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Présence réelle, chair de séance

Jean-Jacques Lepitre


Quelques analysants, au décours ou à la fin d'une séance, déclarent sur le mode de la bonne surprise: " Telle ou telle douleur, dont je souffrais, a disparu". Douleur variable, gynécologique, migraines, maux de ventre, lombalgie, rectocolite, voire épilepsie...

En guise d'introduction:

Partons de ce constat simple: les religions ont bien souvent eu des intuitions, que la psychanalyse a pu éclairer, et dont elles ont tiré et tirent encore leur force. L'image du père et le monothéisme bien sur, mais aussi la trinité et le noeud borroméen, l'interdit des religions juives et musulmanes de la représentation et l'absence d'Autre de l'Autre. Réciproquement ces intuitions peuvent peut-être aussi nous éclairer dans une relation en quelque sorte archéologique selon la métaphore freudienne.

La présence réelle à été une question débattue au sein de l'église. Il s'agissait de se prononcer sur la croyance de ce que, lorsqu'on mange l'hostie lors de la cérémonie de l'eucharistie, lors de la messe, mange-t-on réellement le corps du Christ? Autrement dit l'hostie contient elle vraiment le corps du Christ? Tel que celui-ci a pu le dire lors de la cène? La présence réelle suppose que la parole christique n'est pas métaphorique. Que le symbole de l'hostie contient réellement du corps du Christ, des morceaux de ce corps.
Avalant l'hostie, quelle partie du corps avale-t-on? Le petit orteil? Un morceau de l'épaule? Ou un testicule? On recommande au cathéchumène de ne pas mordre l'hostie, ne pas la mâcher. Il s'agit de ne pas faire de mal au corps christique. Thérèse réaliste de Paschase Radbert au X ème siècle reprise au concile de Latran de façon un peu atténuée un siècle plus tard et condamnant toute approche métaphorique.

Est-ce une affaire si barbare, si anthropophage? On sait que certains courants chrétiens ont reculé. De quelle chair s'agissait-il? De celle venant habiter le symbole. Lui donnant corps comme le dit si justement l'expression. Ce qui semble indiquer qu'un symbole pourrait être plus ou moins habité. Voire vide.

Des symboles peu habités ou vides, il en existe, nous en connaissons. Les variables mathématiques en sont un exemple. X, y, etc, n'ont pas de contenu a priori. Parole vide aussi disait Lacan. Il qualifiait ainsi certains énoncés où le sujet, malgré la richesse ou la virtuosité de son dire, n'était pas, pas vraiment. Rien de lui ne venant habiter ses mots, les signifiants qui s'énoncent.

Transsubtanciation: c'est la présence réelle. Même si le pain et le vin ont gardé leur apparence, leur texture, leur goût, leur couleur, leur enveloppe, en revanche leur substance, ce qui les constitue, leur essence ont changé. Non plus farine et jus de vigne, mais chair et sang du Christ.
Consubstanciation. Certains ont reculé. Plutôt que d'envisager que lors du sacrement de l'Eucharistie il y ait transubtanciation, ils préfèrent penser qu'il y a là association des substances, pain, vin, corps et sang. Cette association serait le rappel et les retrouvailles de l'association faite par le Christ lors de la Cène originelle. Mémoire retrouvée et renouvelée.
Enfin, pour d'autres il n' y aurait là que métaphores. Le pain est du pain et le vin est du vin, et ce serait une façon de dire que la chair et le sang du Christ sont aussi indispensables à la vie du chrétien que le pain et le vin à celle de l'homme.
Cela a donné lieu à des affrontements théologiques âpres et déterminés. Car ce dont il s'agit là, c'est de trois modes d'envisager le symbole, de l'entendre, de comprendre son rapport avec ce qu'il représente. On entend facilement l'enjeu pour une religion: puisque selon le mode les textes sacrés et les symboles associés n'en auront pas la même signification ni le même effet performatif éventuel.

De quoi s'agit-il? Au décours d'une cure, un analysant énonce qu'il souffrait jusque là d'une douleur physique, fort pénible, qui, depuis quelques temps, a disparu. De cette douleur, il n'en avait jamais été question jusqu'à présent, ni dans la demande initiale, ni au cours des séances. Ce n'était pas pour cela que la cure avait été entamée, et les multiples associations n'en avait jamais croisé l'évocation. Et si cela surgit, c'est plutôt autour de la surprise, de la bonne surprise: " Ah tiens, il y a aussi, et puis ...." Associations autour de l'étonnement. Maux de ventre invalidant qui ont disparus, rectocolite hémorragique, douleurs du dos, migraines terrassantes, douleurs gynécologiques, épilepsie (?)...
Une parole a eu lieu, elle ne parlait pas de cela, mais elle a mobilisé le corps y compris dans ses symptômes les plus physiques. Comment? Ce serait ma question, celle que je vous apporte. Celle qui m'embarasse.

De quelle parole s'agit-il? Pas d'une parole vide assurément dont le sens ne surviendra, et pas à tout coup, de par son inlassable répétition. D'une parole pleine, peut-être, pour reprendre une terminologie lacanienne, et c'est ici que la question théologique de la présence réelle permet de distinguer trois modes possibles.
- Un mode métaphorique. La parole habitée par l'énonciation du sujet évoque par déplacement autre chose que son dire, un insu de lui-même. C'est le présupposé de toute écoute analytique. C'est aussi ainsi qu'au début de ses séminaires Lacan envisageait le symptôme comme un signe, un élément s'inscrivant du registre du symbolique. Conformément à l'abord freudien. " Le symptôme se résout tout entier dans une analyse du langage parce qu'il est lui-même structuré comme un langage, qu'il est un langage dont la parole doit être délivré", ( Fonction et champ de la parole et du langage). "Les phénomènes disons métaphoriques, c'est à dire d'interférences du signifiant refoulé sur un signifiant latent qui constituent le symptôme" (VI Le désir)
- Un mode consubstantiel, soit comme dit l'alliance de deux substances, ici peut-être, deux chaînes signifiantes, deux éléments. " La coalescence de deux séries au moins de motivations est nécessaire à la production de toute formation symptomatique, l'une est sexuelle, l'autre symbolique."(II, Le moi). " Pour qu'il y ait symptôme il faut au moins qu'il y ait duplicité, c'est à dire au moins deux conflits en cause, un actuel et un ancien. Le matériel lié au conflit ancien est conservé dans l'inconscient à titre de signifiant en puissance, signifiant virtuel, pour être pris dans le signifié du conflit actuel et lui servir de langage, c'est à dire de symptôme." ( III, Les psychose). Il y a là une conception tout à fait freudienne.
Un mode transsubstantiel. Présence réelle. A partir de 1973 Lacan envisage les relations du symptôme avec le réel. " Le sens du symptôme, c'est le réel, le réel en tant qu'il se met en croix pour empêcher la marche des choses" (Discours de Rome, la 3ème). "C'est que le déchiffrage se résume à ce qui fait le symptôme, c'est quelque chose qui, avant tout, ne cesse pas de s'écrire du réel." ( idem). "C'est comme symptôme que nous identifions ce qui se traduit du champ du réel". (XXII R.S.I). "Le symptôme reflète dans le réel qu'il y a quelque chose qui ne marche pas." ( idem). "Le sinthome également montre qu'il y a un lien étant à définir entre le sinthome et le réel de l'inconscient, si tant est que l'inconscient soit réel." ( XXIII Le sinthome).

Je reprends mon interrogation clinique, à savoir: - Comment est-il possible qu'une douleur, un dysfonctionnement chronique, réguliers, pris en considération par la médecine, traités par celle-ci, plus ou moins vainement, viennent à disparaître, à se dissoudre, dans le processus de la cure, à savoir l'acte de parole par où, au long des séances, le sujet tente de s'énoncer dans son adresse à un autre, à spécifier comme Autre?

Quest-ce que cela suppose? Tout d'abord peut-être un corps, tel qu'en sa souffrance la médecine l'authentifie et en cerne le dysfonctionnement d'un signifiant qu'adopte le sujet pour y articuler l'éprouvé organique qu'il en a. C'est en effet d'organique qu'il s'agit et les traitements médicaux sont de cet ordre, chimiques, la plupart du temps, chirurgicaux, ils sont plus problématiques, et ils ont pour visée le métabolisme, les cellules. Soit cette part du corps qui, en aucun cas, ne peut venir s'inscrire dans son image, c'est à dire le support spéculaire des identifications du sujet. Lequel, qu'il soit de l'énoncé ou de l'énonciation, ceci pour anticiper un peu, serait bien incapable de parler de ses cellules, tout au plus peut-il évoquer les cellules, celles dont il connait l'existence d'un savoir général où il vient s'inscrire. Mais "ses" cellules, sauf à délirer, il ne le peut pas. Ceci pour dire le hiatus où se trouve le sujet quant à ses fonctions, organes ou autres, et dont la douleur est authentifiée et traitée par la médecine. Qu'aurait-il à dire de cette douleur dans le cadre des séances où il a à se dire, lui, dans les facettes de ses identifications dans une parole où la pleinitude se développe de l'inclusion de son désir? Rien, du fait de ce hiatus. tout au plus une plainte rarissime de la relative incapacité médicale, de la force de la douleur, mais nul affect d'angoisse venant en signaler la relation au désir. ( nb: il me vient à la relecture, que si ce silence en séance est bien du à ce hiatus, celui-ci est peut-être quant à lui du à la prise du sujet dans le discours médical, voire l'idéologie médicale de notre société. A reprendre dans la discussion, quel discours et mode d'appréhension de soi la médecine organisent? Tout sujet s'y prête t-il de la même façon?)
Pourtant, et malgré ce hiatus, la lecture a posteriori qu'en propose la bonne surprise des analysants laisse à supposer l'existence d'un inconscient au sens analytique et pas seulement un insu organique. Ce dont ils ont sans doute l'intuition à y prendre l'analyste comme témoin. Cet insu organique se définit de ce que non seulement nous ne percevons pas nos organes, nos cellules, mais aussi de ce que nous n'avons pas de signifiants qui nous permettraient d'en dire quelque chose. Bien sur je peux dire: "J'ai mal au foie.". Mais ce que je désigne par là, c'est une région de mon corps et non véritablement l'organe lui-même que je ne connais pas. M'en prendrait-on une radio qu'y verrais-je? L'image de mon organe, l'image mais pas l'organe!
Alors cet autre inconscient, autre qu'organique, que laisse entrevoir la bonne surprise des analysants, cet inconscient au sens analytique peut-on tenter de le spécifier? De quel ordre est-il? Ni symbolique, semble-t-il, du fait de ce hiatus évoqué et de ce qu'il en résulte: que cette souffrance ne soit jamais inscrite dans la parole du sujet dans la cure, ni comme demande, ni comme angoisse, ni comme signifiant. Ni non plus imaginaire de n'avoir jamais été donné à voir, ni à entendre, ni comme signe, ni comme blason ou étendard. Il en resterait un réel. Et comme tel justement hors symbolique.
Qu'est-ce que cela suppose? Egalement, une parole par où le sujet tente de se dire dans le cadre de la cure. Mais il est précisé que cette parole ne concerne nullement le symptôme dont il s'agit. En aucun cas. Cette parole vise ce pourquoi la cure a été entreprise, et ce qui dans cette visée s'en suit. Les multiples associations par où le sujet tente de se dire en son histoire, et les butées où dans cette tentative d'historisation il trébuche, venant par là témoigner de sa division en l'adresse qu'il en fait, de cette parole, à cet Autre ( A ) qui l'écoute et peut-être même qui l'entend. Redoublement et transfert de cette division entre un dire et un s'entendre dire par où l'Autre est déjà là avant toute prononciation. Parole pleine comme déjà dit précédement au sens où elle peut se définir avec Lacan, encore lui, comme tentant d'énoncer la vérité du désir, comme finalité, et dans ses échecs et ses impasses y révélant ses manques et ses failles. Il s'y profile un objet, a, où l'Autre peut y être supposé intéressé.
Cela suppose donc une parole, au sens où Lacan, toujours lui, au départ de "L'étourdit" l'énonce: " Qu'on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s'entend." Autrement dit que cette parole est d'abord un acte: "Qu'on dise". L'acte de dire. Acte par lequel le sujet s'engage, dans et par sa parole, se constituant ainsi comme sujet de l'énonciation, sa propre énonciation, dimension performative digne d'Austin. Par où est débordé le sujet de l'énoncé: "ce qui se dit". Débordé au sens spatial, topologique, Lacan dit "derrière" mais ce pourrait être aussi bien au delà, en deça, par delà, etc. Ce débordement est ce par quoi le sujet de l'énonciation peut venir à manifester le sujet de l'inconscient. Et ceci dans cette dimension d'acte, d'acte du dire. Ce qui suppose un corps, puisqu'il y a acte. Avec ce qui s'en manifeste: phonation, voix, rythme, volume..par lesquels cet acte se produit et va pouvoir comme tout acte se manquer, achopper, s'inhiber: larmes, rires, bredouillements, silences, ratages, lapsus, variations de rythme, volume... Marquant ainsi au sein de l'acte même la présence du corps qui s'y manifeste avec ce qui le parasite: affects, angoisse, etc.. survenant comme coupure du symbolique, de l'énoncé qui tente de se déployer.
Ces ratures, ces ratages, de quel ordre sont-ils? Du corps en son acte de dire, qu'est-ce qui vient le parasiter? Qu'il y soit évoquée la dimension symbolique sûrement. A savoir qu'une autre chaîne signifiante soit entr'ouverte dans cet acte de dire et dans les associations qui en résultent et qu'elle vienne perturber la première, probablement. Et c'est bien ainsi que la plupart du temps nous l'entendons. Ce qui rejoint l'approche du symptôme comme métaphore, signifiant ou écriture. Autre chaîne venue s'inscrire, lettre en attente d'un lecteur à venir. Mais peut-être pourrait-on aussi évoquer une dimension imaginaire en sa déstabilisation puisqu'aussi bien en cet acte de dire, il se peut que le sujet veuille à s'y montrer et tel qu'il en mérite reconnaissance, soit la réitération de ses identifications et leur vascillation.
Mais peut-être, et sans que cela soit exclusif, peut-on aussi y entendre une part de réel. A savoir que l'acte du dire dans sa mobilisation du corps viendrait à mobiliser une part insymbolisée, insymbolisable, où le sujet manque son acte de cette survenue même, aussi bien du côté de l'énoncé, il n'y a pas de mots pour le dire, que de l'énonciation, comment s'engager dans l'acte de dire quand c'est à propos d'un insu. Autrement dit à propos d'un " ça est, mais quoi?". Ce sera d'ailleurs un travail de l'analyse que ce "quoi" puisse venir s'inscrire dans une chaîne signifiante.
On pouvait déjà entendre que cela était inclus pour une part dans ce que j'appelais "parole pleine" en tant que celle-ci se définirait d'être tentative d'énoncer la vérité de son désir. celui-ci sous entendant le corps, aussi bien dans les jouissances qui s'en espèrent, que dans les pulsions qui le meuvent, que dans l'objet qui en constitue la visée. Part de réel possible, mais pas que..
Présence réelle: Dé-usage du corps symbolique, en ratant par exemple la main tendue de l'analysant lors du rituel "bonjour" de l'accueil en séance, et combien celui-ci en sera décontenancé, regardant sa main, la vôtre, votre visage impassible... Le corps raidi des premières séances allongées de telle ou telle analysante, dont le sens clair ne semble pourtant pas l'effleurer au travers ses associations, il y faudra parfois du temps. De même les raideurs des cervicales, dans les mêmes circonstances, de certains analysants... Mais aussi diverses manifestations corporelles, y compris de l'analyste...
Présence réelle: D'autant que l'analyste lui-même est aussi supposé non seulement savoir mais aussi capable d'être sujet de l'énonciation, à savoir sujet d'un acte de dire. Un "exactement" en réponse à l'énoncé d'un analysant peut être aussi déstabilisant qu'un "c'est pas ça". Et l'acte de dire de l'analyste suppose pareillement un corps, d'où la méfiance à l'allongeade, au décubitus, évoquée plus haut, malgré la consigne expliquée, un corps exposé à un autre corps... D'autant que "le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre"... Mais c'est aussi que l'analyste soit sujet de l'énonciation, lui aussi, en son acte de dire, qui fait le prix de la scansion.
Présence réelle: L'Eglise est futée. Que ce soit le corps réel, la viande qui vienne à s'inscrire dans le symbole, dans le dire de l'Eucharistie, voilà qui fait du Christ un sujet de l'énonciation. Ce qui a une autre allure que d'être simplement sujet de l'énoncé.

Reprenons la question, celle de mon départ, et qui est toujours la même. Y a t-il un moyen, une façon de théoriser ce qui précède? A savoir, un symptôme, du corps comme réel, vient à se trouver modifié, sans qu'il n'en soit jamais question, sans que n'en vienne la survenue dans l'acte de dire comme réel, alors que ce qui y survient comme tel, c'est d'un autre réel qu'il s'agit. pourtant la modification de l'un parallèlement à la survenue de l'autre laisse penser à une relation. Mais de quelle relation s'agit-il? D'autre part, lors de l'aveu de cette bonne surprise, ou quelques temps après, les précisions apportées lèvent toute ambiguïté quant à la coïncidence possible avec un traitement médical enfin efficace. A la différence par exemple avec tel ou tel analysant pour lequel la cure a permis au contraire la décision d'un traitement médical adéquat. Quelle relation supposer? Une relation telle qu'il y ait la possibilité qu'au sein de cet inconscient, dans sa dimension de réel, puisque c'est de cela qu'il s'agirait sur ces deux bords, deux éléments, il puisse exister des relations, des associations telles que si l'un des éléments est mobilisé, voire modifié, l'autre, un autre, alors qu'il n'en est pas perçu de liaisons, soit également mobilisé et modifié...
Ce qui fait penser à l'étymologie du mot symbole, "sumbolon", qui désignait les deux parties d'une poterie brisée dont l'ajustement parfait garantissait l'authenticité. Mais la difficulté reste que si on peut faire l'hypothèse d'une pareille relation entre ces deux éléments, ces deux parts de réel, il apparait impossible de savoir en quoi elle consiste. Qu'il y ait une relation, qu'elle soit de l'ordre des processus primaires, et par là du symbolique, sans doute, mais quelle est donc la découpe du sumbolon par laquelle elles s'ajustent? Le symptôme de la bonne surprise n'a au mieux qu'un rapport ténu avec le réel survenu dans l'acte de dire. Migraines pour celle se définissant comme intellectuelle, recto-colique pour quelqu'un d'obstiné. Rien de suffisament signifiant.
Freud, en son départ, dans "l'interprétation des rêves", émettait la possibilité d'un inconscient, d'une part inconsciente totalement opaque, de toujours et pour toujours. il partait du constat simple que la mémoire et la conscience sont exclusives l'un de l'autre. Et qu'en conséquence pour avoir une conscience perceptive, il faut que la mémoire soit inconsciente, et qu'inversement me souvenir me demande de désinvestir la perception. Il en déduisait qu'il pouvait aussi y avoir une perception sans conscience. Et donc des processus mnémoniques sans conscience également. Le refoulement envisagé à ce stade n'est que le repoussement indispensable et continu de la mémoire aux fins de perception. Il y aurait donc la possibilité ici envisagée d'un inconscient, d'une mémoire, jamais passée par la conscience, sans nécessité d'émergence et, ou, de symbolisation consciente, et dont le refoulement ne relèverait d'aucun conflit, ni d'aucune historisation, mais d'une simple nécessité de structure. Mais est-ce une piste intéressante?
Le traumatisme a aussi quant à lui cette valeur de réel en attente de symbolisation. Mais comment l'intégration du traumatisme dans la chaîne symbolique peut-elle résoudre un symptôme qui lui est hétérogène? Le seul point commun étant le réel qui y est éprouvé?
Impasse?
Il y a aussi le dernier apport de Lacan autour du noeud borroméen. Où le symptôme, aussi bien nom du père, Oedipe, viennent à faire rond quatrième venant nouer les trois autres: Réel, Imaginaire et Symbolique. Faut-il alors faire l'hypothèse que dans l'acte du dire où survient un réel, présence réelle, et par l'acte même du dire, et c'est le travail de la cure, se fera une inscription symbolique, c'est à dire un nouage, de ce réel au symbolique, y compris accompagné d'imaginaire. Et que du coup, ce nouage se faisant, il rend caduque le symptôme, rond quatrième par où se palliait jusque là les déficiences du noeud.
Est-ce une hypothèse suffisante? Je ne sais pas. elle a un aspect satisfaisant d'en éclairer un ressort, mais laisse l'obscurité sur la correspondance entre les caractéristiques du symptôme comme réel et celles du réel de l'acte du dire.

Final comme énigme persistante.
Il y a longtemps de cela, un ami, à Bordeaux, avait organisé une journée, comme celle-ci, dont le thème était "Physique quantique et psychanalyse". On appelle "intrication" en physique quantique le phénomène par lequel, dans un champ donné, l'action sur une particule a produit une réaction de cette partucule mais est accompagnée également d'une réaction d'une particule b totalement indépendante sur laquelle aucune action, directe ou indirecte, n'a été produite.