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- J
M Charcot Leçons
DOUZIÈME LEÇON
DE LA CONTRACTURE HYSTÉRIQUE
SOMMAIRE. Formes de la contracture hystérique.
- Description de la forme hémiplégique; - analogies et
différences entre ta contracture hystérique et celle qui
dépend d'une lésion en foyer du cerveau. - Éxemple
de la forme paraplégique de la contracture hystérique.
Pronostic. - Soudaineté de la guérison dans quelques cas,-Interprétation
scientifique de certains faits réputés miraculeux. - Incurabilité
de la contracture chez un certain nombre d'hystériques. - Exemples.
- Lésions anatomiques. - Sclérose des cordons latéraux.
- Variétés que présente la contracture du Pied
bot hystérique.
Messieurs,
Dans son traité fondamental sur l'hystérie, M. Briquet,
bien qu'il n'accorde pas à l'histoire de la contracture permanente
dont un ou plusieurs membres, chez les hystériques, peuvent être
atteints, tout le développement qu'à mon sens elle comporte,
trace cependant avec une grande sûreté de main les traits
les plus saillants de ce symptôme. C'est la, écrit-il,
une complication rare. Il ne l'avait, en effet, rencontrée que
six fois à l'époque où il a publié son ouvrage.
Dans un cas, la contracture occupait un seul membre; dans deux autres
elle se présentait sous forme hémiplégique, et
dans les trois derniers elle revêtait la forme paraplégique.
Il est parfaitement exact que la contracture hystérique peut
offrir tous ces aspects. Vous allez, du reste, vérifier le fait
par vous-mêmes, car je suis assez liquoreux pour pouvoir faire
passer sous vos yeux deux malades, qui présentent l'une la forme
hémiplégique, l'autre la forme paraplégique de
la contracture hystérique. Nous sommes ainsi mis à même
de vous faire toucher du doigt les particularités les plus intéressantes
relatives à cette manifestation singulière de l'hystérie.
A. E..., aujourd'hui âgée de 40 ans, est atteinte depuis
vingt mois d'hémiplégie gauche. Vous voyez le membre supérieur
de ce côté dans la demi-flexion (Voy. Fig. 21); il est
le siège d'une rigidité considérable, ainsi qu'en
témoignent la difficulté que

Fig. 21.
l'on éprouve à exagérer la flexion et l'impossibilité
d'obtenir l'extension complète Le membre inférieur gauche
est dans l'extension ses diverses parties sont, pour ainsi dire, dans
une, attitude forcée. Ainsi la cuisse est fortement étendue
sur le bassin, ta jambe sur la cuisse. Le pied offre la déformation
de l'équin varus le plus prononcé En outre les muscles
adducteurs de la cuisse sont, eux aussi, fortement contracturés.
En somme, toutes les jointures sont également rigides, et le
membre, dans son ensemble, forme comme une barre inflexible, car, en
le saisissant par le pied, vous pourriez soulever tout d'une pièce
la partie inférieure du corps de la malade. J'insiste sur cette
attitude du membre inférieur, parce qu'elle est très-rare
dans l'hémiplégie liée à l'existence d'une
lésion cérébrale en foyer, et qu'elle est, au contraire,
pour ainsi dire la règle dans la contracture hystérique.
Dans ce dernier cas, la flexion permanente de la cuisse et de la jambe,
si j'en juge d'après mes observations, est un fait réellement
exceptionnel.
Il s'agit là d'une contracture permanente dans l'acception rigoureuse
du mot; je me suis assuré qu'elle ne se modifie en rien pendant
le sommeil le plus profond; elle ne subit pas, dans la journée,
d'alternatives d'aggravation et de rémission. Seul le sommeil
provoqué par le chloroforme la fait disparaître pour peu
que l'intoxication ait été poussée un peu loin.
Bien que chez notre malade a contracture hémiplégique
dite, je le répète, de près de deux ans, vous voyez
que la, nutrition des muscles' n'a pas souffert sensiblement. J'ajouterai
encore que la contractilité électrique est restée
à peu près normale.
Je vous ferai remarquer, en passant, qu'en redressant fortement la pointe
du pied, on détermine dans le membre inférieur Contracturé
une trémulation convulsive qui persiste quelquefois pendant longtemps,
alors que le pied abandonné à lui-même,, a repris
son attitude primitive. Vous savez que cette même trémulatîon
se rencontre très habituellement dans la paralysie avec contracture,
liée à une lésion organique spinale, lorsque, par
exemple, les cordons latéraux- sont sclérosés mais
je l'ai observée également dans nombre de cas où
la contracture hystérique s'est terminée par la guérison.
Vous voyez par là que ce phénomène n'a pas, au
point de vue du diagnostic anatomique, l'importance que quelques personnes
lui ont accordée bien à tort.
A part la différence que nous avons signalée à
propos de l'attitude du membre inférieur, toutes les particularités
que nous venons de rappeler pourraient, à la rigueur, s'appliquer
à un cas d'hémiplégie organique, résultant
d'une lésion profonde de l'encéphale, hémorrhagie
ou ramollissement, par exemple.
Un nouveau trait de ressemblance est celui-ci: l'hémiplégie
chez Etch... a débuté tout à coup, pendant une
attaque. La malade, à la suite de cette attaque, est restée
sans connaissance durant plusieurs jours.
Après avoir indiqué les analogies, il faut faire ressortir
les différences. Elles sont nombreuses, péremptoires et
de fait, le plus souvent, rien n'est plus simple, en s'aidant de ces
caractères presque toujours présents, que de rapporter
la contracture hystérique à sa véritable origine.
4° Remarquez en premier lieu, Messieurs, l'absence de paralysie
faciale et de déviation de la langue, lorsque celle-ci est tirée
hors de la bouche. Vous savez que ces phénomènes existent
au contraire toujours à un certain degré dans l'hémiplégie,
par lésion en foyer du cerveau (4).
9.9 Notez ensuite l'existence d'une analgésie et même d'une
anesthésie pour ainsi dire absolue, étendue à toute
la moitié du corps,, répondant au côté paralysé,
occupant par suite la face, le tronc, etc.. Cette altération
de la sensibilité intéresse non seulement la peau, mais
encore les muscles et peut-être les os; elle s'arrête exactement
à la ligne médiane.
Cette sorte de généralisation de l'anesthésie à
tout un côté du corps, tète, tronc et membres, cette
limitation, en quelque sorte -géométrique, des parties
anesthésiées par un pan vertical qui divise 1e corps en
deux moitiés égales, appartiennent pour ainsi dire en
propre à l'hystérie. Quoi qu'il. en soit ce symptôme
ne s'observe que très rarement dans l'hémiplégie
de cause cérébrale, et s'il s'agissait de l'hémiplégie
spinale, c'est à dire résultant de la lésion d'une
moitié unilatérale de la moelle épinière,-
l'anesthésie, ainsi que l'a montré Brown-Séquard,
occuperait le côté du corps opposé à la paralysie
motrice.
30 Nous avons à relever encore bien d'autres caractères
distinctifs. La malade est intelligente et rien n'autorise à
suspecter sa sincérité; elle peut donc nous renseigner
d'une façon véridique sur le mode d'évolution de
son affection. Voici, en quelques mots, son histoire.
Il n'y aurait pas eu chez elle, semble-t-il, d'antécédents
hystériques. La maladie a débuté à 34 ans,
après une violente secousse morale, par une attaqué avec
perte de connaissance. Cette attaque, selon toute vraisemblance, a pris
la forme épileptique de l'hystérie ; Etch..., en effet,
pendant l'accès est tombée dans le feu, et elle porte
sur la figure des traces de la brûlure qu'elle s'est faite dans
cette circonstance. De nouvelles attaques, tantôt franchement
hystériques, tantôt prenant quelques-uns des aspects de
l'épilepsie, sont survenues, à plusieurs reprises, durant
les années suivantes; mais c'est à 40 ans que sont apparus
les symptômes permanents de l'hystérie que nous avons à
étudier aujourd'hui. Nous devons indiquer au milieu de quel concours
de circonstances ils se sont développés, car nous trouverons
là quelques traits caractéristiques.
a. Les règles, jusque-là régulières, se
dérangent ; la malade a de temps en temps des vomissements de
sang (4); son ventre est le siège d'un ballonnement considérable
avec douleur vive à la pression de la région ovarienne
gauche, douleur d'un caractère spécial s'accompagnant
de sensations particulières qui s'irradiaient vers la région
épigastrique et que la malade reconnaissait comme précédant
la plupart de ses attaques. Ces douleurs, comme d'ailleurs le ballonnement
et la rétention d'urine, existent encore aujourd'hui.
b, Presque en même temps, Etch... est affectée d'une rétention
d'urine persistante, qui nécessite habituellement le cathétérisme.
c. Les choses en étaient là lorsque, en octobre 1868,
survient une attaque très intense, accompagnée de convulsions
et suivie d'un état apoplectiforme avec respiration stertoreuse;
c'est alors que débuta tout à coup l'hémiplégie.
Eh bien, Messieurs, ce ballonnement considérable du ventre, ces
douleurs de la région ovarienne, cette rétention des urines,
constituent un ensemble de symptômes dont l'importance, au point
de vue du diagnostic, est à peu près décisive.
Rien de semblable ne s'observe dans les prodromes des hémiplégies
de cause cérébrale, et il est au contraire très-habituel
de voir' ces symptômes précéder l'apparition des
phénomènes permanents de l'hystérie : hémiplégie
ou paraplégie. C'est un point que M. Briquet n'a pas manqué
de faire ressortir; on le trouve également relevé comme
il convient, du moins en ce qui concerne la paraplégie hystérique,
par M. Laycock, dans les termes suivants : a La paralysie plus ou moins
prononcée des extrémités inférieures, dans
l'hystérie, est toujours accompagnée il aurait pu ajouter
: " et précédée " par un degré
correspondant de perturbation dans les fonctions des organes pelviens;
cette perturbation se traduit par a constipation, la tympanite, a paralysie
vésicale, l'accroissement ou la diminution de la sécrétion
urinaire, l'irritation ovarienne ou utérine, etc.. (4). "
d. Lorsque Etch..., est entrée à la Salpêtrière
il y a un an (juin 1869), l'hémiplégie datait déjà
de sept ou huit mois. Indépendamment de toutes les particularités,
si caractéristiques qui viennent d'être rappelées,
l'état des membres paralysés pouvait, lui aussi, être
invoqué en faveur de l'origine hystérique de la paralysie.
Ainsi, tandis que le membre supérieur était dans un état
de flaccidité complète, absolue, le membre inférieur
présentait au genou une rigidité très-marquée:
Ce serait là une anomalie considérable dans un cas d'hémiplégie
consécutive à une lésion cérébrale,
car en pareil cas la rigidité tardive se manifeste toujours de
préférence dans le membre supérieur.
e. La contracture, qui, aujourd'hui, occupe le membre supérieur,
ce mois seulement, et elle s'est développée tout à
coup, sans transition, à la suite d'une attaque. Ce n'est pas
de la sorte, vous le savez, que procède la contracture tardive
dans l'hémiplégie due à l'hémorrhagie où
au ramollissement du cerveau ; constamment, dans ce dernier cas, la
contracture s'établit lentement, d'une manière progressive.
Ainsi, Messieurs, en tenant compte de toutes les circonstances qui viennent
d'être énumérées, rien n'est plus facile
que de reconnaître chez Etch... la véritable cause du mal.
Il en sera de même encore dans le fait suivant, qui est relatif
à un cas de paraplégie hystérique (1).
B. Alb..., âgée de 21 ans, enfant trouvé, est atteinte
depuis. deux ans environ d'une contracture permanente des membres inférieurs,
qui sont, comme vous pouvez le constater; dans l'extension et tout à
fait rigides. De même que chez Etch..., la contractilité
musculaire n'est pas amoindrie. Les membres sont amaigris, mais d'une
façon générale, et cet amaigrissement tient à
ce que la malade est affectée de vomissements presque incoercibles
qui l'empêchent de s'alimenter suffisamment. On note, en outre,
une analgésie à peu près complète des membres
paralysés.
Voici maintenant des circonstances vraiment décisives qui permettent
d'établir le diagnostic.
a). Alb... a des attaques hystériques depuis l'âge de 16
ans; - b) elle est atteinte, depuis quatre ans, d'une rétention
d'urine réclamant ordinairement le cathétérisme;
- c) elle présente un ballonnement énorme de l'abdomen;
d) les régions ovariennes sont douloureuses à a pression,
et en insistant un peu dans l'exploration, on ne tarderait pas à
provoquer une attaque hystérique; -e) la contracture des membres
inférieurs est survenue tout d'un coup, sans transition, et c'est
là un point que nous avons fait ressortir déjà
dans l'observation précédente. or de semblables symptômes
ne s'observent pas dans la progression de la sclérose des cordons
latéraux...
Ainsi, Messieurs, rien de plus simple, je' le répète,
que l'interprétation clinique de ces deux cas, en ce qui concerne
le diagnostic. Mais voici le point où, dans ces cas mêmes
et dans les cas analogues, des difficultés sérieuses peuvent
surgir.
Qu'adviendra-t-il de ces malades? Depuis deux ou trois ans, la paralysie
avec contracture a persisté, chez elles, sans amendement. Cette
contracture pourra-t-elle se résoudre quelque jour, ou, au contraire,
doit-elle persister indéfiniment et constituer de la sorte une
infirmité incurable? voilà des questions que nous devons
poser sans nous engager, toutefois, à y répondre d'une
façon catégorique.
A. Il est possible que, malgré sa longue durée, cette
contracture disparaisse sans laisser de traces; demain peut-être,
dans quelques jours, dans un an; on ne peut rien préjuger à
cet
égard. En tout cas, si la guérison a lieu, elle pourra
être soudaine (1). Du jour au lendemain, tout peut rentrer dans
l'ordre; et s'il se trouve qu'à cette époque la diathèse
hystérique soit épuisée, ces malades reprendront
la vie commune.
A ce propos, Messieurs, je ne puis pas ne point m'arrêter un instant
devant ces guérisons rapides, inespérées souvent,
d'un mal qui, pendant si longtemps, se sera fait remarquer par sa ténacité
et par sa résistance à tous les agents thérapeutiques.
Une émotion morale vive, un ensemble d'événements
qui frappent fortement l'imagination, la réapparition des règles
depuis longtemps supprimées, etc., sont fréquemment l'occasion
de ces promptes guérisons.
J'ai vu dans cet hospice trois cas de ce genre, que je vous demande
la permission de résumer brièvement.
1° Dans le premier cas, il s'agissait de la contracture d'un

Fig. 22.
membre inférieur (fig. 22) datant de quatre ans au moins. En
raison de l'inconduite de la malade, je fus obligé de lui adresser
une vigoureuse semonce et de lui déclarer que je la renvoyais.
Dés le lendemain, la contracture avait entièrement cessé.
Ce fait est d'autant plus important que l'hystérie convulsive
n'existait plus que dans les souvenirs de cette femme. Depuis deux ou
trois ans, a contracture était la seule manifestation de la grande
névrose.
2° Le second cas concerne une femme également atteinte d'une
contracture limitée à un seul membre. Les crises hystériques
proprement dites avaient depuis longtemps disparu. Cette femme fut accusée
de vol : a contracture qui avait duré plus de deux ans se dissipa
tout à coup à l'occasion de l'ébranlement moral
que produisit cette accusation.
3° Dans le troisième cas, a contracture avait pris la forme
hémiplégique; elle affectait le côté droit
et était surtout prononcée au membre supérieur.
La guérison survint presque toul à coup, dix-huit mois
après le début, à la suite d'une vive contrariété.
Il n'y avait pas alors d'anesthésie. La malade, tout en avouant
avoir éprouvé des troubles nerveux bizarres, niait l'existence
passée de véritables attaques hystériques.
Il faut bien connaître, Messieurs, a possibilité de ces
guérisons qui, aujourd'hui encore, font crier au miracle, mais
dont les charlatans seuls se font gloire. Avant notre siècle,
ces faits là étaient souvent invoqués lorsqu'il
s'agissait d'établir devant les plus incrédules l'influence
du surnaturel en thérapeutique.
A ce point de vue, vous lirez avec intérêt un article publié
dans la Revue de philosophie positive (1er avril 1869) par le vénérable
M. Littré. (4) Je fais allusion à un écrit intitulé
: Un fragment de médecine rétrospective (Miracles de saint
Louis), et dans lequel on trouve l'histoire de plusieurs cas de paralysie
guérie après des pèlerinages faits à Saint-Denis
au tombeau où les restes du roi Louis 1X venaient d'être
déposés. Trois de ces cas surtout sont intéressants
pour nous à cause de a précision des détails. Ils
se rapportent à des femmes, jeunes encore, frappées subitement
de contracture de l'un des membres inférieurs ou des deux membres
du même côté du corps, lesquels présentaient
en autre une anesthésie considérable. Chez ces femmes,
la guérison était survenue tout d'un coup, au milieu de
circonstances bien propres à émouvoir l'imagination. Vous
voyez, Messieurs, que les choses ont peu changé depuis la fin
du XIIIe siècle (2).
B. Mais si la guérison de ces malades est possible, vraisemblable
même, elle n'est pas nécessaire, et il peut se faire que
la contracture persiste à titre d'infirmité incurable.
Voile une assertion qu'il ne me sera pas difficile de justifier. Mais,
permettez-moi de vous faire remarquer tout d'abord que vous ne trouverez
dans la plupart des auteurs sur ce sujet que des assertions vagues,
incertaines, vraiment peu satisfaisantes.
a. Je vous présente une femme, âgée maintenant de
55 ans et qui, il y a dix-huit ans, fut prise à la suite d'une
attaque hystérique de la paraplégie avec contracture,
dont vous pouvez encore aujourd'hui reconnaître les principaux
caractères. La contracture d l'origine s'amendait de temps à
autre temporairement. Mais depuis plus de 4 6 ans, elle n'a jamais subi
la moindre modification; il s'agit ici d'une véritable rigidité
des muscles avec prédominance de l'action des extenseurs et des
adducteurs; 'même après seize ans d'immobilité des
membres inférieurs, les parties ligamenteuses n'y sont pour rien,
du moins aux genoux, ainsi qu'une exploration faite alors que la malade
avait été sou mise à l'anesthésie du chloroforme
nous a permis de le vérifier., Seule, la déformation des
pieds, qui rappelle celle du varuséquin, ne s'est point modifiée
pendant le sommeil chloroformique. Les muscles des jambes et des cuisses
sont notablement atrophiés; la contractilité faradique
y est amoindrie. Depuis, plusieurs années, l'hystérie
paraît complètement épuisée chez cette femme,
et il est devenu fort peu probable qu'aucun événement
puisse, chez elle, rien changer désormais à l'état
des membres inférieurs (Fig. 23.).
b. Quelle condition est donc survenue et a entretenu ainsi l'existence
de cette paraplégie avec rigidité des membres? Évidemment,
dans les cas récents de contracture hystérique, la modification
organique, quelle qu'elle soit, quelque siège qu'elle occupe,
qui produit la rigidité permanente, est très légère,
très fugace, puisque les symptômes qui lui correspondent
peuvent disparaître tout à coup, sans transition. Il est
certain qu'avec les moyens d'investigation dont nous disposons aujourd'hui,
la nécroscopie la plus minutieuse ne serait pas en état
de retrouver, en pareil cas, les traces de cette altération.
Mais en est-il de même dans les cas invétérés
? Non, Messieurs; je crois pouvoir

Fig. 23.
avancer, en me fondant sur la connaissance d'un fait analogue, que,
chez cette femme,-il--s-'est s'est produit, à une certaine époque,
une lésion scléreuse des cordons latéraux, lésion
que la nécroscopie permettrait actuellement de reconnaître.
Il m'est arrivé en effet d'observer une fois, chez une femme
hystérique, atteinte, depuis une dizaine d'années, de
contracture des quatre membres, et dont le début avait été
subit, une sclérose qui occupait symétriquement, et à
peu près dans toute la hauteur de la moelle, les-cordons latéraux.
A diverses reprises, cette femme avait vu la contracture céder
temporairement, mais après un dernier accès, celle-ci
était devenue définitive (4).
Des faits qui précèdent, il est sans doute légitime
de tirer quelques inductions relatives à la physiologie pathologique
de la contracture hystérique. D'après les considérations-que
nous avons émises, les cordons latéraux, ou tout au moins
leur partie postérieure - celle qui tient sous sa dépendance
la contracture permanente dans les cas de sclérose en plaques
ou fasciculée - ces cordons, dis-je, sont désignés
comme étant le siège de modifications organiques, d'abord
temporaires, et qui donneraient lieu aux contractures hystériques.
A la longue, ces modifications, quelles qu'elles soient, font place
à des altérations matérielles plus profondes :
une sclérose véritable s'établit. Peut-être
n'est-elle pas au-dessus des ressources de l'art; mais,dans tous les
cas, elle ne permet très certainement plus d'espérer cette
brusque disparition des contractures qui constitue un des caractères
les plus frappants de la maladie lorsqu'elle n'est pas parvenue encore
aux phases les plus avancées de son évolution (4).
Existe-t-il quelque signe qui permette d'indiquer, à coup sûr,
le caractère du cas, de savoir par exemple si la sclérose
a définitivement ou non élu domicile dans les cordons
latéraux ? Je ne crois pas, Messieurs, que l'on puisse, dans
l'état actuel de la science, signaler n seul symptôme qui
présente à cet égard une valeur pronostique absolue.
La trémulation convulsive des membres contracturés, provoquée
ou survenant spontanément (épilepsie spinale tonique),
an certain degré d'émaciation des masses musculaires,
un peu d'amoindrissement dans l'énergie de la contractilité
électrique, ne devraient pas; si j'en juge d'après les
observations qui me sont propres, faire désespérer complètement
de voir la contracture disparaître sans laisser de traces. Au
contraire, l'atrophie limitée plus particulièrement à
certains groupes de muscles, surtout s'il s'y joignait des contractions
fibrillaires analogues à celles qu'on observe dans l'atrophie
musculaire progressive ou un affaiblissement très notable de
la contractilité faradique, devrait faire supposer non seulement
que les cordons latéraux sont profondément lésés,
mais que, en outre, les cornes antérieures de la substance grise
ont été envahies. Je n'ai observé, jusqu'à
présent,-ces derniers symptômes que dans des cas de contracture
hystérique de date très ancienne et qui ne laissaient
plus guère d'espoir de voir les membres affectés reprendre
jamais leurs fonctions normales.
J'ajouterai enfin que l'existence d'une lésion organique spinale
plus ou moins profonde serait mise à peu près hors de
doute si, sous l'influence du sommeil déterminé par le
chloroforme, la rigidité des membres ne s'effaçait que
lentement ou persistait même à un degré prononcé.
A mon avis, tant que ces symptômes ne sont' pas nettement accusés,
il ne faut désespérer de rien. Il importe, d'ailleurs,
de ne pas oublier que la sclérose latérale, alors même
qu'elle est parfaitement établie, n'est pas, tant s'en faut,
j'espère vous en donner bientôt la preuve, une affection
incurable.
Citez les malades sur lesquelles je viens d'appeler votre attention,
la contracture occupait soit la totalité d'un membre, soit même
deux membres, ou plus encore. Mais il est des cas où la rigidité
spasmodique reste limitée à quelque partie d'un membre,
au pied par exemple et produit une sorte de pied bot hystérique
(Talipedal Distorsions de T. Laycock). Tout récemment le docteur
R. Boddaert a communiqué à la Société de
médecine de Gand (4) un cas de ce genre fort intéressant.
La contracture avait donné lieu à la déformation
connue sous le nom de pied bot varus. Des faits analogues ont été
recueillis et publiés par le docteur Little (2), par C. Bell
(3), par M. F. C. Skey (4) et par quelques autres auteurs.
Si je ne me trouvais retenu par certaines convenances, je pourrais,
Messieurs, rapporter à mon tour dans tous ses détails
l'histoire d'un cas qui rappelle celui qu'a publié M. Boddaert.
Qu'il me suffise de vous dire qu'une jeune fille âgée actuellement
de 22 ans, très nerveuse et appartenant à une famille
où les affections nerveuses prédominent, fut prise, il
y a trois ans,
tout à coup, sans cause connue et sans avoir offert jusque-là
de symptômes caractérisés d'hystérie, d'une
contracture douloureuse des muscles de la jambe gauche. Cette contracture,
qui imprime au pied l'attitude du varus équin le plus accentué,
avait cédé d'abord, pendant la première année,
à plusieurs reprises; mais, depuis près de deux ans, elle
paraît définitive (juin 1870.) Plusieurs des muscles de
la jambe ont subi une atrophie profonde; ils présentent, en outre,-des
contractions fibrillaires très accusées et répondent
mal aux excitations électriques. Je crois, par conséquent,
qu'il y a peu de chances de voir la contracture se résoudre,
d'autant plus qu'elle ne s'amende que très imparfaitement durant
le sommeil produit par le chloroforme. Je signalerai encore une particularité
fort intéressante, au point de vue clinique : chez cette jeune
malade, les attaques hystériques se sont manifestées seulement
dans le courant des derniers mois...
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