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           fig0

Notre but ici n'est pas d'ouvrir un débat de fond mais simplement de donner quelques informations de nature à mieux cerner ce qui constitue la spécificité de l'art rupestre saharien.

Rappelons tout d'abord que l'art rupestre saharien correspond à une période beaucoup plus récente que les oeuvres rupestres européennes: Si les sites tels que Chauvet, Lascaux , Altamira , etc... correspondent à la fin du paléolithique les oeuvres sahariennes datent du néolithique pour les plus anciennes (de l'ordre de 35000 ans d'un côté et 8000 ans de l'autre).

D'autre part la localisation des oeuvres sahariennes est elle aussi très différente de celles des oeuvres du  Paléolithique comme Chauvet , Lascaux,...Si les oeuvres rupestres européennes se situent dans des grottes plus ou moins profondes , fermées et préservées de l'atmosphère ambiante il n'en est pas de même pour l'art saharien qui pour son immense majorité se trouve à l'air libre dans des abris sous roche plus ou moins élevés et souvent sujets à diverses agressions naturelles qui expliquent les problèmes consécutifs de sa conservation.
    fig1
    On voit bien ici que cet abri situé à Tajouiset sur la Tassili n'Ajjers,(Algérie) que nous allons prendre comme premier exemple, est largement ouvert, les peintures se trouvent sur le plafond
    fig2
    Une peinture ocre rouge représente deux personnages dans un ovaloïde.
Cette oeuvre semble la seule sur ce plafond.
    Toutefois en cadrant la partie du plafond située en avant de cette peinture on distingue une silhouette plus sombre très effacée
  fig4            fig3
    C'est ici que va être utilisé à l'ordinateur un procédé de décorrélation des couleurs appelé Image J -D Stretch qui permet de mettre en valeur les pigments de  cette silhouette
     fig5
Les couleurs obtenues par ce procédé ne sont pas les couleurs naturelles.
    Ce traitement va faire apparaître non seulement le dessin d'un petit éléphant mais la trace d'autres peintures.
    fig6a
Si alors l'on regarde la voûte où il ne semblait pas  y avoir de dessin c'est tout un ensemble de représentations que le traitement permet de découvrir
    6b1        fig6b2
    Le procédé a donc permis , sans aucune intervention sur la paroi , de faire réapparaître plusieurs strates de peintures presqu'effacées, que nous avons mises en évidence en effectuant avec Photoshop un relevé graphique superposé à l'image:
  fig7a
  Sur ce relevé, là où l'on ne percevait qu'un petit éléphant, on peut voir  à sa droite en réalité:
    -une antilope sous-jacente très effacée dont on aperçoit les longues cornes ondulées
    -Deux grands éléphants, un gris assez effacé au centre, dont on voit bien les pattes et un grand ocre rouge à droite - voici un détail de sa tête
fig7b

fig7c,
Un homme qui brandit un objet courbe et deux théranthropes à tête de canidé assis, ils semblent deviser.

fig7d

Sans étudier plus le relevé de ces peintures on peut constater:
    -que les peintures ont beaucoup souffert du passage du temps au point de presque disparaître
    - que le procédé D Stretch permet de retrouver le dessin et de percevoir les superpositions de ces représentations.
Cet exemple n'est pas unique et on peut  regarder une autre peinture vue au Tchad dans la région de l'Ennedi en 2017, au lieu nommé Séliki,  lors d'une expédition avec Y.Gauthier.
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    La paroi aux nombreuses représentations de bovins et de personnages a attiré notre attention. Là encore le traitement D-Stretch met bien en valeur le détail de ces peintures.
fig9
 
On voit  par exemple une grande femme et des bovins peints à l'ocre rouge.
fig10fig11 

    Mais à gauche en bas, une zone ( que nous avons cernée d'un ovale blanc) semblait recéler une superposition que le retraitement va nous révéler plus en détail .
fig12
    Le D Stretch fait apparaître sous les bovins peints à l'ocre rouge un ensemble de personnages gris bleu .fig13fig14

 En utilisant ensuite plusieurs retraitements avec Photoshop on a pu diminuer l'intensité des peintures rouges récentes de bovins pour mettre en évidence les peintures gris-bleu dissimulées
fig15fig16
fig17afig17b
fig17c
   
    Il s'agit de 3 couples constitués chacun par une grande femme assise sur un siège et suivie d'un personnage masculin.

    On distingue bien pour la femme les seins pointus, le grand chignon et la houlette qu'elle tient dans la main droite .
    Les femmes sont assises sur un siege.

    L'homme debout a une coiffure volumineuse et semble porter un pagne dont on voit le pan retombant. Les deux personnages semblent se tenir par la main ce qui est surtout visible pour le couple central.
    Voici d'autres essais de traitement coloré :
 
    Les techniques de retraitement ont donc permis ici de mettre en valeur une scène exceptionnelle qui était dissimulée sous des peintures plus récentes.
    - les représentations de personnages assis sur un siège sont rares au Sahara et quasiment inexistantes en Ennedi ; de plus ce sont toujours des hommes alors qu'il s'agit ici de femmes.
    - la femme tient une houlette, objet qui a été assimilé à un bâton de commandement (voir les images de Pharaon égyptien)
    - la conjonction des deux paramètres siège + houlette peut renforcer l'idée d'une prééminence du personnage.

     On peut évoquer à ce sujet une terre cuite néolithique  découverte en Hongrie à Szegvar-Tuzkoves.
fig19
Elle représente un personnage assis sur un siège et tenant sur l'épaule un objet en forme de crosse , ce qui indique "la mise en scène du pouvoir" selon J.P.Demoule (2007:158).

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On peut donc s'interroger sur la signification de cette peinture saharienne à Séliki.

    Ces deux exemples montrent bien comment l'analyse des images rupestres est enrichie par l'usage de procédés informatiques sans lesquels de nombreux sites seraient invisibles.


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1 Membre de l’ Association des Amis de l’ Art Rupestre Saharien.