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Ecole Psychanalytique du Centre Ouest Un Groupe Regional de l'Association Lacanienne Internationale BP406 86010 Poitiers Cedex - Courriel: Epco2@wanadoo.fr |
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L'Ecole Psychanalytique du Centre-Ouest L'Association Lacanienne Internationale S'incrire à la lettre de l'Epco
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Jeanne des Anges (Jean-Jacques
Lepitre)
Je serais désireux de nous faire effectuer un étrange trajet au travers de l'épaisseur des siècles, des livres et des opinions. Ceci afin que vacillent un peu toutes nos certitudes résultant de cette accumulation de siècles justement, de cette compilation d'écrits, de positions idéologiquement datées. Pour aboutir à ce qu'il ne nous reste comme seul appuis véritable que le discours de Jeanne. Et qu'il puisse ainsi, remis dans la nudité de sa singularité, s'offrir à notre interrogation, voire à notre surprise retrouvée. Pour ce faire, je voudrais commencer par examiner quelques uns de ces points de certitude où nous ont arrimés, ligotés même, les commentaires les plus divers, mais aussi nos modes de pensées et leur histoire, je veux dire, là, notre histoire idéologique, ainsi l'avancée, depuis le 17ème siècle justement, d'une certaine rationalité scientifique où, d'évidence, s'organise une polarité de discours, y compris politique. Le premier de ces points, véritable
arbre cachant la forêt, c'est Grandier. Grandier, son procès,
sa condamnation. Un innocent envoyé au bûcher pour des
raisons politiques. Nous venons, sans doute, de l'entendre... Si on regarde la définition de
l'hérésie dans le "Manuel des Inquisiteurs",
dans sa réédition datée de 1580, soit seulement
50 ans avant les événements de Loudun, on remarquera qu'est
hérétique non seulement celui ou celle qui renie Dieu
et la foi catholique, mais aussi celui ou celle qui ne respecte pas
les décisions des quatre premiers conciles oecuméniques
de l'Eglise ( Nicée, Constantinople, Ephèse, Calcédonie)
concernant la vie spirituelle et ecclésiastique, et l'interprétation
des écritures saintes. Grandier a eu quelques maîtresses.
Il a mis enceinte la jeune Philippe Trincant, fille d'un procureur du
Roi, et aussi, précision, peut-être, intéressante,
cousine du père Mignon, le confesseur des Ursulines au moment
où éclate la possession. Mais tout cela est, somme toute,
pardonnable, car restant dans le cadre habituel de ce genre de choses.
Les maîtresses sont plus ou moins cachées, la grossesse
attribuée à quelqu'un d'autre, maquillée, démentie...
Nous sommes là dans le registre ordinaire de ce genre de scandales.. Coupable, il l'est donc au sens de l'inquisition. C'est donc là sa faute, sa véritable culpabilité. Celle que d'ailleurs il reconnaît, qu'il avoue. Celle pour laquelle il pourrait être condamné. Car si l'inquisition n'existe plus en France à l'époque, on peut comprendre malgré tout combien un tel texte pouvait être inacceptable d'être l'oeuvre d'un prêtre catholique, puisqu'il y donnait raison à la religion réformée sur un des principaux points de divergence de celle-ci avec sa propre religion, et contre celle-ci, à savoir le mariage des prêtres. Et ça, ici même, à Loudun, ville sensible d'être à la frontière des deux religions. Coupable, Grandier semble bien l'être. On peut juste s'étonner de ce qu'il ait été condamné pour un crime peut-être douteux, alors qu'il était coupable d'un crime patent... Un autre point à faire vaciller,
est l'aspect politique de ce procès. aspect avancé comme
décisif. Nous venons de l'entendre... Il ne s'agit pas là
tant de contester cette dimension politique qui aurait présidé
au cours du procès que d'en souligner l'extrême banalité
à cette époque. Ainsi, voilà longtemps, lorsqu'éclatent les événements de Loudun, que, dans quasiment toute l'Europe, le pouvoir politique non seulement s'immisce dans les affaires religieuses, mais, bien plus, les utilise à ses propres fins de façon patente. Il est facile d'imaginer la dimension de récupération idéologique sous jacente. Pour dire vite, on conçoit qu'une Espagne constituée d' Espagnols du même moule soit plus facile à diriger qu'une Espagne constituée d'habitants aux religions et aux vérités multiples et diverses. C'est la voie que suivront aussi bien Richelieu que Louis XIV en France pour aboutir à la révocation de l'Edit de Nantes. On sait que c'est le diagnostic qui lui
est porté depuis presque toujours. D'abord de façon un
peu timide, par quelques sceptiques, mécréants doutant
de ces miracles, possessions, et stigmates si nombreux. Puis de façon
de plus en plus assurée, au fur et à mesure de la progression
de la rationalité scientifique jusqu'à cette certitude
avancée par ceux qui publient son "autobiographie",
Gabriel Legué et Gilles de la Tourette, forts des exemples de
leur maître, Charcot. Venons en à ce que nous dit Jeanne. Maintenant que ce dit peut apparaître un peu mieux, dans sa singularité, nettoyé de ces appuis à notre pensée qui risquaient plutôt de nous le masquer sous prétexte de trop bien nous secourir en la lecture qu'ils nous en proposaient. Ce dit, nous le trouvons dans ce qui a été nommé, à tort, son autobiographie, bien écrite par elle-même, on le sait aujourd'hui. Cet "à tort" va m'obliger à un rappel sommaire, de ce qu'a été l'histoire de Jeanne, et de sa possession, jusqu'au jour où elle commence la rédaction de ces cahiers constituant cette pseudo autobiographie. Le temps de l'éclosion de la possession
est très bref, quelques jours, pendant lesquels Jeanne et les
autres Ursulines sont dans le huis-clos avec le père Mignon,
leur confesseur, dont l'importance, comme écoutant, c'est à
dire aussi bien comme pouvant donner sens, a été assez
peu soulignée. Seul le père Surin, dont nous verrons la
place capitale, souligne la rivalité entre Mignon et Grandier
dans un soupçon vite dénié. Au terme de ces quelques
jours, le père Mignon avec des collègues et amis qu'il
a fait venir, rédigent un constat de possession. Voilà donc l'origine véritable de cette "autobiographie", il ne s'agit nullement d'un récit édifiant de sa vie réalisé à des fins propagandistes comme on a pu le croire. Cette origine explique aussi son aspect très lacunaire sur certains points, soit parce qu'ils sont supposés déjà connus de Saint Jure par le récit de Surin, soit simplement parce qu'ils sont hors de propos par rapport à ce dont il s'agit, ainsi de son enfance, par exemple, jusqu'à son entrée en religion. Qu'écrit-elle alors? Elle commence
par dire à Saint Jure son absence de vocation lorsqu'elle embrasse
la vie religieuse. C'est tout à fait exact, mais comme elle est
là très brève, je vais me permettre de faire un
rappel sommaire des quelques événement qui entourent son
entrée dans les ordres avant de lui donner définitivement
la parole. Ecoutons maintenant Jeanne: A Poitiers, "J'ai donc passé
ces trois" premières "années en grand libertinage,
en sorte que je n'avais aucune application à la présence
de Dieu. Il n'y avait point de temps que je trouvasse si long que celui
que la Règle nous oblige de passer à l'oraison ; c'est
pourquoi lorsque je trouvais quelque prétexte pour m'en exempter
je l'embrassais avec affection sans me mettre en peine de la reprendre.
Je m'appliquais à la lecture de toutes sortes de livres, mais
ce n'était pas par un désir de mon avancement spirituel,
mais seulement pour me faire paraître fille d'esprit et de bon
entretien et pour me rendre capable de surpasser les autres en toutes
sortes de compagnies. Ainsi dès les premiers moments
de ses écrits à Saint Jure, Jeanne nous montre très
clairement, outre ses éventuels défauts moraux, ce qui
va se révéler être un des fils conducteurs majeurs
de son histoire, sa division. Car qu'elle ne respecte guère les
règles de son ordre, que la prière l'ennuie, qu'elle cherche
à séduire, ou qu'elle préfère la discussion
au recueillement, il n'y a rien là que de très cohérent
avec son manque de vocation. Mais pourquoi alors une telle angoisse,
qui va jusqu'à la crainte de la damnation? Cela est un peu étrange
pour quelqu'un venu ainsi en religion. Inversement, si, au delà
de son manque de vocation, l'angoisse de n'être pas conforme à
ce qu'elle pense devoir être pour plaire à Dieu, c'est
une formulation rapide, si cette angoisse est si importante pourquoi
la seule façon qu'elle semble trouver pour s'en défendre
est-elle de refranchir, semble t-il, la ligne de sa propre division?
C'est à dire de tenter de l'oublier, cette angoisse, dans ce
qu'elle appelle récréation, ou se donner du plaisir. Pourquoi
ne peut-elle pas trouver de compromis acceptable? Que ce soit en suivant
un peu les règles de son ordre, ou en priant un peu plus, ou
un peu mieux, par exemples, ou d'autres choses sans doute possible.
Or elle se montre ici, d'emblée, comme ne pouvant se défendre
de sa division qu'en la redoublant.... La venue à Loudun n'a donc servi à rien, au contraire la division de Jeanne va s'accentuer... "Nos règles nous obligent à faire tous les ans la retraite spirituelle. Après y avoir manqué plusieurs années, je demandai à ma supérieure de la faire, ce qu'elle m'accorda volontiers. Je commençai donc ma retraite, mais sans dessein de changer de vie : néanmoins, notre bon Dieu qui ne me voulait pas perdre, permit par son amoureuse bonté que j'entre en une grande inquiétude, tristesses, désespoirs, remords de conscience, de sorte que je ne savais que faire." On entend bien la contradiction interne.
Pourquoi faire une retraite qu'elle a su éviter pendant des années,
alors qu'elle a l'idée de ne rien changer, que cette dite retraite
ne serve à rien?? Etrange démarche en vérité.
Alors, bien sur, l'autre part de la contradiction flamboie!.. "Dieu permit que dans ce temps là,
notre mère fût élevée supérieure dans
une autre maison de notre ordre et je fus mise en sa place. Véritablement,
j'en ressentis d'abord un grand déplaisir, et j'eusse bien voulu
que le sort eût tombé sur une autre. Ce n'est pas que je
n'aimasse les charges et que je ne fusse bien aise d'être estimée
nécessaire à la communauté, mais l'amour de ma
liberté prévalait à l'amour de l'honneur, car je
voyais bien qu'il faudrait que je fusse beaucoup dépendante des
humeurs des religieuses : outre que j'appréhendais la charge
de leur conscience. Bien sur, Jeanne le dit, elle est flattée,
son sentiment de supériorité y trouve son compte, sa séduction
a été efficace. Mais bien trop. Car la voilà supérieure,
c'est à dire devant s'occuper de la conscience religieuse des
autres, de leur montrer l'exemple, etc.. Alors bien sûr elle y
perd la liberté de ses "récréations",
mais aussi, forcément, elle se retrouve, sans faux-fuyant, elle
est devenu responsable de la communauté, face à son reproche
de n'être pas telle qu'elle puisse plaire à Dieu. "Voilà à peu près comme j'ai passé mes dix premières années de religion ....", conclut-elle cette première partie, à Saint Jure.. Vient ensuite le temps de la possession. Il n'y a pas de réponse. La possession
s'installe. Et la division subjective de Jeanne va s'y déployer. "Comme je me vis une des plus travaillées,
cela me donna à penser à ma conscience, parce que je ne
croyais pas qu'on pût être possédée sans avoir
donné consentement au pacte fait avec le diable, ... Il y a déjà là deux thématiques importantes, qui vont très souvent revenir. La première qui est que la possession, que le diable ne peut entrer que si on lui ouvre la porte. Autrement dit qu'elle est au moins partiellement responsable de ce que les démons l'habitent. Et on retrouve là, ce qu'on a entendu partiellement sous une autre forme, pour une part de sa division subjective. La deuxième thématique, c'est sa résistance à la grâce. Ce n'est pas la même chose. C'est quelque chose qu'on va retrouver sous des formes plus crues. C'est l'incapacité quasi totale de Jeanne à se laisser aimer par Dieu. Peut-être la chose d'ailleurs raisonnerait-elle mieux à nos oreilles si il y avait un autre prénom, Pierre ou Paul, ou Gérard... Plutôt que Dieu, mot trop chargé de sens pour ne pas venir faire un peu écran?... Jeanne poursuit son récit... Pour faire face à la possession.. "Je me mis en devoir de faire une confession extraordinaire, mais comme les démons me trouvèrent engagée en beaucoup de vices et d'imperfections habituelles et que je ne prenais pas une entière résolution de m'en défaire, Dieu permit au démon fortifié par ma propre malice, de me jeter dans de si grands troubles et aveuglements, que je ne la sus faire toute entière ; je la fis à diverses reprises. J'eus la malice de prendre divers confesseurs afin que pas un n'entrât dans la vraie lumière de ma conscience." La confession extraordinaire. Jeanne en
fera trois, quatre, plus peut-être. Cet écrit lui-même
en est une. Des confessions extraordinaires où elle passe toute
sa vie au peigne fin. "Talking cure" pour citer Martha, la
patiente de Breuer qui ouvrit la voie de l'analyse. "Dans ce temps là, le prêtre dont j'ai parlé se servait des démons pour exciter en moi de l'amour pour lui : ils me donnaient des désirs de le voir et de lui parler. Quand je ne le voyais pas, je brûlais d'amour pour lui, et quand il se présentait à moi, et qu'il me voulait séduire, notre bon Dieu m'en donnait une grande aversion. Ainsi tous mes sentiments changeaient, je le haïssais plus que le diable, et il m'était si insupportable que je me serais exposée à toutes les furies de l'enfer plutôt que d'adhérer à la moindre de ses demandes." Toute l'ambivalence du désir de
Jeanne... Du désir sexuel qui l'habite et la torture pendant
les premières années de sa possession. Sa division subjective
vient opérer là aussi. On peut rappeler là un bref
passage, qui date du temps avant la possession, où Jeanne confiait
qu'elle avait reçu, au parloir, des propositions de mariage de
la part d'un monsieur fort bien et honnête.. Lorsque je parlais
de compromis possible dans le cadre de sa vie religieuse.. Mais il en
existait aussi en dehors... Or, j'allais dire bien entendu, Jeanne a
refusé ces propositions... "je dis avec vérité, à ma grande confusion, que je donnais beaucoup de prise au diable par mes mauvaises habitudes, et en suivant mes inclinations, car, si je me fusse bien étudiée à la mortification de mes passions, jamais les démons n'eussent fait tant de désordre en moi... d'où il arrivait que j'étais presque toujours en des remords de conscience, et avec grande raison, ... Quand je parlais de cela à mes exorcistes, ils ne disaient que c'était le démon qui me donnait ces sentiments... " Bien sûr ses pauvres exorcistes, le pauvre père Lactance, ne peuvent imaginer la division subjective de Jeanne... Elle leur a bien cachée.. Elle nous l'a dit. Ils pensent sans doute avoir à faire à quelqu'un de plus ordinaire, soumis aux tentations, mais cherchant aussi banalement à y faire face. Et non à quelqu'un comme Jeanne organisée, comme elle nous le montre dès le départ de ses écrits autour d'une coupure radicale. Nous en sommes à l'époque où Grandier est condamné et exécuté. Il se passe alors un événement curieux. Outre ceux déjà dits: la mort de Lactance, le changement d'exorcistes. Jeanne est enceinte. La conception présumée doit se situer juste avant la mort de Grandier. Sa grossesse est constatée indubitable par le médecin attitré du couvent, le Dr Fanton. Elle en a tous les signes, y compris des pertes lactées. Pendant tout le temps de cette grossesse, Isacaaron, le démon de la luxure la travaille énormément. Ce sont des chatouillis partout, surtout la nuit, dans le lit. Ce sont des images obscènes. Des sensations étranges, avec d'étranges agréments, dit-elle... Des désirs impudiques.. Mais Jeanne résiste.. "Comme il vit que j'étais résolue de mourir plutôt que de donner consentement avec liberté à ce qu'il me proposait contre la pureté, il m'attaqua de désespoir, me donnant une appréhension de ce qu'on pourrait dire de moi en me voyant en cet état de grossesse. Il me représentait que les plus gens de bien ne croiraient jamais que je fusse innocente; que je serais un sujet de confusion de tout notre ordre et spécialement de cette maison ; que si je voulais, il me délivrerait de cette peine en acceptant ce qu'il me voulait donner, ou bien faisant ce qu'il me voulait enseigner. Je me trouvai fort surprise en ce rencontre, et, sans une particulière grâce de N.-S., je n'eusse su à quoi me résoudre, mais Sa divine bonté ne m'a jamais abandonnée, principalement en des affaires de telle importance. C'est pourquoi N.-S. me donna la grâce de répondre avec courage à ce serpent infernal : que mon honneur était entre les mains de Dieu, qu'il en disposerait à sa volonté, ...." Ici, deux points sont à relever.
En premier, la menace du démon qu'elle ne soit pas perçue
innocente. Mais il est bien évident que c'est déjà
le cas. Personne ne peut la percevoir innocente, puisqu'elle est enceinte
et déclarée telle. Ce que lui dit Isacaaron, c'est donc
simplement la réalité et ce qu'elle même pourrait
se dire?.. Or, on le saura au bout de six mois, il s'agit d'une grossesse
nerveuse. Alors que s'est-il passé en elle pour qu'elle se mette
dans cette position, cet état où, d'évidence, elle
est coupable ?.. C'est dans ces temps là qu'arrivent les pères Jésuites et Jeanne nous parle de son nouvel exorciste, et du début de leur relation: "Je fus mise sous la direction du
Père Jean-Joseph Surin, dans la fin du mois de Septembre de l'an
1634. C'était un homme très pieux et très savant
; il avait de grandes communications avec Dieu ; il ne m'eut pas plutôt
vue qu'il connut que mon mal était aussi grand au dedans de moi
qu'il était au dehors... il me demanda quelle méthode
je tenais dans l'oraison. Je lui répondis que le peu de liberté
que j'avais et les grandes violences que me faisaient les démons
étaient cause que je ne m'y appliquais pas, et que la contention
d'esprit m'était fort dommageable, et qu'ainsi il fallait attendre
que je fusse dans un autre état pour me parler d'oraison. Il
y avait deux années que je n'en faisais pas. J'entretenais volontiers
ce bon Père des grands travaux que les démons me donnaient,
mais je ne prenais pas plaisir qu'il voulut pénétrer dans
mon intérieur. Plus il me parlait et plus mon âme était
troublée, et, comme je résistais autant que je pouvais
aux mouvements que Dieu me donnait, d'entrer dans les sentiments du
Père, les démons me troublaient continuellement tant en
l'intérieur qu'en l'extérieur. Ils me firent concevoir
une très grande aversion contre ce bon Père qui avait
une charité inconcevable pour le bien de mon âme. J'évitais
autant que je pouvais de lui parler, ... Dès ce que j'étais
avec lui, le diable réveillait mon aversion, et ne manquait point
de venir me troubler, de quoi pour lors j'étais bien aise afin
d'éviter son entretien." Donc elle résiste tant et plus à ce Surin qui en sait trop alors qu'elle ne lui a rien dit, et qui est déjà trop d'accord avec elle. C'est parce qu'on lui offre des ouvertures par nos pêchés que le démon peut nous posséder. Ce qui est d'ailleurs la position moderne de l'Eglise, mais qui ne l'était pas à l'époque. Plutôt que de la citer, ce qui serait trop long, je vais me contenter de raconter deux épisodes qui surviennent et où se confirment des éléments précédents. Le premier, c'est alors qu'elle est au comble de la honte d'être enceinte, elle veut attenter à sa vie. D'ailleurs, en préservant la vie de l'enfant qu'elle porte, ce qui donne lieu à des scénarii difficiles et complexes... Or au moment où elle va se planter la lame du couteau dans le ventre, elle s'abandonne à l'amour de Dieu, et son couteau lui est arraché des mains.. Le second, où sans doute dans son angoisse de Surin, c'est le démon qui lui apparaît sous les traits de Laubardemont et de Surin, mais ,là encore au moment ultime, où il n'y aurait plus d'échappatoire que de se soumettre au démon, elle accepte de s'en remettre à Dieu, à sa providence, alors son esprit se décile et elle perçoit clairement qu'elle avait à faire au diable. Après ces épisodes, où elle a donc ainsi des visions, et ce sera semble t-il général par la suite, l'activité quotidienne des démons redouble. Elle n'en parle pas à Surin. Elle est toujours sur la défensive. Mais c'est pourtant à la suite de cette vision de Laubardemont et de Surin, lors d'un exorcisme ou à sa suite, que la grossesse disparaît. C'est le premier succès de Surin. Citons Jeanne: "Cela donna au Père Surin beaucoup de consolation, et lui fit espérer que Dieu aurait pitié de moi. Il se résolut plus fortement que jamais de faire brèche à ma confiance pour découvrir ce qui s'y passait ; il s'apercevait de quelques petits changements en moi, mais il ne pouvait reconnaître les mouvements de mon âme" Car Jeanne est toujours très défensive, refuse toujours se laisser vraiment percevoir: " je lui disais assez clairement mes péchés, mais je me tenais extrêmement réservée pour le reste." et, bien sur, du coup, " Les démons prenaient de très grands avantages de mon silence, ils tâchaient de me retenir dans une dureté de coeur." Ainsi le circuit habituel de sa division
se répète: " Ses défenses perdurent: Mais ses défenses finissent par prendre sens: "Environ la fête de Pâques (1635), je me trouvai en des tentations très horribles ; il se passait dans mon esprit des choses étranges ; les malins esprits me donnaient de si fortes impressions de leurs abominations que je ne m'en pouvais divertir. Ils me mettaient devant les yeux les objets les plus déshonnêtes qui se puissent imaginer ; ils me donnaient de très mauvais désirs et des sentiments d'une affection très déréglée pour les personnes qui pouvaient aider mon âme, afin de me porter à m'éloigner d'avantage de leur communication." On imagine facilement de qui il s'agit,
et quelle est cette communication... D'ailleurs Jeanne le précise: Cela devient difficilement soutenable
pour Jeanne: Alors Surin intervient. Et il intervient
en lui énonçant ce qu'on peut bien appeler un transfert,
son transfert à elle, Jeanne. Et là je vais faire un rappel
analytique, un transfert comme Freud le définit de pouvoir être
un amour, un désir amoureux, qui fasse résistance à
l'avancée du traitement. On notera aussi l'analogie de ce transfert,
avec ce qui avait été l'intrusion et la possession de
Jeanne par l'image de Grandier.. Cette énonciation va avoir toute son efficace, à partir de ce moment Jeanne va permettre à Surin de la connaître, elle va tenter de tout lui dire, bien que pas toujours avec succès... Mais le combat ne va pas cesser pour autant. Mais les places semblent se stabiliser, dans la répétition même des différents éléments. Les attaques des démons, leur empêchement à aller vers Dieu, mais aussi leur aide à l'abandon à ce même Dieu, la résistance farouche à se laisser à l'amour de celui-ci, la division entre extérieur et intérieur... Et la position de Surin maintenant situé du côté de l'idéal, le redoublant... Ecoutons Jeanne, par exemple, cet extrait,
parmi d'autres semblables: Quelle méthode va employer Surin, pour aider Jeanne, pour la libérer de ses démons, et surtout des points d'appui qu'ils trouvent en elle? "Il s'avisa de cet expédient : ii me taisait venir proche de lui pour arrêter l'opération des démons qui me troublaient à toute heure. La plupart du temps de mon oraison se passait en rage et furie, et ainsi il me semblait que je ne faisais point d'oraison. J'étais proche du Père Surin, il me faisait lier sur une table, et, me tenant le Saint-Sacrement sur le coeur et sur la tête, il me fournissait des matières pour mon oraison en formant en mon oreille les actes que je devais faire." Et encore: "Pour m'acquérir cette liberté", cette liberté dont les démons la privent, "le Père s'appliqua fort à m'exorciser, non pas comme l'on fait d'ordinaire, ni avec toutes les violences dont on use, mais, me tenant liée sur un banc avec le Saint-Sacrement en la main, ..., il reprochait aux démons la perte qu'ils avaient faite par leurs péchés et le malheur dans lequel ils étaient tombés en quittant Dieu. Il leur exposait ensuite le bonheur des âmes qui peuvent jouir de Dieu ; les avantages qui se trouvent dans l'exercice du Saint Amour, les grâces et faveurs que l'âme reçoit en la communication avec Dieu." Surin semble donc avoir compris, ou au moins agit sur cette division subjective de Jeanne, en ce qu'elle se recoupe aussi de sa division entre un intérieur et un extérieur qui, étrangement, semble bien, au moins par moments, inclure son propre corps. Celui-ci est lié justement afin que puisse être approchée cette problématique de la castration, qui empêche Jeanne d'être dans le saint Amour... Jeanne précise à plusieurs endroits cette division de l'intérieur et de l'extérieur, d'ailleurs, elle l'a déjà un peu montré, que là où agit le démon, or là où il agit c'est le corps: "Pour ce qui est de l'extérieur, j'étais beaucoup troublée par des rages et des folies presque continuelles. J'étais pour l'ordinaire dans un grand trouble pendant les exorcismes et les démons me rendaient bien participante des maux qu'ils souffraient, car ils me faisaient sentir le malheur d'une âme qui est abandonnée de Dieu pour avoir résisté à ses inspirations. Quoique je fusse à l'extérieur dans un grand trouble, je sentais dans mon intérieur un calme et une lumière qui étaient l'effet de ce que le Père disait au démon, car, quoique je n'entende point le latin ..." Image étrangement contrastée,
d'un extérieur de rage, et d'un intérieur de calme et
de lumière... Plus un petit mensonge à propos du latin,
à moins qu'elle en ait été persuadée lors
des grands exorcismes?.. Ce n'est pas que la pensée qu'exprime Jeanne ici soit nouvelle, mais c'est la façon dont elle lui apparaît, avec certitude, une sorte d'illumination, qui est intéressante. Elle en tire une force pour entreprendre ce qu'elle pense être bénéfique à son amélioration, à savoir, à nouveau une grande confession. Qui va être aussi conflictuelle que les précédentes, puisqu'une partie de la division subjective va se manifester comme il se doit par l'action des démons: "ils s'apparaissaient à moi en des formes horribles pour m'effrayer et me faire quitter cet exercice ; d'autres fois ils usaient de grandes violences et me battaient rudement, et puis ils vomissaient auprès de moi des blasphèmes contre Dieu et faisaient des actions abominables" Avec ce dont on a maintenant l'habitude, c'est à dire un moment d'acmé, où, enfin, elle s'abandonne à Dieu: "Un jour que j'étais assise, j'aperçus au bout d'une allée une bête épouvantable, de la forme et grandeur d'un lion ; elle avait des yeux étincelants comme des chandelles... Soudain que j'aperçus ce monstre, il prit sa course vers moi comme me voulant dévorer : il entra dans le cabinet, il se rua sur moi, mit sa patte sur ma poitrine, m'envisagea avec ses yeux terribles, demeura quelque temps en cette posture. Je fus saisie d'une grande peur, mais, sans m'émouvoir, j'attendis avec confiance ce que Dieu voudrait ordonner de moi. Le diable ne gagna rien dans cette épreuve, .... " Surin devant la difficulté de cette grande confession accentue sa pression: " le Père Surin m'ordonna de faire, tous les soirs, une heure de prière pour bien discerner tous les mouvements de mon âme. La méthode qu'il voulut que je prisse en cet examen, était de m'exposer devant Dieu pour le prier de me faire connaître ce que je devais faire, et ensuite, il voulait que je m'appliquasse tout doucement à considérer le principe qui me faisait agir en mes actions." Qu'importe qu'elle parvienne à prier, qu'importe que les démons l'importunent, elle doit se laisser aller à Dieu, s'y abandonner... Surin se maintient bien là, à la place de l'idéal de Jeanne, et tente de l'articuler du côté de la castration.. Le progrès de Jeanne s'en note d'une nouvelle forme de vision allant dans le sens de Surin, et non plus seulement dans le sens des démons, forme nouvelle qui va se répéter: "je me trouvai dans un doux sommeil, et il me sembla que je vis en dormant un jeune enfant qui me disait : Tu ne surmonteras jamais ta chair qu'en combattant contre elle ; ne pense pas que Dieu demeure toujours dans une nature molle et délicate, laquelle veut avoir toutes ses aises ; si tu veux avoir repos contre tes ennemis, il faut que tu les combattes par de rudes pénitences et que tu mettes en arrière tout le soin de toi-même. Quoique cette vision ne fut qu'en dormant, elle m'étonna beaucoup. Je ne savais à quoi me résoudre. Je passai tout le reste de la nuit devant le Saint-Sacrement ; je ne faisais que raisonner sur ce que j'avais vu et entendu ; et, comme je ne m'abandonnai pas à la volonté de Dieu par une appréhension de la peine, et par des craintes imaginaires, le démon en prit un grand avantage. Il me persuada que ce n'était qu'un songe, que je n'en devais pas faire état, et que j'étais trop malsaine et délicate pour entreprendre une pénitence particulière ; ainsi je ne fis point état de cette lumière. Mais, bonté divine, vous me fîtes bien ressentir mon aveuglement, car ces maudits esprits recommencèrent à me troubler. " On y entend bien sûr la résistance de Jeanne, mais elle y ira en s'amenuisant, ensuite, dans d'autres visions de ce type, mais qui obéiront au même schéma: résistance à la demande de la vision, hésitation à en parler à Surin, redoublement du coup de l'action des démons, etc... Le reste du récit de Jeanne n'apportant plus rien de nouveau quant aux divers éléments en jeu et à leur circuit, ou si on préfère à leur organisation structurale, mais obéissant très banalement à la répétition, je vais me contenter de résumer les faits saillants de son évolution, et de sa libération... Jeanne à l'époque est possédée de quatre démons. Si sept la possédait au départ, trois était parti sous l'action du père Lactance. Deux sans importance, qui n'étaient là que pour faire nombre, sept étant sans doute plus conforme que cinq, les sept pêchés capitaux, le troisième démon était juste un peu plus notable... Je vais citer les quatre démons restant: Premier démon: Léviathan, il est l'orgueil, l'esprit de supériorité. C'est lui qui pousse Jeanne à briller auprès de ses soeurs, et des autres personnes du monde. C'est lui aussi qui l'entraîne à des raisonnements métaphysiques alors qu'elle est en prière au lieu de se tourner vers Dieu. Deuxième démon: Isaacaron, c'est le démon de la luxure, lui qui la chatouille, lui montre des images obscènes,... Il va s'agir de l'attaquer là où il loge, là où il a son effet, dans le corps.. Cela va être la discipline, l'eau glacée, la couche d'orties.. Troisième démon: Balaam, c'est le démon de la rigolade, de la bouffonnerie... Là aussi, puisqu'il se manifeste par le corps, il se combattu dans le corps. Discipline pour les fous rires, et ceinture de clous par prévention des plaisanteries intempestives. Quatrième démon: Béhémot, c'est l'agressivité, la haine, d'autrui, des semblables, mais aussi de Dieu. Là, la demande divine se fait encore plus grande, pour Jeanne, il s'agit de combattre non seulement son corps, mais aussi son esprit. Elle doit renoncer aux divertissements, à toute appréhension imaginaire, etc.. On peut remarquer, si on se souvient entre autre de ce que dit Freud de l'humour, du comique, que ces quatre démons cernent bien quelque chose de particulier qui ce que Jeanne nous a montré de sa problématique par rapport à la castration, pour dire vite... Illustration rapide: Jeanne change... Mais devant son changement, ses dévotions devenus si importantes, on soupçonne une ruse du Diable. On estime alors que Surin s'y prend mal. On lui commande de reprendre les grands exorcismes. Le Diable en reprend vigueur et prédit à Surin que c'est lui qui gagnera. Survient alors un épisode où Jeanne croit reconnaître Surin alors qu'il s'agit du démon, mais, à l'instant fatidique, elle se confie à St Joseph qui la sauve donc du malin. On voit l'importance grandissante de St Joseph. Mais voilà pire, Surin est menacé d'être renvoyé de Loudun par le père provincial. Alors Jeanne, c'est l'équivalent de l'acmé habituel avec les démons, s'en remet à Dieu et à St Joseph. Et Léviathan est chassé par Surin dans un exorcisme où Jeanne est marquée d'une croix sanglante sur le front dont elle garde la trace trois semaines durant. Les supérieurs de Surin en conclut qu'il ne faut rien changer à la direction de Jeanne et qu'en conséquence il doit rester près d'elle... C'est au tour de Balaam de sortir, mais
il résiste... En plus il veut écrire son nom sur la main
de Jeanne en signe de sa sortie et de sa soumission.. Il est lui est
dit, par Jeanne et Surin, de n'en rien faire Le mois suivant, elle a une sorte de vision,
ou plutôt, d'hallucination mystique, où il lui est dit:
" en mon intérieur une parole me dit, il me semble que ce
fut Dieu, ...", " qu'Isacaaron partirait au pied de la Vierge
de Saumur, et Béhémot au tombeau de Saint François
de Sales à Annecy". Le dernier démon qui l'habitait,
Béhémot, se devait de partir à Annecy, au tombeau
de Saint François de Salles, afin d'obéir à la
voix entendue. Mais là se produit une dimension comique. Puisque
tout le monde refuse à Jeanne et à Surin pareil voyage,
et il semble bien qu'un des motifs avancé soit son coût.
Tout le monde, l'évêque de Poitiers, les supérieurs
de Surin, voire même les représentants de la cour. Cette
voix, après tout, est peut-être celle du Diable?.. Le comique
est que tous ont crû en la possession, à ses manifestations
les plus spectaculaires, les plus choquantes, voire les plus invraisemblables,
et que là, sur une petite question d'argent, ( mais est-ce seulement
cela?), tout à coup, ils deviennent incrédules, sur ce
détail!... Alors survient le rappel de Surin à
Bordeaux. Est-ce son insuccès, sa pratique non conformiste, sa
propre obsession par les démons, mais qui fait partie de sa méthode
elle-même, puisqu'elle est de sympathie, au sens originaire... Elle gardera ces stigmates sur sa main quasiment toute sa vie.... Inscrits dans l'ordre hiérarchique: Jésus en premier, le plus en haut, François en dernier... Ces stigmates se renouvellent, car clairs et vermeils au départ, ils s'effacent et se desquament progressivement.. Ceci sur un cycle d'environ une quinzaine de jours.. Ecoutons la une dernière fois nous
expliquer ce renouvellement: Plusieurs ont reconnu dans la description que fait Jeanne de son bon Ange l'image d'un jeune prince, particulièrement beau, venu la visiter. Cela est parfaitement plausible mais n'ote en rien les caractéristiques particulières de ce bon Ange qu'elle décrit tout particulièrement dans sa correspondance à Saint Jure. Car qu'il soit beau, n'annule en rien l'extrême sévérité qu'il peut avoir, lors de ses apparitions vis à vis d'elle, pour soutenir son idéal, prenant ainsi une dimension sur moïque... Ce sont très souvent des adjurations qui vont jusqu'à la colère et il n'hésite pas à lui commander la discipline... C'est lui, ce bon Ange, alors son véritable directeur de conscience, et non Saint Jure qui se contente de lui écrire "oui, oui, c'est très bien, continuez comme ça" de façon quasi invariable... Résumons, pour finir, ce que fut la vie de Jeanne à partir de ce départ de Béhémot. Elle se rendit, comme promis, à Annecy. Surin parti de Bordeaux l'y rejoindra. Quant à elle, son voyage se transformera en tournée triomphale. A Paris, elle sera accueillie par la Reine émerveillée, le Roi, Richelieu lui-même qui lui demandera la guérison, hélas en vain... Le peuple se bousculera pour voir ses stigmates, dans la capitale, sur son trajet, à Lyon où elle sera reçue par l'archevêque subjugué.. Elle reviendra à Loudun, et y restera jusqu'à la fin des ses jours, élue sans cesse prieure, sauf une fois, ayant successivement Saint Jure pour directeur de conscience, et puis lorsque celui-ci meurt, Surin qui "ressuscite", c'est à dire sort de sa longue "dépression", et qui reprend avec elle, par correspondance, cet échange mystique qui fut le leur. Elle garde ses stigmates jusque trois ans avant sa mort, survenue à l'âge de 60 ans, soit trente ans après les événements, dans son lit, tranquillement. Surin lui mourra trois mois après, dans les mêmes conditions... Voilà, pour paraphraser Lacan, ce qui s'entend dans ce que Jeanne nous dit. Et devant ce dit si clair et si abondant, il me semble que ce serait le moindre hommage à lui rendre que d'effectuer un second tour, au moins pour nous analystes, afin de pouvoir y serrer, mieux que je ne l'ai fait faute de temps, toutes les articulations théoriques qui peuvent s'y révéler... ( j'ai indiqué, lors de l'exposé
oral de ce texte, en guise de conclusion finale, synthétisante,
un peu dans un style illusionniste, style qui, à la fois, connotait
qu'il faudrait y revenir, et ma déception de n'en pouvoir dire
plus, comment le dit de Jeanne pouvait venir s'inscrire dans la formule
du discours hystérique tel que l'écrit Lacan: avec sa
division subjective représenté par le S barré,
en S1 les diverses figures de Surin, Joseph, et le bon Ange, autant
de représentants du signifiant maître qui lui indiquent
comment, S2, atteindre l'objet de son désir qui lui reste en
suspens, (phallus?, phallus divin?, etc?...), ... Discours hystérique,
car en aucun cas, me semble t-il, les visions de Jeanne ne sont confondables
avec un délire ou des hallucinations au sens psychotique, nulle
trace d'un impossible à intégrer, signe d'un retour dans
le "Réel", se traduisant d'une reconstruction forcée
de la "réalité"; la sienne, en son fond, ne
varie pas... Pourrait, aussi, sans doute s'interroger alors la valeur
sinthomatique, pour reprendre le terme lacanien, de ses stigmates qui
durent et la maintiennent en parfait équilibre trente ans durant?..) Alors, au revoir Jeanne... |