l'attention de celles-ci par des paroles obscènes. Même étant en prison, il s'est montré(genitalibus denudatis) à la fenêtre qui donnait sur une promenade très fréquentée.

Le père de L... était un aliéné, le frère de L... a été un jour rencontré dans la rue, vêtu seulement d'une chemise. Pendant son service militaire, L... eut deux fois des syncopes très graves. Depuis 1859, il souffrait d'étranges accès de vertige qui devenaient de plus en plus fréquents; il devenait alors tout faible, tremblait de tout son corps, devenait d'une pâleur de mort; un voile obscurcissait ses yeux, il voyait de petites étincelles scintiller; il était obligé de s'appuyer pour ne pas tomber. Après des attaques plus violentes, grande fatigue et sueurs profuses.

Depuis 1861, grande irascibilité qui attirait des blâmes sévères à ce fonctionnaire dont on avait toujours à se louer dans le service. Sa femme le trouvait changé: il y avait des jours où il se démenait comme un fou à la maison, se tenait la tête entre les mains, la cognait contre le mur et se plaignait de maux de tête. Pendant l'été de 1869, le malade est tombé quatre fois par terre, restant engourdi et les yeux ouverts.

On a constaté aussi des états de crépuscule intellectuel.

L... prétend ne rien savoir des délits qu'on lui reproche. L'observation a fait constater d'autres accès plus violents de vertigo epileptica. L... n'a pas été condamné. En 1875, il s'est développé chez lui une dementia paralytica qui se dénoua bientôt par la mort.
(Westphal, Archiv f. Psych., VII, p. 113).

OBSERVATION 152.--Un homme de vingt-six ans, ayant de la fortune, vivait depuis un an avec une fille qu'il aimait beaucoup. Il faisait le coït rarement, ne se montrait jamais pervers. Pendant cette année, il a eu deux fois, après des excès alcooliques, des crises épileptiques. Le soir, après un dîner où il avait bu beaucoup de vin, il alla dans l'appartement de sa maîtresse, entra d'un pas ferme dans la chambre à coucher bien que la fille de chambre lui eût dit que sa maîtresse était sortie. De là il alla dans une autre chambre où un garçon de quatorze ans dormait: il se mit à le violer. Aux cris du garçon qu'il avait blessé au prépuce et à la main, la bonne accourut. Alors le malade laissa le garçon et fit violence à la bonne. Il se coucha ensuite et dormit pendant douze heures. En se réveillant, il ne se rappelait que sommairement de son ivresse et du coït. Plus tard, il a eu à plusieurs reprises des crises épileptiques. (Tarnowsky, op. cit., p. 52).

OBSERVATION 153.--X..., homme du meilleur monde, mène depuis quelque temps une vie très dissolue et a des attaques d'épilepsie. Il se fiance ensuite. Le jour fixé pour le mariage, peu de temps avant la cérémonie nuptiale, il paraît au bras de son frère dans la salle remplie d'invités pour la noce. Arrivé devant sa fiancée, denudat coram publico genitalia et masturbare incipit. On l'amène immédiatement dans une clinique psychiatrique; en route il se masturbe sans cesse et il est encore, pendant quelques jours en proie à cette tentation. Le paroxysme passé, le malade n'avait qu'un souvenir très vague des incidents qui venaient de se passer, et il ne put donner aucune explication de sa manière d'agir. (Le même.)

OBSERVATION 154.--Z..., vingt-sept ans, très chargé de tares héréditaires, épileptique, viole une fille de onze ans et la tue ensuite. Il nie le fait. Amnésie. L'état d'exception psychique au moment du crime n'a pas été démontré. (Pugliese, Arch. di Psich., VIII, p. 622.)

OBSERVATION 155.--V..., soixante ans, médecin, a commis des actes obscènes avec des enfants; il a été condamné à deux ans de prison. Le docteur Marandon a constaté plus tard des accès de peur épileptoïdes, démence, délire érotique et hypocondriaque par moments, accès d'angoisse. (Lacassagne, Lyon médical, 1887, nº 51.)

OBSERVATION 156.--Le 4 août 1878, la fille H..., âgée de presque quinze ans, cueillait, en compagnie de plusieurs petites filles et petits garçons, des groseilles sur la route publique. Tout d'un coup, H... terrassa la petite L..., âgée de neuf ans et demi, la dénuda, la tint ferme et invita A... âgé de sept ans et demi et O... âgé de cinq ans à exécuter une conjunctio membrorum avec la fille, ce que ces deux petits garçons firent réellement.

H... avait une bonne réputation. Depuis cinq ans elle souffrait d'irritabilité nerveuse, de maux de tête, de vertiges, d'accès épileptiques et s'était arrêtée dans son développement physique et intellectuel. Elle n'est pas encore menstruée, mais elle présente le molimen menstruale. Sa mère est suspectée d'épilepsie. Depuis trois mois, H... avait souvent, après ses accès, fait des choses de travers sans en avoir souvenance.

H... paraît déflorée. Elle ne présente pas de défectuosités intellectuelles. Elle déclare ne rien savoir de l'acte dont on l'accuse. D'après le témoignage de sa mère, elle avait eu le matin du 4 août un accès épileptique et sa mère lui avait, pour cette raison, donné l'ordre de ne pas quitter la maison. (Purkhauer, Friedreichs Blætter f. ger. Med., 1879, II. 3.)

OBSERVATION 157. (Actes d'impudicité en état d'inconscience morbide chez un épileptique).--T..., percepteur d'impôts, cinquante-deux ans, marié, est accusé d'avoir pratiqué depuis dix-sept ans des actes d'impudicité avec des garçons en les masturbant ou en se faisant masturber par eux. L'accusé, un fonctionnaire jouissant de la plus grande estime, est consterné de cette accusation terrible, et prétend ne savoir absolument rien des actes qu'on lui impute. Son intégrité mentale paraît douteuse. Son médecin particulier, qui le connaît depuis vingt ans, fait remarquer le caractère sombre et renfermé de T..., ainsi que ses fréquents changements d'humeur.

Mme T..., de son côté, rapporte que son mari a voulu un jour la jeter à l'eau, qu'il avait de temps en temps des accès pendant lesquels il arrachait ses vêtements et voulait se jeter par la fenêtre. T... ne sait rien non plus de ces faits. D'autres témoins aussi rapportent des changements d'humeur surprenants et des bizarreries de caractère de l'inculpé. Un médecin prétend avoir constaté chez lui par moments des accès de vertige.

La grand'mère de T... était une aliénée, son père était tombé dans l'alcoolisme chronique et avait, dans ses dernières années, des accès épileptiformes; le frère de ce dernier était un aliéné qui, dans un accès de délire, avait tué un parent. Un autre oncle de T... s'est suicidé. Des trois enfants de T.... l'un était idiot, un autre louchait, et le troisième a souffert de convulsions. L'accusé déclare avoir eu, par moments, des accès pendant lesquels sa conscience s'était troublée, de sorte qu'il ne savait plus ce qu'il faisait. Ces accès étaient précédés d'une douleur en forme d'aura dans la nuque. Il éprouvait alors le besoin de respirer de l'air frais. Il ne savait pas où il allait. Sa femme le satisfaisait bien sexuellement. Depuis dix-huit ans il a un eczéma chronique au scrotum (ce fait a été prouvé) qui lui cause une excitation sexuelle extraordinaire. Les avis des six médecins étaient contradictoires (facultés mentales intactes--accès d'épilepsie larvée); les voix des jurés furent partagées, de sorte qu'il y eut acquittement. Le docteur Legrand du Saulle, appelé comme expert, constata que jusqu'à l'âge de vingt-deux ans T... avait chaque année uriné dix à dix-huit fois dans le lit. Après cette époque l'incontinence nocturne avait cessé, mais depuis il y avait des heures pendant lesquelles l'esprit de T... était voilé et il avait de temps en temps de l'amnésie. Bientôt après T... fut de nouveau poursuivi pour outrage aux moeurs commis en public; cette fois, il fut condamné à quinze mois de prison. En prison il était toujours malade et ses facultés mentales s'affaiblissaient à vue d'oeil. Pour ce motif il fut gracié, mais sa faiblesse mentale progressait de plus en plus. À plusieurs reprises on constata chez lui des accès épileptiformes (crampes toniques avec perte de la conscience et tremblements). (Auzouy, Annal. méd.-psychol., 1874, novembre; Legrand du Saulle, Étude méd.-légales, etc., p. 99.)

Nous allons clore cette énumération si importante au point de vue médico-légal par le cas suivant d'un délit de moeurs commis avec des enfants, cas que l'auteur a personnellement observé et ensuite rapporté dans Friedreichs Blætter[100].

[Note 100: Comparez encore Liman: Zweifelhafte Geistessustaende, cas 6; le travail de Lasègue sur les exhibitionnistes (Union méd., 1871); Ball et Chamburd, Somnambulisme (Dict. des sciences méd., 1881).]

Le cas est d'autant plus curieux qu'on a pu établir avec certitude qu'au moment de l'acte, il y avait inconscience épileptique et que--ainsi qu'il ressort des species facti donnés en latin pour des raisons qu'on comprendra,--les procédés de raffinement sont pourtant possibles dans cet état.

OBSERVATION 158.--P..., quarante-neuf ans, marié, interne d'un hospice, est accusé d'avoir, le 25 mai 1883, commis dans sa chambre les horribles délits de moeurs suivants sur la personne de la petite D..., âgée de dix ans, et sur la petite G..., âgée de neuf ans.

Voici la déposition de la petite D.:

J'étais avec G..., et ma petite soeur J..., âgée de trois ans, dans le pré. P..., nous appela dans sa chambre de travail et en ferma la porte aux verrous. Tum nos exosculabatur, linguam in os meum demittere tentabat, faciem que mihi lambebat; sustulit me in gremium, bracas aperuit, vestes meas sublevavit, digitis me in genitalibus titillabat et membro vulvam meam fricabat ita ut humidam fierem. Lorsque je criai, il me donna douze kreutzers et me menaça de me tuer d'un coup de fusil si je disais un mot de ce qui s'était passé. Finalement il m'invita à revenir le lendemain.

Voici la déposition de la petite G.:

P., nates et genitalia D..., se exosculatus, iisdem me conatibus aggresus est. Deinde filiotum quoque tres annos natum in manus acceptum osculatus est nudatumque parti suæ virili appressit. Postea quæ nobis essent nomina interrogavit, ac censuit genitalia D..æ meis multo esse majora. Quia etiam nos impulit, ut membrum suum intueremur, manibus comprehenderemus et videremus, quantopere id esset erectum.

Dans son interrogatoire du 29 mai, P..., allègue qu'il ne se souvient que vaguement d'avoir, il y a peu de temps, caressé et embrassé des petites filles et leur avoir donné des cadeaux. S'il a fait autre chose, il ne doit avoir agi ainsi que dans un état d'irresponsabilité complète. D'ailleurs, depuis qu'il a fait une chute, il y a plusieurs années, il souffre de maux de tête. Le 22 juin il ne sait rien des faits du 25 mai, et il ne se souvient pas plus de son interrogatoire du 29 mai. Cette amnésie est pleinement confirmée au cours des débats contradictoires.

P..., est issu d'une famille de cérébraux; un de ses frères est épileptique. P... était autrefois adonné à la boisson. Il est exact qu'il a eu une lésion à la tête il y a plusieurs années. Depuis il eut pendant des intervalles de plusieurs semaines ou de quelques mois, des accès de troubles mentaux précédés de morosité, d'irritabilité, un penchant à l'abus de l'alcool, de l'angoisse, un délire de la persécution qui allait jusqu'aux menaces dangereuses et aux actes de violence. En même temps, il avait de l'hyperesthésie acoustique, des vertiges, des maux de tête, des congestions cérébrales. Tout cela lui causait un grand trouble d'esprit et une amnésie pour la période d'accès qui durait souvent des semaines entières.

Dans les intervalles, il souffrait de maux de tête au niveau de sa blessure (petite cicatrice cutanée à la tempe droite, douloureuse à la pression). Par l'exacerbation du mal de tête il devient irrité, morose au point d'être las de la vie; il a une certaine exaltation du sensorium. En 1879, P..., se trouvant dans cet état, a commis tout à fait impulsivement une tentative de suicide, dont il ne se souvenait plus après. Bientôt après, reçu à l'hôpital, il faisait l'impression d'un épileptique et fut pendant une période prolongée soumis à un traitement par le bromure de potassium. Reçu vers la fin de 1879 à l'hospice des infirmes, on n'observa jamais chez lui de crise épileptique proprement dite.

Dans les intervalles, c'était un brave homme, laborieux et bon, et qui n'a jamais montré trace d'excitation sexuelle, même dans son état d'exception; d'ailleurs il eut jusqu'à ces derniers temps des rapports sexuels avec sa femme. À l'époque de l'acte incriminé, P... présenta les symptômes d'un accès imminent et pria le médecin de lui faire donner du bromure de potassium.

P..., affirme que, depuis sa chute, il ne peut plus supporter les excès de chaleur ni d'alcool qui lui causent des maux de tête, et qu'il a tout de suite les sens troublés. L'observation médicale confirme ses autres assertions concernant sa faiblesse de mémoire, sa faiblesse d'esprit, son irascibilité, son mauvais sommeil.

Si l'on exerce une pression vigoureuse sur l'endroit de la trauma, P..., devient congestif, irrité, troublé; alors il tremble de tout son corps, paraît excité avec trouble des sens, et reste dans cet état pendant des heures entières.

Dans les moments ou il est exempt de ces sensations dont le point de départ est toujours la cicatrice, il paraît poli, expressif, franc, libre, serviable, mais toujours avec des facultés mentales faibles et un esprit voilé. P..., n'a pas été condamné. (Rapport détaillé dans Friedreichs Blætter.)

FOLIE PÉRIODIQUE

De même que dans les cas de manie non périodique, il se produit souvent aussi dans les accès périodiques une manifestation nette ou même une accentuation morbide de la sphère sexuelle.

Le cas suivant rapporté par Servaes (Archiv. f. Psych.), nous montre que le sentiment sexuel peut alors avoir un caractère pervers.

OBSERVATION 159.--Catherine W..., seize ans, non encore menstruée. Le père est d'une nature coléreuse et emportée.

Sept semaines avant son admission (3 décembre 1872), dépression mélancolique et irritabilité. Le 27 novembre, accès de folie furieuse qui a duré deux jours. Ensuite de nouveau mélancolique. Le 6 novembre, état normal.

Le 24 novembre (vingt-huit jours après le premier accès de folie furieuse), elle est tranquille, déprimée. Le 27 décembre, état d'exaltation (gaîté, rire, etc.), avec rut amoureux pour sa garde-malade. Le 31 décembre, accès mélancolique subit qui disparaît après une durée de deux heures. Le 20 janvier, nouvel accès tout à fait analogue au premier. Accès pareil le 18 février, en même temps traces des menses. La malade avait une amnésie absolue pour tout ce qui s'était passé pendant ses paroxysmes et apprit en rougissant et avec un grand étonnement le récit des faits passés.

À la suite elle eut encore des accès avortés mais qui, grâce à la réglementation des menses, au mois de juin, ont fait place à un complet bien-être psychique.

Dans un autre cas rapporté par Gock (Archiv. f. Psych.), où il s'agissait probablement d'une folie cyclique chez un homme chargé de lourdes tares, il se produisit pendant l'état d'exaltation un sentiment sexuel pour les hommes. Cet individu se prenait alors pour une femme; l'on peut se demander si ce n'est pas plutôt la monomanie du changement de sexe que l'inversion sexuelle elle-même qui provoqua les idées sexuelles du malade.

On peut rapprocher de ces sortes de cas, avec manifestation morbide de la vie sexuelle comme phénomène partiel d'une manie, ceux plus intéressants où un sentiment sexuel morbide et souvent pervers ne se fait jour que sous forme d'accès périodiques, et constitue un état analogue à la dipsomanie, accès qui sont le noyau de tous les troubles psychiques, tandis que, dans les périodes d'intervalle, l'instinct génital n'a ni une intensité anormale ni un caractère pervers.

Un cas assez net de cette psychopathia sexualis périodique, liée au processus de la menstruation, a été rapporté par Anjel (Archiv. f. Psych., XV, fascicule 2).

OBSERVATION 160.--Dame tranquille, arrivant à la ménopause. Lourdes tares héréditaires. Pendant sa jeunesse accès de petit mal. Toujours excentrique, violente; principes moraux rigides; mariage sans enfants.

Il y a plusieurs années, après de fortes émotions morales, accès hystéro-épileptique; ensuite, pendant plusieurs semaines, trouble mental post-épileptique. Puis insomnie pendant plusieurs mois. À la suite, parfois, insomnies dues à la menstruation et impulsion pueros decimum annum nondum agentes allicere, osculari et genitalia eorum tangere. À l'heure actuelle il n'y a pas de désir du coït et pas du tout de désirs de se rapprocher d'un homme adulte.

La malade parle parfois franchement de cette impulsion, demande à être surveillée, car elle ne pourrait pas répondre d'elle. Dans les intervalles, elle évite anxieusement toute conversation sur ce sujet, elle est très décente et n'a de besoins sexuels d'aucun genre.

Pour ces cas encore peu connus de psychopathia sexualis périodique, Tarnowsky (op. cit., p. 38) a fourni des documents précieux; mais les cas qu'il rapporte n'ont pas tous un caractère de périodicité.

Il cite des cas où des hommes mariés très bien élevés, et pères de famille, étaient de temps en temps forcés de se livrer aux actes sexuels les plus abominables, tandis que, dans les périodes d'intervalle, ils étaient sexuellement normaux, abhorraient les actes commis dans leur paroxysme et frémissaient en pensant au retour de nouveaux accès auxquels ils devaient s'attendre.

Quand le paroxysme éclatait, le sentiment sexuel normal disparaissait; il se produisait un état de surexcitation psychique accompagné d'insomnie, avec idées et obsessions d'exécuter des actes sexuels pervers, avec oppression anxieuse et impulsion de plus en plus forte à des actes sexuels habituellement abhorrés par l'individu, mais dans ce moment considérés comme une délivrance, puisqu'ils devaient faire disparaître l'état anormal.

L'analogie avec les dipsomanes est parfaite. Pour d'autres cas (concernant la pédérastie périodique), consulter Tarnowsky (op. cit., p. 41). Le cas 46 qui y est rapporté peut être classé dans la catégorie des épileptiques.

Le cas suivant, rapporté par Anjel (Archiv. f. Psych., XV, fascicule 2) est un des plus caractéristiques pour la manifestation périodique de l'excitation sexuelle morbide.

OBSERVATION 161.--Homme de classe sociale supérieure, quarante-cinq ans, très aimé de tout le monde, sans tare, très estimé, d'une moralité rigoureuse, marié depuis quinze ans, ayant eu autrefois des rapports sexuels normaux, père de plusieurs enfants bien portants, vivant de la meilleure vie conjugale, eut, il y a huit ans, une peur terrible. À la suite de cet incident il eut pendant plusieurs semaines une oppression angoissante, des palpitations de coeur. Ensuite vinrent des accès singuliers à des intervalles de plusieurs mois et même d'une année, accès que le malade appelle son «rhume de cerveau moral». Il perd le sommeil; au bout de trois jours perte de l'appétit, irritation d'humeur croissante, air troublé, regard fixe, regarde devant lui un point fixe, grande pâleur alternant avec la rougeur, tremblement des doigts, yeux rouges et luisants avec une expression singulière de lubricité, langage violent et précipité. Impulsion pour les petites filles de cinq à dix ans, même ses propres filles. Prière adressée à sa femme de mettre ses filles en sûreté. Dans cet état, le malade se renferme dans sa chambre pendant des jours entiers. Autrefois il avait l'obsession de guetter dans les rues les petites filles sortant de l'école, et il éprouvait une satisfaction particulière iis præsentibus genitalia nudare, se mingentem fingens.

De crainte de scandale il se renferme dans sa chambre, médite en silence, incapable de mouvement, de temps en temps tourmenté par des idées angoissantes. La conscience ne semble pas être troublée. Durée des accès: huit à quatorze jours. Causes du retour inexplicables. Amélioration subite; grand besoin de dormir; après la satisfaction de ce besoin, il se sent très bien. Dans l'intervalle rien d'anormal. Anjel suppose l'existence d'une base épileptique, et il considère les accès comme l'équivalent psychique d'une crise épileptique.

MANIE

La sphère sexuelle participe aussi souvent à l'excitation générale qui existe dans ce cas dans la sphère psychique.

Chez les maniaques du sexe féminin, c'est même la règle. Dans certains cas isolés, on peut se demander si l'instinct est réellement accentué, et s'il ne se manifeste pas seulement avec brutalité, ou bien s'il existe réellement une augmentation morbide. Dans la plupart des cas, cette dernière supposition pourrait être juste; elle existe d'une façon certaine dans les délires sexuels ou dans leurs équivalents religieux. Selon le degré de la maladie, l'instinct accentué se manifeste sous des formes différentes.

Dans la simple exaltation maniaque et lorsqu'il s'agit d'hommes, on observe la manie de faire la cour, la frivolité, la lascivité des propos, la fréquentation des bordels; quand il s'agit de femmes, on rencontre le penchant à faire des coquetteries dans la société des messieurs, à se bichonner, à se pommader, à parler d'histoires de mariages et de scandales, à suspecter, au point de vue sexuel, les autres femmes; dans l'ardeur religieuse, équivalent de l'autre manie, on note des impulsions à participer aux pèlerinages et aux missions, à aller au couvent, ou à devenir au moins cuisinière d'un curé, en même temps que la malade parle beaucoup de son innocence et de sa virginité.

Au point culminant de la manie (accès furieux), on observe des invitations directes à faire le coït, l'exhibition, les propos obscènes, une irritation démesurée contre l'entourage féminin, un penchant à se barbouiller avec de la salive, de l'urine et même des excréments, des délires religioso-sexuels, où l'on est couverte par le Saint-Esprit, où l'on a mis au monde l'enfant Jésus, etc., onanisme effréné, mouvements du coït en remuant le bassin.

Chez les hommes susceptibles d'accès furieux, il faut s'attendre à des actes de masturbation éhontée, et à des viols d'individus féminins.

SATYRIASIS ET NYMPHOMANIE

On a appelé satyriasis (chez l'homme) et nymphomanie (chez la femme), des états d'excitation psychique dans lesquels l'instinct génital, accentué d'une manière morbide, tient le premier rang.

Moreau est d'avis que ces états sont d'un genre à part: il a certainement tort d'admettre cette théorie. La complexité des symptômes sexuels n'est toujours qu'un phénomène partiel d'une psychose générale (manie, folie hallucinatoire).

L'essentiel, dans l'état d'excitation sexuelle, est un état d'hyperesthésie psychique, avec participation de la sphère sexuelle. L'imagination ne présente que des scènes sexuelles, avec des hallucinations et des illusions, et un vrai délire hallucinatoire.

Les représentations les plus indifférentes provoquent des allusions sensuelles, et l'accentuation voluptueuse de ces représentations et de ces perceptions est augmentée à un vif degré. L'objet de la conscience morbide prend un empire sur tous les sentiments et toutes les tendances de l'individu; et il y a alors une excitation physique générale, semblable à celle qui a lieu pendant le coït. Souvent les parties génitales sont en turgor constant (priapisme chez l'homme).

L'homme atteint de rage sexuelle cherche à satisfaire son instinct à tout prix, et, par là, il devient très dangereux pour les personnes de l'autre sexe. Faute de mieux, il se masturbe ou commet des actes de sodomie. La femme nymphomane cherche à attirer les hommes par exhibition ou par des gestes lascifs; la simple vue d'un homme lui cause une surexcitation sexuelle démesurée qui se traduit ou par la masturbation, ou par des mouvements du bassin, ou en se frottant contre son lit.

Le satyriasis est rare. On remarque plus souvent des cas de nymphomanie, mais moins souvent à la ménopause. Elle peut se produire même dans la vieillesse.

L'abstinence alliée à une stimulation continuelle de la sphère sexuelle par des irritations psychiques et périphériques (pruritus pudendi, oxyures, etc.) peut provoquer ces états, mais selon toute probabilité seulement chez des individus tarés[101].

[Note 101: Comparez les cas intéressants de Marc-Ideler, II, p. 131.--Ideler.
Grundriss der Seelenkeilkunde, II, p. 488-492.]

En affirmant qu'elle peut se produire aussi à la suite de l'intoxication par les cantharides, on paraît se baser sur une confusion avec le priapisme. La sensation voluptueuse qui se manifeste au début dans le priapismus ab intoxicatione cantharidis se change bientôt en une sensation contraire. Le satyriasis et la nymphomanie sont des états morbides psycho-sexuels aigus.

Il existe du reste des cas qu'on pourrait non sans raison appeler des cas chroniques de satyriasis ou de nymphomanie.

Il faut classer dans cette catégorie de malades les hommes qui, dans la plupart des cas, après l'abusus Veneris, surtout par la masturbation, souffrent de neurasthenia sexualis, mais ont en même temps un libido sexuel très développé. Leur imagination est, de même que dans les cas aigus, surchauffée, leur âme remplie d'images malpropres, de sorte que les choses même les plus sublimes y sont souillées par des images et des scènes cyniques.

Les pensées et les désirs de ces gens ne visent que la sphère sexuelle, et, comme leur chair est faible, ils arrivent, aidés par leur imagination, aux plus grandes perversités sexuelles.

On peut appeler nymphomanie chronique les états analogues chez les femmes, états qui mènent naturellement à la prostitution. Legrand du Saulle (La folie, p. 510) rapporte des cas intéressants qui évidemment ne peuvent s'expliquer autrement.

MÉLANCOLIE

La conscience et l'humeur du mélancolique ne sont pas favorables à l'éveil des instincts sexuels. Cependant il arrive parfois que ces malades se masturbent.

Dans les cas que j'ai observés personnellement, il s'agit toujours de malades tarés et qui, avant leur maladie déjà, s'étaient adonnés à la masturbation. L'acte ne paraissait pas être motivé par la satisfaction d'une excitation voluptueuse; c'était plutôt par habitude, par ennui, par peur, pour amener un changement temporaire dans leur situation psychique très pénible.

HYSTÉRIE

Dans cette névrose, la vie sexuelle aussi est très souvent anormale; il s'agit presque toujours d'individus tarés. Toutes les anomalies possibles de la fonction sexuelle se rencontrent ici, avec des aspects variés et des complications étranges; quand il y a une base dégénérative héréditaire, de l'imbécillité morale, on peut constater les formes les plus perverses.

Le changement et l'aberration morbides du sentiment sexuel ne restent jamais sans conséquences pour la vie psychique de ces malades.

Un cas bien remarquable à ce sujet est rapporté par Giraud.

OBSERVATION 162.--Marianne L., de Bordeaux, a la nuit, pendant que ses maîtres dormaient sous l'influence du narcotique qu'elle leur avait donné, pris les enfants de ses maîtres, les a livrés à son amant pour ses jouissances sexuelles et les a fait assister aux scènes les plus outrageantes pour la moralité. On a constaté que L... était hystérique (hémianesthésie et accès convulsifs) et que, avant sa maladie, c'était une personne très convenable et très digne de confiance. Depuis sa maladie, elle s'est prostituée d'une façon éhontée, et elle a perdu tout sens moral.

Chez les hystériques la vie sexuelle est souvent excitée morbidement. Cette excitation peut se manifester d'une manière intermittente (menstruelle). Elle peut avoir pour effet une prostitution éhontée même chez des femmes mariées. Quand l'impulsion sexuelle se manifeste sous une forme atténuée, il y alors onanisme, promenades en état de nudité dans la chambre, manie de s'oindre d'urine ou d'autres matières malpropres, de se parer de vêtements d'hommes, etc.

Schule (Klin. Psychiatrie, 1886, p. 237) note surtout très fréquemment un instinct génital morbidement accentué, «qui transforme en Messalines des filles prédisposées et même des épouses qui vivaient heureuses en ménage.» Cet auteur cite des cas où, pendant le voyage de noces, des femmes ont essayé de s'enfuir avec des hommes de rencontre, des cas de femmes très respectées qui ont noué des liaisons sans choix et ont sacrifié toute dignité à leur insatiable avidité sexuelle.

Dans les délires hystériques, la vie sexuelle accentuée d'une manière morbide peut se manifester par la monomanie de la jalousie, par de fausses accusations contre des hommes pour de prétendus actes d'impudicité[102], par des hallucinations du coït[103], etc.

[Note 102: Voir plus loin, le cas Merlac dans le Lehrb. d. ger. Psychopathol., de l'auteur, 2e édit., p 322.--Morel, Traité des maladies mentales, p. 687.--Legrand, La Folie, p. 237.--Procès La Roncière dans les Annales d'hyg., 1re série, IV, 3e série, XXII.]

[Note 103: C'est là-dessus que se basent les incubes dans les procès des sorcières au moyen âge.]

Par moments il peut aussi se produire de la frigidité avec manque de sensation voluptueuse qui survient dans la plupart des cas par suite de l'anesthésie génitale.

PARANOIA

Dans les diverses formes de la folie primaire, les phénomènes anormaux de la vie sexuelle ne constituent pas un fait rare. Car plusieurs formes de l'aliénation mentale provoquent le développement des abus sexuels (paranoia masturbatoire) ou des processus d'excitation sexuelle; souvent il s'agit d'individus psychiquement dégénérés chez lesquels, en dehors d'autres stigmates de dégénérescence fonctionnelle, la vie sexuelle se trouve aussi souvent chargée de lourdes tares.

C'est surtout dans la paranoia erotica et religiosa que la vie sexuelle est amenée à un degré morbide, que même elle devient perverse dans certaines circonstances et se manifeste assez distinctement. Mais, dans la folie érotique, l'état de surexcitation sexuelle ne se manifeste pas tant par des procédés et des actes qui visent directement la satisfaction sexuelle, que--il y a des exceptions--par un amour platonique, un enthousiasme romanesque pour une personne de l'autre sexe pour la satisfaction esthétique qu'elle procure; dans certaines circonstances cet enthousiasme peut se reporter sur un produit de l'imagination, un tableau ou une statue.

L'amour sans vigueur ou qui ne se manifeste que spirituellement pour l'autre sexe, n'a d'ailleurs souvent sa cause que dans l'affaiblissement des organes génitaux, résultat de la masturbation pratiquée trop longtemps; souvent sous l'enthousiasme chaste pour un être aimé, se cachent une grande lubricité et des abus sexuels. Chez les femmes notamment, une excitation sexuelle violente dans le sens de la nymphomanie peut se déclarer épisodiquement.

Le paranoia religiosa aussi porte, dans la plupart des cas, sur la sphère sexuelle qui se manifeste par un instinct sexuel d'une violence morbide et d'une précocité anormale.

Le libido trouve sa satisfaction dans la masturbation ou dans l'extase religieuse dont l'objet peut être la personne d'un prêtre ou de certains saints, etc.

Nous avons parlé assez longuement de ces rapports psycho-pathologiques sur le terrain sexuel et le terrain religieux.

À part la masturbation, les délits sexuels sont relativement assez fréquents dans la paranoia religieuse.

L'ouvrage de Marc contient un cas bien remarquable de folie religieuse qui a conduit à l'adultère. Giraud. (Annal. méd.-psychol.) a rapporté un cas d'impudicité commis sur des petites filles par un homme de quarante-trois ans, atteint de paranoia religiosa et qui était temporairement en excitation érotique. Il faut compter dans cette catégorie un cas d'inceste.
(Liman, Vierteljahrssch. f. ger. Med.)

OBSERVATION 163.--M..., a mis sa fille en état de grossesse. La femme, mère de 18 enfants et qui est elle-même enceinte de son mari, l'a dénoncé au parquet. M... souffrait depuis deux ans de paranoia religieuse. «Il m'a été annoncé par le ciel que je devais coucher avec ma fille, l'éternel soleil. Alors il en naîtra un homme de chair et d'os par ma croyance qui date de dix-huit siècles. Cet homme sera un pont pour la vie éternelle entre l'ancien et le nouveau Testament.» Le fou avait obéi à cette impulsion qui selon lui était un ordre venu du ciel.

Dans la paranoia persecutoria il se produit aussi parfois des actes sexuels dus à une cause pathologique.

OBSERVATION 164.--Une femme âgée de trente ans avait attiré un garçon de cinq ans qui jouait près d'elle, en lui promettant de l'argent et un morceau de rôti; pene lusit supra puerum flexa coitum conavit. Cette femme était une institutrice, qui, séduite et ensuite délaissée par un homme, s'était jetée pendant quelque temps dans la prostitution, bien qu'auparavant sa conduite fût d'une moralité rigoureuse. L'explication de sa légèreté de moeurs se trouvait dans le fait qu'elle avait une monomanie de la persécution très étendue et qu'elle croyait se trouver sous l'influence mystérieuse de son séducteur qui la forçait à des actes sexuels. Ainsi elle croyait que c'était son séducteur qui avait mis le petit garçon en travers de son chemin. On ne pouvait pas supposer que le mobile de son crime ait été une sensualité brutale, car il lui aurait été très facile de satisfaire son instinct sexuel d'une façon naturelle. (Kuessner, Berl. klin. Wochenschrift.

Cullere (Perversions sexuelles chez les persécutés dans les Annales médico-psychol., mars 1886) a rapporté des cas analogues, par exemple l'observation d'un malade atteint de paranoia sexualis persecutoria qui a essayé de violer sa soeur, cédant à la prétendue pression qu'exerçaient sur lui les bonapartistes.

Dans un autre cas un capitaine, atteint de la monomanie de la persécution électro-magnétique, est poussé par ses persécuteurs à la pédérastie qu'il abhorre au fond. Dans un cas analogue le persécuteur excite à l'onanisme et à la pédérastie.

V LA VIE SEXUELLE MORBIDE DEVANT LES TRIBUNAUX[104]

Dangers des délits sexuels pour le salut public.--Augmentation du nombre de ces délits.--Causes probables.--Recherches cliniques.--Les juristes en tiennent peu de compte.--Points d'appui pour juger les délits sexuels.--Conditions de l'irresponsabilité.--Indications pour comprendre la signification psycho-pathologique des délits sexuels.--Les délits sexuels.--Exhibitionnistes; fricatores; souilleurs de statues.--Viol; assassinat par volupté.--Coups et blessures, dégâts, mauvais traitements sur des animaux par sadisme.--Masochisme et servitude sexuelle.--Coups et blessures; vol par fétichisme.--Débauche avec des enfants au-dessous de quatorze ans.--Prostitution.--Débauche contre nature.--Souillure d'animaux.--Débauche avec des personnes du même sexe.--Pédérastie.--La pédérastie examinée au point de vue de l'inversion sexuelle.--Différence entre la pédérastie morbide et non morbide.--Appréciation judiciaire de l'inversion sexuelle congénitale et de l'inversion acquise.--Mémoire d'un uraniste.--Raisons pour mettre hors des poursuites judiciaires les faits d'amour homosexuel.--Origine de ce vice.--Vie sociale des pédérastes.--Un bal de mysogines à Berlin.--Forme de l'instinct sexuel dans les diverses catégories de l'inversion sexuelle.--Pædicatio mulierum.--L'amour lesbien.--Nécrophilie.--Inceste.--Actes immoraux avec des pupilles.

[Note 104: Voir S. Weisbrod, Die Sittlichkeitsverbrechen vor dem Gesetz, Berlin, 1891.--Don Pasquale Panta, I pervertimenti sessuali nell'uomo, Napoli, 1893.]

Les codes de toutes les nations civilisées frappent celui qui commet des actes contraires aux bonnes moeurs. Comme le maintien des bonnes moeurs et de la moralité est une des conditions d'existence les plus importantes pour la communauté publique, l'État ne peut jamais faire trop quand il s'agit de protéger la moralité dans sa lutte contre la sensualité. Mais cette lutte est menée avec des armes inégales; seuls un certain nombre d'excès sexuels peuvent être poursuivis par la loi; la menace du châtiment n'a pas grande action sur les exubérances d'un instinct naturel si puissant; enfin il est certain qu'une partie seulement des délits sexuels parvient à la connaissance des autorités. L'action de ces dernières est appuyée par l'opinion publique qui considère ce genre de délits comme infamant.

La statistique criminelle montre ce triste fait que, dans notre civilisation moderne, les délits sexuels ont un accroissement progressif, et particulièrement les actes de débauche avec des individus âgés de moins de quatorze ans[105].

[Note 105: Comparez: Casper, Klin.
Novellen.--Lombroso, Goltdammers Archiv, t. XXX.--OEttingen, Moralstatistik, p. 191.]

Le moraliste ne voit dans ces tristes faits qu'une décadence des moeurs générales et, selon les circonstances, il arrive à la conclusion que la trop grande douceur du législateur dans le châtiment des délits sexuels, comparée avec la rigueur des siècles passés, est en partie la cause de l'augmentation de ce genre de délits.

Mais pour le médecin observateur l'idée s'impose que ce phénomène vital de notre civilisation moderne est en connexité avec la nervosité croissante des dernières générations, car cette nervosité crée des individus chargés de tares névropathiques, elle excite la sphère sexuelle, pousse aux abus sexuels et, étant donné que la lubricité continue à subsister même quand la puissance sexuelle est diminuée, elle conduit aux actes sexuels pervers.

On verra plus loin combien est justifiée cette manière de voir, surtout quand il s'agit d'expliquer la raison de l'accroissement remarquable du nombre des délits de moeurs commis sur des enfants.

Il ressort de ce que nous avons expliqué jusqu'ici que, en ce qui concerne l'acte des délits sexuels, ce sont souvent les conditions névropathiques et même psychopathiques de l'individu qui sont décisives. Cela posé, la responsabilité de beaucoup de gens accusés de délits de moeurs se trouve mise en doute.

On ne peut contester à la psychiatrie le mérite d'avoir reconnu et démontré la signification psychiquement morbide de nombreux actes sexuels monstrueux et paradoxaux.

Jusqu'ici la jurisprudence, législature et magistrature, n'a tenu compte que dans une mesure très restreinte de tous ces faits d'observation psycho-pathologique. Elle se met par là en contradiction avec la science médicale et risque de prononcer des condamnations et des peines contre des hommes que la science jugerait comme irresponsables de leurs actes.

Par suite de cette considération superficielle de ces délits qui compromettent gravement l'intérêt et le salut de la société, il arrive facilement que la loi condamne, à une peine déterminée, un criminel de beaucoup plus dangereux pour le public qu'un assassin ou une bête sauvage et le rende à la société après qu'il a purgé sa condamnation, tandis que l'examen scientifique démontre que l'auteur était un individu originairement dégénéré psychiquement et sexuellement, individu qui ne doit pas être puni, mais mis hors d'état de nuire pendant toute sa vie.

Une justice qui n'apprécie que l'acte, et non l'auteur de l'acte, court toujours risque de léser les intérêts importants de la société (moralité publique et sécurité) et ceux de l'individu (l'honneur).

Sur aucun terrain du droit criminel il n'est aussi nécessaire que sur ce terrain des délits sexuels que les études du magistrat et du médecin légiste se complètent; seul l'examen anthropologico-clinique peut faire la lumière.

La forme du délit ne peut jamais par elle-même éclairer sur la question de savoir s'il s'agit d'un acte psychopathique, ou d'un acte commis dans la sphère normale de la vie psychique. L'acte pervers n'est pas toujours une preuve de la perversion du sentiment.

Les actes sexuels les plus pervers et les plus monstrueux ont déjà été observés chez des personnes saines d'esprit. Mais il faut démontrer que la perversion du sentiment est morbide. Cette preuve est fournie par l'étude du développement de l'individu et des conditions de son origine, ou par la constatation que cette perversion est le phénomène partiel d'un état général névropathique ou psychopathique.

Les species facti sont très importants, bien que leur analyse ne donne lieu qu'à des suppositions, car suivant que le même acte sexuel est commis, par exemple, par un épileptique, par un paralytique ou par un homme sain d'esprit, il présente un caractère différent ou des particularités dans la manière de procéder.

Le retour périodique de l'acte sous des modalités identiques, la forme impulsive de l'exécution fournissent des indices importants pour son caractère pathologique. Mais la question ne peut être tranchée définitivement qu'après qu'on a ramené l'acte à des mobiles psychologiques (anomalies des représentations et des sentiments) et après qu'on a établi que ces anomalies élémentaires sont des phénomènes partiels d'un état général névro-psychopathique, ou d'un arrêt du développement psychique ou d'un état de dégénérescence psychique ou d'une psychose.

Les observations citées dans la partie générale et pathologique de ce livre, pourront fournir des indications précieuses au médecin légiste pour la découverte des impulsivités de l'acte.

Ces faits indispensables pour trancher la question de savoir s'il s'agit de simple immoralité ou de psychopathie, ne peuvent être établis que par un examen médico-légal fait selon les règles de la science, qui étudie et apprécie toute la personnalité au point de vue anamnestique, anthropologique et clinique.

La preuve de l'origine congénitale d'une anomalie de la vie sexuelle est importante, et il est nécessaire, pour l'établir, de rechercher les états de dégénérescence psychique.

Une aberration acquise, pour pouvoir être reconnue comme morbide, doit être ramenée à une névropathie ou à une psychopathie.

Dans la pratique, il faut, quand pareil cas se présente, avant tout songer à l'existence d'une dementia paralytica et à l'épilepsie.

En ce qui concerne la responsabilité, on doit principalement s'appuyer sur la preuve d'un état psychopathique chez l'individu accusé d'un délit sexuel.

Cette preuve est indispensable pour éviter le danger que la simple immoralité se couvre du prétexte de la maladie.

Des états psychopathiques peuvent amener à des crimes contre les moeurs, et en même temps supprimer les conditions de la responsabilité:

1) Quand aucune contre-représentation de nature morale ou légale ne s'oppose à l'instinct sexuel normal et éventuellement accentué; encore faut-il dans ce cas: alpha) que les considérations morales ou légales n'aient été jamais acquises (faiblesse mentale congénitale), ou bêta) que le sens moral et juridique soit perdu (faiblesse mentale acquise);

2) Quand l'instinct génital est renforcé (état d'exaltation psychique), en même temps que la conscience est voilée, et que le mécanisme psychique est trop troublé pour laisser entrer en action les contre-représentations qui virtuellement existent dans l'individu;

3) Quand l'instinct sexuel est pervers (état de dégénérescence psychique), il peut être en même temps exalté et irrésistible.

Les délits sexuels qui ne se commettent pas dans un état de défectuosité, de dégénérescence ou de maladie psychiques, ne doivent jamais bénéficier de l'excuse de l'irresponsabilité.

Dans de nombreux cas on rencontrera, au lieu d'un état psychiquement morbide, une névrose locale ou générale. Comme la ligne de démarcation entre la névrose et la psychose est incertaine, que les troubles élémentaires psychiques sont fréquents dans la première et se retrouvent presque toujours dans la perversion profonde de la vie sexuelle, et comme une affection nerveuse telle que, par exemple, l'impuissance, la faiblesse irritable, etc., exerce toujours une influence sur la perpétration de l'acte criminel, une juridiction équitable concluera toujours à des circonstances atténuantes, bien que l'irresponsabilité ne puisse être admise que lorsque une défectuosité psychique ou une maladie a été constatée.

Le jurisconsulte pratique évitera, pour diverses raisons, d'avoir, dans tous les cas de délits sexuels, recours à des médecins légistes pour provoquer une enquête psychiatrique.

Quand il se voit dans la nécessité de recourir à ce moyen de défense, c'est affaire avec sa conscience et son jugement. Des indices sur la nature pathologique pourront être fournis par les circonstances suivantes:

L'auteur du délit est un vieillard. Le délit sexuel a été commis en public et avec un cynisme étonnant. Le mode de satisfaction sexuelle est puéril (exhibition), ou cruel (mutilation, assassinat par volupté), ou pervers (nécrophilie), etc.

D'après l'expérience acquise, on peut dire que, parmi les délits sexuels qu'on peut rencontrer, le viol, l'outrage aux moeurs, la pédérastie, l'amor lesbicus, la bestialité, sont ceux qui peuvent avoir une origine psycho-pathologique.

Dans le viol compliqué d'assassinat, en tant qu'il vise encore un autre but que l'assassinat, de même dans le viol des cadavres, l'existence d'un état psychopathique est probable.

L'exhibition, ainsi que la masturbation mutuelle, feront présumer comme très vraisemblable des conditions pathologiques. L'onanisation d'un autre, de même que l'onanisme passif peut se rencontrer dans la dementia senilis, dans l'inversion sexuelle, mais aussi chez de simples débauchés.

Le cunnilingus de même que le fellare (penem in os mulieris arrigere) n'ont pas présenté jusqu'ici des symptômes psycho-pathologiques.

Ces horreurs sexuelles ne semblent se rencontrer que chez les débauchés qui, rassasiés des jouissances sexuelles naturelles, ont vu en même temps s'affaiblir leur puissance. La pædicatio mulierum ne paraît pas être de nature psychopathique, mais une pratique d'époux d'un niveau moral.