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Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne

Charles Melman
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EPhEP, le 5/11/2015

Bonsoir, ça fait un petit moment que nous ne nous sommes pas vus. Vous allez voir, on
rattraper en une heure le temps perdu. Enfin, perdu. En tout cas, mis en suspension. Puisque nous allons nous livrer - comme d'habitude, d'ailleurs maintenant - à un voyage qui, je pourrais à dire, à chaque fois que je le prétends pour nous, continue de me surprendre et de m'émerveiller, même si, parfois, il me déprime un petit peu. Alors, on
voir l'effet qu'il vous fait à vous, on
voir si, comme pour moi, à la fois, il vous émerveille et vous déprime.
Puisque, on
commencer par ceci, c'est que, de façon très générale, évidemment, ce qui ne
pas dans notre espèce, c'est le déficit qu'elle rencontre dans la jouissance. Personne de ce côté-là qui puisse être satisfait. Jusque-là, je crois que l'on est à peu près d'accord. Mais, ce qu'il y a de beaucoup plus drôle, et sans doute, de plus riche d'effets, c'est de vérifier que cette insatisfaction est un passage, un état nécessaire pour rendre accès à la jouissance sexuelle possible. Voilà bien l'obstacle auquel nous avons affaire : d'un côté, donc, cette insatisfaction pérenne, puisqu'elle est signalée depuis que nous avons des résidus littéraires, on ne parle que de ça, c'est-à-dire que ça
pas, que ce soit entre hommes, entre hommes et femmes, que ce soit dans le rapport à la nature, que ce soit dans le rapport à l'éducation, aux enfants, ça ne marche pas. ça dure. Mais, en même temps, s'il y a quelque chose que la psychanalyse a apporté, et qui constitue surement le noud du problème, c'est qu'il y a une insatisfaction qui est la condition nécessaire - le terme de nécessaire est à souligner, puisque c'est un terme logique - est la condition nécessaire pour nous donner l'accès à la jouissance sexuelle. La preuve, vous l'avez immédiatement avec ce paradoxe qui mériterait à chaque fois de nous hérisser, et qui est que, pour être simple et cru, il faut perdre sa mère, y renoncer, renoncer à la relation fusionnelle qui pou
it s'établir avec elle, afin de quoi ? Afin d'avoir un accès possible à la sexualité, et pour ne plus trouver en position d'objet l'équi
lent de celle qui était chérie, mais pour trouver ce qui sera désormais un semblant, un semblant de l'objet désiré. Soi-même, d'ailleurs, étant pour le partenaire un autre semblant. Ce qui est frappant, c'est que le passage se fasse chez nous par le biais familier et trivial à la fois (nous en avons la permanence dans toutes les cultures) qu'est le sacrifice. Comme si le sacrifice, c'est-à-dire le renoncement souvent à ce qui était des biens chers et considérables, était la condition du retour des saisons et du maintien de la solidarité du groupe.
Je dois vous dire que lorsque je lis dans Platon, plus précisément l'Apologie de Socrate, que son exécution a été retardée - c'était quand même la cité intellectuelle par excellence, Athènes, la Cité des rhéteurs, la Cité des politiques, la Cité des philosophes, des écoles - et vous apprenez que si l'exécution de Socrate a été retardée, c'est parce que le bateau qu'on a
it envoyé, je crois bien que c'était à Delphes, chargé des douze plus beaux jeunes gens et jeunes filles de la Cité qu'il s'agissait de sacrifier, de laisser sur une île déserte pour que s'en serve qui voudra. Eh bien ce bateau n'était pas encore de retour et que donc, on ne pou
it pas dans ces conditions procéder à l'ingestion de ciguë par Socrate. C'est quand même quelque chose, je dois dire, de penser que ces gens qui étaient si raffinés et si éduqués, sans doute plus que nous, eh bien, néanmoins, fonctionnaient autour de cette primauté accordée aux sacrifices aussi évidemment cruels et archaïques et primitifs. Ceci pour simplement nous introduire à cette notion que le sacrifice semble être, là encore, la condition nécessaire pour acquérir une assurance, une garantie du bon vouloir, ici, en l'occurrence des dieux, et comme je le disais tout à l'heure, du retour des saisons, puisque lorsque l'on voyait l'hiver arriver, on n'était jamais certain, après tout, que le printemps allait se repointer. Sait-on jamais ! Et donc, il fallait bien, je dirais, payer une assurance, c'était une forme, je dirais une forme de paiement d'assurance, sous la forme, donc, du sacrifice, pour obtenir cette garantie. Peut-être, à ce propos, et pour nous divertir un bref instant, remarquez que le jeu, la pratique du jeu, du jeu avec argent, et en particulier dans les établissements professionnels destinés à cela, est une forme de sacrifice, puisque celui qui s'y engage sait, d'une manière ou d'une autre, qu'il en sera le perdant. On n'a jamais connu quiconque qui se serait établi, ait fait fortune grâce au jeu. Et donc que, finalement, il engagerait quelque chose comme le sacrifice. Il découpe, en quelque sorte, des tranches de vie, il mise, il met sur la table, des tranches de vie pour aboutir à ce qui sera la mise derrière et qui, en général, enfin, en général., qui bien souvent, comme vous le savez, est le suicide. Comme si, donc, il y a
it cette offre répétée, mise répétée, qui engage, comme nous le savons, gravement, et afin d'obtenir quoi ? D'obtenir un petit salut de la part de celui qui là-haut veille sur tout ça, un petit salut favorable, sous la forme du gain, puis qui, aussitôt,
repartir, je dirais dans le trajet, jusque, je dis bien, cette étape souvent ultime. Il est évident que, jusqu'à ce jour, l'interdiction de l'inceste n'est pas écrite dans la loi. Il est question de l'écrire. Jusque-là, ce n'était pas le cas, et on
a
ncer ceci, c'est que si ce n'est pas le cas, c'est parce que c'est l'interdiction de l'inceste qui est au principe de la loi. Puisque la loi, vous savez ce que c'est ? C'est ce qui répartit ce qui est à l'un et ce qui est à l'autre, c'est ce qui dit ce qui revient à l'un et ce qui revient à l'autre. Et il faut, évidemment, une interdiction de l'inceste pour que cesse la circulation fusionnelle, trans-fusionnelle de la jouissance, et que soit enfin établi ce qui revient à l'un et ce qui revient à l'autre. Vous savez combien c'est un établissement délicat et difficile et conflictuel, ce qui revient à l'un et ce qui revient à l'autre. Et justement, ça l'est à cause de ce que j'évoquais dès le départ, c'est que la jouissance n'est jamais parfaitement satisfaite. Vous trouvez dans la littérature analytique, et depuis Freud, ce concept singulier qui est celui de : castration. La castration comme un passage obligé pour la constitution subjective, quoique elle puisse revenir à fonctionner comme un complexe. Qu'est-ce que c'est que la castration, qui est un terme dont on se sert pas plus facilement qu'on ne sait pas trop finalement ce qu'il signifie, si ce n'est que avec le renoncement à la mère, tout se passe comme si l'enfant, c'est plus évident pour le petit garçon, et je reviendrai à la petite fille, a
it du même coup à renoncer à son sexe, à l'effacer de son corps, et il est bien vrai que nous nous prenons les uns et les autres, non pas en général exhibitionnistes et dénudés mais, c'est vrai, que, y compris dans notre propos ordinaire, nous nous présentons comme des gens qui, lorsque je vous parle, lorsque nous parlons, lorsque nous échangeons, etc., faisons comme si à l'endroit du sexe, il y a
it un blanc. Il faut le passage à ce qui sera éventuellement la séduction pour que, dès lors, ces dispositions changent. Mais notre rapport social et que l'on
nte pour l'opposer à celui des animaux est évidemment organisé autour de cette mise en suspension du sexe. En tout cas, pour l'enfant, on sait que, en même temps qu'il apprend, ou découvre, ou consent, ou ne consent pas, mais s'il y consent à renoncer à sa maman chérie, tout se passe comme si du même coup, il entrait dans ce que Freud a
it isolé comme « phase de latence », c'est-à-dire qu'il
rester tranquille quant à la sexualité jusqu'à l'adolescence. Tranquille. Il n'est pas embêtant pendant ces années-là. Et puis, ce sont les années où il est accessible à l'enseignement. Parce que nous rencontrons un obstacle qui est du type sui
nt : c'est que, une fois qu'avec l'adolescence, c'est-à-dire l'émergence dans le corps de pulsions sexuelles, jusque-là, il était tranquille, le petit chou, puis voilà que brusquement, il se découvre qu'il a un corps, qu'il y a des pulsions sexuelles dont il ne sait pas que faire. Et puis, il arrive qu'il ait vis-à-vis de ce corps des relations, je dirais, hypocondriaques. C'est fréquent l'hypocondrie chez les jeunes ados. Qu'il y ait des relations, des interprétations hypocondriaques de ce qui se passe dans son corps, et, d'ailleurs, il est raconté par ceux qui observent les enfants comment il peut arriver un petit garçon d'aller voir sa mère qui, lui ayant une érection, lui disant : « tu vois, j'ai mal ! ça
pas ! » Donc, il reste tranquille jusqu'à l'adolescence, ce qui
également retentir, je dirais dans son cursus scolaire, bien souvent, puisque, c'est le moment où, avec cette émergence des pulsions sexuelles. Ah, il a tout compris ! Il a tout compris. Qu'est-ce que vous voulez encore lui enseigner ? Il connaît l'essentiel. Alors, évidemment, comme nous sommes soucieux de lui faire
loir que c'est très bien mais que dans la vie, bien sûr, ça compte sûrement, mais, il faut quand même qu'elle ne devienne pas caissière au supermarché, et que donc, etc. etc. Mais il est évident que c'est un moment de difficulté pour l'acquisition de nouvelles connaissances alors que le jeune, à ce moment-là, s'estime, en quelque sorte dépositaire du savoir ou des savoirs qui comptent et qui conviennent.
Une remarque, si vous le voulez, pour justifier ce que je vous raconte : comme vous le savez, il y a, et maintenant de plus en plus, des surdoués. Ils sont magnifiques les surdoués, et c'est vrai, ils existent. Qu'est-ce que c'est que les surdoués ? Eh bien, ce sont des gosses qui ont des facultés de pratiquer les combinatoires logiques et numériques fantastiques, remarquables, rapidement, vite, avec aisance, avec brio. Eh bien, vous découvrirez toujours dans ces cas-là quelque chose qui nous intéresse, c'est qu'ils n'ont aucun accès à la sexualité, comme si l'accès à la sexualité, c'est-à-dire à l'introduction d'une limite dans le champ du savoir, avec l'interdit, à la fois qu'organise la pudeur, mais que, primordialement, a organisé, je dirais, le renoncement à la mère, avec ce que tout à l'heure, j'évoquais comme castration. Eh bien, comme si l'absence de limitation leur donnait ce talent qui fait évidemment l'admiration générale, et qui leur
ut en général des vies privées, quand ils en ont une, absolument déglinguées. Alors, évidemment, qu'ils puissent fonctionner presque comme des ordinateurs, ah ! Quel progrès ! Quel succès ! Le jour où on fonctionnera tous comme des ordinateurs, on verra ce qui se passera, sauf qu'il y aura cet effet-là, je veux dire, il faudra introduire un ordre logique et signifiant qui exclut toute limitation, et qui fait que, du même coup, leur mode de « parler » lui-même devient étrange et mériterait une analyse beaucoup plus précise que habituellement elle est faite. En tout cas, cette castration, dont je disais tout à l'heure qu'elle était un thème familier aux psychanalystes, elle est non pas réelle, il ne s'agit pas d'une amputation réelle, même si la circoncision représente à cet égard une ébauche de ce qui serait une amputation réelle. Elle n'est, elle aussi, la circoncision, que symbolique. Elle n'est pas réelle, elle est symbolique. Symbolique de quoi ? Symbolique de l'accès promu, préparé, promis, à la jouissance sexuelle. Lorsque viendra cette poussée biologique de l'adolescence. Pourquoi est-ce qu'elle embarrasse l'adolescent ? Pourquoi est-ce qu'il en est encombré ? Pour une raison majeure, et qui, d'ailleurs, peut subsister dans les difficultés à exercer la sexualité, qui est que, il ne se sent pas autorisé à l'exercer puisque, comme tout humain qui se respecte, il
attendre la bénédiction venue de cette instance à qui il a été sacrifié, justement. Alors, cette instance, elle est nommée, évidemment, elle peut être Dieu, bien sûr, elle peut être la lignée ancestrale. Et, comme nous le savons, il y a, subsiste chez nous cette cérémonie du mariage qui marque donc, je dirais, l'autorisation accordée au couple, à légitimement, avec la bénédiction, même lorsqu'il s'agit d'un mariage laïque, d'ailleurs, d'une instance qui, au titre de tiers, est toujours mise en cause, sollicitée, dans l'exercice de la sexualité. Donc, l'adolescent se trouve d'autant plus embarrassé que il se sentirait être délinquant, et c'est ce qui lui arrive, à pratiquer la sexualité de façon précoce et non autorisée, puisque notre système culturel veut que cet usage de la sexualité soit retardé jusqu'à un âge qui autorise son autonomie financière et sociale. Ce qui est un pur arbitraire, évidemment. Mais enfin, c'est comme ça. C'est comme ça que nous fonctionnons.
L'autre chose qui perturbe notre adolescent, c'est que : quelle déception ! Il ne
pas retrouver l'objet qu'il a perdu, ou un équi
lent. Quel équi
lent ? Un objet dont les qualités seraient telles qu'elles autoriseraient une jouissance accomplie de part et d'autre. Eh bien non ! C'est, comme je le disais tout à l'heure, à un semblant qu'il
avoir affaire. Et lui-même
fonctionner pour ce partenaire comme étant un semblant. Et ce semblant qui est la condition d'une possibilité d'exercer la jouissance sexuelle. D'ailleurs, ce sera le moment, comme vous le savez, celui de l'adolescence, ce qui concerne plus précisément la clinique à laquelle nous avons affaire, où nous allons assister à l'éclosion possible de pathologies. Certaines sont bénignes, je parlais tout à l'heure de l'hypocondrie, une autre qui est si fréquente aujourd'hui, et qui est la phobie. Parce qu'on pourrait dire, sans se tromper que la phobie est, de façon quasiment régulière, un trait caractéristique de l'adolescence. Un adolescent, ça se voit à l'oil nu. Et, il a du mal à assumer ce corps qui lui est venu, ce corps réel, il faut l'habiter, il faut le bouger, il faut, si possible, que ce soit harmonieux. Il ne se reconnaît pas, elle ne se reconnaît pas. Et puis, la phobie, ça veut dire que l'identité sexuelle n'est pas assurée, et c'est précisément ce qui arrive à l'adolescent, puisque symboliquement, elle n'est pas célébrée, il n'est pas autorisé, cette identité sexuelle, à la mettre en acte, à la faire
loir. Eh bien donc, ce qu'il balade dans les rues quand il se balade, c'est un zombie, avec le mal à l'aise lié au fait qu'il a la certitude qu'on le regarde. Qu'on le regarde parce que, il ne serait pas comme tout le monde. Ça, c'est une pathologie bénigne. Encore qu'il y a des cas, des cas de phobies, où c'est plus in
lidant. Mais, ça, je vous le promets, comme vous serez attentifs et bien formés par votre passage dans notre Ecole, eh bien vous verrez que vous pourrez aider l'adolescent à passer ce cap. Vous pourrez entendre correctement ce que il vous raconte et que vous pourrez l'aider à sortir de ce qui n'est pas un mau
is pas, puisque, ce qui lui arrive, c'est de s'asseoir sur le trottoir, au milieu de la circulation et de ne plus pouvoir bouger. Mais, comme vous le savez, il arrive que ce soit des pathologies plus sérieuses qui se manifestent, et, en particulier, des psychoses et qui
lent que nous y accordions un peu d'attention puisqu'elles sont tout à fait claires quant au mécanisme de déclenchement. Qu'est-ce qui se produit à ce moment-là ? Eh bien, ce qui se produit, c'est que il a affaire à ce corps qui est apparu et qui le possède, avec des pulsions sexuelles qu'il ne sait pas comment maîtriser, mais surtout, qu'il ne peut pas subjectivement assumer. Autrement dit, commencer un propos qui se trouverait organisé par un réel qui serait sexuel. Pour ça, il faut que il y ait dans sa constitution subjective un réel qui tienne, une perte qui tienne, un impossible qui tient, et cet impossible, il est lié à ce sacrifice que j'évoquais un peu plus tôt, c'est-à-dire au renoncement à l'objet chéri, à ce que la théorie a appelé la castration, et qui lui ménage, donc, dans son organisation psychique, un impossible, un énigmatique, un non-maîtrisable, dont le sens, justement, du fait de cette opération spécifique qui s'appelle le complexe d'Odipe, eh bien, donne un sens sexuel. Il se trouve avec des pulsions sexuelles qui ne peuvent trouver dans ce qu'il a à dire aucun lieu garantissant un réel qui lui permettrait d'articuler, avec ses pulsions, ou dans sa pensée, une phrase sensée. Et de telle sorte que se produise une éclosion de réels dispensés, tels des astres, des-astres - lorsque vous lirez, si vous ne l'avez déjà fait, les mémoires du Président Schreber, il vous racontera comment, au cours d'une nuit épou
ntable, il a vu ce ciel constellé d'astres soudainement apparus, et qui ne figuraient pas dans les cartes ordinaires du ciel, et qui représentent autant, je dirais, de dispersion du Réel, dans la mesure où il a perdu cette unité, ce caractère Un, qu'il tenait du fait du sacrifice, de la castration, que j'évoquais tout à l'heure. Donc, vous assistez à ce moment de l'adolescence, à ces jeunes qui se replient, qui ne sortent plus, qui n'ont plus de relations avec les camarades et qui sont souvent en proie à des hallucinations, ou qui se trahissent par des délires, et sont souvent très malheureux.
Il se trouve, et là aussi, et j'attire votre attention sur ce fait, que, si ces épisodes sont correctement abordés dans la relation avec un psy bien formé, eh bien, vous pouvez avoir la satisfaction de constater qu'ils peuvent s'apaiser, et que l'épisode peut s'effacer et disparaître, et le jeune être restitué à une existence normale, après ce qui sera étiqueté « bouffée délirante ». Et, si vous devez vous livrer à des tra
ux, vous pouvez très bien venir sur ce terrain mal exploré, c'est-à-dire, justement la manière, les manières qu'il y a à faire pour contribuer à ce que ce jeune puisse retourner, retourner., oui, trouver enfin un échange avec autrui et avec lui-même, qui puisse être satisfaisant, c'est-à-dire où lui-même se trouvera phalliquement identifiable et identifié - je reviendrai là-dessus, sur ce que ça veut dire.
Une remarque, encore, clinique, à propos du semblant auquel le jeune est affronté, et qui fait qu'il ne retrouve pas, il ne peut avoir que la nostalgie de cette facilité de jouissance archaïque première, primitive, avec un objet alors pleinement satisfaisant, et dans la mesure où il ne se satisfera pas du semblant, eh bien, il
trouver dans la pharmacopée les produits qui, eux, assurent une jouissance accomplie, parfaite. Et c'est pourquoi, évidemment, les drogues rencontrent ce succès chez les jeunes. C'est parce que, de ce côté-là, il n'y a pas de tricherie sur la jouissance, hein, ça
jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la perte de conscience, puisque le terme de la jouissance, c'est assurément, la perte de conscience, qu'on appelait autrement quand il s'agissait de sexe : « la petite mort ».
Alors, j'entends chez vous une objection, vous direz : « oh, ce n'est pas vrai, quand même, que cette insatisfaction est, comme ça, généralisée, au parlêtre, ce n'est pas vrai, parce que, si on considère le fonctionnement social, on voit bien qu'il y en a, premièrement, qui portent toutes les marques d'une satisfaction parfaitement accomplie. Ils sont tellement contents d'eux-mêmes, hein ? Aucun problème, hein, de ce côté-là ! Tandis que c'est l'autre qui est accablé par toutes les insatisfactions sans compter celles dont on l'accuse de les provoquer. Donc, il y a une répartition, en réalité : il y en a qui jouissent parfaitement, ils sont très heureux, très contents, très fiers, et puis, il y a les malheureux. Ce n'est pas tout à fait ça. Ce n'est pas tout à fait ça parce que, quand vous y accorder un petit peu d'attention, vous voyez qu'en réalité, la jouissance des bonhommes, c'est une jouissance de quoi ? C'est une jouissance narcissique, ils sont contents d'eux, ils sont contents d'eux puisque ils sont porteurs d'une marque anatomique, d'un signe anatomique qui fait que, ils sont en conformité avec cette instance phallique tierce et constitutive dont la référence est nécessaire pour être constitutive de l'identité aussi bien masculine que féminine, pour s'autoriser de son identité et la voir reconnue. Soyons pratiques, soyons simples, si mes formulations vous paraissent abstraites : il faut quand même que vous ayez été identifié par vos parents, comme fille ou garçon, et, autrement dit, qu'ils vous autorisent, dans votre assomption de ce sexe-là. Et, comme vous le savez, si les parents ont décidé que, à la place du garçon, c'est une petite fille qu'ils voulaient, et inversement, que la petite fille doit venir remplacer le petit frère qui est mort, eh bien, c'est ce qui sera pré
lant, sur la réalité anatomique. C'est ce qui sera pré
lant, ce qui a l'a
ntage, si j'ose dire, de vous témoigner combien la reconnaissance symbolique, et qui vient d'une instance tierce, cette reconnaissance symbolique est incontournable pour assumer son identité sexuelle. Donc, en tout cas, le bonhomme, lui, dans la mesure où il est conforme au caractère phallique de cette instance bénisseuse, eh bien, s'estimera accompli, et ne manquera pas d'être affecté du fait que sa compagne, c'est quand même désolant, elle n'est pas comme lui. C'est pas désolant, ça ? Non, ça n'a pas l'air de vous désoler. Parce qu'il y a quand même deux choses qui se passent : c'est que, d'abord, il faut beaucoup d'efforts pour qu'elle le soit, comme lui. Et ensuite, elle-même peut faire beaucoup d'efforts pour être comme lui, un copain, parce qu'il aime les copains, être comme lui, un copain, et cela quand, le brave homme, sensible à ce qui est la difficulté de sa compagne est généreux, pas du tout égoïste, eh bien, il décide que, allez, c'est elle qui le portera, l'instrument, il le lui délègue. J'espère quand même que dans cette espèce de bande dessinée que je vous fais, vous êtes quand même sensibles à la façon sans doute crue et directe, dont je suis en train d'évoquer pour nous une vie de couple qui est la vie banale ordinaire, et en même temps, source de tous les conflits. Ce que j'évoquais avec mon départ pour dire l'insatisfaction de la jouissance, comme génératrice du défaut de notre rapport au monde, source de tous les conflits puisque personne n'est content. Lacan disait que « l'homme est un ra
ge pour la femme ». Vous voyez, il était beaucoup plus dur que moi, et puis, lui n'essayait pas de vous distraire avec des bandes dessinées. L'homme est un ra
ge, pourquoi ? Ben justement, parce que, au fond, ce qu'il ne supporte pas, ce qu'il ne supporte pas c'est que la maîtrise dont il se réclame, la virilité, elle soit mise en échec par le fait qu'elle ne couvre pas l'ensemble du champ des représentations puisqu'il y a des femmes. Et donc, la maîtrise dont il se réclame, celle de l'ancêtre, celle de Dieu, eh bien cette maîtrise, elle échoue à faire que elle puisse totalement s'accomplir puisqu'elle se trouve limitée, justement, coupée, par l'existence des femmes. Et donc, la présence même de la femme est une offense, une insulte faite à la maîtrise masculine, à la virilité masculine. Et comme il
, alors exercer vis-à-vis d'elle la dénonciation permanente de son insuffisance, il est bien un ra
ge pour elle. Et qu'est-ce que c'est que l'homme, pour une femme ? Vous l'avez déjà entendu ce bateau dans notre Ecole, ou pas encore ? Vous ne l'avez pas encore entendu ? Vous voulez le savoir ? L'homme est un symptôme, l'homme est un symptôme, c'est-à-dire le témoignage qu'il y a quelque chose qui ne
pas puisque la jouissance prend pour objet le phallus chez l'un ou chez l'autre, et aucunement le corps ou la personnalité, la subjectivité, ni les qualités du partenaire. Il y a donc autour de la présence de ce tiers Un phallique, il y a autour de lui, je veux dire dans les effets qu'il provoque, il y a des conséquences : qu'il se présente comme étant un seul objet à désirer, à désirer, d'où, vous l'avez deviné, d'où, je dirais, la présence latente permanente d'une homosexualité dans un sexe comme dans l'autre. Parce que, il ne faut pas quand même exagérer, les féministes, elles sont beaucoup plus phalliques que les bonhommes, encore. Parce que pour les bonhommes, ils savent quand même que leur pouvoir est lié à une détermination symbolique, c'est-à-dire une castration. Pas les féministes ; pour les féministes, ça ne passe pas par la castration, ça passe par une assomption parfaite, totale et complète. Il suffit de tenter quelques échanges avec ces personnes - j'allais dire « ces femmes » - avec ces personnes, pour voir que on est pris, enfin, l'interlocuteur, quand il est masculin, est pris comme un petit garçon, quoi ! C'est pas sérieux, ses prétentions sont mini, il est un mini, ouais.
Alors, vous ne trouvez pas que le chemin que je suis en train de parcourir à toute allure, il est à la fois magnifique et déprimant, non ? Vous ne trouvez pas, hein ? Pourquoi cette espèce de condensé que je vous fais, comme ça. C'est pas seulement parce que le temps presse. Mais c'est aussi parce que ces vérités simples et premières restent, je dirais, à l'écart du savoir commun partagé. C'est merveilleux le refoulement collectif, parce que tout ce que je dis est su, tout le monde le sait, je n'apporte pas, je ne fais pas de révélation, je dis simplement ce que tout le monde sait. Et vous voyez ce que ça veut dire, le refoulement : qu'il ne faut surtout pas dire, il ne faut pas dire parce que ça gâcherait le plaisir. Quel plaisir ? Eh bien, celui du masochisme, parce que la grande, la grande marque, je dirais, que nous avons, et qui nous spécifie, c'est évidemment le masochisme. Si nous n'étions pas masochiques, est-ce que nous supporterions la vie qu'on nous fait ? On ne se laisserait pas faire, comme ça. On dirait : « ça
pas ! » Alors que, comme vous le savez, il y a des coups qui sont recherchés. Et si l'entourage est un peu trop bienveillant, bénévolent, eh bien, on s'offre des coups réels bien plus durs. Avec ce fait sur lequel je pourrai revenir : c'est que si l'opération, je dirais, de la mise en place d'un réel, d'un impossible, de ce qui est interdit, si elle ne s'est pas faite, cette mise en place, eh bien le sujet n'aura de cesse qu'à organiser dans sa réalité, un manque tel, artificiel, une création originale, et de telle sorte qu'il sera enfin confronté à un impossible qui ne sera plus, je dirais, organisé par le symbolique, et donc prometteur, porteur d'une jouissance sexuelle, et qui sera simplement organisé par un déficit et auquel il tiendra. Et ça, c'est le registre d'une clinique très riche et très abondante. Il y a des accidents qui ne sont pas totalement inexpliqués et dont, je dirais, l'organisation qui a présidé à leur mise en place tient à des mécanismes de ce genre. Autrement dit, comment substituer un handicap réel à ce qui autrement aurait simplement été un handicap quant à la jouissance, mais laissant les quatre membres, et même tous ceux que vous voudrez, pour s'en débrouiller, de cette jouissance.
Quand même encore un peu, un tout petit peu, hein ? Quelque chose, quelque chose sur la vie du couple. Parce que la prochaine fois, j'essaierai d'évoquer pour nous ce qu'il en est, dans tout ça, spécifiquement pour une femme. Il n'est pas habituellement le sujet, je dirais, le plus fréquemment abordé. On parle toujours de l'homme, de l'homme, de l'homme. C'est très, très bien, mais, il se trouve, néanmoins, que le monde est complètement différent pour une femme. C'est évidemment le péché de la philosophie, elle parle de l'homme. La philosophie, je ne connais pas un philosophe qui prenne en compte le fait que, pendant qu'il écrit, pendant qu'il gratte, il y a sa femme à la cuisine. ça fait des problèmes parce que lui, il est là, en train d'écrire, pendant que elle, hein. Eh bien, si le philosophe tenait da
ntage compte dans ses spéculations de la femme. On aurait affaire à une philosophie autrement plus efficiente. Le problème que j'évoquais au départ, c'est-à-dire celui de la castration, eh bien, justement, la vocation de la philosophie me permet de revenir un instant sur ce point : les grecs, qui ne connaissaient pas cette nécessité de la référence à un tiers pour ordonner leur identité sexuelle, un tiers symbolique, pour ordonner leur identité sexuelle, donc, je dirais, son caractère mâle ou femelle, comme on sait, l'homosexualité était, enfin, ils étaient « bi », comme on dit, sans problème. Mais, ce que vous trouvez tout de suite dans l'élaboration philosophique, c'est l'éloge d'une qualité que l'on traduit en français en l'appelant « tempérance », la « tempérance ». La tempérance, ce n'est pas la peine que je donne le terme grec, ce qui veut dire simplement que premièrement, on ne se laisse pas aller, on ne fait pas n'importe quoi, et qu'on se contrôle. On ne se permet pas tout, on se donne à soi-même une limite qui est celle de la civilité et qui permet de distinguer le citoyen comme il faut : celui qui est tempérant. Avouez que c'est quand même drôle que, sans avoir affaire à un Dieu rele
nt du monothéisme, ou sans être pour autant - je parle des grecs - plongé dans le culte du Père, puisque, à la maison, c'est la mère qui dirigeait le domaine, c'était la matrone, eh bien, chez les grecs, vous voyez, parce qu'il vous faudra vous demander : « mais, d'où est-ce que ça sort ce caractère universel ? »
Tout à l'heure, je vous parlais du sacrifice, et j'évoque maintenant le fait que, pour les grecs, il y a
it la spéculation sur la tempérance, alors que, toutes les jouissances étaient permises, autorisées. Ils cherchaient à se construire une morale, une éthique, d'où l'a
ntage que vous avez à lire, les éthiques, précisément, qu'ils ont pu écrire, et en particulier Aristote, bien sûr, qui étaient fondées, donc, sur cette idée de tempérance. La rationalité, puisque ils passaient leur temps à l'évoquer, la rationalité, il l'appelait le « logos », nous, nous traduisons pas « rationalité » parce que, depuis, il y a eu des événements que je ne
is pas évoquer. Il y a eu le Verbe, le rôle du Verbe, qui est venu modifier notre rapport au logos. Les grecs, ils ne connaissaient pas le Verbe, ils ne le connaissaient que dans l'art oratoire, mais, il n'y a
it pas chez eux d'éloquence attendue, je dirais, de la part d'un Dieu et qui viendrait les éclairer sur ce qu'ils a
ient à faire dans la vie. Ça, ils ne l'ont pas inventé. Eh bien donc, la rationalité, le logos, qu'est-ce que c'était d'autre que, justement, mettre un frein à l'expression non réfrénée des désirs. Et le fait qu'ils l'aient appelé logos nous ramène, je dirais, à ce qui est la spéculation des psychanalystes depuis Freud et depuis Lacan, c'est-à-dire que c'est du fait de notre rapport au logos, au langage, et du fait de notre rapport au logos, que nous subissons, nous, l'espèce animale la plus belle, la plus triomphante parmi toutes celles créées par la nature, ou par qui vous voudrez, eh bien, nous, nous sommes les tordus, les tordus du logos. Vous pensez que c'est une image, que c'est une métaphore. Mais quand vous en serez, certains d'entre vous sont peut-être déjà à l'étude de la bande de Moebius, vous verrez que de dire que nous sommes des tordus du logos ça a du sens et que ce n'est pas seulement une image.
Un dernier mot, encore, pour ce soir. La vie de couple est exemplaire du fait que elle est organisée sur un sacrifice. C'est bien ce que les enfants éprouvent : ils critiquent que les parents leur donnent l'exemple de gens qui sacrifient leur jouissance personnelle pour justement sacrifier au devoir familial. Donc, la présence du sacrifice, bien qu'elle ne soit pas identifiée comme telle, elle est au centre de la vie du couple. Et si il y en a un des deux qui en a assez, on sait ce que ça provoque. Il dit : « j'en ai assez, moi, de passer ma vie à me sacrifier, comme ça ». Et hop, il fiche le camp, parfois pour aller recommencer ailleurs, et, c'est comme ça. Et puis, surtout, ce qui est pour nous plus illustratif, c'est que la vie de couple s'exerce toujours sous le regard de ce tiers qu'il s'agit de satisfaire, ce tiers qui peut, à l'occasion, s'il s'agit d'un couple purement laïque, être représenté par les ancêtres dans la lignée. Cette lignée que chacun d'entre nous a la tâche de devoir poursuivre. Autrement dit, maintenir la vie, à la poursuivre. Et donc, que, finalement, pour ce couple, est-ce que ce qui
compter, c'est la jouissance sexuelle qu'il est susceptible d'éprouver dans son intérieur, ou bien est-ce que c'est le fait d'être bien identifié comme homme et comme femme dans ce couple. Un homme, et, immanquablement, bien sûr, une femme, dans le couple. Comme si, dès lors, nous en revenons à mon début, la jouissance narcissique qui consistera pour chacun à se faire reconnaître comme Un, Un dans le groupe, Un comme membre du groupe, comme si cette jouissance-là, une identification, donc, sexuée, constituait le dernier mot de la jouissance espérée, attendue, et qui se trouverait, celle-là, accomplie, et non pas manquée, comme d'habitude, dans la vie du couple. Dans la vie du couple, alors là, narcissiquement, je sais que je fais mon devoir d'homme, mon devoir. Et puis, la femme sait qu'elle fait son devoir de femme. Alors, il y a eu cette affaire nouvelle et qui agite les esprits, à juste titre, et qui est l'affaire du Judith Butler et de la théorie du genre, c'est-à-dire la démonstration que cette identification, c'est des conneries, et que, finalement, chacun est légitimé à vivre comme il l'entend sans se soucier d'une identification pérenne, c'est-à-dire, en étant parfaitement susceptible, selon les occasions, les rencontres, les situations, voire les goûts, les envies, les personnes, le climat, la latitude, la chaleur., de prendre son plaisir en assumant le sexe qu'il voudra et avec le sexe qu'il voudra. Autrement dit, assez ! Nous avons bien le droit de vivre à notre fantaisie !
Cette affaire qui est importante, et qui ne peut pas être traitée comme ça, rapidement, que ce soit dans le refus, ou que ce soit dans la célébration, mérite un petit peu d'attention. Ce qui est amusant, alors que tout le monde sait que Judith Butler est une élève de Foucault, que tout ça vient de Foucault, qui a passé toute son ouvre, et surtout le succès de toute son ouvre tient à la démolition de cette instance tierce de référence : le père, le dieu, le policier, le juge, l'enseignant, le médecin, le gardien de prison. Bon, très bien. Mais c'est intéressant pour une raison bizarre : c'est que, sans doute, Judith Butler, je ne suis pas sûr qu'elle ait l'idée, que tout ceci est lié à un progrès technologique. Un progrès technologique qui s'appelle internet et la pratique du tchat sur internet, parce que c'est la première fois que s'instaure ainsi la possibilité d'un dialogue avec un semblable, dont j'ignore tout et avec qui
pouvoir, éventuellement, s'effectuer la recherche d'un accord possible, car on cherchera toujours la possibilité d'un accord, justement indépendamment, sans se soucier de l'identité sexuelle, ni de l'un ni de l'autre, voire savoir si c'est la même identité ou une identité différente. Elle n'intervient plus comme déterminante de l'initium de l'engagement verbal, c'est-à-dire, on engage cet échange sans partir de ce qui est une identité affirmée, dans la quête d'une possibilité de rencontre dégagée de toutes les contraintes ordinaires dont celle de l'identité sexuelle, et de la nécessité jusque-là de respecter la différence des sexes. Alors, il est bien normal que les progrès de la technologie, et dans la mesure, où, justement leur particularité est de construire des champs qui n'ont pas de limites, il est bien normal qu'il n'y ait rien qui soit interdit, hein, dans les échanges sur internet. Vous trouvez, tout ce qui est interdit pas la loi y a sa place, et évidemment, son succès, puisque c'est interdit par la loi. Alors, évidemment, il arrive que les pédophiles soient poursuivis, etc., mais, c'est peu de chose par rapport aux virtualités que cela ouvre dans les échanges, et je dirais, par retour, par effet rétroactif, sur l'identité de celui qui est l'émetteur, et de celui qui est le récepteur. Comme s'il y a
it une espèce de quête, comme si internet permettait la quête d'une rencontre qui serait enfin accomplie, parfaite, où ça viendrait parfaitement s'emboiter, et indépendamment de tous les facteurs habituels d'identification, d'identité qui viennent contrarier ce type de parfait emboîtement. La réalisation du fait de pouvoir être un Un accompli avec l'autre, d'être ensemble Un. De retrouver cet aspect fusionnel que j'évoquais tout à l'heure.
Bon, je crois que nous sommes arrivés à une aire de repos qu'on a bien méritée, que vous avez bien méritée. Je ne sais pas du tout, mais vous aurez sans doute l'occasion de le faire savoir comment vous recevez ces trivialités. Mais, si on s'intéresse à ce champ de la psychopathologie, c'est-à-dire de ce qui ne
pas pour nous, et des formes cliniques de ce qui ne
pas pour nous. Il faut bien reconnaître que la première des grandes formes cliniques de ce qui ne
pas pour nous, c'est notre normalité. La première des pathologies, puisqu'elle nous plonge dans le masochisme partagé, c'est ce que nous appelons « notre normalité ». Nous verrons donc la fois sui
nte, nous verrons à la fois le privilège qui échoit aux femmes dans ce dispositif, et deuxièmement de quelle manière s'organise la pathologie classique, elle, c'est-à-dire la pathologie de la pathologie. C'est ça la pathologie classique, oui ! Et donc, à votre grande surprise, vous découvrirez enfin que cette pathologie de la pathologie, elle est orientée par les réactions de défense contre un point unique. Et c'est à partir des diverses modalités de défense à l'endroit de ce point unique que vous pouvez commencer à décrire et identifier les diverses pathologies que vous rencontrerez parce que, comme vous vous en doutez, elles sont infiniment plus diverses et plus nombreuses que celles qui se trouvent recensées dans les ouvrages. Et, si on veut être attentifs à nos patients, il ne s'agit de venir leur coller un diagnostic, mais il s'agit de venir identifier leur singularité, leur particularité, leur spécificité dans le traitement de cette pathologie première que j'évoquais tout à l'heure.
Est-ce qu'il vous reste quelque part une
gue possibilité de poser une question ?

Etudiant : Bonsoir, vous avez effectivement, sur la fin de votre exposé, parlé d'identité sexuelle, on a vu, il y a quelques semaines un article paraître dans le Monde qui expliquait qu'un citoyen ou une citoyenne, enfin quelqu'un s'est vu accorder le sexe neutre. Voilà, est-ce que c'est pour vous, enfin, est-ce que c'est aussi une conséquence de l'évolution technologique ? Est-ce que ça, je dirais, ça traduit effectivement la volonté d'é
cuer le tiers ? Et puis, quelles sont les conséquences de ce, je dirais, de ce nouveau sexe, si on peut dire ? Si ça en est un ?

Ouais, ouais, ouais, ça en est un. J'apprécie beaucoup votre question. Ça en est un, bien sûr. Ça en est un parce que, justement, il doit être beaucoup plus facile de pouvoir réaliser une opération de cohésion avec un semblable, avec un autre, à la condition de mettre le sexe, d'écarter le problème de l'identité sexuelle. Il est même très vraisemblable que c'est la condition très générale, mise à l'écart du rapport au sexe, la condition très générale pour qu'une relation à deux puisse être réussie. Il y a, il ne faut pas se leurrer, il y a beaucoup de couples homosexuels qui vivent comme ça. Je veux dire, la sexualité ne joue pas de rôle dans leur échange et, ça peut assurer des couples très solides, très accomplis. Donc, le sexe neutre, ça existe, effectivement, et là, encore, ça
tout à fait dans le sens de ce que je disais à propos des échanges sur internet, c'est-à-dire on peut facilement avec un interlocuteur se mettre d'accord sur le fait que on
s'aimer d'autant mieux et d'autant plus fort que ce sera un amour pur. Il faut avouer aussi que c'est pas rare, donc, finalement, le sexe neutre, il est déjà largement présent parmi nous sans avoir été nommé comme tel. En re
nche, ce que j'ai vu, et peut-être vous aussi, c'est un article signalant que, c'est Denise Sainte Fare Garnot qui me l'a apporté, un article racontant qu'au Brésil, un mariage à trois a
it été reconnu par un notaire. Alors, vous dites un mariage à trois, hein, c'est drôlement coquin de mettre l'amant, comme ça, je veux dire, inclure l'amant ou la maîtresse, l'officialiser dans le couple. Non, non, ce que le titre ne dit pas, c'est que c'est un amour à trois lesbien, et pour comble, je dirais, de bonheur, l'une de ces femmes
évidemment être enceinte, et pour que cette union soit officialisée aux yeux de tous, l'enfant portera les trois noms, portera le nom, il aura un triplet. Comme déjà les noms de famille brésiliens sont assez compliqués et assez longs, ça
être. C'est intéressant. C'est intéressant, mais vous voyez quant au problème d'identification pour ce gosse, pour le gosse qui
naître, il aura intérêt de venir ici pour m'écouter.
Bon, eh bien, bonne soirée.
Vous voulez poser une question ?

Etudiant : Oui, vous parlez d'une phase de latence jusqu'à l'adolescence, moi, j'aurais voulu savoir, en tout cas par rapport à ce que je connais mieux dans la religion juive, quand on situe ce qu'on appelle la bar-mits
en hébreu, communion, cette phase d'initiation, où c'est le père qui porte les Tables de la Loi pour aller à l'autel, et au retour, c'est l'enfant, et il y a les premières cigarettes, peu importe, même si c'est pour faire semblant, donc cette majorité dite religieuse, qui est à peu près à 13 ans, entre 12 et 14, est-ce que c'est quelque chose, comment vous pouvez en situer peut-être un impact vers un premier chemin, une première initiation aux premières pulsions, qui sont là ou pas, comment.Voilà.

Oui, vous posez une question intéressante parce que, à l'époque, je veux dire, où cette cérémonie de la bar-mits
a été instaurée, elle signifiait la maturité sexuelle et le droit à vivre sexuellement. Je veux dire que les filles étaient nubiles, et du même coup, il était estimé que cette nubilité était le témoignage du fait qu'elles étaient prêtes à la vie sexuelle et que, du même coup, les garçons de
ient l'être. Il se trouve que l'évolution qui s'est produite a reporté cet âge où la sexualité se trouve célébrée aussi bien par la famille que par la (.), ce qui fait qu'il y a un décrochage entre cette opération symbolique qui signifie la maturité et le droit à l'exercice de la vie sexuelle. Et, comme nous le savons, ces jeunes sont aussi tourmentés et aussi chastes que possible, que possible, je dis bien, malgré, je dirais, la reconnaissance symbolique qui leur a été donnée. C'est vrai.
Allez, bonne soirée.
Charles Melman : Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne - 2
EPhEP, le 19/11/2015
Je commencerai l'abord des questions qui nous intéressent et qui, ce soir, viennent au premier plan de ce que je vous a
is annoncé la dernière fois...
Je commencerai en vous rappelant ceci, c'est que l'Histoire a retenu que dans l'Antiquité, se sont trouvées s'opposer deux cités émérites. L'une s'appelait Sparte, l'autre s'appelait Athènes. Et ce qui les distinguait était, comme le savent sûrement la majorité d'entre vous, sinon tous, c'est que Sparte était une cité militarisée. Elle était faite de militaires. Comme ça, on pou
it être certain que le pays ne pou
it être que défendu. Et ces militaires a
ient en outre l'a
ntage d'inclure les femmes de telle sorte que c'était, à cet égard, une cité égalitaire puisque les femmes aussi bien que les hommes se trou
ient engagées dans ce service. Et quant à ce qu'il en était des impedimenta, ce qu'il fallait tra
iller, fournir, eh bien il y a
it fort normalement et comme d'habitude une foule d'esclaves, les Hilotes, et qui s'occupaient donc de tra
iller la terre et de produire les objets nécessaires. - On remarque au passage le caractère éponyme du nom des habitants de cette cité, encore qu'on dise souvent les Lacédémoniens, enfin, c'était les Spartiates -.
Et donc la constitution de cette cité - puisque le problème, je dirais, des meilleurs arrangements politiques posait questions aux Anciens - s'opposait bien entendu à Athènes qui se distinguait par le fait donc d'être l'unique démocratie de la région. L'unique démocratie de la région, ce qui a
it deux aspects immédiatement remarquables : c'est que, d'une part, y fleurissaient les Ecoles de philosophie. Les Spartiates, Sparte n'a pas laissé la moindre trace dans le domaine de la pensée et puis, ce qui est plus intéressant sûrement, c'est que lorsqu'il s'est agi de défendre la cité et en particulier contre les Perses qui étaient déjà là, qui étaient déjà dans la région, eh bien, les citoyens athéniens, bien que très inférieurs en nombre, furent suffisamment
leureux, eux qui n'a
ient pas de préparation militaire particulière, pour faire reculer une massive armée perse qui, elle, était bien entendu composée de mercenaires. Qu'est-ce qu'ils défendaient les Athéniens - et voilà qui est remarquable - c'est que ce qu'ils défendaient c'était pas seulement leur terre, ce qu'ils défendaient c'était la démocratie. Donc les uns se battant pour le salut, on
dire pour simplifier, de leur patrie, militarisant de façon rigoureuse l'organisation de la cité, les autres, donc démocrates, et capables de se montrer les plus
illants soldats dès lors qu'il s'agissait de défendre leur régime politique, la démocratie.


Alors, ce que la religion est venue modifier dans la simplicité de ce dispositif est que la religion, la nôtre, la religion monothéiste - puisqu'il y a
it des religions, des rituels, etc. - je parle de la religion monothéiste, c'est qu'elle est venue substituer à la dimension horizontale qui régissait donc les rapports, une surprenante dimension verticale puisqu'elle suppose maintenant que l'identité - puisqu'on
parler ce soir de la question de l'identité - l'identité est réglée, certes par l'appartenance à une collectivité, à un groupe, mais en tant qu'elle est vectorisée dans le rapport à un Dieu unique. Contraste évidemment avec le polythéisme propre aux mythes grecs. Un Dieu unique et supposé, donc, être un Père bienveillant et qui a ce caractère évidemment remarquable c'est qu'il est le père de toutes les cités, quelle que soit leur organisation et quelle que soit leur langue. Il est unique pour tout ce qui s'appelle espèce humaine sur la terre. Quelle que soit la langue, quel que soit également le sexe, quelle que soit la fonction sociale puisque ce père est aussi bien celui des esclaves, c'est le même référent qui se trouve là accorder son identité au-delà donc des appartenances civiques particulières, en train de donner son identité à chacun. Et ce qu'il faut noter et qui quand même nous intéresse, c'est que cette religion monothéiste, eh bien, elle a trouvé son succès chez les esclaves. Ce sont eux qui furent les premiers à se convertir trou
nt évidemment, je dirais, dans cette inauguration la possibilité d'une reconnaissance et d'une dignité jusque là inconnues et, comme vous le savez, ceux qui se trou
ient en position de maîtres ne se sont convertis que beaucoup plus tard.

Il se trouve - nous ne le savons plus tellement mais c'est en train de se préciser aujourd'hui, avec l'évolution de nos moeurs, c'est que cette référence, donc, à un Dieu devenu non plus collectif mais personnel, nous rend donc une relation maintenant singulière de chacun avec Lui. Ce n'était plus en tant que participant à une cité ou à une langue que l'on était tributaire de ce Dieu, c'était à titre parfaitement personnel que l'on était tributaire de ce Dieu, que cette mise en place amenait une modification subjective majeure, et qui est l'émergence d'un dialogue intérieur du sujet avec Lui. On n'a aucune trace d'un tel dialogue dans les textes qui nous viennent de l'Antiquité préchrétienne. On aimait parler avec ses copains mais on ne trouve nulle part de trace de ce qui aurait été le dialogue intime du sujet avec son dieu et la relation singulière qu'il se trouve, donc, nouer avec lui.

Autre fait majeur, c'est que la loi morale ne relève plus du choix personnel, éventuellement marqué par l'appartenance à une école philosophique - l'appartenance à une école impliquait nécessairement, je dirais, la pratique de la loi morale estimée juste et bonne par la réflexion propre à cette école - supposez que venant d'ici on vous indiquerait, n'est-ce pas, quelle serait la loi morale qu'il vous conviendrait de suivre, de respecter, évident que dès lors nous passerions à l'état aujourd'hui de secte -. En tout cas, disparition donc de la question du choix d'une loi morale puisque maintenant elle est imposée.

Et ce dialogue intérieur avec ce Dieu devenu personnel, il s'inscrit dans le registre grammatical du «tu», de l'adresse directe, c'est-à-dire - il n'est pas poli, Dieu, il ne vous dit pas «vous», il ne vous vouvoie pas - je veux dire par là qu'il ne laisse pas place à ce qui serait une pluralité de votre subjectivité. Le «tu» est beaucoup plus injonctif et suppose justement l'unicité de votre réponse face à ce Dieu unique et le fait que vous êtes de
nt lui, je dirais, parfaitement si j'ose dire, dénudé. En tout cas, l'impossibilité pour des raisons topologiques de le joindre comme Idéal puisqu'il occupe une place Autre, il est retranché du monde contrairement aux dieux antiques qui ne se pri
ient pas de venir folâtrer parmi les humains n'est-ce pas, voire à se fourrer dans le lit des dames, eh bien celui-là, non seulement il n'est pas dans le champ des représentations mais il se spécifie d'être en dehors, serait-ce sur le sommet d'une haute montagne sur laquelle s'accumulent les éclairs, les orages et le tonnerre, en tout cas, hors de la vue.
Et donc, vis-à-vis de lui, inauguration d'un sentiment de culpabilité permanent du fait de ne pouvoir accomplir cet Idéal qu'il représente lui-même, et du même coup, un état dépressif qui contraste assurément avec cette sorte de gaîté sans afféterie qui semble caractériser le monde antique. Ils sa
ient certes diagnostiquer la mélancolie, mais c'était une maladie. Il semble que par ailleurs, il y a
it une espèce de sthénicité, de tonicité et qu'on ne pourrait en aucun cas assimiler à une dépression et encore moins à un sentiment de culpabilité.

Enfin, cet élément qui est essentiel dans sa relation à ce Dieu, paternel, bon, bienveillant, c'est le fait de s'en remettre à lui pour l'exercice de la sexualité puisque dès lors elle concerne beaucoup moins la satisfaction que le sujet pourrait en éprouver que la nécessité d'accomplir ses commandements, c'est-à-dire la reproduction, puisque ce Dieu pastoral ne peut que se réjouir de l'accroissement de son troupeau. Donc avec le sexe, il n'est plus question de s'amuser ou de folâtrer, commettre quelques excès ou enfin d'avoir cette sorte de vie très particulière de partousards qu'a
ient les Anciens. Il s'agit là maintenant de se trouver le délégué, le fonctionnaire de ce Dieu quant à l'exercice de la sexualité. C'est pour lui qu'elle fonctionne, et donc dans les règles qu'il a prescrites. Donc, dépossession de l'organe, amputation qui se traduit par toutes les manifestations que vous voudrez et qui vont, bien entendu, de la circoncision jusqu'à, dans certains cas, l'excision, ou même plus simplement le voile des femmes ou encore, dans la religion juive, le fait que les femmes doivent se priver de leur chevelure et ne porter qu'une perruque, puisque la chevelure est un signe éminent chez la femme de sa féminité, donc il s'agit de témoigner qu'elle en a cédé les insignes à Dieu pour ne plus être que la future mère des enfants qui pourront venir.

Remarquons que là encore dans cette loi nouvelle qui ainsi émerge, si la répartition des tâches est différente entre un homme et une femme, eh bien ils sont néanmoins parfaitement égaux quant au service à rendre à Dieu, c'est-à-dire dans le devoir sexuel. De ce côté-là je dirais que la différence anatomique des sexes n'intervient en aucun cas puisque c'est une tâche identique, qui appartient aux uns comme aux autres.

Ce qui est essentiel et
nous permettre de déboucher sur des horizons que vous n'attendez pas je suppose, c'est que cette religion introduit la dimension majeure du rapport à la voix, v-o-i-x, puisque c'est une religion révélée. C'est une voix qui s'est faite entendre, qui s'est donnée à entendre et qui, à la fois, a témoigné de l'existence de ce Dieu, mais en même temps, du même coup, a fourni les impératifs, le code moral qu'il y a
it désormais à respecter et qui n'est pas quelconque et évidemment tellement original, complètement en rupture avec les civilisations ambiantes.

Religion révélée, dimension de la voix, en tant qu'elle est l'instrument de la maîtrise. Chez les Grecs, l'usage de la voix venait s'inscrire dans ce qu'il en était d'un exercice très important chez eux, qui s'appelait la rhétorique mais qui était fondée moins sur l'exercice, je dirais, sonore, que sur l'usage de l'argumentation. Ce qui faisait l'efficace de la rhétorique c'est pas le fait qu'elle était vocalisée, plaidée, mais c'était évidemment la qualité de l'argumentation et d'une argumentation susceptible de séduire un jury même lorsque le cas, comme nous savons, ne le méritait pas. Et c'est un exercice qui a été tellement essentiel que lorsque l'Empire Romain s'est trouvé décati et en crise - on peut évoquer les 6ième, 7ième, 8ième siècles - ce qui a tenu la société au moment où le pouvoir en quelque sorte se dissol
it, pouvoir politique, ç'a été la rhétorique. Si vous vous penchez un instant, je dirais, sur les textes, sur les études de cette fonction, vous serez assurément fascinés.
En tout cas, dans le cadre de la religion, il ne s'agit pas d'argumentation, il s'agit. .d'injonction. Il n'y a pas à demander pourquoi ni à développer les bonnes raisons, c'est comme ça. Et donc, ce qui s'articule depuis ce lieu a à être pris en compte sans discussion et aveuglément. Ce qui fait que, pourquoi ne pas le dire, dans la mesure où, si vous prenez en compte la formule lacanienne selon laquelle le sujet reçoit son message de l'Autre, et il ne le reçoit de l'Autre qu'à partir du moment où cet Autre justement est habité par cette instance supérieure, injonctive, eh bien, la parole du sujet
se trouver très spontanément mise au service de cette instance de l'Autre puisqu'elle en reçoit les injonctions. Et c'est comme ça que nous nous reconnaissons comme appartenant à la même famille, aux mêmes familles puisque nous sommes amenés les uns et les autres à ne parler, je dirais, qu'à partir de ce message injonctif reçu de l'Autre et qui fait que c'est comme ça.

Vous en avez un témoignage, si jamais vous aviez là-dessus quelque doute, vous en auriez un témoignage dans le fait que dans l'évolution récente que nous connaissons, évolution culturelle, évolution des moeurs que nous connaissons, de
nt la massive liquidation de la fonction paternelle, eh bien vous avez l'opportunité - je ne dirais pas la chance, certains diront la chance - de pouvoir vérifier que justement aujourd'hui beaucoup de jeunes, y compris bien entendu parmi nous, n'est-ce pas ? vous êtes bien d'accord ? se trouvent affranchis de toute - j'espère que vous allez apprécier le terme - de toute vocation. C'est-à-dire que il n' y a plus de message qui leur vient de l'Autre et s'il n'y a plus de message injonctif qui leur vient de l'Autre, eh bien, du même coup, eux-mêmes ne savent plus très bien ce qu'il y a à faire, ce qu'on attend d'eux, quelles sont leurs fins dernières.
Et même, ça c'est encore plus embêtant, il ne savent plus ce qu'ils veulent, ce qu'ils désirent, alors ce qui fait jouir se décide, je dirais, collectivement, autrement dit c'est parce qu'on appartient à tel ou tel groupe, c'est-à-dire finalement, à tel ou tel club - la jouissance aujourd'hui est une affaire de club ! C'est donc un appui pris, je dirais, sur le semblable et le regroupement en communautés, communautés de jouissances. On se reconnaît et on participe à un ensemble commun dans la mesure où la jouissance comporte le même objet, le même style, la même manière.
Eh bien, vous pourrez donc vérifier les effets de cette mutation et qui fait donc que bien entendu, aussi bien des parents que des éducateurs peuvent se trouver désarmés ou désappointés ou ne sachant plus très bien de quoi il est question de
nt ces formes parfaitement neuves que peut prendre, je dirais, la parole chez ces jeunes, et dans la mesure où justement la voix ne sera plus du tout instrument de maîtrise - le chant, oui, ou la musique ou le rythme, la scansion, le battement, oui, mais pas la voix. L'image. Donc une espèce de fait nouveau qui est cette sorte de désinvestissement, je dirais, du caractère à la fois séducteur et potentiellement toujours prescriptif et autoritaire de la voix. Ça ne marche plus.
Donc, vous avez là le témoignage que jusque là, cette parole injonctive venue de l'Autre stipulait en même temps l'éclipse de tout sujet parce qu'il n'a
it, cette parole, qu'à l'endosser et à la retourner. On ne lui demandait pas son avis, son sentiment, son assentiment. Il a
it simplement à dire ce qu'il faut.
Alors en philosophie, Kant fait
loir ce fait avec l'impératif catégorique. C'est ça ! Exactement ça ! C'est-à-dire ça s'impose comme ça et ça ne se discute pas.
Ça s'impose comme une totalité sans réserve, sans espace pour qu'un sujet vienne prendre un retrait critique, qu'il puisse dire «qu'est-ce que ça dit, qu'est-ce que ça veut ce truc-là ?» C'est un impératif catégorique et ceux qui sont parmi vous peut-être un peu moins jeunes ont parfaitement connu avec les générations qui les ont précédés comment ceci fonctionnait, je dirais, dans leur propre famille serait-ce à leur étonnement : mais pourquoi ils marchent comme ça ? Qu'est-ce qui pour eux fait comme ça impératif et ne se discute pas ?

Ce qui est quand même à noter et qui est très étrange c'est que si la parole du sujet s'exerce donc, je dirais, dans la reprise de cet impératif, des impératifs venus de ce Père dans l'Autre, le désir, lui, ça c'est curieux, il n'a pas de voix. Et pour lui donner la parole, le sujet
être obligé de fournir de lui-même, d'inventer, de faire de la poésie quand il peut. C'est étrange, le désir ne parle pas, mais - écoutez ça parce que c'est drôlement lacanien - le désir, il écrit. Et c'est ce qui fait que de façon tout-à-fait spontanée et sans savoir ce que vous ferez, là vous ferez des lettres d'amour.

Je ne fais là que vous indiquer une dimension complètement inexplorée mais que votre talent propre
sûrement vouloir tra
iller, c'est qu'il y a une manifestation très singulière de l'écrit, justement dans la psyché, à l'occasion de ce que les psychiatres ont appelé les hallucinations - je vous en ai sûrement déjà parlé parce que c'est assez formidable, ça n'attire pas l'attention - ce que les psychiatres ont appelé les hallucinations psychiques. C'est-à-dire des hallucinations qui sont faites de signifiants, de mots, de phrases et qui ne sont pas sonorisées. Alors comment pouvez-vous dire que ce sont des hallucinations «auditives» ? Dans les hallucinations psychiques, le patient, il vous explique très bien que non, non, il ne les entend pas, elles sont là mais il ne les entend pas, mais ça ne passe pas par l'oreille et cependant il peut très bien raconter ce qu'elles lui disent ces hallucinations : «Tire-toi de là, pauv' con, sale type, tu nous embêtes, qu'est-ce que tu fous là, pédé...» mais il ne les entend pas.
Alors, vous vous posez nécessairement la question que les autres ne se posent pas : s'il ne les entend pas, ça passe par quelle sensorialité ? Puisque ça ne passe pas par les sens identifiés comme tels, catalogués comme tels, et si ça ne passe pas par les sens catalogués comme tels, ça passe comment ? Par où ? Quel est le sens concerné, intéressé dans ce qu'on appelle les hallucinations psychiques ? - C'est pourquoi actuellement dans l'École, nous accordons une attention particulière au phénomène d'automatisme mental, puisque l'automatisme mental est l'une des manifestations majeures de ces hallucinations dites psychiques -.
Vous voyez, c'est étrange, parce que c'est comme si ce phénomène se déroulait dans vraisemblablement, on
dire, dans l'encéphale. Où est-ce qu'on
le mettre ? - Vous savez qu'aujourd'hui la mode veut qu'on ait découvert qu'il y a
it un cerveau intestinal ! On s'en serait douté, remarquez, mais enfin ! À supposer que ça se passe dans l'encéphale, c'est comme si on assistait au déroulement d'une bande passante, écrite et comme si on a
it une espèce de sensorialité directe sans intermédiaire d'un organe sensoriel. Un organe sensoriel suppose, pour fonctionner, une découpe, la perte de cet objet littéral vous dira Lacan, qui a à choir, pour que cet organe se trouve apte à la sensorialité. Pour l'oil par exemple, il faudra la chute de ce que Lacan a appelé le regard. C'est drôle, ça, chute du regard, pour accéder à la vision. On dira : « Oh quand même, qu'est-ce que c'est que ça !» Mais attendez ! Un des sentiments les plus communs du parlêtre, c'est qu'il y a justement un regard qui l'observe, qui le suit et, comme vous le savez, il y a des cultures où ça joue un rôle essentiel et donc absolument comme si justement se trou
it bien détaché du corps cet objet qui constitue le regard et qui vous regarde, et qui vous suit, qui vous observe, qui vous critique. Je ne
is pas développer toute cette affaire mais simplement, pour revenir sur le fait que je vous indique là, comment dirais-je, il se trouve des domaines peu ou mal explorés et qui sont des domaines essentiels.

En tout cas, ce fait, donc, fait remarquable, que le désir, lui, n'a pas de voix propre. Vous pouvez le faire entendre mais sans vous référer à la voix maîtresse. C'est votre petite voix, personnelle, singulière, qui se risque et vous avez en même temps le témoignage que ce qui
le supporter, ce désir, ça
être l'écrit, la lettre, l'écriture. Je me permets de revenir sur ce que vous allez entendre dans bien d'autres circonstances dans notre École, c'est-à-dire l'intérêt, la
leur je dirais pour le tra
il, de cette distinction entre la voix et l'écrit.

Venons-en au point qui nous intéresse ce soir et dont vous ne vous doutez pas je pense encore, pas du tout.
Je vous ai raconté tout ça pour attirer votre attention sur le fait qui a été étudié d'abord par un Français qui s'appelait Gustave Le Bon - il a commencé à produire en 1920 - dont les ouvrages a
ient un tirage de 500 000 exemplaires, ce qui fait que vous pouvez les trouver dans leurs éditions originales, ce n'est pas difficile, il y en a eu tellement, les ouvrages sur la psychologie collective, la psychologie des masses que, paraît-il, Mussolini a
it sur sa table de chevet. Gustave Le Bon, et dont Freud, je dirais,
se servir, qu'il
citer lorsqu'il
écrire Psychologie collective et analyse du moi, et d'ailleurs
s'engager une relation par correspondance entre Freud et Gustave Le Bon.
Qu'est-ce que nous, nous allons en reprendre ? Je ne
is pas vous développer ça. Ceux que ça intéresse iront chercher eux-mêmes.
Et nous, en quoi ça nous intéresse ? Ça nous intéresse en ceci, c'est que à chaque fois qu'une foule est en état de déshérence, c'est un joli mot en français, « déshérence » - la déshérence, ça veut dire que vous êtes privé d'héritage. Vous êtes privé d'héritage, c'est-à-dire que sur son testament, le Père ne vous a rien donné, ne vous a pas reconnu, il ne vous a pas reconnu comme faisant partie de ses enfants, de ceux qu'il aimait. Et donc vous vous trouvez, dans le fonctionnement social, pas reconnu, mis de côté, écarté de la citoyenneté puisque vous êtes en état de déshérence et que du même coup, vous n'avez plus aucun message qui vous vienne de l'Autre et du même coup vous n'avez plus de vocation non plus, et donc du même coup vous êtes paumés, à quel groupe donc appartenez-vous ?....
Et si vous retenez ce fait que j'ai déjà abordé - j'ai l'impression que c'est l'un de mes bateaux - mais enfin, moi, ça me surprend toujours qu'un philosophe ait dit ça, que « le désir premier de l'homme est le désir d'être reconnu », hein ! Vous allez répondre que le premier désir de l'homme c'est de faire miam miam et puis de pouvoir copuler joyeusement, hein, c'est pas ça, non ? Eh bien un philosophe vous répond : « Non, c'est pas ça, le premier désir de l'homme - et c'est bizarre que les politiques continuent de l'ignorer- le premier désir de l'homme c'est d'être reconnu.»
Ce qui témoigne combien spontanément, je dirais, à l'état natif et sans les constructions qui lui permettent de se tenir verticalement - puisque sinon il marcherait à quatre pattes - l'enfant sau
ge de Itard, il marchait à quatre pattes évidemment, il n'y a
it rien qui venait le verticaliser - eh bien, faute donc de ce référent, du fait d'être écarté de la citoyenneté, du fait d'être oublié, négligé, vous êtes dans l'attente de la voix, v-o-i-x.
Et elle viendra s'adresser personnellement et collectivement à vous pour vous permettre enfin de récupérer votre dignité et vous permettre de la faire reconnaître de façon tellement décisive c'est-à-dire totale, intégrale, la vraie, la bonne. J'ai dit intégrale c'est-à-dire en même temps donc intégriste, autrement dit totalitaire avec cette injonction qui vous vient de l'Autre et qui est une injonction totalisante si vous la respectez, qui n'admet pas que vous veniez la discuter, qui veut que vous obéissiez comme un cadavre parce que, à obéir de la sorte, vous êtes déjà un cadavre même si vous continuez encore de bouger, de respirer, vous êtes déjà un cadavre. Et qui fait donc que ce type de restauration
prendre une forme d'autant plus simple qu'elle
organiser le monde sur un mode binaire c'est-à-dire séparer d'un côté ceux qui en sont, de l'autre côté, il ne reste plus que les étrangers c'est-à-dire les infidèles, ceux qui ne méritent pas de vivre, c'est eux maintenant les déshérités, les pauvres.


Je vous fais remarquer là - j'espère que certains d'entre vous vont m'en vouloir un peu, j'espère que ce sera un peu seulement - vous faire remarquer que cette devise républicaine, je dirais, dont nous sommes fiers, elle est néanmoins amphibologique, je veux dire qu'elle se prête à des interprétations sémantiques qui ne sont pas forcément évidentes. On en
prendre une qui est tellement plaisante : « Fraternité ». Fraternité, c'est la loi du partage, hein! On est entre frères, on partage, autrement dit, il n'y a pas d'inégalité quant à la propriété, et comme vous l'avez tous remarqué, eh bien la pratique du partage, aujourd'hui, est devenue un élément du fonctionnement social des échanges, hein ! Il y a des trucs extraordinaires, le problème n'est plus la possession de l'instrument mais simplement le fait que l'usufruit pré
ut sur la propriété. Du moment qu'on en a l'usage, peu importe ensuite qui en est le propriétaire. Qu'est-ce que ça lui donne si ce n'est que c'est lui qui a payé pour le truc. Bon, mais enfin une fois que c'est fait, pourquoi ça ne servirait pas à tout le monde ? Ça
, comme vous savez, du barbecue jusqu'à la cocotte minute, l'aspirateur, la voiture évidemment, ..... la femme .... Ben oui ! Ecoutez ! Oui, bien sûr ! Les clubs d'échangistes ça existe et je dirais, c'est assez bien toléré. Ça ne pose pas de problème et je vous assure que ça peut rassembler des gens par ailleurs tout à fait tout à fait honorables.
Fraternité. Il est évident que le grand instrument des échanges fraternels c'est Internet. Or, il y a un truc génial, je sais pas qui a déjà dit ça, s'il n'y a personne alors on est les premiers à le dire, quand vous entamez un chat, qui parle ? Et qui vous répond ? L'identité de l'un et de l'autre est susceptible de se décider en cours de route mais pas forcément, je dirais, conforme à celle d'origine. Ce qui pourra paraître en cours de route l'adoption de l'identité la plus confortable c'est peut-être celle qui, dans cette rencontre, autoriserait éventuellement la jouissance partagée la meilleure ; peu importe ensuite la place que viendrait occuper tel ou tel dont on ne sait même pas d'ailleurs forcément a priori dans ce chat, on ne sait pas forcément toujours quel est son sexe. Comme je le raconte quelque part, la théorie du genre doit beaucoup à ce fait que finalement l'adoption du sexe que l'on prendra à l'occasion de cet échange - à l'occasion de cet échange, il n'y a aucune raison d'être définitif, pourquoi le serait-il dès lors qu'on est libéré, affranchi de cette référence à ce Bon Papa qui veut que l'on soit son fonctionnaire en matière de sexualité ? C'est lui qui veut qu'on soit condamné à être un homme ou une femme, voilà !
Mais à l'occasion de cet échange, il est offert à chacun, dans ce qui
se tisser au cours de cette affaire, et réciproquement et mutuellement de choisir son sexe, au fond comme des gosses qui vont jouer au papa et à la maman, mais sans que au départ ce soit attaché à l'identité sexuelle, à l'identité anatomique. Il y a quelque chose qui est bien là également de l'ordre du partage parce que ce qui n'a encore non plus jamais été bien précisé c'est que le droit de propriété est vraisemblablement inspiré, soutenu par le fait qu'on est de naissance un propriétaire ou pas. De naissance, ça veut dire anatomiquement, un propriétaire ou pas. On l'a ou on ne l'a pas. Et c'est formidable que cet instrument-là puisse lui-même devenir un instrument d'échange. Tu le veux ? Je te le passe. Tiens, allez, c'est toi qui, c'est toi qui l'assumes et puis moi je
is profiter de l'autre position pour voir ce que ça donne ..... Ce que je vous évoque, je crois, fait partie de ce qui ne se présente plus comme exceptionnel en tout cas. C'est théorisé et a
ncé au nom justement de la liberté, de la liberté des échanges.

Prenons un autre, un autre élément de cette devise et que nous aimons bien et à juste titre, ça s'appelle l'«Égalité ». L'égalité si on la prend au sérieux, ça veut dire la disparition de la dimension Autre. Tous égaux, c'est l'ambition de tous les régimes totalitaires et avec entre autre justement la disparition de la distinction des sexes. Comme à Sparte tout à l'heure. Au fond, fondamentalement, c'est cela.
La liberté c'est beaucoup plus redoutable parce que la liberté, et c'est là que je reviens à ce qui m'inspirait pour vous dire quelques mots ce soir, pourquoi ce ne serait pas la liberté de tuer ? Qu'est-ce qui doit faire limite ? Qu'est-ce qui doit empêcher le bras meurtrier d'agir ? Si je suis effectivement libre. Il y a des romanciers qui ont su filer ce thème, hein ? Ce n'est pas moi qui l'invente, celui-là.
Donc pour vous faire remarquer comment, comme si nous le savions pas, nous nous référons à des
leurs dont je dirais, les interprétations sémantiques se prêtent à des conséquences qui, je dirais, peuvent faire problème. Bref, je me permets de vous rappeler à cette occasion ce qu'était pour Lacan la définition de la liberté. Parce qu'on l'a
it un jour interrogé sur ce qu'était pour lui la définition de la liberté. Eh bien, Lacan...alors il y a deux réponses. Il y en a une : sans un mot - il était à la tribune - il s'est levé puis s'est tiré. Une réponse zen, hein ! Pourquoi est-ce que la liberté, pourquoi est-ce que je me soumettrais à la contrainte qui fait que je suis là à m'embêter avec vous. Vous voulez savoir ce que c'est que la liberté ? Et vous pouvez partir aussi, hein !
Mais il en a donné une définition qui, évidemment ne vient pas coïncider avec les revendications bien souvent politiquement légitimes qui viennent s'inscrire sous le nom de liberté puisque le régime totalitaire, c'est bien quand même ce à quoi nous aspirons, pouvoir être tous pris en charge, ne pas avoir à se fatiguer pour trouver son petit chemin, son petit sentier, avoir sa petite vie privée. Il ya une aspiration à être pris en charge ! Oui.

Alors une remarque encore qui n'est pas superflue. J'évoquais tout du long le Père de la religion. Mais comme vous le savez, comme nous avons un fort esprit laïc, nous pouvons le séculariser. Et le séculariser, c'est en faire par exemple le Père de la nation.
Le père de la religion lui, il est supposé être celui de l'ensemble de l'humanité. Ce qui fait qu'évidemment aussitôt les religieux se scindent, se divisent, se séparent, se combattent etc., mais on peut également le séculariser et vouloir le père de la nation.
Ça a les mêmes conséquences, quant aux effets c'est strictement pareil. Il a beau être sécularisé, du moment qu'il occupe la même place dans l'Autre, les effets en sont les mêmes. Autrement dit, le père de la nation a la propriété - comme le père des religions, puisque c'est un père . de la religion c'est devenu le père des religions - il trace aussitôt des frontières entre ceux qui lui appartiennent, y appartiennent et puis les autres.

Ce qui fait que il n'y a que la psychanalyse - c'est quand même embêtant pour elle, parce que ça la fragilise singulièrement - pour dire que dans l'Autre, le Un qui
faire commandement est un artefact. Autrement dit que ce qu'il y a dans l'Autre, c'est le père du Un qui est le zéro.
Un jour, je ne sais pas, il faudra faire ça pour s'amuser, se donner un peu de temps, je vous l'ai déjà indiqué comme lecture, il faudra lire l'article de Frege sur l'origine du Un, c'est-à-dire la façon de compter zéro. Il y a un zéro. Il y en a « un » zéro. A partir du moment où vous dites il y a un zéro, effectivement il n'y en a qu'un. Il y a « un » zéro. A partir de ce moment là, vous avez posé le Un en tant que l'ancêtre. Le papa du Un c'est le zéro. Ca a beaucoup de conséquences évidemment parce que le Un se trouvera toujours incarné. Le zéro, lui, il a pas d'incarnation, il a pas d'ondes propres, pas d'ondes positives spéciales. Et même, je dirais, c'est ce qui pose justement certaines difficultés avec l'évolution des moeurs et à des jeunes d'aujourd'hui d'avoir à faire à ce qui dans l'Autre est un pur zéro.
Moi, j'en vois tous les ans. Est-ce que je leur souhaite à la place un Un ? Un hhhUn ? Vous savez un hhhhhun ? Où il y a plus de moquette quand il est passé, le Hun. Est-ce qu'il faut leur souhaiter un Un ? Autrement dit, ce qui
être la source de ces passions.meurtrières ? Ou est-ce qu'il faut savoir comment il
se débrouiller avec ce zéro qui fait que d'abord, il est là de
nt vous, il ne sait pas comment se tenir - parce que si vous avez un Un correct, vous tenez, vous avez une colonne vertébrale - et puis ensuite quand il vous parle vous sentez très bien qu'il n'y a pas de césure, je dirais, qui tienne dans ce qu'il vous dit. Alors on dit grossièrement, « c'est de la bouillie ». En tout cas, il y a un problème dans ce qui est la scansion de sa parole et puis évidemment il est embêté parce que, qu'est-ce qu'il fait, qu'est-ce qu'il veut ? Est-ce que nous avons le droit de poser le problème de la sorte ?

Comme vous le voyez, il n'est pas inutile que aussi bien en tant que psy que comme citoyen, voire que comme cible, on ait quelque idée de tout ça. De tout ça qui n'existe, il faut bien le dire et je crois que vous le trouverez sur le petit billet que j'ai fait pour le site de notre École, il n'existe que parce que - ça se trouve comme ça, moi je n'y peux rien - parce que l'opinion publique, l'opinion commune n'a pas pris en compte ce que la psychanalyse c'est-à-dire la pratique quotidienne de ce qui peut mettre en ouvre un parlêtre, n'a pas pris en compte ce qui est apporté là-dessus, ne veut rien savoir, autrement dit souhaite préserver les nombreuses jouissances permises, assurées par cette référence au Un.
Y compris quand il est déserté, dans cette alternative où il devient le zéro, alors que c'est cette alternative qui aurait à être dépassée c'est-à-dire ne plus se poser comme telle : ou bien on devient un fou de Dieu ou bien on devient un paumé, et donc très vulnérable - quand on est paumé pour devenir un fou de Dieu soi-même évidemment - quelles que soient par ailleurs les origines ; mais donc, il y a sûrement longtemps que ce type d'alternative aurait eu à être dépassé, qu'on sorte de là pour passer à des agencements affranchis de ce type de dilemme et qui oscille sur le mode binaire entre le tout ou rien.

C. Melman : Est-ce que vous avez une question, une seule ? Madame...
- Question : Soit j'ai manqué d'attention mais je n'ai pas entendu la deuxième définition de la liberté de Lacan.
- C.Melman : Ah oui, j'ai dû l'oublier, vous voyez, c'est un lapsus, c'est une manifestation de ce que vous voudrez. La deuxième définition donnée par Lacan c'est que la seule liberté de l'homme c'est de «désirer en
in». Il faut dire que ne serait-ce que ça comme mot d'ordre, ça ...pfffff oblige à ..., ça calme, hein ?
Qu'est-ce que c'est les disputes ? Aussi bien dans le couple, que dans les familles ... entre générations, entre copains, entre amis, ce sont toujours des disputes quant à la répartition de la jouissance. Toujours. Il ne s'agit que de ça. C'est systématique. ?C'est que l'idée que l'autre en a plus et que vous êtes lésé, vous n'avez pas votre part. Toujours ça, hein !
Eh bien, si cette formule de Lacan était par exemple enseignée à l'école primaire, déjà, ça pourrait pacifier un petit peu la sottise de nos querelles ordinaires et qui occupent toute l'existence y compris mentalement, on rumine, ça se rumine. « Ce qu'il m'a fait, ce qu'elle m'a fait, m'a pas donné, ce qu'il m'a pris, emprunté, pas rendu » etc. etc.

- Question : Y a une question ... La tempérance est-elle la solution à votre dernière énigme ?
- C. Melman : La tempérance...
- Question : Vous semblez dire, vous le dites plutôt, que quand il y a une foule et quand il y a un guide, chaque élément de la foule est en train de rendre au guide sa castration, pourquoi et comment ça se fait ? Comment peut-on rendre sa castration à quelqu'un ?
- C. Melman : Pardon ?
- Suite de la question : C'est-à-dire qu'en fait le guide récupère quelque part la castration de chaque individu c'est-à-dire là, le fait que chaque individu est castré, est soumis à des règles sociales.
- C. Melman : C'est pas sa castration qu'il lui rend, c'est sa vie. La vie que ce guide est supposé lui avoir donnée, il la lui rend, il la met à sa disposition : «Tu en feras ce que tu voudras, elle n'est plus à moi, je te la rends, elle est à toi, c'est toi qui en décides ». Ben oui ! C'est comme ça qu'on se fait sauter. La castration c'est un sacrifice partiel et qui au fond est au service de la perpétuation de la vie. Alors que, qu'est-ce qu'il peut y avoir - c'est comme dans les grands amours - qu'est-ce qu'il peut y avoir comme plus belle preuve d'amour que de donner sa vie à l'objet aimé, si l'on ne vit que cet amour ? C'est une restitution ! Nous sommes comme ça.
Je récuse toujours les procédés qui veulent attribuer à des gens bizarres, étrangers, ce qui sont les traits de l'humanité et qu'il y a à voir comme tels. On ne peut pas continuer comme ça, persévérer à vouloir les reléguer, je dirais, dans des zones qui seraient des zones de démence ou de folie, non ! La démence et la folie aussi appartiennent à l'humanité. Ce sont des traits qui appartiennent à l'humanité. Faire le sacrifice de sa vie ça a toujours été, ça a toujours pu fonctionner comme un Idéal, par amour pour le chef ! - Quand même les armées depuis Napoléon, - il a fallu la République et Napoléon - quand on était mercenaire, c'était pas comme ça. Mais à partir du moment où s'est formée la nation, mourir pour la patrie je ne vois pas à qui est-ce que ça peut paraître choquant ? Non ! Ca paraît normal ! Ça ne l'est pas ? Bien sûr, ça l'est ! Tuer le maximum d'ennemis ça a toujours été la vocation de tout patriote. Quoi ? Je suis désolé mais c'est comme ça que nous sommes. Et ça n'est qu'à partir d'une prise en compte de la façon que nous sommes que quelque chose peut se dégager, non pas de vouloir à chaque fois l'écarter comme étant un phénomène parasite, arbitraire etc.

- Question : Ne doit-on pas malgré tout passer par du Un pour, au-delà, accéder au zéro, à l'ensemble vide qui nous ouvre à l'acceptation de la jouissance Autre ?
- C. Melman : Vous voulez bien redire, là ?
- Question : Ne doit-on pas, malgré tout, passer par du Un pour, au delà, accéder au zéro, à l'ensemble vide qui nous ouvre à l'acceptation de la jouissance Autre avec un grand A ?
- C. Melman : Sûrement. C'est une très jolie question et sûrement. Mais il y a quelque chose qui s'appelle la dialectique et qui est fondé sur ce genre de procédé, de procédure. C'est-à-dire conserver le Un dans le zéro, par le zéro.
Qu'est-ce que je voulais dire ? Ah oui, la tempérance ! Comment vous dire, la tempérance. La tempérance c'est la loi du sage; personne n'est sage, le désir n'est jamais sage, un désir tempérant ..... oh là là ! Quelle barbe !
- Rires dans la salle -
- C. Melman. Donc il y a une intempérance qui est propre au désir, qui
jusqu'où ça peut, tant que ça se supporte, jusqu'à la douleur. Faut pas non plus faire de l'intempérance une loi ! C'est drôle, on voudrait à chaque fois, n'est-ce pas, chercher un justificatif en transformant ce genre de mouvement en des lois. Autrement dit je ne fais qu'accomplir une loi en étant intempérant ! Non ! Non ! Ce n'est pas l'accomplissement d'une loi, c'est l'accomplissement de ce qui est une physiologie, mécanique propre au désir.
Charles Melman : Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne - 3
EPhEP, le 10/12/2015
Alors, ce soir je
is vous faire des récits de voyages, pittoresques, bien sûr. Autrement dit, des récits de la façon dont les problèmes se posent aujourd'hui, dans ce que l'on appelle « les colloques ». Je pense que vous avez tous été admiratifs de ce mot de la langue française « colloque ». Alors, l'étymologie est facile puisque loqui, tout le monde sait que ça veut dire parler. Et donc les colloques sont des endroits où l'on est chargé de parler ensemble. Je sais qu'aujourd'hui, « coloc », c'est plutôt colocataire, mais ce dont je parle, ce sont les colloques à l'ancienne. « Parler ensemble », c'est un terme amusant parce que je pense que, comme moi, vous avez rarement vu la possibilité de parler ensemble. Dans le meilleur des cas, on peut faire conférence, on peut faire injonction, mais parler ensemble, ce qui ne veut pas dire ne faire qu'une seule voix, mais que chacun ait la sienne, néanmoins, malgré que sa singularité concourt à l'ensemble, ça, je crois que, cette participation vous a été jusqu'ici épargnée. Mais, comme le fait souvent remarquer Lacan, une langue a son intelligence propre, subtile, et donc, il ne faudrait pas croire que « co-loques », pardonnez-moi mais enfin on est forcément amené à y penser, que ce serait forcément un rassemblement de loques. Alors, vous faites comme moi, c'est-à-dire vous allez chercher l'étymologie de loque, une loque. Et là, vous avez la surprise, à moins que l'un de vous ne le sache, ce serait magnifique, la surprise de constater que loque, ça viendrait, mais vous savez, les étymologistes sont souvent poétiques, ça viendrait du néerlandais, et ça signifierait : la mèche de cheveux, la boucle. Autrement dit ce qui échappe à l'ordonnance de la coiffure, et qui, donc, fait loque. Et à partir de ce moment-là, vous commencez évidemment à vous réjouir parce que cette boucle, cette loque est évidemment toute proche de ce mot anglais qui, en français a donné loquet, c'est-à-dire ce qui ferme : to lock. Et donc, vous voyez sous quel signe un colloque vient, comme ça, à l'insu des colocataires, vient ainsi s'inscrire, c'est-à-dire aussi bien sous le signe de ce qui conviendrait de la boucler, ou de la fermer, et puis, chacun est animé du souci de ne pas paraître trop loque.

Ces deux réunions n'ont été au fond que la réalisation pratique de ce que je comptais vous dire aujourd'hui. Je
is donc vous le dire sous cette forme itinérante. Le premier de ces colloques s'est tenu à l'université de la Martinique, Scholcher, sous le titre : « Qu'est-ce que la pensée postcoloniale ? » N'imaginez pas qu'un titre comme celui-là
de soi, puisque l'excellente et jeune présidente de cette université se montrait très réticente à l'égard d'un tel titre préférant celui de « La pensée de la décolonisation », ce qui n'est pas du tout la même chose. Ce n'est pas du tout la même chose parce que la pensée postcoloniale a l'a
ntage sur la seconde proposition de préciser immédiatement le lieu d'où l'on parle. Si je dis « la pensée postcoloniale », eh bien on sait tout de suite à partir de quel lieu cette pensée s'exerce. Alors que la pensée de la décolonisation peut s'articuler depuis toute une constellation de places, de lieux, de considérations. « Postcolonial » vous amène à spéculer sur ce qu'il en est d'une culture, d'une civilisation, d'un groupement social, dès lors qu'il a pour origine un traumatisme, non pas un fondateur, comme il est habituel que nos mythes viennent l'invoquer, l'évoquer, le mettre en place, mais ce que une société humaine peut avoir au titre de fondation un traumatisme, avec le fait que le traumatisme, comme tel, est peu pensé ou mal pensé. Il est peu exploité par la pensée parce que, justement, sa propriété, c'est d'arrêter toute pensée, puisque la cause est évidente. Et à partir du moment où une cause est évidente, la pensée se trouve immédiatement arrêtée et a en plus la propriété de devenir stupide. Stupide, puisque, elle sait. Un fondateur, c'est toujours, comme je le disais tout à l'heure, plus ou moins mythique, lié à l'amour que l'on aura bien voulu lui porter, au meurtre dont il aura été l'objet, etc. Un traumatisme, c'est brutal, c'est net, c'est précis, ça ne fait pas question. Ça vous introduit dans le monde du « c'est comme ça », et à partir du moment où vous voyagez dans le « c'est comme ça », vous n'allez pas très loin. Ce qui mériterait de nous mettre la puce à l'oreille.
Freud a commencé par le traumatisme. Comme vous le savez sans doute, pour la plupart d'entre vous, il a commencé à pratiquer avec des hystériques et systématiquement leurs troubles, leurs manifestations se trou
ient ramenés à un traumatisme originel qui était en générale le méfait sexuel, éventuellement le viol dont elles a
ient été l'objet de la part d'un proche parent, et Freud écrira « l'oncle », parce que il n'osait pas trop dire que dans les cas auxquels il a
it eu affaire il s'agissait du père. Et donc, ses patientes lui présentaient leurs troubles comme liés à ce traumatisme sexuel. Il lui a fallu du temps pour identifier ce récit comme rele
nt d'un fantasme. Mais, c'est pour nous quand même évocateur, intéressant, c'est qu'il n'y a pas encore très longtemps, un jeune type à qui a
ient été confiées les clés des manuscrits de Freud à Washington, puisqu'ils sont à la bibliothèque de Washington, eh bien ce jeune chercheur a brusquement eu une illumination d'après les lettres qu'il a consultées : « Mais oui, c'était bien un traumatisme, Freud a menti, ses patientes hystériques étaient donc bien victimes d'un traumatisme » de telle sorte que s'écroulait toute la construction originelle de la psychanalyse. Ceci je ne le dis que parce que ça nous montre, au fond, cette appétence que nous avons pour finalement mettre en relief ce qui serait le caractère traumatisant pour chacun d'entre nous de son origine. Et, comme vous le savez, si Freud a pu la faire remonter à ce qu'il a appelé « la scène primitive », c'est-à-dire ce qui se communiquait à l'enfant au-delà de la cloison qui le séparait la nuit de la chambre de ses parents, et les interprétations qu'il pou
it en faire, eh bien, la question est bien là : qu'est-ce qui fera que cet enfant ne
pas inscrire cette scène primitive et ce qu'il en imagine dans le registre du traumatisme ? Autrement dit, de ce qui serait la brutalité exercée sur sa chère maman et qui vise à l'en séparer. Pourquoi, donc, est-ce que ce ne serait pas du traumatisme ? Il est bien évident que si cette imputation, si cette supposition s'observe plus aisément, plus facilement, je dirais quasiment toujours seulement chez les filles, c'est pour une raison que nous pouvons bien comprendre qui est que, à cette opération qu'elles interprètent aussi bien que leurs frères, à cette opération elles s'estiment perdantes, perdantes puisque cette opération ne leur promet aucunement un avenir sexuel assuré contrairement au petit garçon qui peut à cette occasion estimer que sa virilité est en attente. D'où cette phase de latence que Freud a isolée dans la psychogénèse de la sexualité. Mais pour la fille, on comprend parfaitement que cette scène primitive soit vécue comme un traumatisme puisque elle se trouve séparée de sa mère et de son père, sans que pour autant cet événement ne lui ouvre le chemin d'une future identification assurée, assumée, reconnue, célébrée.

Qu'est-ce que c'est qu'un traumatisme ? ça
devenir une question d'actualité pour des raisons que je vous dirai peut-être tout à l'heure, ou bien la semaine prochaine à l'occasion du conte de Noël que je pense vous raconter. Qu'est-ce qu'un traumatisme ? Un traumatisme, c'est la rencontre brutale avec un réel qui ne vous assure, qui ne vous promet aucune jouissance, rien que la douleur du traumatisme et de telle sorte que celui-ci
être en général générateur d'un masochisme, puisque nous ne pouvons pas interpréter quelque événement, quelque situation, voire quelque enseignement en dehors de la jouissance qu'il permet ou promet. C'est l'une des raisons de l'échec de l'admission dans la vie sociale, dans la pensée commune, dans l'opinion commune, de l'admission de la psychanalyse, ce qui nous coûte cher, dans les conséquences politiques, et peut nous coûter encore plus cher. Mais l'une des raisons, je dirais, de cette façon qu'a l'opinion commune de préférer refouler le savoir qu'apporte la psychanalyse, c'est que la psychanalyse c'est bien, je dirais, son problème, n'est pas prometteuse d'aucune jouissance spécifique, contrairement aux systèmes philosophiques, religieux, éthiques, ou autres, qui ne doivent leur succès, leur pénétration, si je peux me permettre ce terme, qu'aux types de jouissances qu'ils promettent. Même d'ailleurs quand ce sont des systèmes à la multiplication desquels on assiste aujourd'hui : églises en dehors du catholicisme, systèmes qui prônent le sacrifice. Il est bien évident que le sacrifice relève de la jouissance comme tant d'autres opérations. Et je n'ai pas besoin de vous l'apprendre : vous avez tous et toutes connu autour de vous des familiers dont il était bien évident que leur jouissance tenait dans l'exercice du sacrifice.
Avec le traumatisme se produit un effet mental tout à fait particulier qui est que désormais, le champ de la conscience est entièrement absorbé par l'événement, et comme si la pensée venait sans cesse buter, sans parvenir, je dirais, à se calmer, à s'arrêter sur ce qui s'était ainsi produit, et de telle sorte que l'on assiste à l'arrêt de toute activité spéculative, affective, de tout autre investissement pour ne plus être que absorbé, mangé, si je puis dire, par l'événement traumatique dont désormais la présence est rendue non dialectisable. C'est bien le problème lorsque vous avez à tenter de traiter ce genre de circonstances, c'est que, ce n'est pas dialectisable parce que c'est un événement qui n'a pas été dialectisé. Et s'il a pu avoir chez la petite fille ce caractère traumatique c'est parce que sa pensée, jusqu'ici, était vierge de toute préoccupation sexuelle. Autrement dit, le sexe ne figurait pas dans les spéculations qu'elle pou
it avoir.
Un événement, donc, non dialectisé, non dialectisable, qui occupe tout le champ de la conscience, conscience qui ne parvient pas à le dépasser, à le résoudre. Et on peut bien concevoir, imaginer, la douleur provoquée par ce type de stase, type de stase psychique et d'incapacité que cela peut provoquer. Ce qui est, si j'ose dire, drôle, c'est que si ce traumatisme est représentatif de ce qui a été une menace de mort, un accident, celui que vous voudrez, ça ne veut pas dire que toute menace de mort est traumatique. Il y a des confrontations, des affrontements avec la mort qui peuvent sembler absolument légitimes et d'une légitimité partagée. Par exemple, le militaire qui est exposé au front, la menace de mort ne figure pas parmi les éléments à proprement parler traumatisants dans la mesure où mourir pour un idéal, mourir pour la Patrie, mourir pour sa lignée, pour sa religion, il faut dire les choses comme elles sont, c'est normal. La norme ! Il fait partie de notre normalité d'estimer que mourir pour son créateur, quelque soit la forme, je dirais, qu'il prend, lui rendre la vie qu'il nous a donnée et afin que celui-ci, justement, ce créateur, subsiste dans sa gloire, et dans sa présence au monde. Je crois que personne ne viendra nier que ça fait partie de notre normalité. C'est ça qui est épou
ntable quand cette action se trouve dénoncée, je dirais, à juste titre, dans notre actualité. C'est épou
ntable et ce qui rend évidemment la dénonciation de ce fait difficile, c'est que ce n'est pas un événement pathologique. Cela fait partie de ce que l'on appelle « les devoirs » de tout enfant. Et c'est pourquoi il y a là concernant les problèmes de l'identité et de l'identification un pas à franchir dont j'espère que je pourrai ce soir effectuer, les premières a
ncées.
Or, comme vous le savez, il y a chez les militaires des névroses traumatiques, il y a des militaires qui se trouvent réduits à l'incapacité de poursuivre leurs fonctions du fait que les engagements qui ont été les leurs ont pris cette dimension traumatique, et que depuis, ils sont dans l'incapacité physique et mentale de poursuivre. Ces névroses traumatiques de guerre ne sont pas du tout rares et posent de sérieux problèmes, évidemment, aux états majors. Les névroses traumatiques de guerre peut-être pouvons-nous justement les faire relever de ces personnalités qui subjectivement n'étaient peut-être pas disposées au risque de mourir pour la Patrie. Que dès lors, les engagements violents qui furent les leurs ne peuvent s'inscrire peut-être en référence au cas précédent que j'évoquais avec la scène primitive, ne peuvent que s'inscrire pour eux que dans le registre du traumatisme. Si vous souhaitez un peu a
ncer sur ces questions, l'usage des catégories lacaniennes du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire est incontournable. Car, si vous dites, dans le langage de Lacan, que le traumatisme, c'est la rencontre d'un réel qui n'est pas symbolisé, ce qui dans l'écriture du noud borroméen se traduit par le fait que le rond du Réel est détaché de celui du Symbolique, qu'ils ne sont pas noués ensemble, alors donc, justement, ce n'est pas dialectisable.
La question que l'on peut légitimement se poser c'est : est-ce que la symbolisation est capable d'épuiser toute la dimension du Réel ? Autrement dit, de rendre tout le Réel propre à la jouissance. La jouissance, n'est donc que masochique dans le cas de figure que j'ai évoqué. Est-ce que la symbolisation rend tout le Réel propre à la jouissance ? C'est une question à laquelle il est facile de répondre, figurez-vous. C'est étrange, hein ? Il est facile de répondre à cette question en rappelant que le signifiant n'a pas le pouvoir de dire tout, et que, comme Lacan l'écrit avec une pertinence dont nous ne mesurons pas, je dirais, toutes les incidences cliniques, le signifiant ménage la place du pas-tout, il y a du pas-tout, c'est-à-dire ce qui échappe à la prétention du mot, du signifiant, du concept, d'être tout, et donc d'absorber tout le Réel. Il y a toujours un reste. Et de telle sorte que ce reste, ce qui échappe à la dialectisation a pour correspondance en clinique la dimension de l'échec que nous connaissons tous.
Il y a toujours quelque chose qui résiste, quelque chose qui ne
pas, quelque chose qui fait que l'accord est toujours imparfait, et que lorsque l'on fait le bilan, on s'aperçoit que ce que l'on pou
it prendre pour des réussites, après tout, est plutôt marqué par l'échec. Eh bien, cette manifestation incontournable dans notre fonctionnement, aussi bien dans la spéculation que dans les faits, est évidemment attaché au fait qu'il y a toujours un reste qui résiste. Et, comme vous le voyez, les problèmes de notre culture c'est de ne pas savoir traiter correctement cet échec. Autrement dit, de l'inscrire automatiquement dans le champ de l'insuffisance, de la culpabilité, du manque, du manque à être, du manque à devoir, du manque à accomplir, etc. Lorsque cet échec participe de ce qui est une vie conjugale ou collective, il est bien évidemment que dès lors, il engage toutes les disputes, tous les conflits d'attribution afin de trouver celui qui est coupable de cet échec.
Donc, vous le voyez, je suis parti. Voyez comme on a voyagé, là, comme ça, subrepticement puisque, je suis parti de Fort de France, Scholcher, plus exactement, puis, je suis parti de là parce que, c'est quand même formidable qu'il y ait dans cette île un certain nombre de brillants esprits dont l'unique pensée, à partir de traumatisme qui est fondateur de leur origine - parce que le traumatisme, c'est quand on n'est pas l'enfant d'un discours, mais quand on est l'enfant de la violence brute - eh ben, qui, à partir de ce traumatisme de leur origine, ne savent penser que la re
nche. La re
nche qui n'a jamais rien re
nché. On n'a jamais vu, je dirais, l'exercice d'une re
nche venir guérir du traumatisme originel, si ce n'est, bien entendu, de l'exercer, cette fois-là, sur un autre. Comme il se trouve que j'ai depuis de longues années voyagé dans cette île, et que j'ai pu assister à l'évolution de brillants esprits, je dirais, ainsi captés, enfants de ce traumatisme originel, sans parvenir à le dépasser, et du même coup, sans être en mesure de, à part la beauté de leur style d'écriture, en mesure de traiter cet épisode comme rele
nt non pas d'une singularité, d'une fatalité, mais comme étant inscrit au centre de toutes les virtualités propres à notre espèce. Le traumatisme, il est là, il peut toujours prendre cette expression, je dirais, désolante, puisque elle rend idiot et cela, je dirais, à l'exception d'un seul, là-bas, et qui, lui, a pensé l'origine tout autrement, non pas, donc en faisant des enfants qui se trou
ient là, des handicapés du colonialisme, mais en leur attribuant une identité qui les assimile à un groupe humain essentiel, un groupe humain, pas un groupe qui se caractérise par un ancêtre, par une religion, par une éthique. Un groupe humain. Et c'est ainsi que Aimé Césaire a promu, là-bas, mais sans être manifestement parfaitement entendu, la dimension de la négritude. La négritude fait partie de l'humanité, il y a une partie de l'humanité qui relève, je dirais, de cet état, et alors ? Et après ? Vous le voyez, la question est, à partir de là ce qui, en effet est chose merveilleuse, c'est que, ce groupe se trouve détaché de toute référence ancestrale, mythique, religieuse, politique, ou autre, linguistique. Un groupe humain, parmi les autres. C'est donc, après être intervenu dans le cadre de ce colloque, et je dois vous dire que, a
ncer des propos comme ceux que, très cursivement, je traite ici, ce n'est pas forcément facile dans le contexte.
Donc, je me suis trouvé cette fois-là à New York dans un institut interdisciplinaire animé par des psychanalystes newyorkais, et où le thème était justement celui de l'identité et de l'éducation. L'identité, je ne sais pas d'ailleurs si ça n'a jamais été dit comme ça, il y a deux façons de faire qu'elle opère, la prise d'identité. Ou bien, vous vous retrouvez à la naissance avec un nom, vous êtes nommé, et avec ce nom vous vous inscrivez dans une lignée et une appartenance. Ça
être votre identité, c'est-à-dire le trait, le trait, puisque un signifiant, celui du nom propre, dans cette occurrence, fonctionne parfaitement comme le trait qui désormais fixe votre identité. Comme vous le savez, aujourd'hui, nous sommes à la mode des tatouages, et je pense qu'il n'est pas arbitraire ni excessif de penser que ces tatouages ne doivent aujourd'hui leur succès, leur popularité qu'au fait que de plus en plus le nom propre ne signifie plus l'inscription dans une lignée mais la rencontre occasionnelle entre un homme et une femme et qui furent plus ou moins rapidement amenés à se séparer. Alors, on se décore de quelques traits susceptibles de vous rappeler que vous êtes bien celui-là. Ce qui est drôle, d'ailleurs, c'est qu'on oublie à cette occasion, mais je signale que les tatouages sont l'apanage des peuples sans écriture. Et je trouve à retenir comme un fait intéressant le fait de ce retour, comme s'il y a
it quelque chose qui dans la psyché ne se trou
it plus inscrit et dans la capacité de fonctionner comme ce trait Un, ce nom propre qui vient déterminer pour un sujet donné son identité. Ce qui, également est bizarre c'est que ce trait Un, ce trait Un parce que Freud l'appelle einziger zug - ce qui ne veut pas dire, je ne sais s'il y a parmi vous des germanophones, ce qui ne veut pas dire le train unaire, zug, mais le trait, le trait Un - Eh bien que ce trait Un, il a toujours à voir avec la virilité. Et, il y a même, comme vous le savez, dans nos sociétés, une espèce de hiérarchie des noms propres, entre les noms plébéiens et les noms de noblesse, une hiérarchie des noms propres qui semble graduer le degré de virilité identifiée. Et aussi ce fait majeur dans notre culture et qui est que, une femme, figurez-vous, mais je ne sais pas si vous le savez, n'a pas de nom propre. Elle n'a pas de nom propre puisque il
falloir qu'elle en acquiert un. Alors, heureusement, le législateur est allé au de
nt de la souffrance provoquée par cette situation et permet donc aujourd'hui que, par l'intermédiaire d'un petit tiret, le nom des deux familles soient accolés. Alors ceux d'entre vous qui connaissent un peu la situation brésilienne, savent que ça aboutit à faire évidemment des noms propres impressionnants par tous les ancêtres qui se trouvent convoqués avec l'identité de chaque individu. Ce qui fait que le signifiant du nom propre n'est pas un signifiant comme les autres, c'est-à-dire qu'il ne se prête pas à la métaphore ni à la métonymie. Si je m'appelle Dupont et si quelqu'un vient m'appeler Durand, je crois que je serai plutôt fâché, et que je viserai à me faire reconnaître dans ce qui est ma spécificité duponnesque. Il ne se prête pas à la métaphore, il ne se prête pas à la métonymie, et d'autre part, quel est son signifié ? Quel est le signifié d'un nom propre ? Le signifié d'un nom propre, c'est l'arbre généalogique dont vous êtes un rameau, c'est un nom d'arbre. Eh oui ! C'est le nom qui représente l'instance phallique à laquelle vous vous rattachez, dont vous êtes un petit rameau. Alors, vous pouvez vous appeler Rameau, et comme ça, vous êtes le rameau du Rameau.
Le propre du nom propre, c'est donc que de vous approprier immédiatement à une série de groupes restreints. Il y a d'abord, évidemment, le groupe familial, et puis on
élargir. Ce sont des cercles, comme ça, concentriques, qui vont en s'accroissant. Le plus petit, au centre, c'est le groupe familial, évidemment, et qui, comme j'ai déjà eu l'occasion de le faire remarquer, a un intérêt surprenant, surprenant puisque il vous dit l'ensemble, tous ceux qui portent ce même nom propre, l'ensemble qui est interdit pour vous au mariage. C'est-à-dire, l'ensemble qui dit la castration dont vous relevez. Evidemment, il y a toujours des exceptions, bien sûr, et moi, j'ai connu des gens qui s'étaient mariés justement parce que homme et femme portaient le même nom propre, bien sûr. Mais le problème n'est pas l'exception, le problème est celui de la loi générale : à l'intérieur d'une même lignée, la copulation vous est interdite. On ne le sait pas toujours quand on évoque ce que c'est qu'un nom propre. C'est-à-dire que ça marque la castration. Mais ça rappelle ceci, c'est que vous êtes au service, avec ce nom propre, d'une instance phallique que vous ne pouvez pas laisser s'auto-consumer dans l'inceste, se dévorer elle-même, comme le catoblépas, mais une instance phallique qui a besoin d'être correctement appareillée à une instance qui viendra en quelque sorte accepter d'occuper une position féminine pour permettre la perpétuation de l'instance phallique dont vous êtes originaire. Ça c'est une drôle d'affaire encore.
Mais, en tout cas, à part cette propriété que je ne fais qu'évoquer de façon et, à l'intérieur de ces cercles qui vont s'accroissant puisque vous partez de la famille, vous allez à la Nation, puisque votre nom propre est toujours attaché à une langue positive parlée spécifique, et donc, vous avez, en tant que le signifiant de votre nom propre appartient par sa construction à la fois littérale et phonématique à la langue positive que vous parlez, vous appartenez à l'ensemble national de ceux qui pratiquent cette même langue. Vous avez donc, à partir de cette identité familiale l'inscription dans un cercle plus large qui est le cercle national et cela a une conséquence immanquable : c'est que cette identité nationale vous inscrit dans une frontière. Il y a ceux qui relèvent de cette communauté qui se trouve séparée par une frontière de l'extérieur qui lui est étranger. Il est étranger, de telle sorte que la figure de l'étranger est toujours inscrite virtuellement en figure hostile et ennemie, puisque s'il ne vient pas s'inscrire dans votre ensemble, il peut paraître à chaque moment exclu d'une humanité qui ne sera accordée qu'aux membres de la communauté rele
nt de la même langue positive parlée.
Je pourrais, à cette occasion faire quelques petites digressions, vous dire par exemple que l'unité nationale française, puisqu'il en est question actuellement n'est pas du tout là du même type que l'unité allemande, pas du tout. Et on en lit les conséquences, je dirais, journellement. Les problèmes spécifiques ne pas les mêmes parce que l'Allemagne, bien qu'étant toujours constituée de régions, de Landers, a une langue unique. Cette langue que Luther a rendu sacrée avec sa traduction en allemand de la Bible. Ça aussi, ça a des conséquences. Ce n'est pas du tout le cas de la France où il existe de nombreuses langues régionales. Il a fallu un pouvoir politique, d'abord royal et ensuite révolutionnaire qui a repris, je dirais, encore plus vigoureusement cette action d'unifier cet ensemble grâce à l'imposition d'une langue unique. Evidemment, ces langues régionales sont présentes dans la mémoire de ceux qui en furent privés. Mais elles retrouvent facilement une actualité, une légitimité, et cela pose évidemment un certain nombre de questions quant à la pérennité de l'unité nationale lorsque tant d'exigences divergentes voient le jour. Et de telle sorte que, comme nous le savons, comme vous le vérifiez, cela ne manque pas, , de provoquer des inquiétudes dont les solutions ne semblent hélas pas meilleures que les circonstances qui légitiment ces inquiétudes.
Je vous disais tout à l'heure que mourir pour la Patrie, de préférence en héros, c'était normal. Oui ! Vous voyez bien pourquoi ? Pourquoi ça fonctionne comme faisant partie de notre normalité, dont je vous rappelle que Lacan l'écri
it « la normâlité », eh bien, c'est bien le phallus dont il est question.
Dans un texte que j'ai présenté à New York la salle où nous étions n'était pas une salle de conférence, c'est-à-dire faite avec une tribune et puis des sièges disposés pour un auditoire. La salle où nous étions, c'était un studio de télévision, avec les dispositifs qui permettaient aux caméras, je dirais, de centrer les quelques acteurs du moment qui étaient installés sur un canapé circulaire. Il est vrai que aux Etats Unis, la question de l'identité pose des problèmes spécifiques puisque il suffit pour ça de vous promener cinq minutes dans New York, ou bien de voir comment fonctionne votre hôtel et la main d'ouvre qui y tra
ille : la population est d'une diversité stupéfiante et remarquable. Stupéfiante et remarquable puisque il semble néanmoins trouvé un accord social, malgré les inégalités qui sont évidemment criantes, un accord dans l'enrichissement réciproque possible, réalisé par la solidarité tra
illeuse des uns et des autres. Et là, intervient le deuxième type d'identification que j'évoquais tout à l'heure, c'est-à-dire que là l'identification elle ne relève plus de l'appartenance de tel ou tel, à ce que fut sa famille d'origine, mais elle relève maintenant, elle est liée à l'appartenance à cette communauté parfaitement disparate, et qui se reconnaît dans une identité artificielle, neuve, mais néanmoins à laquelle chacun
se référer et qui sera l'identité d'être américain. Ceci donc, pour vous signaler ce phénomène, et ça vous l'observez en clinique en permanence : de quelle façon une bande, un groupe quelconque est susceptible par solidarité de s'inventer une identité commune. Le nom, ici, n'est plus octroyé par la bénédiction d'ancêtres qui se sont échinés à vous précéder, mais l'identité elle est fabriquée, elle est artificielle mais tout aussi exigeante, et tout aussi solide, forte, ferme, que celle qui s'est inventée par tacite consentement à partir de la réunion de ce que Freud a appelé dans Psychologie collective et analyse du Moi : une masse. Une masse, c'est-à-dire un ensemble inorganisé qui
coaguler par l'adoption d'une identité commune, c'est-à-dire le choix d'un chef, et avec toutes les conséquences que cela pourra avoir. Ce qui est magnifique, c'est que ce phénomène, vous l'observez à tous les niveaux. Vous l'observez très tôt en milieu scolaire où des enfants vont se regrouper en bande, éventuellement hostiles les unes aux autres. C'est magnifique ça ! C'est magnifique cette enfance de l'humanité qui tout de suite
faire état, comme ça, de séparation, et puis d'une dénonciation du groupe forcément ennemi. Il n'y a pas d'alliance là, hein ? C'est les autres. Et vous savez également combien chez les enfants, il y aura ce souci d'appartenir à une bande, d'être inclus, d'être adopté, d'en faire partie, encore qu'une bande se constitue bien souvent sur l'exclusion d'au moins un parmi eux. Il y aura au moins un gosse qui sera tenu à l'écart, et qui n'en sera pas très heureux, d'ailleurs. Mais en tout cas, c'est comme ça. Une bande se constitue ainsi sur l'exclusion d'au moins un gosse. Je vous évoque ce fait à l'école mais vous l'avez dans des manifestations qui cette fois-là concerne des adultes consentants, comme par exemple avec les supporters des clubs de foot. Mais vous vous dites : mais, qu'est-ce que c'est que ce truc ? Comment c'est possible que parce que moi, et c'est bien connu, je suis un supporter du PSG, - l'acronyme est bien parce que PSG, au fond, hein, PSG. - Et l'autre, c'est un supporter de l'OM. Ça aussi, c'est bien l'acronyme l'OM puisque, (c'est bien parce que ça veut rien dire PSG, OM). Mais non, justement, ça veut tout dire puisque, à l'occasion de telle rencontre sportive entre supporters du PSG et supporters de l'OM, il y aura des morts ! ça s'est vu en France, il n'y a pas besoin d'aller à l'étranger pour ça ! Alors, il faut que la police prévoie des dispositifs : il faut contrôler les canettes de bière que les types emportent ou les boules, les boules de pétanque qu'on a dans la poche, etc. Ce qui est étrange, c'est que ces phénomènes qui sont, je ne dirais pas qu'ils sont bien de chez nous, je dirais bien qu'ils soient bien de nous. On est comme ça ! Il ne viendra à l'idée de personne de les traiter de pathologiques, c'est normal ! Est-ce que ce n'est pas normal ? C'est normal puisque c'est lié aux mécanismes de l'identification, c'est-à-dire à ce besoin de se construire une identification, avec la différence sui
nte : c'est que lorsque ce nom vous est gracieusement affecté, puisque vous en avez reçu la bénédiction, rien n'empêchera que vous puissiez chercher à le détruire. Ça s'appelle le complexe d'Odipe. C'est ça le complexe d'Odipe : le complexe d'Odipe, c'est quand vous vous en prenez à cette instance originelle et originaire dont vous êtes le produit. Il y en a marre de celui-là ! Mais, si cette instance est délibérément choisie, vous ne pouvez plus avoir vis-à-vis d'elle ce réflexe odipien. C'est-à-dire qu'à partir de ce moment-là, vous ne pouvez qu'en devenir l'amant. Comme vous le savez, aux Etats Unis, quand on se présente et que vous donnez votre nom, l'autre vous répond : « appelez-moi Bob », dans le cas où il s'appelle Bob, et vous-même, vous êtes tenu à ce moment-là, par courtoisie, de lui répondre : « appelez-moi Hector ». C'est-à-dire que la démarche ordinaire consiste au renoncement à tous ces noms propres que d'ailleurs vous avez pu modifier. Au moment de l'immigration, on vous a invité à changer, à angliciser votre nom d'origine. Et il est tout à fait licite d'adopter le pseudo que vous voudrez, et ça deviendra votre nom de famille, ce qui aux enfants pose toujours des problèmes, toujours, évidemment. Alors après ils s'en vont errer en Europe ou dans le monde pour aller recherche le petit village ou le bout de terrain d'où toute cette affaire est partie. Mais vous savez que la seule identité qui est exigée de vous, que vous soyez laïque ou pas, la seule identité qui est exigée de vous, c'est l'identité religieuse, celle que vous voulez. En tout cas, vous ne pouvez pas ne pas avoir de religion, autrement dit, vous référer à l'instance tutélaire ordonnatrice de la morale dont vous entendez relever. Là, c'est nécessaire, c'est obligatoire.
Nous en sommes là sur ces questions avec ce que la semaine prochaine, je vous apporterai donc comme une conte de Noël, c'est-à-dire la façon dont effectivement ça se passe pour chacun d'entre nous, et que nous ne voulons pas savoir, c'est-à-dire la manière dont nous nous défendons dans ce processus que je viens de décrire contre ce qui est la réalité pour chacun de son identification. J'espère donc avoir suscité chez vous un vif sentiment d'attente et si vous avez une question, on peut rapidement l'aborder.

Question : A propos du mariage, est-ce qu'on peut parler des phénomènes des colonisations. Est-ce qu'on peut parler du phénomène des colonisations comme d'un mariage d'une instance phallique principale avec quelqu'un qui vient épouser en quelque sorte les coutumes, les ancêtres, et qui, à un moment donné, peut-être, se révolte, justement ?

Alors, s'il faut s'en tenir, votre question est intéressante, s'il faut s'en tenir à l'histoire de la Martinique, ceux qui ont débarqué là-bas, c'était bien entendu, comme d'ailleurs ceux qui étaient sur le Mayflower, c'était des tout petits blancs, hein, des pauvres. Des gens qui, s'ils ont quitté la France, c'est que vraiment c'était des miséreux. Ce sont eux les colons. Et il est bien évident que, en arri
nt là-bas, ils se sont mariés avec des femmes de couleur, et il est bien évident qu'ils ont eu des enfants, et qu'on a appelé des créoles. Et ils ont commencé à avoir cette langue nouvelle, éponyme qui s'est appelé le créole. Mais lorsque le pouvoir royal en la personne de Richelieu a vu ce qui se passait, c'est-à-dire qu'il se faisait là une population complètement nouvelle, avec une langue nouvelle, et que donc le risque d'indépendance vis-à-vis de la Métropole était latent, eh bien il est intervenu pour casser tout ça, et pour l'empêcher. Et donc, il est certain qu'il y a eu spontanément ce mouvement, mais, je dis bien, le pouvoir central a veillé à empêcher ce que vous évoquez.

Charles Melman
Charles Melman : Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne - 4
EPhEP, le 17/12/2015
Un conte de Noël
Alors, ce soir je
is vous faire des récits de voyages, pittoresques, bien sûr. Autrement dit, des récits de la façon dont les problèmes se posent aujourd'hui, dans ce que l'on appelle « les colloques ». Je pense que vous avez tous été admiratifs de ce mot de la langue française « colloque ». Alors, l'étymologie est facile puisque loqui, tout le monde sait que ça veut dire parler. Et donc les colloques sont des endroits où l'on est chargé de parler ensemble. Je sais qu'aujourd'hui, « coloc », c'est plutôt colocataire, mais ce dont je parle, ce sont les colloques à l'ancienne. « Parler ensemble », c'est un terme amusant parce que je pense que, comme moi, vous avez rarement vu la possibilité de parler ensemble. Dans le meilleur des cas, on peut faire conférence, on peut faire injonction, mais parler ensemble, ce qui ne veut pas dire ne faire qu'une seule voix, mais que chacun ait la sienne, néanmoins, malgré que sa singularité concourt à l'ensemble, ça, je crois que, cette participation vous a été jusqu'ici épargnée. Mais, comme le fait souvent remarquer Lacan, une langue a son intelligence propre, subtile, et donc, il ne faudrait pas croire que « co-loques », pardonnez-moi mais enfin on est forcément amené à y penser, que ce serait forcément un rassemblement de loques. Alors, vous faites comme moi, c'est-à-dire vous allez chercher l'étymologie de loque, une loque. Et là, vous avez la surprise, à moins que l'un de vous ne le sache, ce serait magnifique, la surprise de constater que loque, ça viendrait, mais vous savez, les étymologistes sont souvent poétiques, ça viendrait du néerlandais, et ça signifierait : la mèche de cheveux, la boucle. Autrement dit ce qui échappe à l'ordonnance de la coiffure, et qui, donc, fait loque. Et à partir de ce moment-là, vous commencez évidemment à vous réjouir parce que cette boucle, cette loque est évidemment toute proche de ce mot anglais qui, en français a donné loquet, c'est-à-dire ce qui ferme : to lock. Et donc, vous voyez sous quel signe un colloque vient, comme ça, à l'insu des colocataires, vient ainsi s'inscrire, c'est-à-dire aussi bien sous le signe de ce qui conviendrait de la boucler, ou de la fermer, et puis, chacun est animé du souci de ne pas paraître trop loque.

Ces deux réunions n'ont été au fond que la réalisation pratique de ce que je comptais vous dire aujourd'hui. Je
is donc vous le dire sous cette forme itinérante. Le premier de ces colloques s'est tenu à l'université de la Martinique, Scholcher, sous le titre : « Qu'est-ce que la pensée postcoloniale ? » N'imaginez pas qu'un titre comme celui-là
de soi, puisque l'excellente et jeune présidente de cette université se montrait très réticente à l'égard d'un tel titre préférant celui de « La pensée de la décolonisation », ce qui n'est pas du tout la même chose. Ce n'est pas du tout la même chose parce que la pensée postcoloniale a l'a
ntage sur la seconde proposition de préciser immédiatement le lieu d'où l'on parle. Si je dis « la pensée postcoloniale », eh bien on sait tout de suite à partir de quel lieu cette pensée s'exerce. Alors que la pensée de la décolonisation peut s'articuler depuis toute une constellation de places, de lieux, de considérations. « Postcolonial » vous amène à spéculer sur ce qu'il en est d'une culture, d'une civilisation, d'un groupement social, dès lors qu'il a pour origine un traumatisme, non pas un fondateur, comme il est habituel que nos mythes viennent l'invoquer, l'évoquer, le mettre en place, mais ce que une société humaine peut avoir au titre de fondation un traumatisme, avec le fait que le traumatisme, comme tel, est peu pensé ou mal pensé. Il est peu exploité par la pensée parce que, justement, sa propriété, c'est d'arrêter toute pensée, puisque la cause est évidente. Et à partir du moment où une cause est évidente, la pensée se trouve immédiatement arrêtée et a en plus la propriété de devenir stupide. Stupide, puisque, elle sait. Un fondateur, c'est toujours, comme je le disais tout à l'heure, plus ou moins mythique, lié à l'amour que l'on aura bien voulu lui porter, au meurtre dont il aura été l'objet, etc. Un traumatisme, c'est brutal, c'est net, c'est précis, ça ne fait pas question. Ça vous introduit dans le monde du « c'est comme ça », et à partir du moment où vous voyagez dans le « c'est comme ça », vous n'allez pas très loin. Ce qui mériterait de nous mettre la puce à l'oreille.
Freud a commencé par le traumatisme. Comme vous le savez sans doute, pour la plupart d'entre vous, il a commencé à pratiquer avec des hystériques et systématiquement leurs troubles, leurs manifestations se trou
ient ramenés à un traumatisme originel qui était en générale le méfait sexuel, éventuellement le viol dont elles a
ient été l'objet de la part d'un proche parent, et Freud écrira « l'oncle », parce que il n'osait pas trop dire que dans les cas auxquels il a
it eu affaire il s'agissait du père. Et donc, ses patientes lui présentaient leurs troubles comme liés à ce traumatisme sexuel. Il lui a fallu du temps pour identifier ce récit comme rele
nt d'un fantasme. Mais, c'est pour nous quand même évocateur, intéressant, c'est qu'il n'y a pas encore très longtemps, un jeune type à qui a
ient été confiées les clés des manuscrits de Freud à Washington, puisqu'ils sont à la bibliothèque de Washington, eh bien ce jeune chercheur a brusquement eu une illumination d'après les lettres qu'il a consultées : « Mais oui, c'était bien un traumatisme, Freud a menti, ses patientes hystériques étaient donc bien victimes d'un traumatisme » de telle sorte que s'écroulait toute la construction originelle de la psychanalyse. Ceci je ne le dis que parce que ça nous montre, au fond, cette appétence que nous avons pour finalement mettre en relief ce qui serait le caractère traumatisant pour chacun d'entre nous de son origine. Et, comme vous le savez, si Freud a pu la faire remonter à ce qu'il a appelé « la scène primitive », c'est-à-dire ce qui se communiquait à l'enfant au-delà de la cloison qui le séparait la nuit de la chambre de ses parents, et les interprétations qu'il pou
it en faire, eh bien, la question est bien là : qu'est-ce qui fera que cet enfant ne
pas inscrire cette scène primitive et ce qu'il en imagine dans le registre du traumatisme ? Autrement dit, de ce qui serait la brutalité exercée sur sa chère maman et qui vise à l'en séparer. Pourquoi, donc, est-ce que ce ne serait pas du traumatisme ? Il est bien évident que si cette imputation, si cette supposition s'observe plus aisément, plus facilement, je dirais quasiment toujours seulement chez les filles, c'est pour une raison que nous pouvons bien comprendre qui est que, à cette opération qu'elles interprètent aussi bien que leurs frères, à cette opération elles s'estiment perdantes, perdantes puisque cette opération ne leur promet aucunement un avenir sexuel assuré contrairement au petit garçon qui peut à cette occasion estimer que sa virilité est en attente. D'où cette phase de latence que Freud a isolée dans la psychogénèse de la sexualité. Mais pour la fille, on comprend parfaitement que cette scène primitive soit vécue comme un traumatisme puisque elle se trouve séparée de sa mère et de son père, sans que pour autant cet événement ne lui ouvre le chemin d'une future identification assurée, assumée, reconnue, célébrée.

Qu'est-ce que c'est qu'un traumatisme ? ça
devenir une question d'actualité pour des raisons que je vous dirai peut-être tout à l'heure, ou bien la semaine prochaine à l'occasion du conte de Noël que je pense vous raconter. Qu'est-ce qu'un traumatisme ? Un traumatisme, c'est la rencontre brutale avec un réel qui ne vous assure, qui ne vous promet aucune jouissance, rien que la douleur du traumatisme et de telle sorte que celui-ci
être en général générateur d'un masochisme, puisque nous ne pouvons pas interpréter quelque événement, quelque situation, voire quelque enseignement en dehors de la jouissance qu'il permet ou promet. C'est l'une des raisons de l'échec de l'admission dans la vie sociale, dans la pensée commune, dans l'opinion commune, de l'admission de la psychanalyse, ce qui nous coûte cher, dans les conséquences politiques, et peut nous coûter encore plus cher. Mais l'une des raisons, je dirais, de cette façon qu'a l'opinion commune de préférer refouler le savoir qu'apporte la psychanalyse, c'est que la psychanalyse c'est bien, je dirais, son problème, n'est pas prometteuse d'aucune jouissance spécifique, contrairement aux systèmes philosophiques, religieux, éthiques, ou autres, qui ne doivent leur succès, leur pénétration, si je peux me permettre ce terme, qu'aux types de jouissances qu'ils promettent. Même d'ailleurs quand ce sont des systèmes à la multiplication desquels on assiste aujourd'hui : églises en dehors du catholicisme, systèmes qui prônent le sacrifice. Il est bien évident que le sacrifice relève de la jouissance comme tant d'autres opérations. Et je n'ai pas besoin de vous l'apprendre : vous avez tous et toutes connu autour de vous des familiers dont il était bien évident que leur jouissance tenait dans l'exercice du sacrifice.
Avec le traumatisme se produit un effet mental tout à fait particulier qui est que désormais, le champ de la conscience est entièrement absorbé par l'événement, et comme si la pensée venait sans cesse buter, sans parvenir, je dirais, à se calmer, à s'arrêter sur ce qui s'était ainsi produit, et de telle sorte que l'on assiste à l'arrêt de toute activité spéculative, affective, de tout autre investissement pour ne plus être que absorbé, mangé, si je puis dire, par l'événement traumatique dont désormais la présence est rendue non dialectisable. C'est bien le problème lorsque vous avez à tenter de traiter ce genre de circonstances, c'est que, ce n'est pas dialectisable parce que c'est un événement qui n'a pas été dialectisé. Et s'il a pu avoir chez la petite fille ce caractère traumatique c'est parce que sa pensée, jusqu'ici, était vierge de toute préoccupation sexuelle. Autrement dit, le sexe ne figurait pas dans les spéculations qu'elle pou
it avoir.
Un événement, donc, non dialectisé, non dialectisable, qui occupe tout le champ de la conscience, conscience qui ne parvient pas à le dépasser, à le résoudre. Et on peut bien concevoir, imaginer, la douleur provoquée par ce type de stase, type de stase psychique et d'incapacité que cela peut provoquer. Ce qui est, si j'ose dire, drôle, c'est que si ce traumatisme est représentatif de ce qui a été une menace de mort, un accident, celui que vous voudrez, ça ne veut pas dire que toute menace de mort est traumatique. Il y a des confrontations, des affrontements avec la mort qui peuvent sembler absolument légitimes et d'une légitimité partagée. Par exemple, le militaire qui est exposé au front, la menace de mort ne figure pas parmi les éléments à proprement parler traumatisants dans la mesure où mourir pour un idéal, mourir pour la Patrie, mourir pour sa lignée, pour sa religion, il faut dire les choses comme elles sont, c'est normal. La norme ! Il fait partie de notre normalité d'estimer que mourir pour son créateur, quelque soit la forme, je dirais, qu'il prend, lui rendre la vie qu'il nous a donnée et afin que celui-ci, justement, ce créateur, subsiste dans sa gloire, et dans sa présence au monde. Je crois que personne ne viendra nier que ça fait partie de notre normalité. C'est ça qui est épou
ntable quand cette action se trouve dénoncée, je dirais, à juste titre, dans notre actualité. C'est épou
ntable et ce qui rend évidemment la dénonciation de ce fait difficile, c'est que ce n'est pas un événement pathologique. Cela fait partie de ce que l'on appelle « les devoirs » de tout enfant. Et c'est pourquoi il y a là concernant les problèmes de l'identité et de l'identification un pas à franchir dont j'espère que je pourrai ce soir effectuer, les premières a
ncées.
Or, comme vous le savez, il y a chez les militaires des névroses traumatiques, il y a des militaires qui se trouvent réduits à l'incapacité de poursuivre leurs fonctions du fait que les engagements qui ont été les leurs ont pris cette dimension traumatique, et que depuis, ils sont dans l'incapacité physique et mentale de poursuivre. Ces névroses traumatiques de guerre ne sont pas du tout rares et posent de sérieux problèmes, évidemment, aux états majors. Les névroses traumatiques de guerre peut-être pouvons-nous justement les faire relever de ces personnalités qui subjectivement n'étaient peut-être pas disposées au risque de mourir pour la Patrie. Que dès lors, les engagements violents qui furent les leurs ne peuvent s'inscrire peut-être en référence au cas précédent que j'évoquais avec la scène primitive, ne peuvent que s'inscrire pour eux que dans le registre du traumatisme. Si vous souhaitez un peu a
ncer sur ces questions, l'usage des catégories lacaniennes du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire est incontournable. Car, si vous dites, dans le langage de Lacan, que le traumatisme, c'est la rencontre d'un réel qui n'est pas symbolisé, ce qui dans l'écriture du noud borroméen se traduit par le fait que le rond du Réel est détaché de celui du Symbolique, qu'ils ne sont pas noués ensemble, alors donc, justement, ce n'est pas dialectisable.
La question que l'on peut légitimement se poser c'est : est-ce que la symbolisation est capable d'épuiser toute la dimension du Réel ? Autrement dit, de rendre tout le Réel propre à la jouissance. La jouissance, n'est donc que masochique dans le cas de figure que j'ai évoqué. Est-ce que la symbolisation rend tout le Réel propre à la jouissance ? C'est une question à laquelle il est facile de répondre, figurez-vous. C'est étrange, hein ? Il est facile de répondre à cette question en rappelant que le signifiant n'a pas le pouvoir de dire tout, et que, comme Lacan l'écrit avec une pertinence dont nous ne mesurons pas, je dirais, toutes les incidences cliniques, le signifiant ménage la place du pas-tout, il y a du pas-tout, c'est-à-dire ce qui échappe à la prétention du mot, du signifiant, du concept, d'être tout, et donc d'absorber tout le Réel. Il y a toujours un reste. Et de telle sorte que ce reste, ce qui échappe à la dialectisation a pour correspondance en clinique la dimension de l'échec que nous connaissons tous.
Il y a toujours quelque chose qui résiste, quelque chose qui ne
pas, quelque chose qui fait que l'accord est toujours imparfait, et que lorsque l'on fait le bilan, on s'aperçoit que ce que l'on pou
it prendre pour des réussites, après tout, est plutôt marqué par l'échec. Eh bien, cette manifestation incontournable dans notre fonctionnement, aussi bien dans la spéculation que dans les faits, est évidemment attaché au fait qu'il y a toujours un reste qui résiste. Et, comme vous le voyez, les problèmes de notre culture c'est de ne pas savoir traiter correctement cet échec. Autrement dit, de l'inscrire automatiquement dans le champ de l'insuffisance, de la culpabilité, du manque, du manque à être, du manque à devoir, du manque à accomplir, etc. Lorsque cet échec participe de ce qui est une vie conjugale ou collective, il est bien évidemment que dès lors, il engage toutes les disputes, tous les conflits d'attribution afin de trouver celui qui est coupable de cet échec.
Donc, vous le voyez, je suis parti. Voyez comme on a voyagé, là, comme ça, subrepticement puisque, je suis parti de Fort de France, Scholcher, plus exactement, puis, je suis parti de là parce que, c'est quand même formidable qu'il y ait dans cette île un certain nombre de brillants esprits dont l'unique pensée, à partir de traumatisme qui est fondateur de leur origine - parce que le traumatisme, c'est quand on n'est pas l'enfant d'un discours, mais quand on est l'enfant de la violence brute - eh ben, qui, à partir de ce traumatisme de leur origine, ne savent penser que la re
nche. La re
nche qui n'a jamais rien re
nché. On n'a jamais vu, je dirais, l'exercice d'une re
nche venir guérir du traumatisme originel, si ce n'est, bien entendu, de l'exercer, cette fois-là, sur un autre. Comme il se trouve que j'ai depuis de longues années voyagé dans cette île, et que j'ai pu assister à l'évolution de brillants esprits, je dirais, ainsi captés, enfants de ce traumatisme originel, sans parvenir à le dépasser, et du même coup, sans être en mesure de, à part la beauté de leur style d'écriture, en mesure de traiter cet épisode comme rele
nt non pas d'une singularité, d'une fatalité, mais comme étant inscrit au centre de toutes les virtualités propres à notre espèce. Le traumatisme, il est là, il peut toujours prendre cette expression, je dirais, désolante, puisque elle rend idiot et cela, je dirais, à l'exception d'un seul, là-bas, et qui, lui, a pensé l'origine tout autrement, non pas, donc en faisant des enfants qui se trou
ient là, des handicapés du colonialisme, mais en leur attribuant une identité qui les assimile à un groupe humain essentiel, un groupe humain, pas un groupe qui se caractérise par un ancêtre, par une religion, par une éthique. Un groupe humain. Et c'est ainsi que Aimé Césaire a promu, là-bas, mais sans être manifestement parfaitement entendu, la dimension de la négritude. La négritude fait partie de l'humanité, il y a une partie de l'humanité qui relève, je dirais, de cet état, et alors ? Et après ? Vous le voyez, la question est, à partir de là ce qui, en effet est chose merveilleuse, c'est que, ce groupe se trouve détaché de toute référence ancestrale, mythique, religieuse, politique, ou autre, linguistique. Un groupe humain, parmi les autres. C'est donc, après être intervenu dans le cadre de ce colloque, et je dois vous dire que, a
ncer des propos comme ceux que, très cursivement, je traite ici, ce n'est pas forcément facile dans le contexte.
Donc, je me suis trouvé cette fois-là à New York dans un institut interdisciplinaire animé par des psychanalystes newyorkais, et où le thème était justement celui de l'identité et de l'éducation. L'identité, je ne sais pas d'ailleurs si ça n'a jamais été dit comme ça, il y a deux façons de faire qu'elle opère, la prise d'identité. Ou bien, vous vous retrouvez à la naissance avec un nom, vous êtes nommé, et avec ce nom vous vous inscrivez dans une lignée et une appartenance. Ça
être votre identité, c'est-à-dire le trait, le trait, puisque un signifiant, celui du nom propre, dans cette occurrence, fonctionne parfaitement comme le trait qui désormais fixe votre identité. Comme vous le savez, aujourd'hui, nous sommes à la mode des tatouages, et je pense qu'il n'est pas arbitraire ni excessif de penser que ces tatouages ne doivent aujourd'hui leur succès, leur popularité qu'au fait que de plus en plus le nom propre ne signifie plus l'inscription dans une lignée mais la rencontre occasionnelle entre un homme et une femme et qui furent plus ou moins rapidement amenés à se séparer. Alors, on se décore de quelques traits susceptibles de vous rappeler que vous êtes bien celui-là. Ce qui est drôle, d'ailleurs, c'est qu'on oublie à cette occasion, mais je signale que les tatouages sont l'apanage des peuples sans écriture. Et je trouve à retenir comme un fait intéressant le fait de ce retour, comme s'il y a
it quelque chose qui dans la psyché ne se trou
it plus inscrit et dans la capacité de fonctionner comme ce trait Un, ce nom propre qui vient déterminer pour un sujet donné son identité. Ce qui, également est bizarre c'est que ce trait Un, ce trait Un parce que Freud l'appelle einziger zug - ce qui ne veut pas dire, je ne sais s'il y a parmi vous des germanophones, ce qui ne veut pas dire le train unaire, zug, mais le trait, le trait Un - Eh bien que ce trait Un, il a toujours à voir avec la virilité. Et, il y a même, comme vous le savez, dans nos sociétés, une espèce de hiérarchie des noms propres, entre les noms plébéiens et les noms de noblesse, une hiérarchie des noms propres qui semble graduer le degré de virilité identifiée. Et aussi ce fait majeur dans notre culture et qui est que, une femme, figurez-vous, mais je ne sais pas si vous le savez, n'a pas de nom propre. Elle n'a pas de nom propre puisque il
falloir qu'elle en acquiert un. Alors, heureusement, le législateur est allé au de
nt de la souffrance provoquée par cette situation et permet donc aujourd'hui que, par l'intermédiaire d'un petit tiret, le nom des deux familles soient accolés. Alors ceux d'entre vous qui connaissent un peu la situation brésilienne, savent que ça aboutit à faire évidemment des noms propres impressionnants par tous les ancêtres qui se trouvent convoqués avec l'identité de chaque individu. Ce qui fait que le signifiant du nom propre n'est pas un signifiant comme les autres, c'est-à-dire qu'il ne se prête pas à la métaphore ni à la métonymie. Si je m'appelle Dupont et si quelqu'un vient m'appeler Durand, je crois que je serai plutôt fâché, et que je viserai à me faire reconnaître dans ce qui est ma spécificité duponnesque. Il ne se prête pas à la métaphore, il ne se prête pas à la métonymie, et d'autre part, quel est son signifié ? Quel est le signifié d'un nom propre ? Le signifié d'un nom propre, c'est l'arbre généalogique dont vous êtes un rameau, c'est un nom d'arbre. Eh oui ! C'est le nom qui représente l'instance phallique à laquelle vous vous rattachez, dont vous êtes un petit rameau. Alors, vous pouvez vous appeler Rameau, et comme ça, vous êtes le rameau du Rameau.
Le propre du nom propre, c'est donc que de vous approprier immédiatement à une série de groupes restreints. Il y a d'abord, évidemment, le groupe familial, et puis on
élargir. Ce sont des cercles, comme ça, concentriques, qui vont en s'accroissant. Le plus petit, au centre, c'est le groupe familial, évidemment, et qui, comme j'ai déjà eu l'occasion de le faire remarquer, a un intérêt surprenant, surprenant puisque il vous dit l'ensemble, tous ceux qui portent ce même nom propre, l'ensemble qui est interdit pour vous au mariage. C'est-à-dire, l'ensemble qui dit la castration dont vous relevez. Evidemment, il y a toujours des exceptions, bien sûr, et moi, j'ai connu des gens qui s'étaient mariés justement parce que homme et femme portaient le même nom propre, bien sûr. Mais le problème n'est pas l'exception, le problème est celui de la loi générale : à l'intérieur d'une même lignée, la copulation vous est interdite. On ne le sait pas toujours quand on évoque ce que c'est qu'un nom propre. C'est-à-dire que ça marque la castration. Mais ça rappelle ceci, c'est que vous êtes au service, avec ce nom propre, d'une instance phallique que vous ne pouvez pas laisser s'auto-consumer dans l'inceste, se dévorer elle-même, comme le catoblépas, mais une instance phallique qui a besoin d'être correctement appareillée à une instance qui viendra en quelque sorte accepter d'occuper une position féminine pour permettre la perpétuation de l'instance phallique dont vous êtes originaire. Ça c'est une drôle d'affaire encore.
Mais, en tout cas, à part cette propriété que je ne fais qu'évoquer de façon et, à l'intérieur de ces cercles qui vont s'accroissant puisque vous partez de la famille, vous allez à la Nation, puisque votre nom propre est toujours attaché à une langue positive parlée spécifique, et donc, vous avez, en tant que le signifiant de votre nom propre appartient par sa construction à la fois littérale et phonématique à la langue positive que vous parlez, vous appartenez à l'ensemble national de ceux qui pratiquent cette même langue. Vous avez donc, à partir de cette identité familiale l'inscription dans un cercle plus large qui est le cercle national et cela a une conséquence immanquable : c'est que cette identité nationale vous inscrit dans une frontière. Il y a ceux qui relèvent de cette communauté qui se trouve séparée par une frontière de l'extérieur qui lui est étranger. Il est étranger, de telle sorte que la figure de l'étranger est toujours inscrite virtuellement en figure hostile et ennemie, puisque s'il ne vient pas s'inscrire dans votre ensemble, il peut paraître à chaque moment exclu d'une humanité qui ne sera accordée qu'aux membres de la communauté rele
nt de la même langue positive parlée.
Je pourrais, à cette occasion faire quelques petites digressions, vous dire par exemple que l'unité nationale française, puisqu'il en est question actuellement n'est pas du tout là du même type que l'unité allemande, pas du tout. Et on en lit les conséquences, je dirais, journellement. Les problèmes spécifiques ne pas les mêmes parce que l'Allemagne, bien qu'étant toujours constituée de régions, de Landers, a une langue unique. Cette langue que Luther a rendu sacrée avec sa traduction en allemand de la Bible. Ça aussi, ça a des conséquences. Ce n'est pas du tout le cas de la France où il existe de nombreuses langues régionales. Il a fallu un pouvoir politique, d'abord royal et ensuite révolutionnaire qui a repris, je dirais, encore plus vigoureusement cette action d'unifier cet ensemble grâce à l'imposition d'une langue unique. Evidemment, ces langues régionales sont présentes dans la mémoire de ceux qui en furent privés. Mais elles retrouvent facilement une actualité, une légitimité, et cela pose évidemment un certain nombre de questions quant à la pérennité de l'unité nationale lorsque tant d'exigences divergentes voient le jour. Et de telle sorte que, comme nous le savons, comme vous le vérifiez, cela ne manque pas, , de provoquer des inquiétudes dont les solutions ne semblent hélas pas meilleures que les circonstances qui légitiment ces inquiétudes.
Je vous disais tout à l'heure que mourir pour la Patrie, de préférence en héros, c'était normal. Oui ! Vous voyez bien pourquoi ? Pourquoi ça fonctionne comme faisant partie de notre normalité, dont je vous rappelle que Lacan l'écri
it « la normâlité », eh bien, c'est bien le phallus dont il est question.
Dans un texte que j'ai présenté à New York la salle où nous étions n'était pas une salle de conférence, c'est-à-dire faite avec une tribune et puis des sièges disposés pour un auditoire. La salle où nous étions, c'était un studio de télévision, avec les dispositifs qui permettaient aux caméras, je dirais, de centrer les quelques acteurs du moment qui étaient installés sur un canapé circulaire. Il est vrai que aux Etats Unis, la question de l'identité pose des problèmes spécifiques puisque il suffit pour ça de vous promener cinq minutes dans New York, ou bien de voir comment fonctionne votre hôtel et la main d'ouvre qui y tra
ille : la population est d'une diversité stupéfiante et remarquable. Stupéfiante et remarquable puisque il semble néanmoins trouvé un accord social, malgré les inégalités qui sont évidemment criantes, un accord dans l'enrichissement réciproque possible, réalisé par la solidarité tra
illeuse des uns et des autres. Et là, intervient le deuxième type d'identification que j'évoquais tout à l'heure, c'est-à-dire que là l'identification elle ne relève plus de l'appartenance de tel ou tel, à ce que fut sa famille d'origine, mais elle relève maintenant, elle est liée à l'appartenance à cette communauté parfaitement disparate, et qui se reconnaît dans une identité artificielle, neuve, mais néanmoins à laquelle chacun
se référer et qui sera l'identité d'être américain. Ceci donc, pour vous signaler ce phénomène, et ça vous l'observez en clinique en permanence : de quelle façon une bande, un groupe quelconque est susceptible par solidarité de s'inventer une identité commune. Le nom, ici, n'est plus octroyé par la bénédiction d'ancêtres qui se sont échinés à vous précéder, mais l'identité elle est fabriquée, elle est artificielle mais tout aussi exigeante, et tout aussi solide, forte, ferme, que celle qui s'est inventée par tacite consentement à partir de la réunion de ce que Freud a appelé dans Psychologie collective et analyse du Moi : une masse. Une masse, c'est-à-dire un ensemble inorganisé qui
coaguler par l'adoption d'une identité commune, c'est-à-dire le choix d'un chef, et avec toutes les conséquences que cela pourra avoir. Ce qui est magnifique, c'est que ce phénomène, vous l'observez à tous les niveaux. Vous l'observez très tôt en milieu scolaire où des enfants vont se regrouper en bande, éventuellement hostiles les unes aux autres. C'est magnifique ça ! C'est magnifique cette enfance de l'humanité qui tout de suite
faire état, comme ça, de séparation, et puis d'une dénonciation du groupe forcément ennemi. Il n'y a pas d'alliance là, hein ? C'est les autres. Et vous savez également combien chez les enfants, il y aura ce souci d'appartenir à une bande, d'être inclus, d'être adopté, d'en faire partie, encore qu'une bande se constitue bien souvent sur l'exclusion d'au moins un parmi eux. Il y aura au moins un gosse qui sera tenu à l'écart, et qui n'en sera pas très heureux, d'ailleurs. Mais en tout cas, c'est comme ça. Une bande se constitue ainsi sur l'exclusion d'au moins un gosse. Je vous évoque ce fait à l'école mais vous l'avez dans des manifestations qui cette fois-là concerne des adultes consentants, comme par exemple avec les supporters des clubs de foot. Mais vous vous dites : mais, qu'est-ce que c'est que ce truc ? Comment c'est possible que parce que moi, et c'est bien connu, je suis un supporter du PSG, - l'acronyme est bien parce que PSG, au fond, hein, PSG. - Et l'autre, c'est un supporter de l'OM. Ça aussi, c'est bien l'acronyme l'OM puisque, (c'est bien parce que ça veut rien dire PSG, OM). Mais non, justement, ça veut tout dire puisque, à l'occasion de telle rencontre sportive entre supporters du PSG et supporters de l'OM, il y aura des morts ! ça s'est vu en France, il n'y a pas besoin d'aller à l'étranger pour ça ! Alors, il faut que la police prévoie des dispositifs : il faut contrôler les canettes de bière que les types emportent ou les boules, les boules de pétanque qu'on a dans la poche, etc. Ce qui est étrange, c'est que ces phénomènes qui sont, je ne dirais pas qu'ils sont bien de chez nous, je dirais bien qu'ils soient bien de nous. On est comme ça ! Il ne viendra à l'idée de personne de les traiter de pathologiques, c'est normal ! Est-ce que ce n'est pas normal ? C'est normal puisque c'est lié aux mécanismes de l'identification, c'est-à-dire à ce besoin de se construire une identification, avec la différence sui
nte : c'est que lorsque ce nom vous est gracieusement affecté, puisque vous en avez reçu la bénédiction, rien n'empêchera que vous puissiez chercher à le détruire. Ça s'appelle le complexe d'Odipe. C'est ça le complexe d'Odipe : le complexe d'Odipe, c'est quand vous vous en prenez à cette instance originelle et originaire dont vous êtes le produit. Il y en a marre de celui-là ! Mais, si cette instance est délibérément choisie, vous ne pouvez plus avoir vis-à-vis d'elle ce réflexe odipien. C'est-à-dire qu'à partir de ce moment-là, vous ne pouvez qu'en devenir l'amant. Comme vous le savez, aux Etats Unis, quand on se présente et que vous donnez votre nom, l'autre vous répond : « appelez-moi Bob », dans le cas où il s'appelle Bob, et vous-même, vous êtes tenu à ce moment-là, par courtoisie, de lui répondre : « appelez-moi Hector ». C'est-à-dire que la démarche ordinaire consiste au renoncement à tous ces noms propres que d'ailleurs vous avez pu modifier. Au moment de l'immigration, on vous a invité à changer, à angliciser votre nom d'origine. Et il est tout à fait licite d'adopter le pseudo que vous voudrez, et ça deviendra votre nom de famille, ce qui aux enfants pose toujours des problèmes, toujours, évidemment. Alors après ils s'en vont errer en Europe ou dans le monde pour aller recherche le petit village ou le bout de terrain d'où toute cette affaire est partie. Mais vous savez que la seule identité qui est exigée de vous, que vous soyez laïque ou pas, la seule identité qui est exigée de vous, c'est l'identité religieuse, celle que vous voulez. En tout cas, vous ne pouvez pas ne pas avoir de religion, autrement dit, vous référer à l'instance tutélaire ordonnatrice de la morale dont vous entendez relever. Là, c'est nécessaire, c'est obligatoire.
Nous en sommes là sur ces questions avec ce que la semaine prochaine, je vous apporterai donc comme une conte de Noël, c'est-à-dire la façon dont effectivement ça se passe pour chacun d'entre nous, et que nous ne voulons pas savoir, c'est-à-dire la manière dont nous nous défendons dans ce processus que je viens de décrire contre ce qui est la réalité pour chacun de son identification. J'espère donc avoir suscité chez vous un vif sentiment d'attente et si vous avez une question, on peut rapidement l'aborder.

Question : A propos du mariage, est-ce qu'on peut parler des phénomènes des colonisations. Est-ce qu'on peut parler du phénomène des colonisations comme d'un mariage d'une instance phallique principale avec quelqu'un qui vient épouser en quelque sorte les coutumes, les ancêtres, et qui, à un moment donné, peut-être, se révolte, justement ?

Alors, s'il faut s'en tenir, votre question est intéressante, s'il faut s'en tenir à l'histoire de la Martinique, ceux qui ont débarqué là-bas, c'était bien entendu, comme d'ailleurs ceux qui étaient sur le Mayflower, c'était des tout petits blancs, hein, des pauvres. Des gens qui, s'ils ont quitté la France, c'est que vraiment c'était des miséreux. Ce sont eux les colons. Et il est bien évident que, en arri
nt là-bas, ils se sont mariés avec des femmes de couleur, et il est bien évident qu'ils ont eu des enfants, et qu'on a appelé des créoles. Et ils ont commencé à avoir cette langue nouvelle, éponyme qui s'est appelé le créole. Mais lorsque le pouvoir royal en la personne de Richelieu a vu ce qui se passait, c'est-à-dire qu'il se faisait là une population complètement nouvelle, avec une langue nouvelle, et que donc le risque d'indépendance vis-à-vis de la Métropole était latent, eh bien il est intervenu pour casser tout ça, et pour l'empêcher. Et donc, il est certain qu'il y a eu spontanément ce mouvement, mais, je dis bien, le pouvoir central a veillé à empêcher ce que vous évoquez.
Charles Melman : Différence entre la clinique freudienne et la clinique lacanienne - 5
EPhEP, le 14/01/2016

Pour conclure pour moi, en tout cas, ces quelques exposés par, comme il se doit, un feu d'artifice, eh bien, c'est bien le moindre, et pour l'inaugurer car, comme vous le savez, un feu d'artifice ça commence doucement pour aller crescendo et devenir superbe. Donc pour commencer, je vous rappellerai ceci, s'il faut le rappeler : c'est que entre l'homme et le monde il y a, qu'est-ce qu'il y a déjà ? Vous vous en souvenez de ce qu'il y a entre l'homme et le monde ? Et pourtant, tous les jours, c'est ce que vous rencontrez. Entre l'homme et le monde, il y a la morale. La morale, c'est pas ce qui donne des leçons, la morale c'est ce qui à chacun de nous dit d'abord ce qui est bon, bon à goûter, bon à vivre, bon à expérimenter, les jouissances qui sont bonnes par opposition à celles qui sont mau
ises, parce que nous ne trouvons pas en nous, à la naissance, je dirais de façon innée, la détermination de ce qui serait bon ou mau
is. Et donc le bon goût, comme vous le savez, évidemment
rie d'une morale à l'autre, d'une culture à l'autre, ce que l'une interdit l'autre le
lorise etc. Donc, entre l'homme et le monde il y a d'abord le système qui lui prescrit ce qui est bon et du même coup, évidemment, vient trancher ce qui est mal : le mau
is, le pas bon. C'est également ce qui dit ce qu'est le beau, la morale est ce qui dit ce qu'est le beau, ce qui est esthétique, ce qui ne l'est pas et qui, comme vous le savez,
rie tellement d'une culture à l'autre. On vous représentait autrefois sur les gravures ou sur les photos, par exemple les populations d'Amérique du Nord indiennes tatouées ; ça peut vous paraître bizarre ou sans doute inesthétique, eh bien comme vous le savez maintenant, voilà que ça fait partie du beau. Et c'est également, bien sûr, la morale ce qui vous dit ce qu'est le bien, le bien faire, agir comme il faut, où il convient à un homme bien. Je suis en train de vous réciter du grec là, puisque c'est avec eux qu'a commencé la spéculation sur ce qu'est le Beau et le Bien. Et comme vous le savez, je l'ai en tout cas pour ma part largement évoqué, ces qualifications, ces spécifications du Beau et du Bien
riaient selon les Ecoles, sans que pour chacun cela ne vienne fonctionner sur le mode impératif, c'était un choix, un choix volontaire fait par les adeptes de telle ou telle Ecole et, sans doute pour nous, la plus impressionnante est celle de ceux que l'on a appelé les Stoïciens. La plus impressionnante parce que les Stoïciens a
ient dans leur rapport au monde une attitude tout à fait singulière, puisqu'ils disaient que, au fond, tout ce qui relève du monde était mau
is. Qu'il ne fallait pas se laisser impressionner, au sens quasiment photographique du terme, par ce qui venait du monde qu'il fallait lui opposer une attitude de refus, de défense, d'apathie ; autrement dit refuser la souffrance qu'implique inévitablement le rapport, les sensations. Les « sensations » à Athènes, ça voulait dire avoir des sensations, ça a donné ensuite pour nous les passions et la pathologie. La « pathologie », c'est originellement ce qui est simplement le fait d'avoir des sensations. Et donc cette position radicale, puisqu'elle prenait pour Idéal le fait d'être entièrement le maître de soi ; c'est un idéal de maîtrise absolue, de ne se laisser en aucun cas entraîner par les sensations qui pou
ient venir du monde et aussi bien du corps. Et voilà pourquoi je vous fais ce petit développement, c'est que d'une certaine manière cela impliquait la défense contre les désirs, les passions qui pou
ient venir du corps. Pourquoi est-ce que cela nous intéresse ? On se demande bien pourquoi. Eh bien ça nous intéresse parce que ça nous montre, au fond, que ce que la psychanalyse appellera bien plus tard la castration, autrement dit le renoncement au plaisir du corps et en particulier sexuel, la castration n'a
it pas besoin d'un référent, d'un agent, d'un commandant, d'un commandeur, d'un dieu, d'un père pour être délibérément choisie, afin d'assurer le bonheur de ceux qui s'engageaient dans cette voie, en tout cas d'assurer le moindre malheur. Donc, comme vous le voyez, le choix d'un Idéal de maîtrise parfaite impliquant un ascétisme absolu et qui, je dirais, ne se trouve commandé par aucun référent de type divin ou politique. Lorsque Néron commandera à Sénèque de se suicider : pas de problème. Sénèque
tranquillement s'ouvrir les veines et regarder le sang couler, lui-même, progressivement et sereinement, disparaître, pas de problème. Il accomplit l'idéal parfait de cet enseignement qu'il essayait d'inculquer à Néron dont, comme vous le savez, il n'a retenu que ce qui pou
it l'arranger ; on voit qu'il était pas un très bon élève, Néron, du stoïcisme.

Ce qui est, et c'est là que je commence à entrer dans ce qui nous intéresse du point de vue psychopathologique, remarquable, c'est que la religion, notre religion, la religion révélée, la religion monothéiste est venue complètement renverser le problème. Car d'abord elle a installé un référent divin auquel est attribuée la morale prescrite dont il est l'Auteur, celle qu'il recommande. Et d'autre part celui-ci dit que la jouissance est bonne, mais à une condition : à condition qu'elle soit mise à son service, à ce Dieu. Autrement dit, la créature ne fait que participer, voire, disons, être le fonctionnaire d'une jouissance recommandée par le Père, mais qu'il n'exerce qu'à la condition de respecter les restrictions que celui-ci impose c'est-à-dire, et, c'est là que nous retrouvons ce terme bizarre de castration, c'est-à-dire que chacun a à être marqué par le renoncement, le sacrifice symbolique de ce qui est représentatif sur le corps de la sexualité. C'est-à-dire qu'il marque son appartenance à ce Dieu par renoncement symbolique de ce qui sur son corps marque la sexualité, ce qui pourra être aussi bien, évidemment, la circoncision que l'excision, que nous jugeons évidemment fort cruelle(s) et illégitime(s). Autrement dit, la marque de ceci c'est qu'il y a une délégation de pouvoir qui est faite à l'endroit de ce Dieu qui, désormais, en quelque sorte, en retour, autorise l'exercice d'une sexualité faite pour satisfaire ce qui serait, à ce dieu, son bénéfice, et qui est l'accroissement de son troupeau ; c'est un dieu pastoral, dont le bonheur est d'avoir une postérité.

Et, c'est là que nous allons donc nous trouver de
nt des figures que nous connaissons bien et qui faisaient du père de famille le fonctionnaire délégué au respect de cette tâche, et de même, bien entendu, de la mère, celle qui était l'exécutrice de cette volonté divine. Il est évident que nous avons baigné, ceux de ma génération pour le moins, avons été baignés dans cette eau lustrale. Ce qui nous intéresse, dans cette affaire, ce n'est pas cette excursion disons anthropologique, ce qui nous intéresse c'est de pouvoir montrer que ce que l'on appelle la phobie ou les névroses sont organisées, malgré leurs diversités d'expression, par ce qui est chez le sujet le refus ou l'impossibilité d'accomplir la loi commandée par cette instance, et c'est ça qui est, je crois pour nous, remarquable. Et qui poursuit ce que Lacan a pu écrire dans ce remarquable article que vous trouvez dans les Ecrits qui s'appelle D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, et où il cherche à montrer que la psychose, autrement dit les diverses formes cliniques de folie, sont liées à un mécanisme psychique unique qui est ce qu'il appellera en reprenant un terme freudien, la forclusion, verwerfung, la forclusion du Nom du Père. Pourquoi le Nom-du-Père ? Parce que cette instance évidemment, ce référent que j'évoquais tout à l'heure, n'est présent parmi nous, dans le meilleur des cas - parce que, s'il commence à se manifester de trop près ça devient inquiétant - donc il n'est présent parmi nous que présentifié par son nom, le nom de Père. Il arrive qu'il y ait des enfants qui, pour des raisons diverses ne pourront pas, je
is le dire comme ça pour imager, inclure ce nom dans leur vocabulaire, dans leur lexique ce mot manque. Et par exemple, dans le cas illustre dont s'est servi Freud, c'est-à-dire celui du président Schreber, et que reprend Lacan, il apparaît très clairement que le papa du président Schreber fonctionnait, non pas comme un père, mais comme un éducateur. Il a
it d'ailleurs vocation à être un éducateur ; un éducateur ce n'est pas un père. L'éducateur est celui dont attend qu'il donne les bons enseignements, qu'il contrôle, qu'il indique, qu'il puisse à la rigueur servir de modèle. Un père, c'est évidemment tout autre chose puisque, certes, il
se proposer comme modèle, mais comme modèle pris dans l'exercice d'une sexualité, et en tant que - ça, je crois on l'a déjà vu tant de fois - en tant qu'il sépare l'enfant de sa mère. C'est une opération élémentaire et tellement banale dont on ne se remet pas toujours, si tant est d'ailleurs qu'elle soit appréhendable par l'enfant, je veux dire que ce qui se passe autour de lui, lui permette de repérer cette fonction paternelle. Pourquoi séparer une mère de son enfant ? Eh bien cette méchante action, c'est vraiment vilain, c'est vraiment pas beau, c'est souvent vécu comme traumatisant, c'est volontiers pris comme traumatisme, une injustice, une brutalité, un excès, un viol, eh bien cette méchante action a le privilège, à côté de tous ces méfaits que je viens d'invoquer, d'évoquer, a le privilège d'introduire cet enfant aux lois de la parole, c'est-à-dire au fait d'être un être parlant. L'objet souhaité, recherché, espéré, cet objet-là sera manqué.

C'est drôle quand même qu'il faille une telle expérience, et ça
nous permettre de réfléchir sur ce que l'on appelle une expérience, pourquoi faut-il ce genre d'expérience pour qu'un enfant soit sensible, par ce tranchement à ce qu'implique la loi du langage, et qui
lui permettre à la fois d'appréhender la notion de ce que c'est que l'Idéal, c'est-à-dire le Un, et d'autre part appréhender le fait que c'est ce défaut introduit dans sa vie qui est la clé lui permettant d'être désirant. C'est, je dirais, la fonction paternelle, et en tant qu'agissant ainsi, ce père est effectivement le fonctionnaire de cette instance divine dont je parlais tout à l'heure, dont lui-même, le père, tient son pouvoir par délégation. C'est en tout cas comme ça que cela fonctionnait jusqu'à il y peu, puisque ça ne fonctionne plus tout à fait comme ça, et cela lui donnait l'autorité et justifiait cette brutalité. De même, bien sûr, et de façon en quelque sorte symétrique, une femme, du fait de cette référence paternelle se voyait invitée à partager la sexualité, à l'endosser ce qui, comme nous le savons ne
pas de soi, ne
jamais de soi, cette femme se trou
it donc autorisée à l'endosser, à y participer, voire à y prendre sa satisfaction, et dans la mesure où, de même que son partenaire, elle participait à cette injonction d'avoir à faire une famille et donc à être mère.

Ce que nous appelons les névroses, c'est-à-dire ce qui est ordinaire (faut pas aller les cacher dans un coin, faire comme ça un enclos réservé comme celui des pestiférés aux névrosés) la névrose, c'est ce qu'il y a de plus commun en tant que contestation par le sujet de ces exigences biscornues qui lui volent sa jouissance, puisque désormais cette dernière doit être mise au service d'un ordre supérieur. Elle se trouve encadrée, et l'homme lui-même à ce moment-là se trouve ne pouvoir exercer là encore que par délégation. La fréquence des névroses s'explique aussi aujourd'hui fréquemment par le fait que les conditions familiales n'ont pas forcément fourni à l'enfant le type de référent, qu'il soit masculin ou féminin, qui vienne fonctionner pour lui comme des modèles, comme des exemples, comme étant
lides, pour l'introduire à une vie, que je ne dirais pas satisfaisante, mais en tout cas légitimement en quête de satisfactions telles qu'elles sont possibles et prises, justement, dans le cadre de cette hétérosexualité.

Vous voyez comment ce que j'évoque appartient déjà à une époque partiellement révolue, puisque la popularité actuelle des théories sur le genre, c'est-à-dire l'affirmation que la distinction des sexes relève d'un jeu de rôle qui n'a pas d'autre signification que celui du caprice que à tel moment pourra avoir un sujet, et n'a pas d'autre importance ou d'autre conséquence. Cette théorie du genre, des genres, est exemplaire de ce qui est la contestation, c'est-à-dire le fait de rayer de la carte, de rire à la barbe de ce Barbu célèbre qui est le représentant imaginaire de cette loi. On lui dit, au Barbu, que cette distinction des sexes et le tra
il pour, je dirais, accroître le troupeau, on n'en a rien à faire, et que chacun après tout peut en disposer à son gré. Ce n'est pas l'anatomie qui fera la loi. Et c'est vrai d'ailleurs, pourquoi est-ce que se serait l'anatomie qui devrait faire la loi après tout ? Est-ce que c'est dans l'anatomie qu'il faudrait chercher la loi ?

Donc nous allons prendre la démonstration tout de suite par l'illustration, je dirais actuelle, la plus significative de ce mouvement général qui marque notre comportement, autrement dit la façon de refuser cette loi attribuée à ce Père et avec ses conséquences qui vont être les phobies et les névroses. Et je
is essayer de, comment dirais-je, de vous rendre excitants, si possible, quelques traits cliniques des phobies et des grandes névroses afin de vous inviter à considérer que rien n'est clos, ni dans leur description ni dans leur interprétation ; il ne faut pas penser que vous vous a
ncez dans un domaine qui se trouve décidé une fois pour toutes, absolument pas. Vous vous trouvez concernés par un domaine où il y a beaucoup plus à faire que ce qui a déjà été fait, ça c'est certain. Et donc, je
is vous montrer comment, aussi bien dans les phobies que dans l'hystérie et dans les névroses obsessionnelles, c'est bien à chaque fois de ce référent dont il est question, dans la mesure où il se trouve maltraité, ce référent, par le sujet, et je
is essayer à chaque fois de vous donner de ces dispositions pathologiques les traits, j'allais dire, les plus amusants.

Les phobies, pour commencer par elles, c'est extrêmement fréquent comme nous le savons, c'est un moment, je dirais, qui est, on a presque envie de dire obligatoire à un certain âge chez l'enfant, plus chez le garçon que chez la petite fille ; la petite fille ça viendra beaucoup plus tard, quand elle est petite ça
bien, mais cela s'observe évidemment très fort à l'adolescence, et puis ensuite, de façon aléatoire. Vous savez que celui qui est l'agoraphobique ne peut sortir de chez lui que accompagné, pourquoi ? Eh bien parce que cet accompagnement vient, en quelque sorte, dans le réel, confirmer une identité, la sienne, qui autrement, si il n'a pas cette présence accompagnatrice, cette identité lui fait défaut. Et elle fait défaut, cette identité, parce que lui manque le trait identificatoire, identificateur, ce que Freud a pu appeler le trait unaire, einziger zug. C'est dans le chapitre 7 de Psychologie collective et analyse du Moi sur l'Identification, le trait qui vient fixer symboliquement son identité, trait qui vient l'inscrire, qui appartient à sa filiation, fixe son rapport justement à la lignée dont il est issu, et qui chez nous est la lignée paternelle. Lorsque vous avez l'occasion, et je pense qu'ici vous l'aurez encore prochainement avec les exposés sur le cas remarquable du petit Hans, eh bien, ce merveilleux petit garçon si intelligent, souffrait d'une phobie parce qu'il ne trou
it pas chez son père le trait qui lui aurait permis de venir s'inscrire dans la lignée paternelle en tant justement que petit garçon ; et ne serait-ce que parce que, de façon fort banale, dont nous savons qu'elle n'est pas rare, c'est la maman qui portait la culotte, et que donc c'étaient la petite sour qui se trou
it, je dirais, favorisée, autrement dit phalliquement marquée alors que lui, le petit gars, il ne sa
it pas qui il était, autrement dit quelle était sa relation à cette instance phallique qui est l'expression laïcisée du Père de la religion. Il n'est pas nécessaire d'être religieux soi-même pour ne pas relever d'une lignée et de ce qui vient fonctionner comme une instance phallique. Ce qui est le symptôme, je ne
is développer le cas, ce qui provoquait sa phobie c'était comme vous le savez le fait de rencontrer au cours de ses promenades cet animal qui, à Vienne à l'époque venait tirer les chariots, c'est ce qui fait a
ncer les chariots. La locomotive si je peux m'exprimer ainsi, le moteur, sous la forme donc d'un che
l venant tirer un chariot, des wagons, et dont il craignait tout le temps, que ce pauvre che
l ne vienne s'écraser sur le sol. Et il n'est pas besoin d'être très fort pour voir dans ce che
l, le surgissement dans la réalité de cette instance motrice et tractrice, si j'ose ainsi m'exprimer (si ce terme n'existe pas il n'est pas très beau mais je n'y suis pas tellement attaché) cette instance motrice, faisant traction, entraînant donc le mouvement général, et dont il était sans cesse dans la crainte qu'il ne tombe. Cette instance qui eut dû rester hors du champ des perceptions puisque, chez nous, elle n'a pas tellement l'habitude de se promener dans les rues, seraient-elles celles de Vienne. Donc cette instance aurait dû rester en son domicile privé qui est celui du Réel et nous soupçonnons, éventuellement si nous avons foi en sa présence que, la voilà cette instance, dans cette affection, présentifiée sous la forme de cet animal. Et le petit Hans est dans l'angoisse qu'elle ne vienne à s'écraser, autrement dit à disparaître. Et vous avez donc tout un développement psychique de cet enfant organisé autour de ce fait que le papa, qui est un homme intelligent et brave, se trouve ne pas être en mesure, sous son propre toit, d'être le patron.

Ce qui est passionnant dans la phobie, et là je me détache de celle du petit Hans, c'est que c'est une maladie où ordinairement l'écran qui supporte nos représentations, cet écran se déchire, se disloque, disparaît, c'est-à-dire que le champ de l'imaginaire se trouve défaillir et à partir de ce moment-là le phobique se trouve cloué sur place, il ne peut plus bouger puisqu'il n'y a plus d'espace. De même, éprouve-t-il des sentiments de panique, c'est bien connu, dès lors que dans ce champ des représentations il
rencontrer - ça m'a toujours fasciné cette affaire - soit un dispositif d'avenues venant concourir vers un point à l'infini, une vue en perspective de
nt lui, comme dans ces villes modernes construites à partir du dix-huitième siècle, la fin du dix-huitième, avec le souci de l'ordre et de la rationalité qui commençait à être à la mode. Plus de petites ruelles médié
les, mais une ville rationnellement organisée avec ces vues perspectives. Autre vue perspective, celle qui peut s'observer à partir de la place que l'on a au poulailler d'un grand théâtre et où l'on a cette vue plongeante en perspective sur la scène qui peut suffire pour déclencher cet accès de panique. Vous vous demandez, bien entendu : pourquoi est-ce que ce dispositif scénique est-il susceptible de provoquer ce type de blocage ? Eh bien ce type de représentation vient figurer sur cet écran - vous savez ce peintre qui exploite ça à fond c'est le nommé Géricault, toutes ces toiles tournent autour des représentations de cet espace phobogène. Pourquoi ? - Eh bien parce que vous avez ainsi la figuration de ce qui soutient l'écran, le champ des représentations, c'est-à-dire les lignes de force du plan projectif, de toutes ces lignes qui concourent à l'infini, et qui, normalement ne sont pas interprétées comme telles ; autrement dit, la vue des coulisses, c'est-à-dire de ces lignes de fuite qui sont celles qui organisent, qui supportent le champ des perceptions, leur présentification dans ce champ des perceptions, vient en quelque sorte abolir la dimension de l'imaginaire et clouer le sujet sur place. Comme si en quelque sorte dans ce point à l'infini, il voyait l'oil qu'il est habituel de trimballer avec soi comme présence, comme regard qui suit la silhouette qui se balade dans le champ des représentations, comme si cet oil était là au point où viennent concourir ces lignes de fuite, et que donc le support imaginaire qui le voile se trou
it du même coup défait. ça c'est amusant. Mais il y a d'autres circonstances, comme vous le savez, qui sont susceptibles de déclencher dans l'espace des accès de panique : la grande place, présentification à l'évidence d'un trou qui ne se trouve aucunement symbolisé, c'est-à-dire qui se trouve beaucoup trop réel pour pouvoir venir fonctionner dans le champ de l'imaginaire. Et puis, alors ce qui aussi m'a longtemps fasciné et sans que je puisse longtemps lui trouver quelque interprétation : ce qui se passe au moment du franchissement d'un pont, c'est-à-dire de passer d'une rive à l'autre et avec, il y a là toute une poésie clinique, je dirais, sur le fait d'essayer d'atteindre la moitié du pont pour enfin arriver à le franchir, comme si il y a
it au niveau de cette moitié du pont une espèce, une espèce de quoi ? Et rien ne nous empêche de lire cette manifestation clinique comme étant ce qui est produit lorsque les signifiants, S1 et S2 ne se trouvent pas liés par ce qui les solidarise, c'est-à-dire cette instance phallique dont je parlais tout à l'heure, et que ce sujet n'a affaire qu'à la dissociation radicale de deux zones dont le franchissement est rendu interdit, impossible, puisqu'il n'y a plus rien qui ces deux rives les lie, les noue. Le pont lui-même n'étant là, en quelque sorte, qu'un artifice insatisfaisant pour pallier le déficit de l'instance venant réunir S1, le signifiant Maître et S2, le signifiant de l'objet ou de la jouissance. Ce qui est extraordinaire, enfin je trouve, c'est qu'il y ait de telles manifestations, de telles irruptions sur la scène d'éléments structuraux aussi nets, précis, aigus, tranchants, comme si nous avions là, comme dans une leçon d'anatomie, le dévoilement des structures propres au fonctionnement psychique. C'est ce que les névroses nous apprennent.

L'hystérie, l'affection, c'est une manifestation admirable puisque ce qu'une femme vient à cette occasion nous poser comme question, c'est d'abord un corps : comment puis-je dire qu'il m'appartient ? ça ne
pas de soi puisqu'après tout il a son fonctionnement propre, ses exigences propres, qui peuvent éventuellement être en désaccord avec ce que je peux en penser. Par ces manifestations, il vient à chacun poser déjà cette question, celle de l'appropriation de ce corps. Si comme longtemps on l'a dit le corps est un temple divin, il est certain qu'il ne m'appartient pas ; je l'ai, disons, par usufruit, autrement dit, j'en ai le droit de jouissance mais pas celui de propriété. D'ailleurs, comme vous le savez tous, ça a été constamment un problème dans les spéculations concernant l'autorisation qu'on a
it déjà de pratiquer des examens anatomiques ; ça n'a pas été évident, ça n'a pas été facile. Et puis ensuite, toute la suite jusqu'à ce que ce qu'apparaisse le don d'organe, le don de sperme. Donc, la question posée à cette occasion par l'hystérie c'est bien : ce corps qui donc est-il ? Est-il à moi ? Est-ce que c'est moi qui l'habite ? Est-ce que c'est lui qui m'habite et qui me contraint ? En tout cas, ce qu'il y a dans l'hystérie qui nous ramène à ces lignes de force que j'évoquais au départ, c'est le fait que l'hystérie vient produire sur la scène, dans le champ des représentations ce qui ordinairement ne devrait pas y être, car dans le champ des représentations ne peut figurer que la silhouette. C'est au titre de silhouette, comme déjà le pointait Descartes, avec ses portemanteaux qui se baladent comme ça dans la rue, c'est bien comme ça que nous sommes dans la rue, après tout. Eh bien elle vient, elle, dans ce champ des représentations, exhiber le corps, mais un corps qui en appelle à la médecine, qui n'est pas là pour séduire, il n'est pas là pour participer à quelque jouissance sexuelle, c'est un corps malade, et qui donc fait appel à la médecine. La médecine ayant un référent, que je signale à cette occasion et que vous retrouverez toujours, qui est un phallus, nous en revenons à ce que j'évoquais au départ avec le Nom du Père, mais un phallus sublimé, c'est-à-dire représentant exclusivement le maintien, l'entretien de la vie, mais sublimé c'est-à-dire hors sexe. Le propre de la médecine c'est de s'intéresser au corps en tant que le référent de ce corps est cette instance phallique sublimée, autrement dit destinée a
nt tout et essentiellement, voire uniquement à l'entretien de la vie, sans qu'on ait à s'occuper du sexuel. C'est là le corps de la médecine. Le médecin n'a pas pour vocation de s'intéresser, il s'intéresse éventuellement bien sûr aux organes de la sexualité dans leurs dysfonctionnements, c'est son métier, mais il ne s'intéresse pas au fonctionnement de la sexualité comme telle, ce n'est pas son domaine, ce n'est pas son affaire. Et s'il y a des gens qui s'appellent sexologues etc., aucun intérêt spécial, car ce sont encore des tentatives de médicaliser le fonctionnement sexuel, qui justement ne relève pas de la biologie. Donc, l'hystérique vient exhiber son corps sur la scène dans ce qui, à l'époque, a pu paraître évidemment comme hautement impudique, et dans des poses, dans des situations qui semblent évidemment érotiques. Ce qui est une erreur d'interprétation courante dans la mesure où c'est simplement, effectivement, un appel fait à un phallus guérisseur, à l'intervention d'un phallus guérisseur, mais en tant que médical, c'est-à-dire hors sexe. Seulement quel autre moyen, si je puis dire, de lui faire signe, si ce n'est justement par cette exhibition d'une espèce de sexualité sau
ge, mais qui n'est là qu'au titre d'appel à cette instance phallique si sublimée et médicale. C'est l'affaire des médecins ça. Et donc, il a fallu cette espèce de hasard, je dirais, de circonstances improbables qui ont fait qu'un dénommé Freud s'est trouvé confronté à ceci : c'est que dans ces manifestations toujours biologiquement abordées, eh bien ces manifestations somatiques se laissaient déchiffrer comme des écritures. Les symptômes hystériques étaient à lire,le corps fonctionnait là comme une surface sur laquel venaient s'écrire des symptômes. Autrement dit ils a
ient le sens d'une adresse au médecin, mais lui, évidemment n'est aucunement formé pour venir les lire. Cela lui parait absurde, ça n'a pas de sens pour lui, puisque c'est la biologie son métier, et on ne peut pas lui imputer ce qui ne relève pas de sa discipline. Donc, le hasard qui a fait qu'il y a eu ce bonhomme, un médecin, qui s'est aperçu que c'était des messages qui étaient là, inscrits sur le corps, qui venaient donc s'adresser à l'herméneute problématique, quelqu'un qui viendrait les déchiffrer, et avec la surprise, qui n'est pas d'ailleurs la règle, de constater que la lecture de ces symptômes pou
it suffire pour les faire disparaître. Autrement dit message arrivé à destination, comme quand vous envoyez un SMS et que votre portable vous dit : « hop, c'est arrivé à destination », et du même coup si c'est arrivé à destination, eh bien ça n'a plus lieu d'être, puisque le message est arrivé, inutile qu'il soit entretenu. Ce n'est pas une question de volonté chez l'hystérique, ce n'est pas parce que elle a décidé que... Et il est évident qu'à ce propos l'hystérique vient poser la question de savoir : pourquoi le père fait au corps de la femme ce destin si particulier, puisque au lieu de pouvoir, comme celui du garçon, disparaître dans le réel, autrement dit le garçon se supporte de son image, pour elle, ce corps, souffre d'une symbolisation imparfaite. Car il doit aussi, aussi bien pour la maternité que pour l'accomplissement d'une vie sexuelle, être présent dans le champ de la réalité, alors qu'il devrait, comme celui du garçon, en être retranché, appartenir au Réel. Et qu'il y a donc là, je dirais, une sorte de dissymétrie dont il est facile de voir comment, je dirais, elle peut prendre ce caractère démonstratif et ce caractère de maladie. La maladie étant quoi ?

Une définition - vous voyez aujourd'hui je vous donne vraiment des définitions tellement générales - la maladie témoigne d'une interprétation universelle : c'est que l'instance phallique, entre autre gardienne de la vie, se trouve là défaillante, elle est en péril. La grande leçon d'Hippocrate, c'était que si on voulait guérir quelqu'un il ne fallait pas trop, surtout pas trop intervenir, parce qu'il y a
it un gardien, il y a
it quelque chose qui allait faire réparation, et qu'il ne fallait pas que notre ignorance vienne perturber ce mouvement spontané qui allait faire que le corps allait se réparer. La maladie, c'est que cette réparation ne se fait pas toujours spontanément, et qu'il semble y avoir péril quant à cette instance phallique. Et comme c'est justement ce que vit, dans ces effets que je viens de dire, une femme du fait de ce paradoxe qui est imposé à son corps et qui fait qu'elle est toujours hors la loi, elle devrait n'être qu'une silhouette mais il faut aussi qu'elle soit incarnée ; il y a là un problème. Et le fait donc qu'elle appelle à une instance phallique guérisseuse, sera le trait médical, sera le trait évidemment hystérique majeur. Alors on dira bêtement, ou spontanément, ou naïvement, on dira : oui au fond, ce qui l'agite c'est une insatisfaction sexuelle. C'est comme ça que le prenaient les anciens - j'ai déjà évoqué ça - parce qu'elle n'est pas satisfaite quoi ! Une femme hystérique est une femme qui n'y trouve pas son compte, pour une raison ou pour une autre... C'est hautement inexact, car ce qu'une femme hystérique attend, c'est d'être aimée par ce père, estimant que justement son embarras tient au fait qu'elle n'aurait pas été aimée comme le garçon, c'est-à-dire élevée à la dignité de ce père, de le représenter en venant être génératrice, responsable d'une lignée. Donc, ce qu'elle demande c'est l'amour. Et il y a donc à partir de ce moment-là, évidemment, une certaine congruence avec ce qui viendra s'illustrer à partir de Freud dans le champ de l'analyse comme étant les manifestations du transfert. Pourquoi y en a-t-il qui sont, à l'évidence, les préférés du père, et puis il y en a d'autres qui se trouvent ainsi embarrassées et ce par le corps, justement, qui aurait à être à son service ?

Vous voyez je vous donne là des généralités mais qui sont faites, je dirais essentiellement, pour vous inciter, vous donner l'appétit, si c'est nécessaire, pour tra
iller ces questions.

Et pour vous donner encore dans ce même esprit, quelques indications concernant la névrose obsessionnelle, qui est l'autre grande contestation, forme de contestation de l'instance paternelle castratrice. Une névrose obsessionnelle c'est une construction magnifique, c'est le palais du facteur Che
l, c'est superbe. Vous avez cet étrange symptôme qui consistera, ça a l'air bénin et allez chercher une explication de ça quelque part, vous qui êtes ici les privilégiés puisque vous allez l'avoir. Ce symptôme, si bizarre, qui consistera chez l'obsessionnel lorsqu'il marche sur un carrelage, à surtout éviter de marcher sur les lignes de séparation du carrelage. Vous saisissez quelque chose là-dedans, vous? Quand même qu'est-ce que c'est ce truc ? Eh bien c'est que pour lui, justement, la ligne de séparation, c'est sacré, on ne marche pas sur ce qui est sacré, et c'est sacré en tant que justement lui en tant qu'obsessionnel, il ne la respecte pas cette séparation. Il ne respecte pas d'être séparé aussi bien lui comme enfant de sa mère, que lui séparé de ce qui normalement aurait à être excrété de son corps ; c'est un accumulateur. Vous savez, parfois vous trouvez dans la presse, que l'on a trouvé quelqu'un enfermé chez lui avec une accumulation d'objets, de vieux machins, n'importe quoi, mais qui prenaient toute la place. Un accumulateur, il ne faut rien lâcher, pas de séparation, pas de coupure. Or, justement, ce trait du carrelage, il pourrait faire séparation, mais il ne le fait pas puisque les carrelages restent assemblés, qu'il n'y a pas de hiatus. Et ce dont il
souffrir ce sera le fait que ce qui aurait à être retranché du corps - je ne veux pas m'appesantir ici sur le fonctionnement intestinal mais qui joue un rôle essentiel dans la spéculation de l'obsessionnel - ce qui aurait à être séparé du corps, dans la mesure, donc, où il y a cette opposition, ce refus à toute séparation de ce qu'il y a donc de mau
is, de mal qui aurait à être retranché, puisque c'est ça qu'on retranche, ce qui par définition est mal, mau
is, toxique, eh bien dans la mesure où c'est resté présent dans son esprit, dans son fonctionnement psychique, eh bien cet objet mal, mau
is, sale, dégoûtant qui aurait eu à être retranché
se trouver l'émetteur de pensées dont il n'arrive pas à se débarrasser : ce qu'on appelle les obsessions, pensées obsédantes, et qui sont les pires qu'on puisse imaginer, les plus immorales, les plus dégoûtantes, les plus perverses, les plus meurtrières, les plus assassines, et qui le tourmentent sans qu'il parvienne à s'en retrancher. Et c'est à cette occasion que, vous qui êtes intéressés par ce qui a pu, je dirais, s'écrire, s'étudier là-dessus, vous découvrez ce que Lacan a pu raconter sur l'objet a, c'est-à-dire sur la lettre, en tant qu'elle se trouve, pour des raisons purement structurales, être le support de ce qui vient normalement faire défaut dans la chaîne signifiante, de ce qui est la condition pour que la chaîne signifiante soit douée de mobilité, qu'il n'y ait pas une stase, une constipation de la chaîne signifiante. Et vous pouvez vous familiariser avec tous les montages topologiques que Lacan a pu faire pour essayer de rendre compte du dispositif et des conséquences qui viennent à se produire dès lors que le refus de la séparation, que ce soit lié à une initiative familiale, aussi bien maternelle que paternelle - des parents n'ont pas envie de séparer de leur gosse mais de se le conserver à l'état de gosse, ou que cela vienne de son fait, à cet enfant, parce que lui refuse de renoncer à la fusion qui l'unissait jusque-là à sa mère. Ce qui fait que vous verrez des névroses obsessionnelles parfaitement, intégralement constituées chez des enfants, de six, sept, huit ans, avec évidemment tout un accompagnement de rituels. C'est important les rituels : les rituels c'est une façon d'obéir sans aucun recours à des commandements venus de l'Autre, et entre autres rituels celui évidemment d'un la
ge de mains qui ne peut jamais être certifié avoir abouti puisque fondamentalement la saleté n'a pas été retranchée ; après ça, vous pouvez toujours vous brosser.

Ce survol fait de très haut, de très loin, je dirais plutôt de très loin que de très haut d'ailleurs, mais ce survol est fait pour vous témoigner qu'il y a des clés dans la formation et l'expression des troubles, des désagréments psychiques. Et que la clé majeure est celle qui se trouve aussi bien à l'origine des psychoses, lorsqu'il s'agit d'une forclusion de cette clé, c'est-à-dire de l'appartenance à un système qui ignore totalement qu'il y a du père, ou même qu'il y a une instance directrice dans la vie psychique. Cette clé majeure ouvre aussi aux mécanismes névrotiques qui sont fondés sur des mécanismes de défense banaux, qui peuvent être le refoulement, le déni, le refus. Eh bien tous ces troubles se trouvent être centrés par la relation à cette instance qui ne figure pas dans le champ des représentations. C'est-à-dire que si vous vous fier à l'obser
tion, aussi fin obser
teur soyez-vous, vous ne verrez rien. C'est bien là ce qui a fait la difficulté de la médecine qui est fondée sur l'obser
tion, et qui ne peut donc repérer quoi que se soit de cet ordre.

Un dernier mot encore, a
nt de nous quitter ce soir. Tout ceci change puisque l'évolution culturelle fait que cette instance paternelle se trouve aujourd'hui, je dirais, effacée. Vous trouverez sans doute un meilleur terme, mais pour le moment je n'en trouve pas d'autre. Effacée du champ des relations sociales et donc du même coup du champ de la vie privée et de la vie psychique dans la mesure où le progrès, qui nous anime, veut que soient levés les obstacles à toute satisfaction quelle qu'elle soit. Etant estimé qu'il est légitime de pouvoir s'accorder les satisfactions de son goût et sans avoir à manifester aucune constance identitaire ou élective à cet égard. Autrement dit la pratique d'expériences diverses est devenue ordinaire. C'est donc une façon de
loriser les relations duelles, de
loriser le contrat, c'est-à-dire ce qui est conclu entre deux partenaires plutôt que la loi qui intervient toujours en position tierce entre deux partenaires. C'est le fait donc de se dispenser de cette référence tierce dans laquelle nous voyageons depuis quelques millénaires. Avec deux remarques mais qui ont pour nous un certain intérêt : la première, c'est que comme j'ai essayé de vous le faire entendre à propos des Stoïciens, il n'y a pas besoin d'un père pour que la castration fonctionne, c'est-à-dire que l'objet fasse défaut, il suffit pour ça d'être un parlêtre. On pourrait penser que c'est à prendre la mesure de cette dépendance où nous sommes en tant que parlêtre que, peut-être, un meilleur accord pourrait s'établir entre partenaires qui seraient moins tentés de vivre entre eux dans l'accumulation de griefs réciproques. En tout cas le papa n'est pas nécessaire pour que le manque d'objet, et donc l'insuffisance de tout partenaire, et donc du même coup de soi-même en tant que partenaire, se fasse sentir. Il n'y a pas besoin pour cela ni de religion, ni d'amour du père, ni de référence à un père pour que cela opère, c'est le cas de le dire.

La deuxième chose, et qui est à mon sens plus intéressante, c'est que le parlêtre ne vit pas seulement de pain, on sait ça déjà depuis un certain temps. Il a, comme on le dit vulgairement, des besoins spirituels. Il y a toujours eu des fournisseurs pour répondre à ces besoins spirituels, il y en a toujours eu, et sur le continent américain, par exemple, que ce soit le continent américain Nord ou Sud, il y des professionnels pour venir satisfaire les besoins spirituels avec en général des nominations d'E
ngélistes, et une conception des progrès qu'il y a à apporter c'est-à-dire des rapports avec un père assez bienveillant pour n'exiger aucun sacrifice, et en particulier de la jouissance. Référence à un père modernisé, sa barbe ne serait plus qu'une barbe de trois jours, il serait sympa, jeune. Le problème c'est que, comme nous le voyons par un certain nombre de manifestations bruyantes, il peut y avoir des populations qui résistent à cette dissolution de la référence religieuse paternelle, et qui donc le manifestent, je dis bien, de façon explosive ; et ce qui nous concerne plus directement, c'est qu'un certain nombre de jeunes sont fascinés par le fait de trouver là ce qui pou
it sembler leur manquer, c'est-à-dire : enfin la référence autoritaire qui vous prendra en main et vous guidera à la vie et à la mort. Donc, tout ceci, comme vous le voyez, là encore dans le champ social, dans le champ culturel ne
pas sans un certain nombre d'effets, de conséquences, ça c'est clair.

Alors, évidemment, vous vous dites est-ce qu'on a le choix, et entre quoi et quoi ? On a le choix entre rien du tout, mais on a sûrement la possibilité, quand on tra
ille dans ce champ qui est le nôtre, d'évoquer ce que pourrait être un autre type de progrès que celui qui consiste simplement à donner libre cours à toutes les satisfactions, et qui serait celui de mieux préciser quelles sont les lois qui, sans aucun législateur, nous déterminent, nous commandent, font que nos libertés sont en réalité extrêmement restreintes, extrêmement mesurées. Nos libertés existent, certes, mais la marge est tout à fait étroite. En prenant, peut-être, mieux en compte ce qui ainsi nous fabrique, nous agit, nous anime, fait de nous des acteurs aussi bien comiques que tragiques, et en particulier quand les symptômes prennent des expressions collectives, là ça devient vraiment mau
is. Eh bien, peut-être que l'idée d'une meilleure appréhension des conditions spécifiques de la vie psychique de cet animal humain que nous sommes, nous donnerait plus de latitude. Nous pourrions ne pas être enfermés dans ce dilemme entre, d'une part, cette sorte d'amour de la servitude - ça été écrit il y a bien longtemps ça, l'amour de la servitude - ou bien alors une émancipation qui ne trouve aucun point d'équilibre, et en particulier, je dirais, dans ce qui est la possibilité d'une vie spirituelle.

C'est quoi une vie spirituelle ? Allez, je
is m'arrêter là-dessus. Une vie spirituelle, moi je
is avoir le toupet de vous en donner ce soir un embryon possible de définition : c'est la permanence d'un dialogue intérieur. Vous vous rendez compte, on n'est pas simplement assujetti, on obéit, lorsque que l'on parle et discute, que l'on é
lue, que l'on réfléchit, que l'on analyse, on obéit à cette instance qui n'existe pas, et d'où nous sommes commandés, on discute avec ce lieu d'où nous sommes commandés, d'où nous sommes régis ; mais il n'est pas indispensable que ce lieu soit habité, comme je l'ai évoqué tout à l'heure pour les Stoïciens. C'est là le type de progrès, et je crois que ce sera un véritable progrès où la psychanalyse a manifestement échoué à ce jour, c'est elle qui en est la plus proche pour être porteuse d'un tel projet. Mais dans cette aspiration qui nous anime entre, soit la servitude, soit l'absolu d'une di
gation de la liberté, la précision portée sur les conditions de notre fonctionnement psychique ne semble pas provoquer beaucoup d'appétit. On attend toujours un message, ou bien on conteste tout message. Ce dont je vous parle ce n'est pas d'un message quelconque, mais c'est d'une é
luation donc. De même qu'il y a des conditions biologiques qui nous régissent, il y a des conditions psychiques, qui ne sont pas quelconques, qui nous régissent et on peut supposer qu'un meilleur éclairage de ces conditions puisse déboucher sur d'autres issues que ce dilemme qui, à ce jour, ne s'est pas révélé tellement satisfaisant.

Est-ce que, je vous vois tellement joyeux avec tout ce que je vous dis, est-ce que vous avez quelques remarques, allez une remarque, puisqu'il est tard maintenant ?

Question : Vous avez prédit fort justement un retour à un pouvoir fort qui pourrait se placer en tiers voir en père, pourquoi les parlêtres font-ils cela ? Est-ce paradoxal ?

Oh non, pas du tout ! C'est bien normal. En cherchant ce pouvoir fort, comment dirais-je, c'est une façon d'éviter l'angoisse, c'est une façon de se protéger contre l'angoisse qui est aujourd'hui sûrement l'un des états les plus répandus. Il n'y a rien de plus rassurant qu'un pouvoir fort puisqu'il met chacun à sa place et donc soi-même, on se trouve enfin assigné à résidence. Alors que quand je
is dans une gare ou dans un aéroport, je suis effaré de voir le fait que personne ne semble trouver sa résidence, tout le monde est en déplacement. Pouvoir fort : « Voilà, c'est votre place ! », « c'est bien », entre guillemets bien sûr, si vous aimez être assignés à résidence...
Bon, ceci étant, eh bien bonne année, je ne vous a
is pas dit bonne année, et à un de ces jours.

Charles Melman
Conférence inaugurale de rentrée 2013-2014 du doyen Charles Melman
EPhEP, le 15/09/2013

Qu'est-ce que c'est que la psychopathologie ?

Bon, alors bonsoir pour cette rentrée un peu prématurée puisque de nombreux élèves sont encore en cours d'inscription. Mais, néanmoins je vous propose que nous commencions par ceci : c'est que j'entends parfaitement, pour vous qui arrivez dans cette école, j'entends parfaitement votre interrogation angoissée :
Qu'est-ce que c'est que la psychopathologie ?
Et comme je ne souhaite pas que vous restiez dans le suspens une année entière ce qui serait éprou
nt, je
is donc d'emblée vous permettre de savoir l'essentiel de ce que c'est que la psychopathologie.
« Qu'est-ce que c'est que la psychopathologie ? » Voilà une phrase qui est bien construite, compréhensible qui, mon Dieu ! vient fort naturellement et légitimement à l'esprit, qui est bien fondée, bien posée et qui a l'a
ntage, c'est ça ce qui est remarquable mais qui ne saute pas immédiatement aux yeux, et c'est pourquoi vous êtes ici, pour ouvrir les yeux. Alors commençons tout de suite : quel a
ntage de vous plonger d'emblée dans le fait que cette interrogation naturelle, normale, légitime est hautement pathologique ?
Elle est hautement pathologique dans la mesure où comme vous le voyez, elle aborde le questionnement d'un, on
dire d'un X parce que on ne saurait pas le définir, si on sa
it le définir il n'y aurait pas de questions, elle aborde le questionnement d'un X dans ce qu'il en serait de son être. Comme vous le savez, ou vous auriez à le savoir, la question de l'être est la question première de la philosophie, et posée évidemment à propos de ce qu'il en serait de l'être de l'homme; autrement dit, pour être très précis et simple, de l'ensemble des traits nécessaires pour que puisse être défini, sans qu'on puisse en retrancher l'un quelconque de ces traits ni nécessairement en ajouter un autre, l'ensemble des traits nécessaires pour définir ce qu'il en serait de l'être de l'homme. Cela était parti de l'activité, enfin, a été relancé par l'activité de biologiste d'Aristote, puisqu'il était et il est encore tout à fait permis de définir un animal ou une plante par un ensemble de traits spécifiques. Mais la question reste énigmatique et source de tous les débats propres à la philosophie, en particulier à la métaphysique - puisque c'est cette part de la philosophie qui s'intéresse à la question de l'être - reste donc énigmatique sur ce que serait ce faisceau minimum de traits susceptibles de rendre compte de celui qui nous intéresse tous et toutes ici - puisque nous ne faisons pas la psychopathologie animale - c'est-à-dire l'homme.
Pour vous le dire d'emblée, on
a
ncer ceci, c'est que cette question de l'être se pose à chacun d'entre nous de façon spontanée, naturelle, non réfléchie, à propos de n'importe quoi, avec un certain nombre de conséquences qui ne sont pas négligeables dans notre exigence d'aboutir justement à l'isolement de cette spécificité ; et cette itération de notre pensée est strictement liée au fait que nous manquons de réponses concernant ce qu'il en est de l'être de l'homme, et que nous oublions ce défaut pour venir ensuite nous en défendre par cette itération généralisée. Pour encore vous le dire tout de suite, l'ensemble des réponses palliatives à la question de l'être, constitue à proprement parler notre psychopathologie, c'est-à-dire la façon dont nous venons nous aliéner dans un certain nombre de réponses fautives à une question qui a oublié l'irréductibilité de son échec.
Maintenant, tournons-nous pour cet abord programmatique de ce que nous ferons au cours de l'année vers le mot « psychopathologie ». C'est évidemment du grec de cuisine, car pour les grecs, ce mot n'existait pas bien qu'il soit formé de trois mots grecs, car « psycho » et « pathos » forment un pléonasme pour les grecs dans la mesure où le pathos était forcément psychique ; il était donc inutile de le redoubler en parlant de psychopathos : le pathos c'est psychique, quitte à ce que ce pathos dans ses manifestations psychiques ait des manifestations corporelles. Je ne dis pas « somatique » parce que cela nous orienterait tout de suite dans la dimension que nous appelons la « psychosomatique », qui n'existait pas pour les grecs. Ce qui se passait dans le corps était directement branché, sans frontière avec ce qui pou
it se passer dans ce que nous traduisons par « âme », c'est-à-dire la psuché, disons le psychique; je
is revenir sur ces manifestations corporelles, mais a
nt, un mot sur ce pathos . La traduction de pathos par passion est complètement erronée : ce pathos c'est l'ensemble de ce qui est susceptible d'affecter - là je me sers d'un mot latin produit par Cicéron car il faut bien trouver un mot pour le dire - c'est tout ce qui vient affecter la psyché.
D'une certaine manière un synonyme de pathos, c'est « sensation » aistésis; avec pour nos amis grecs une question redoutable qui était que cet ensemble d'affectations de la psyché était susceptible de produire en elle des mouvements capables eux-mêmes d'entrainer l'individu dans des actions pou
nt aller à l'encontre de sa volonté, de sa personnalité, de son identité ; autrement dit, il risquait d'être pris par des mouvements de la psyché : par exemple : la colère, un terme souvent cité qui isole une partie de la psyché, ce qu'on appelait, ce qu'ils appelaient le thumos, qui fait qu'un individu est emporté par la colère qu'il soit généralement courtois, civil, aimable etc. Il devient capable de se laisser prendre par un acte qu'ultérieurement il pourra réprouver, et donc se trouvera dessaisi de sa maîtrise, le terme ici est important, il ne sera plus le maître de lui-même; voilà donc que dans une culture où la maîtrise de soi et la préser
tion de son identité constituent des
leurs essentielles, cardinales, voilà qu'il se produit que, simplement du rapport je dirai à l'environnement, voilà donc un honorable citoyen qui se dénature, se défait, se soumet, devient passif, et c'est bien ce que reprend là le verbe paskein qui a donné « pathos », c'est-à-dire, il subit, il devient esclave, lui qui était là le maître a
nt tout, d'abord, de lui-même, il devient l'esclave de ce qui lui arrive ainsi, qui n'est pas dialectisé, autrement dit qui ne relève pas du logos, et le voilà parti dans une action où il perd, je dirais, ce que l'on aurait pu jusque-là tenir comme caractéristique de l'être : c'est-à-dire la maîtrise de soi et du même coup le fait d'être identique à soi-même.
Ce qui aggrave la situation, c'est que ce qui vient ainsi affecter cet individu ne provient pas seulement de l'environnement, mais peut venir de son propre corps, c'est-à-dire que ce qui se prête à l'élaboration d'une nouvelle barrière entre la psyché, barrière inattendue cette fois, peut venir du corps, mais sous la forme en particulier de cette partie de la psyché qui s'appelait epithumia qui recouvre les besoins et les désirs. Là encore, ce qui vient du corps susceptible de déborder ainsi celui qui est exposé à cette affaire. Encore pire, dans cet espèce d'en
hissement menaçant de l'individu par ce qui peut venir de l'environnement, par ce qui peut venir de son corps, voilà que l'en
hissement peut venir de la psyché elle-même sous la forme des fantasma, autrement dit des images, des représentations. Ce terme sera traduit par LACAN dans la théorie analytique par fantasme. Il est constitué d'une série d'élaborations imaginaires, cependant susceptibles de conduire elles aussi à ce type de subversion, je crois que le terme est bon, ce type de subversion, de « l'individu », je ne sais pas comment l'appeler, appelons le l'individu.
Alors, vous voyez se constituer ici, à propos de l'isolement de ce qui est le pathos, vous voyez se constituer évidemment une éthique qui organise l'Idéal sous le signe d'abord de la maîtrise à réaliser de soi-même en premier lieu et du même coup avec cette maîtrise, l'identité à soi-même.
Ceux d'entre vous qui n'avez pas encore eu le plaisir d'ouvrir Platon, et c'est tout à fait recommandé si vous souhaitez faire de la psychopathologie d'aller voir l'idéal que représentait Socrate et qui était d'abord justement celui d'une parfaite maîtrise de soi, parfaite maîtrise de ses désirs : il était capable de fréquenter les surboums sans se laisser emporter par la boisson, encore qu'il se montrait agréable aux convives, mais il gardait la tête froide et ne se laissait pas aller à des tentations en particulier sexuelles, quelle qu'ait été la séduction opérée par ses voisins de couchette. Alors, en outre, il était également réputé pour avoir témoigné d'un grand courage à la guerre, pour avoir montré que là aussi, non seulement il ne se laissait pas déborder par ses désirs, ses pulsions comme on dit aujourd'hui, mais qu'il était capable de manifester également un courage imperturbable de
nt les risques de mort, et il le montrera encore lorsqu'il sera condamné par les honorables citoyens qui lui reprochaient de pervertir la jeunesse. On ne voit pas très bien quel était ce type de perversion qu'il était susceptible de propager; il refusera que ses élèves lui proposaient, car il suffisait de donner quelques sesterces au gardien pour prendre la poudre d'escampette, et Socrate, par respect des lois de la cité, le refusa et donc donc but la ciguë.
Je voudrais vous rendre sensible à ce caractère toujours très menacé de cet idéal de maîtrise de soi qu'on peut facilement reporter, rapporter à ceci que l'organisation du monde pour les grecs est attribuée à un premier moteur immobile, c'est-à-dire qui ne se laisse toucher, atteindre, déplacer par rien; et je crois que sans trop nous hasarder dans des interprétations, nous pouvons voir dans la référence tacite à ce premier moteur immobile la naissance de cet idéal de la maîtrise qui se confond, et là c'est déjà plus proche de nous, avec l'idéal de virilité.
Et donc, celle qui
en quelque sorte subir les passions et s'en trouver transformée, c'est évidemment la femme. Elle ne peut aucunement se tenir par quelque idéal du type de celui que nous évoquons, et de plus, il y a aussi bien entendu les phénomènes de la grossesse bien sûr. Elle se montre évidemment transformée par les passions, et j'a
is trouvé un joli verbe dérivé de paskein c'est-à-dire subir, souffrir, supporter, éprouver, dérivé qui est paskeitiao , et qui veut dire jouir comme une femme ou comme un pédéraste passif. Si vous êtes un pédéraste actif, il n'y a pas de problème vous conservez votre. et c'était évidemment, c'était évidemment comme ça.
Là, je nous ai branché un bref instant sur cet idéal de maîtrise, de virilité avec une surprise, c'est que dans ces passions on
trouver des traits forts divers. Par exemple parmi ces passions, dans Le Philèbe, il y a le courage, le regret, Eros, Eros entre autres, car la question du désir sexuel n'est pas en tête, n'est pas du tout là première. Vous aurez plus tard, ou chez d'autres auteurs, le courage, la crainte, le regret, le deuil; dans la liste et dans la suite, c'est dans Le Philèbe également, qui est un dialogue platonicien, vous avez Eros, zélos le courage, tonos la jalousie; vous voyez l'éventail des passions répertoriées et vous voyez que Eros y tient une place qui n'est aucunement pré
lente, prédominante. Ensuite vous allez avoir la surprise de constater ceci : c'est que ces passions vont être regroupées systématiquement en couples de contraires, donc opposés, et par exemple dans ce que je viens de vous lire, le courage est opposé évidemment à la crainte, phobos, le regret au deuil penthos, et Eros à l'envie et à la jalousie.
C'est dire que dans ce qui vient ainsi affecter l'âme, vous avez aussitôt un jugement de
leur, qui fait que dans ces couples antonymes, vous avez une part qui doit être pour l'honnête homme tranchée. Il
falloir faire passer un rasoir pour débarrasser comme incompatibles, je dirais, un certain nombre de ces passions et n'en retenir que celles qui viennent satisfaire; donc il ne s'agit pas de les é
cuer toutes, il s'agit d'en mettre certaines au service de la maîtrise. Ce qui sert de référence permet de faire passer ce rasoir et isoler celles qui doivent être conservées. Il y a comme type de référence la dimension du beau, de l'utile et du plaisant. Du même coup, il y a des plaisirs qui sont vrais, qui sont justes, et d'autres qui ne le sont pas. Autrement dit il ne faut pas hésiter, en faisant passer ce rasoir, à accepter qu'on ne retienne comme plaisir, que ne devienne plaisir, que ce qui est susceptible donc d'être conforme à l'idée de beau, d'utile ou de plaisant.
A
nt de poursuivre cette affaire qui concerne donc la façon dont se posait pour les grecs la question dont nous héritons, notons que l'une des modalités de l'héritage que nous en avons conservé concerne la reconnaissance qu'un organisme n'est pleinement satisfait que lorsqu'il peut assouvir complètement son enérgeia, traduit par dynamisme, qui l'habite. Or, voilà que dans cet idéal, il y aura néanmoins des satisfactions possibles qu'il
falloir retrancher; et donc déclarer plaisir ce qui après tout n'apparait pas forcément comme étant une occasion de dépenser son énergie. Faire preuve de courage par exemple, ça peut être purement spectaculaire, ça peut être pour le coup d'oil, pour la posture. Donc, vous voyez qu'il y a l'acceptation de quitter ce qui serait une pure économie de l'organisme pour ne retenir comme plaisir que ce qui est identifié comme tel. D'autre part, et c'est le moment ou jamais de le faire intervenir, ce qui est donc source de pathos, c'est comme je vous l'ai dit ce qui est non dialectisé, ce qui vous vient comme ça. Ce n'est pas logiquement articulé. Ce n'est pas une révélation, ce n'est pas un message, c'est quelque chose qui vous vient et qui est donc susceptible de faire que vous qui êtes évidemment des créatures animées par le logos, vous vous trouvez de
nt une dimension qui est a-logon, qui est non logique, qui est hors logos.
Je vous signale à cette occasion que le logos, c'est pour les grecs autre chose que le langage ou la logique. C'est la désignation, bien que ce ne soit nulle part a
ncé par eux de cette manière là, de ce système de communication propre à l'homme, qui implique des lois et qui a des conséquences. Il s'agit donc a
nt tout d'en respecter les règles et les lois, de telle sorte que ces braves gens vont isoler dans l'âme une partie irrationnelle, a-logon, a- logique, hors logos, s'opposant à une partie rationnelle. Il appartiendra à la partie rationnelle de commander à ce qui était a-logos comme, et ce n'est pas moi qui ai inventé cet exemple, comme un père qui viendrait commander à son fils.
Donc, vont se dégager à cette occasion, deux grandes vertus pour tenir tête au pathos, ce qui est susceptible d'affecter, deux grandes règles qui sont la phronêsis traduit en français par prudence. J'ai raconté ailleurs, que c'est une très mau
ise traduction, mais ceux d'entre vous qui ont envie, et j'espère que j'arrive à en donner l'envie à quelques uns parmi vous, d'étudier la question, je les renvoie à un très beau livre qui
les passionner, c'est le livre de Pierre AUBENQUE, La prudence chez Aristote. La prudence, phronêsis, ça veut dire tout simplement que il faut se freiner. Phronêsis, ça a un nom, je dirai une traduction qui est tellement facile, c'est qu'il faut se freiner.
A partir de là vous avez cette seconde
leur essentielle qui est la sophrosuné, la tempérance. Avec, je crois que nous pouvons admirer dans cette affaire, le fait que l'idéal proposé se situe d'emblée dans une amputation de ce qui pourrait être source de plaisir, de satisfaction, de jouissance. C'est une opération qui, a
nt toute prescription religieuse, sera brutalement appelée par FREUD « castration ». Du simple fait du rapport au logos, se trouve mise en ouvre cette, non pas abstinence, mais ce contrôle de soi. Nous voyons bien comment ce dernier est fondé sur l'idée d'une distinction radicale à apporter avec la conduite animale. Je crois que cela est clair et que la tentative de distinguer l'espèce humaine dans son rapport au logos, c'est justement de lui prescrire des conduites qui viennent la séparer de la conduite animale.
Il y a également un terme qui est intéressant chez les grecs, parce qu'il
être repris bien plus tard dans la théorie analytique, c'est le risque, à cause de ces passions, de ce pathos, le risque d'alloïosis, autrement dit le risque de devenir autre, comme si justement la dimension de ces passions c'était de relever d'un territoire, et le terme territoire existe en grec, il est invoqué là, je vous le donne, c'est celui de kora ; Donc, il y a des choses qui viennent d'un territoire et qui risquent de vous altérer au sens étymologique du terme, de vous rendre autre. Dans tout ceci, heureusement que vous êtes doté de ce qui est supposé s'appeler le libre choix, caractéristique là encore supposée, elle, spécifique de la créature qui ne cédant pas à ces passions, dispose d'un libre choix.
On
retrouver cette faculté de délibération particulière, propre à chaque individu, on
la retrouver homogène, congruente, avec ce qui
être le grand principe de la démocratie athénienne, c'est-à-dire la constitution d'assemblées appelées du même verbe, du même mot : bouleusis , pour que les citoyens puissent délibérer quant aux actions collectivement à prendre. Je vous signale au passage que je
is très vite là-dessus parce que je ne veux pas trop m'attarder. Si donc, il a été reconnu que des passions au départ « a-logon » pou
ient être rendues rationnelles, néanmoins il y a cette école dont vous avez forcément entendu parler, l'école philosophique des Stoïciens, qui elle, a conclu sur le fait que toutes les passions étaient maladives. Il importait donc de se tenir imperturbable comme les gentlemen, imperturbable de
nt les adversités
riées, et y compris bien entendu, de
nt les condamnations à mort : je vous renvoie au suicide de Sénèque, voilà .
Donc, ce qui mérite de nous épater, j'espère que j'y arrive un petit peu en vous racontant les choses comme ça, c'est cette hésitation permanente sur l'endroit où la lame, où le couteau doit passer. D'abord, le fait que ce qui relèverait d'une spécificité propre à l'espèce humaine serait le passage, serait l'opération d'un retranchement de ce qui pourrait pourtant faire plaisir, cette renonciation à une part de plaisir, mais une hésitation selon les écoles philosophiques de l'endroit où la lame aurait ainsi à passer. Nous en sommes à ce point, et à partir de là je
is aller beaucoup plus vite pour en venir, car je sens que le suspense devient de plus en plus difficile à supporter, je viens très vite à l'irruption de la religion.
L'irruption de la religion a ceci de remarquable que : à cet environnement menaçant de façon quasiment paranoïaque, à ce rapport paranoïaque au monde,
brusquement succéder ce principe d'un monde bienveillant, organisé pour le bien être de la créature. Celle-ci se trouve soulagée du souci de savoir la part qu'elle aurait à retrancher, puisque la prescription est simple et rigoureuse. D'abord, à toutes les passions vient s'en substituer une qui devient dominante et qui est l'amour; l'amour devient la passion pré
lente sur toutes les autres. D'autre part, il y a le fait que ce qui là maintenant est retranché, lié à une pré
lence accordée désormais à Eros, qui n'existait pas chez les grecs, ni chez les romains d'ailleurs, c'est le sexe. Donc une délégation de pouvoir est faite à Dieu, d'être celui maintenant dont l'autorité est réclamée et nécessaire pour l'exercice du sexe, de cette passion du corps qui est le sexe, et qui a désormais à s'exécuter selon les règles qu'il prescrit, c'est-à-dire à des fins de postérité, puisqu'il est bienveillant. C'est un Dieu pastoral, il est bienveillant pour son troupeau qu'il aime voir s'accroître. C'est évidemment, une forme de pacification remarquable, quelque en soit le prix payé.
Mais là aussi vous allez vous trouver de
nt ce phénomène qui est que l'endroit où doit passer le couteau

rier considérablement de Saint Augustin VIIIème siècle à Saint Thomas, au XIIIème, parce que pour Augustin le couteau passe entre la psyché et le corps, les passions du corps sont mau
ises, alors que Saint Thomas, pour le bonheur du Moyen âge et peut être pour son salut d'ailleurs,
venir dire que les passions du corps sont bonnes dès lors qu'elles ont modérées. Cela déplace donc le lieu où la lame doit frapper. Vous remarquez évidemment tout de suite, et je sais que vous l'avez fait, un déplacement radical de la maîtrise, qui désormais ne se trouve plus du tout du côté de l'individu mais du côté de l'autorité référente. Ce qui fait que l'individu qui jusque là de
it assumer sa propre maîtrise, se trouve désormais maintenant le serviteur de ce Dieu, de ce maître; autrement dit ce lieu Autre devient l'habitation d'une maîtrise souveraine; Dès lors il y a cet embarras qui
constamment complexifier la simplicité de cette affaire, c'est que la Passion du Christ est forcément donnée comme modèle, alors qu'elle est, cette Passion du Christ, immodérée. Si on recommande au fidèle de modérer ses passions, en re
nche il y a cet exemple de la Passion christique qui implique bien le sacrifice, le sacrifice du corps.
Il est indispensable pour conclure ce survol, vraiment je vous entraîne là sur les ailes d'un aigle, telle est la hauteur et la perspicacité du point de vue où je vous ai conduit et où j'aboutis avec vous pour des raisons qui vont nous concerner directement en cours d'année, j'aboutis directement à Descartes. Descartes
opérer lui aussi une mutation, en séparant l'étendue de la pensée, en les séparant comme deux domaines différents, livrant dès lors, l'espace, l'étendue à une géométrisation parfaite. Du même coup, il voue au sort de n'être plus que apparence, donc soumis au doute, ce qui peuple le domaine de l'étendue ; alors que ce qui est devenu la certitude, le pouvoir, la vérité se trouve hors du champ de l'étendue, dans le domaine de la pensée. Désormais, les passions ont donc pour domicile ce lieu Autre, se trouvent subjectivées. Jusque là elles pou
ient paraître les manifestations d'entrepreneurs diaboliques ou animaux ; on retrouvera d'ailleurs le terme chez Descartes : les « esprits animaux ». Voilà maintenant que ces passions elles se trouvent subjectivées et que cette subjecti
tion se trouve confondue avec la pensée elle-même. Il y a alors la certitude d'une saisie de l'être - c'est de là que nous sommes partis- certitude d'une saisie de l'être dans l'exercice de cette pensée. Dès lors, Descartes dira que la même âme, puisque c'est toujours comme ça que l'on traduit « psuché », la même âme est sensitive et raisonnable, et que tous ses appétits sont des volontés. Vous voyez comment ça bouge, Descartes opposant néanmoins les appétits de l'âme aux esprits animaux qui dans le corps contrarient les volontés de l'âme. Il est donc contraint de faire passer le couteau quelque part et ce sera donc entre les esprits animaux et les volontés de l'âme.
Cette excursion a le mérite de vous montrer que si cette question de l'être parcourt toute la pensée occidentale, ça nous est réservé, c'est notre affaire, eh bien la façon que nous avons d'y répondre est une façon qui consiste à tenir compte de ceci : c'est que finalement tous les traits qui pourraient le caractériser, tous les rameaux qui pourraient spécifier son tronc sont discutables, sont
riables. En re
nche, ce qui n'est pas discutable, ce qui relève de l'ordre du certain, c'est le tronc lui-même; les traits qui pourraient spécifier cet arbre,
rient, diffèrent, changent, les feuilles ne sont pas les mêmes, ni les couleurs, ni les saisons, et bien évidemment les cultures sont diverses. Mais le tronc lui, il est forcément le même, le tronc tout nu et un tronc tout nu, ça s'appelle le UN; c'est-à-dire que ce qui nous reste pour répondre à cette carence de ce que serait l'être, ce qui nous reste c'est d'affirmer la puissance du UN. Ce désir d'être UN
habiter chacun d'entre nous . Je ne dis pas vous, mais je pourrais le dire, je pourrais dire chacun d'entre vous. Ce désir d'être UN. Un quoi ?
Alors, c'est ça qui est admirable, c'est un n'importe quoi, pourvu que ce soit UN. Peu importe finalement les branches, les atours, c'est l'histoire des portes manteaux de Descartes, ce qui importe c'est d'être UN, de se soutenir comme UN. Nous retrouvons ce qui était au départ chez les grecs, bien qu'ils ne l'aient jamais formulé comme ça, l'identique à soi et parfaitement immuable, le premier moteur immobile. LACAN distinguera néanmoins dans ses effets le UN totalisant du UN comptable. UN totalisant cela signifie qu'est justement complètement oublié que la constitution du UN implique une perte, une chute, le passage d'un rasoir, donc qu'il s'affirme dans ce qui serait une intégralité. Je n'ose pas dire un intégrisme, une intégrité. Puis il y a le UN comptable. Finalement on n'est jamais aussi sûr d'être UN que si on est entre soi dans un groupe qui se caractérise par le fait que c'est le même UN qui marque chacun des participants, et je ne sais pas s'il est nécessaire de vous rappeler combien cette une passion que d'être UN, serait-ce un n'importe quoi. On s'étonne parfois que des jeunes s'engagent dans des aventures justement de type intégriste, alors qu'ils n'a
ient aucune vocation particulière pour s'enrôler, et on voit bien comment la carence familiale ou sociale d'un UN unificateur de l'ensemble est susceptible de provoquer ce genre de passion, ce genre de quête, justement avec le plaisir de pouvoir faire passer le rasoir au niveau de sa propre vie.
Donc, la façon dont l'une de nos modalités de réponse à ce défaut de l'être sera de n'en retenir que le UN dans ses effets soit unifiant, totalisant, soit comptable avec, et voilà qui, je pense
immédiatement vous être parlant, le fait que, je l'ai évoqué tant de fois, mais je ne suis ni le premier ni le dernier, le problème que pour une femme, la question se pose de parvenir à être UNE. Puisque, si elle occupe le champ de l'Autre, par destination, dans le champ de l'Autre, il n'y a pas ce qui vient fonder le UN. Il n'y a pas le UN universel dans l'Autre. Donc, elle n'est pas UNE de naissance contrairement à l'imbécile de frère là, qui n'a jamais rien fait si ce n'est de se donner la peine de naître, et donc comment
-t-elle faire pour être UNE ? Et comment être sûre d'être UNE si ce n'est d'être la seule, une seule etc..etc..
Pas besoin de nous attarder, mais je vous rappelle cela pour vous rendre sensible combien, avec ce qui peut paraître abstraction absolue, vraiment rele
nt du vol de l'aigle, nous sommes au plus près de ce qui organise ce que nous appelons la psychopathologie.
Nous pouvons maintenant en donner enfin une définition : ce sont tous les substituts dont nous chercherons à nous remparder pour nous soutenir à bon ou mau
is escient peu importe, pour nous soutenir face à cette carence de l'être qui fait la difficulté à se reconnaître soi-même et du même coup à obtenir la reconnaissance par autrui.
Pour terminer sur une note que j'espère amusante parce que vous n'avez pas l'air tellement déridés, quels sont les effets sur le corps de ces affectations psychiques, celles que les grecs ont relevé ? Ce sont les battements du cour, les accélérations du cour causés par des émotions. Il y a sensation de chaud et de froid ; vous voyez on est toujours en famille avec ces choses on est toujours proche d'eux, on parle des mêmes choses. Il y a contraction et dilatation, on ne sait pas de quoi, ils ne le disent pas. Mais il peut y avoir du fait de ces opérations psychiques, des manifestations de contraction et de dilatation sans qu'on sache ce qui est en cause; et puis il peut y avoir des phénomènes de durcissement et de ramollissement, on ne sait pas non plus de quoi. Vous voyez ce que l'on appelle la psychopathologie, et vous allez enfin, vous allez voir avec quelle économie de moyens, vous pouvez vous repérer par exemple au niveau des trois grandes névroses qui peuvent vous intéresser : la phobie, facile : la phobie c'est évidemment ce qui affecte celui qui n'a pas ou pu accéder au statut de UN. Comme il ne peut pas accéder au statut de UN, il ne peut pas paraître dans le monde. Il ne peut pas paraître, et puis l'espace lui-même ne tient plus du même coup. L'hystérie : c'est justement l'inéluctable de celle qui n'est pas UNE et qui entend à tout prix faire
loir le référent que personne ne veut entendre ni écouter, et qui au prix d'une castration généralisée viendrait enfin rendre les femmes UNE. La blessure qu'elle arbore, qu'elle exhibe et qui suffit donc pour être la représentation bien plus vraie que celle du Dieu des hommes banalement positivée, bien plus vraie d'un Dieu qui pourrait, grâce à une castration généralisée, unifier tout le monde, aussi bien hommes que femmes. Autrement dit rendre les sexes indistincts, et comme vous le savez c'est ce dans quoi nous entrons : pas de problème, pas de difficulté, tous neutres. La névrose obsessionnelle : la névrose obsessionnelle, c'est tellement beau, il n'y a pas d'ouvre d'art qui puisse être aussi belle qu'une névrose obsessionnelle qui fait justement du référent, du Dieu unificateur, une femme, la Dame avec un grand D, et de toutes les créatures, les serviteurs qui ont à la satisfaire, non pas en tant que UN mais en tant que pur objet de satisfaction.
Voilà donc, pour que, je l'espère, vous ne trouviez pas mes excursions trop abstraites, dont je ne sais pas si elles sont d'ailleurs tellement fréquentées, je ne suis pas sûr qu'il y en ait beaucoup pour les faire, j'ai la prétention de vous avoir conduit très rapidement à ce qu'on
pouvoir développer au cours de cette année, c'est-à-dire ce que sont les spécificités non pas de notre être, puisque c'est bien ce qui nous fait défaut notre être. Ce serait tellement sympa d'avoir quelque part un coach avec un grand C, le grand Coach qui dirait : « Voilà ! Voilà ce que tu dois faire." Vous me direz qu'on est entouré toute sa vie de gens qui sont actifs dans leurs conseils et dans leurs tentatives de guider, mais nous percevons tous à chaque fois combien c'est d'eux qu'ils parlent beaucoup plus que de nous, c'est-à-dire de leurs propres carences. Donc, ça ne marche pas tellement bien. Et donc, que ce dont la psychopathologie parle, et en particulier quand elle a
nce en posant la question de l'être, c'est cela que nous aurons à illustrer au cours de nos rencontres ultérieures.
Est-ce que il vous reste un peu de jugeote pour poser une question ? Non, non hein ! Vous êtes complètement assommés ou bien vous n'avez rien compris.

Le public :
« Les deux »
Dr Charles MELMAN :
« Les deux, bon ! C'est à retenir oui, oui je suis sérieux, c'est à retenir, c'est important ! Est-ce qu'il y en a beaucoup parmi vous qui n'ont rien compris ? Vous pouvez y aller hein !
Pas tout !
Bon alors, est-ce que vous me feriez, est-ce que vous nous feriez l'amitié de faire que la prochaine fois, vous veniez me donner sur un billet soit le point qui vous a paru difficile, soit la totalité des points si vous voulez; c'est important pour nous, c'est pas uniquement comme ça, c'est important je crois que nous tâchions d'a
ncer ensemble et comme chacun a forcément le pas qui lui est propre, nous aurons à nous régler sur l'allure de chacun et les questions de chacun. Donc si vous le voulez bien, faites-moi l'amitié la prochaine fois de me donner vos questions. Est-ce que malgré cela il y en a tout de suite une qui viendrait et qui me consolerait ? Non ?
Question :
Juste si vous pouviez revenir sur le UN ? Là il me manque quelque chose je crois.
Dr Charles MELMAN :
« Oui, oui, alors, là c'est une question très légitime car il y a là effectivement un saut qui concerne la question essentielle, donc au départ de notre culture, et qui est celle du logos : c'est-à-dire du système de communication propre à l'animal humain, d'un système donc fait de signifiants. Ce qui distingue ce système de communication, c'est qu'un signifiant ne renvoie pas à ce qui serait un objet, autrement dit n'est pas un signe. Un signifiant renvoie à un autre signifiant et donc, nous fonctionnons dans un monde qui est effectivement organisé entièrement par le logos. Ce que les grecs sa
ient, ce que nous nous avons perdu et en particulier grâce à nos traductions, mais ce que eux sa
ient. La caractéristique du signifiant, son être si vous voulez, c'est de ne pas en avoir; ce qui le distingue c'est simplement d'être différent des autres signifiants, c'est la pure différence; c'est donc pas la matérialité de son être, c'est simplement que ce qu'il porte avec lui c'est d'être différent des autres.
Le sens donc, dès lors qu'il n'est plus référé, déféré directement à un objet, le sens devient forcément énigmatique et c'est le propre de toute formulation, de toute assertion, sauf lorsqu'elle est strictement performative, c'est-à-dire lorsqu'elle constitue un ordre ou une indication : tu tournes à droite et puis tu prends à gauche, etc, le sens est toujours équivoque. Et ce qui reste donc lorsque l'on réduit le signifiant, ce qui en constitue la spécificité, c'est que chacun est différent des autres et, à ce titre, il constitue une suite de UNS. Le nombre ne nous vient pas de nulle part, il constitue une suite de UNS. Et ce caractère UN du signifiant devient en quelque sorte pour nous la dernière identité que nous ayons à nous mettre sous la dent. Etre quoi d'autre que soi-même un UN. Pour l'illustrer immédiatement et de façon simple, qu'est-ce que c'est qu'un nom propre, qu'est-ce qui caractérise un nom propre ? Un nom propre, c'est qu'il est UN, un parmi d'autres; alors si ce sont les noms spécifiques d'une région ou d'une langue donnée, ils évoquent évidemment, ils renvoient à un référent commun celui qui viendrait unifier tous ces UNS : par exemple ce sont des noms français, des patronymes français. Je ne
is pas m'engager dans toute la pathologie qui nait autour des patronymes qui ne sont pas français. Mais le patronyme c'est l'exemple typique de ce que peut être un UN, un UN parmi d'autres. Et quelque soit sa particularité, sa spécificité littérale, ce qui le rassemble avec les autres patronymes c'est d'être un UN. Alors, je pourrais facilement évoquer tout ce que le patronyme comme UN vient supporter comme identification, mais si c'est, comme je l'ai évoqué tout à l'heure, des noms qui appartiennent à la même famille nationale, peu importe le patronyme c'est un UN parmi d'autres. Que ce soit DURAND ou DUPONT ça revient au même, ce sont les mêmes, en tant que UN. Donc effectivement il faudra peut être se livrer à d'autres développements que ceux là, pour faire
loir ce fait que, en dernier ressort, il n'y a pas d'identité qui ne se soutienne de la référence à un UN générateur, à un UN collectivisant, et avec toutes les passions que ça peut déclencher. Et pour être banalement dans l'actualité, il est certain que dans des situations où le UN collectivisant se trouve rendu problématique pour un certain nombre de raisons géopolitiques, comme on dit, liées à la constitution de l'Europe, on voit tout de suite les effets, les réactions que ça provoque et dont on n'a encore que le début. On en est encore qu'au commencement, et tout ça, c'est en ça que ça nous intéresse je crois, c'est uniquement la réponse à ce « manque à être », pour reprendre un terme philosophique, ce manque à être qui spécifie la créature que nous sommes.
Question :
Pourquoi la femme ne pourrait-elle pas être UNE ? A-t-elle un problème pour être UNE ?
Dr Charles MELMAN :
Oui, c'est bien la grande question mais c'est la question que se pose d'abord une femme : pourquoi n'est-elle pas UNE à l'égale de son frère ? c'est la question que elle, elle se pose; moi je ne suis pas contre le fait que elle, elle soit UNE ! Au contraire, tous les hommes adorent, et pourquoi ? Voilà des choses que nous aurons à développer, mais vous avez raison de poser la question; l'obstacle, alors est-ce que l'obstacle est culturel ? Est-ce que c'est un mau
is tour de l'histoire et de la culture ? On veut le faire passer comme ça. C'est comme pour l'économie, s'il s'agissait uniquement des mau
is tours de la culture, il y a longtemps que ça serait résolu. Ce qui est bizarre c'est qu'il y a là quelque chose qui fait obstacle, qui résiste : pourquoi une femme doit-elle aller chercher le fait d'être UNE, non pas par sa relation d'origine à son père mais par la quête d'un homme qui la fera UNE ? ce qui je dois dire est un sort complètement arbitraire évidemment, qu'on pourrait aussi bien qualifier d'inégal et d'injuste. Le seul problème étant : est-ce que c'est vraiment une malversation de la culture ou bien est-ce que ce sont d'autres dispositifs qui font que ça se trouve comme ça et que ça devrait être traité autrement que dans la simplicité avec laquelle nous aimerions régler le problème. En tout cas, il est évident aussi que avec la participation devenue aujourd'hui massive des femmes à l'activité économique, ce qui est une bonne affaire, il est bien évident qu'elles peuvent légitimement réclamer d'être traitées à égalité, au moins à égalité; ça c'est clair puisque économiquement elles s'avèrent parfaitement équi
lentes malgré la façon dont on peut se servir de situations antérieures pour pouvoir da
ntage les utiliser et les exploiter. Mais en tout cas ces questions touchent le problème du UN.
Pourquoi dans une famille, tout se passe comme si la transmission d'un héritage symbolique se faisait à l'un des enfants et non pas à tous de façon égale ? La loi est organisée de telle sorte à faire un partage égal encore que, comme on le sait il y a une part réser
taire, il peut y avoir un préféré etc.mais toute famille se vit ordinairement, quand il y a plusieurs enfants, comme étant marquée par une inégalité foncière, quel que soit l'amour des parents. Pourquoi ? Pourquoi ils ne sont pas tous UN, égaux ? Est-ce que c'est un mau
is agencement de la famille ? Peut-être ? Si oui, il faudrait savoir pourquoi ? Etc, etc. et ce sont des questions bien sûr qui ont l'a
ntage de montrer comment les abstractions que je vous amène débouchent directement sur la clinique; ce qu'on appelle la clinique ce sont des effets d'abstractions et il faut quand même en avoir une petite idée.
Alors ?
Question :
Pourquoi il n'y a pas d'UN dans l'Autre ?
Dr Charles MELMAN :
Voilà ! ça c'est une très bonne question d'autant que, et vous voyez comme je
is être embêtant : écoutez, je suis content quand même d'avoir abordé les choses avec vous par ce qui vraisemblablement paraît à beaucoup d'entre vous de la plus grande difficulté; et je suis content de l'avoir fait et j'espère que vous vous rendrez compte que ça sert, que ça peut vous servir. Pourquoi il n'y a pas d'UN dans l'Autre ? C'est d'autant plus une question légitime qu'il y en a un, il y a du un dans l'Autre. Seulement le problème c'est que ce n'est pas un UN collectivisant, c'est-à-dire que c'est pas un UN qui devient le père ser
nt de support identificatoire à ceux qui sont logés dans l'Autre. Vous voulez un exemple cru, vous voulez un exemple très, très cru ?
Un exemple, vous prendrez, puisque nous sommes aujourd'hui de
nt ces grands phénomènes migratoires, un immigré. Il
se trouver nécessairement habiter, dans la collectivité où il vient, un lieu Autre, parce qu'il n'a pas de titre égal pour occuper l'espace où il est là, de façon accidentelle. Donc il peut être accepté, même bien accepté, mais en tant qu'immigré, il
habiter ce lieu Autre et il peut le souhaiter pour ne pas perdre son identité; mais dans ce lieu Autre, il
avoir les plus grandes difficultés à entretenir le culte familial. Et s'il l'entretient, ça
être en se constituant comme étranger à l'espace dont il est venu demander un hébergement. Donc, vous voyez, par cet exemple d'une certaine façon dramatique, de quelle manière, du fait d'occuper le lieu Autre, vous vous trouvez défait de la référence au UN collectivisant dont vous pourriez cependant en tant qu'immigré, légitimement vous réclamer. Ou alors si vous vous en réclamez, à ce moment là ce n'est plus au titre d'immigré mais au titre d'étranger, constituant une alvéole dans l'espace, constituant une banlieue pour être plus précis.
Conférence inaugurale de rentrée 2015-2016 du doyen Charles Melman
EPhP, le 17/09/2015
Les principes de la psychopathologie

Nous allons donc, pour ouvrir l'année, aborder la question du domaine de la psychopathologie, ce pourquoi nous sommes rassemblés, ce qui nous concerne et, je vous dirais, que pour aborder un domaine quel qu'il soit, il conviendrait d'abord d'en apprécier la
leur, l'intérêt, ensuite bien sûr les limites, dans un troisième temps, quel est le trait spécifique des éléments concernés dans ce champ et enfin ce qui serait la méthode utilisée dans ce domaine.

Ces conditions pour aborder un champ d'études sont celles-là même d'Aristote. D'Aristote qui, comme vous le savez, était a
nt tout un biologiste, c'est-à-dire que le modèle de son savoir était celui de sa nature, et qui, vraisemblablement, serait aujourd'hui plutôt surpris, sinon horrifié, de voir que le triomphe actuel de ce qui fut sa discipline, c'est-à-dire le biologisme, se dispense de tous ces préalables que je viens d'énoncer, de rappeler, et que sans aucun préalable ni réflexion, ce biologisme fait basculer le pouvoir de décision d'un sujet du côté de son corps alors que le propre de notre espèce dans le champ animal - c'est un très ancien problème et en particulier celui des philosophes de l'Antiquité - le propre de notre espèce dans le champ animal est d'exercer sur ce corps un pouvoir de domination et qui est, justement, ce pouvoir, exercé par la psyché. Et de telle sorte que pour Aristote et afin de rester à lui - qui comme on le voit, était tout à fait en progrès par rapport au biologisme actuel - l'étude de la psyché était investie de la
leur suprême, suprême sur toutes les autres sciences puisque cette étude concernait l'instance de ce qui fait la domination de celui qu'on appelle l'humain, domination sur le corps, domination sur la femme, sur l'esclave, sur les enfants, sur le prisonnier de guerre etc.
Cette domination propre à la psyché s'exerçait donc a
nt tout sur le corps, était supposée devoir s'exercer a
nt tout sur le corps, au nom de cette
leur spécifique de l'espèce humaine, la «sophrosyne» que nous traduisons par «tempérance», et je ne saurais assez vous recommander le livre d'Aubenque sur la question de la tempérance chez Aristote... la tempérance. Ce qui veut dire que le maître ne se laisse pas aller à ce qui lui viendrait, entre autre, du corps et cela jusqu'à renoncer du même coup à la jouissance, ce qui trouve son apogée chez les Stoïciens. Alors que l'esclave, lui, est à proprement parler l'instrument du maître, ce qui est écrit en toutes lettres dans cet ouvrage d'Aristote «Le Politique». Maître qui lui laisse à l'esclave, qui lui délègue la jouissance. L'esclave a à jouir de son corps au bénéfice du maître.
Evidemment il n'y a pas d'approche chez Aristote de la moindre psychopathologie mais si l'idéal tel qu'il figure dans ses propos, si l'idéal du maître c'est donc l'insensibilité, l'état à proprement parler d'apathie - on prendra pour exemple ce malheureux Sénèque que Néron a
it condamné à mort parce qu'il en a
it assez de celui qui voulait justement lui conseiller quelque contrôle pour corriger son intempérance, le malheureux Sénèque assiste, impassible, au sang qui coule de ses veines alors qu'il exécute l'ordre, la sentence de mort donnée par Néron -
si l'idéal du maître c'est l'insensibilité, la pathologie, donc, voilà, nous entrons enfin dans la question de la pathologie, eh bien c'est, comme son nom l'indique, la pathologie - c'est de «pathein», «pathein» c'est pas d'abord souffrir, c'est tout simplement de recevoir des sensations, d'être sensible, autrement dit de recevoir son message non plus de l'âme, de la psyché mais de l'environnement, du corps et donc d'être exposé à des passions et d'être en mesure d'y répondre à ces passions. Voilà ce qu'est pour Aristote la pathologie, telle en tout cas, qu'on peut la déduire de son propos.
Ce qui est remarquable c'est que le corps apparaît donc clairement comme séparé du sujet au même titre que l'environnement dont il fait partie ou de la nature et, si doit s'exercer sur lui une domination qui laisse entendre à tout propos, à tout moment son caractère viril, on voit bien que le corps finalement, chez chacun, se présente comme féminin, le corps comme féminin et sur lequel doit s'exercer ce pouvoir de domination propre à l'homme et qu'il doit à cette instance qui s'appelle la psyché.
Le corps féminin, partie de l'environnement est de telle sorte qu'il a pu arriver à un peintre, je n'ai pas retrouvé lequel, de pouvoir dire que «tout paysage est a
nt tout une femme». Voilà qui ne peut qu'encourager les paysagistes !
On voit bien dans cette démarche que l'idéal concerne la virilité en tant qu'identifiée à la maîtrise sur l'entourage, sur la périphérie, sur l'environnement dont le corps, maîtrise ininfluençable, insensible, froide ; et de telle sorte que cet idéal rencontre les autres, ceux qui n'en relèvent pas, c'est-à-dire les femmes, les enfants, les esclaves, le corps comme on vient de le voir, toutes catégories qui ont, le maître, qui ont, ce maître, à le servir, servir à vérifier ce qu'il en est de sa réussite, autrement dit le devoir de jouir pour lui.
Le tra
il de Freud vient de façon intéressante confirmer, s'il le fallait ce type d'a
ncée que je vous propose et qui concerne le mécanisme de la Verneinung, la dénégation. Ce que dit Freud c'est que dans un premier temps l'enfant est dans un état de Bejahung, c'est-à-dire que ce qui lui vient de l'environnement, il le goûte et soit l'incorpore, soit le rejette. Il n'y a pas de grands efforts à faire pour vérifier que ce que l'enfant ainsi dans ce temps premier incorpore, ce sont les éléments qui lui paraissent rattachés à la virilité alors que les autres semblent justement la défier ou la contrarier ou la nier. Opération de Bejahung, façon de dire «oui», de n'accorder l'existence qu'à ce qui se trouve porter une marque phallique.

Le point qui nous concerne plus précisément, le point sensible, délicat, fragile est celui de la limite entre le maître et l'environnement, l'endroit où se fait la transmission de l'impératif afin de montrer que cette limite est d'une qualité spécifique, originale. En effet, elle n'est pas de l'ordre d'une frontière comme on pourrait facilement l'imaginer puisqu'une frontière sépare d'un espace étranger, d'un territoire étranger. Or, le corps, il est préférable de supposer qu'il ne serait pas trop étranger au sujet auquel cas il se manifesterait sous cette forme clinique remarquable et qui s'appelle l'hypocondrie. Mais pour que ce corps soit dans un rapport convénient avec la maîtrise qui est censée s'exercer sur lui, il est supposé un type de limite que Lacan a signalé, introduit en disant que loin de constituer la linéarité d'une frontière, elle était fondée sur la spécificité d'une frontière, d'une ligne moebienne. Comme sûrement certains parmi vous le savent déjà ou peut-être pas encore, une bande moebienne se distingue d'avoir, certes, comme toute bande, deux côtés mais une seule face puisque le retournement en un point de cette bande permet ainsi la continuité des deux côtés de telle sorte qu'en chaque point, elle présente un envers, un envers qui néanmoins n'est jamais distinct de l'endroit, est en continuité avec lui.
Il convient donc de donner à cet environnement un qualificatif spécifique puisque à la fois il est hors de l'espace du Maître, il est hors une limite et cependant il n'est pas dans un territoire étranger. Il est dans cet espace que Lacan essaye d'introduire dans une pensée qui, ordinairement le néglige, et qui est l'espace Autre, pas le même et pas l'étranger, mais Autre, pas le même que le Maître mais néanmoins pas étranger c'est-à-dire n'appartenant pas à un maître différent, tout simplement Autre, de l'autre côté de la bande de Moebius, c'est-à-dire finalement rele
nt de la même face.
Il y a chez l'hystérique une interrogation permanente, une provocation faite au père, provocation de ne pas trouver son espace propre à elle, ce qu'elle estime ne pas être un espace propre, cette provocation de devoir donc se référer, se faire adopter par un père étranger. Et si elle ne trouve pas son espace propre, c'est-à-dire l'espace de l'Autre c'est que justement, elle ne peut tolérer que le maître ne soit absolu, puisque justement il se trouve dans l'incapacité de faire ranger sous la bannière de sa maîtrise tous les éléments de l'espace, la totalité du champ et il faut dire que ce défaut, propre au maître, propre à tout maître est apparu très tôt justement aux Grecs en leur ouvrant un abîme d'interrogation concernant l'incommensurabilité de la diagonale du carré avec son côté. Comment pou
it-il se faire que l'unité, celle du côté du carré par exemple, s'avère incapable d'apporter la mesure exacte de la diagonale du dit carré ?
De telle sorte que la maîtrise pose aussitôt la question de savoir si la relation à cet espace qui lui échappe, occupé par le corps, les femmes, les enfants, les esclaves, etc, eh bien si cette maîtrise
s'exercer sur cet espace par un effet de tyrannie, de police, de dictature ou bien par l'intermédiaire, par le biais, par le biais tiers d'une convention. Le propre de notre culture c'est bien que entre le Un de la maîtrise et ce champ de l'Autre, entre l'Un et l'Autre, il y a cette médiation exercée par un tiers qui, depuis la religion, se trouve doté des attributs de la paternité ; et en tant que celle-ci a la particularité, une fois dotée de ces attributs, ladite instance, de les mettre l'un et l'autre, le maître aussi bien que l'esclave, de les mettre à son service qui est celui d'avoir à se reproduire. Le maître se voit dès lors légitimé du fait d'être le délégué de cette instance tierce. C'est une opération qu'au quatrième siècle, l'empereur Constantin a parfaitement enregistré et qui, depuis, marque systématiquement les modalités du pouvoir en Occident, légitimité aussi bien du Maître que de l'Autre, de ce qui occupe le champ de l'Autre, du fait d'être ensemble au service de ce tiers. Le Maître effectif se voit ainsi frappé d'une délégation de pouvoir sur cet Autre, destiné comme lui à un service partagé, une collaboration et, ce qui nous intéresse - et c'est bien pourquoi je fais ce détour inaugural - c'est que c'est ce champ-là, c'est-à-dire de la symbolisation du caractère de la maîtrise puisqu'il devient, le maître, le symbole de sa limite et de l'association de ce qui peuple ce hors limite à l'exercice d'un service partagé avec lui, ce qu'on appelle plus ou moins la civilisation, eh bien c'est ce champ, celui de la symbolisation qui se trouve destiné à être le lieu sensible de la pathologie, de la psychopathologie.

Nous avons, en cours de route, nous avons balisé trois dimensions qui sont liées et que vous aurez l'occasion de rencontrer fréquemment dans les enseignements qui vous seront donnés.
L'une de ces dimensions et qui occupe, donc, le champ de la psyché, c'est cette dimension du Symbolique. Symbolique en tant que, comme je viens de l'introduire, le signifiant «Maître» se trouve symboliser ce Réel qui lui fait défaut, qui lui manque, qui marque sa limite et qui se trouve habité, peuplé par un certain nombre d'objets et de figures, d'instances et - jusqu'ici je me suis contenté de situer le corps, la femme, les enfants, les esclaves etc.. - le signifiant «Maître» devenu donc le symbole de la limite de son pouvoir, mais en même temps du lien qui noue Réel et Symbolique mis au service d'une commune jouissance.
Deuxième dimension et que je viens de faire intervenir et qui est celle du Réel, ce Réel qui donc se montre résister à la prise par le signifiant Maître, par le Symbolique, opération qui est le propre de tout système formel au grand étonnement des algébristes comme Hilbert ou des logiciens comme Gödel . Ceux-ci ont rencontré le fait qu'il n'est pas de système formel qui puisse se clore ; tout système formel se conclut sur un impossible, un reste impossible à formaliser. Deuxième champ, donc, qui est celui du Réel.
Et enfin le troisième qui est le champ de l'Imaginaire, celui de la représentation, celui de ma silhouette dans l'espace et dont il est remarquable - puisqu'il y a une clinique de la difficulté ou de l'impossibilité à se faire représenter dans l'espace et qui s'appelle la phobie - eh bien, représentation qui stipule que je sois marqué par l'instance phallique pour avoir droit, le droit d'y figurer. Ceci ne manque jamais d'interroger bien sûr les femmes dans la difficulté où elles vont se trouver à devoir à la fois être en mesure par leur présentation, à être en mesure de susciter le désir c'est-à-dire de venir s'inscrire dans la périphérie phallique sans pour autant tomber dans l'excès qui les ferait provocatrices et de mau
ise réputation.

A ce propos du champ de la représentation et qui se trouve ainsi comme on le voit, dûment limité puisque n'y figure que ce qui est digne en quelque sorte de se trouver représenté, il nous faut, à cet endroit, convenir que le champ de la vision est systématiquement marqué par une erreur. Une erreur fondamentale d'abord, puisque la forme y est toujours perçue comme totale ; nous avons une difficulté interne à accepter des formes qui soient entamées. S'il fallait en donner un exemple, j'évoquerais par exemple les sensations du membre fantôme ou encore l'agnosie des hémiplégiques dans l'incapacité où ils se trouvent de se représenter eux-mêmes comme étant amputés ou divisés. C'est une représentation impossible puisque le propre justement de la vision est de ne concevoir la forme que comme totale. Et puis, pour une raison qui, elle, est en général plus facilement méconnue ou ignorée, c'est qu'on ne retrouvera dans le champ de la représentation que des représentants de l'instance tierce, mais jamais l'instance tierce elle-même dont la propriété est d'être hors champ, supposée au sommet d'une montagne volcanique et orageuse par exemple, mais en tout cas jamais dans le champ lui-même. Et de même que on ne trouvera jamais dans le champ de le représentation la cause de l'objet du désir dans la mesure où sa propriété est d'être non spécularisable, c'est-à-dire de n'avoir ni droite ni gauche et vous ne pouvez faire figurer dans le champ de la représentation un tel objet.
Ces très rapides remarques concernant le champ de la vision sont faites pour souligner combien l'obser
tion clinique qui, étant médicale, est fondée essentiellement sur la vision rate, manque ce qui est ici essentiel tout en restant bien entendu persuadée de son bon droit. Ceci est encore plus aigu dans le champ de la psychopathologie où là encore la pré
lence accordée à la vision
s'attarder sur les troubles du comportement, c'est-à-dire visibles, mais risquera, je dirais, de tenir à l'écart que la méthode propre au champ qui nous concerne c'est l'écoute, le propos du patient.
Alors que j'étais jeune interne en psychiatrie, un psychiatre qui, à l'époque, a
it un nom, un professeur de psychiatrie, m'a
it interpellé alors que jeune interne en médecine, j'errais dans les couloirs ne sachant pas très bien quel mode d'abord avoir avec ces malades de psychiatrie, ce professeur m'a demandé si je sa
is prendre une obser
tion en psychiatrie. Bien sûr, je ne sa
is pas, je connaissais un peu de médecine, un peu, moyennement, beaucoup, comme on voudra, mais enfin c'est ce que je connaissais et donc il m'a demandé de le suivre et voilà la leçon qu'il m'a donnée : nous nous sommes assis au chevet d'une malade, il m'a demandé de prendre un papier, un stylo et de noter tout ce que la malade dirait. Alors avec fébrilité je me suis livré à cet exercice, j'ai accumulé les pages de tout ce qu'elle disait et puis, au bout d'une heure, à la fin, il m'a dit : «Bon, bien voilà, vous avez l'obser
tion de cette malade.» Ce n'était pas mal, ce nétait pas idiot.

En tout cas, avec ces trois instances dont je vous ai tracé les caractéristiques et en tant qu'elles sont au fondement de la vie psychique, nous entrons enfin dans ce qui est le domaine de la psychopathologie. Ce que nous observons en effet comme manifestation psychopathologique repose sur la contestation du sujet à un ordre qui prive le maître de la jouissance et qui prive le serviteur d'être reconnu. Si vous allez dans «La phénoménologie de l'esprit» chez Hegel, vous verrez que c'est ainsi qu'il commence ladite phénoménologie. Avec ce fait que nous pourrions ajouter pour nous distraire, c'est que, lorsqu'il se produit que le maître veut jouir comme l'esclave et que l'esclave veut gagner la maîtrise qui est celle du maître, lorsque ce type d'évènement se produit, nous ne sommes jamais loin d'une révolution. Révolution qui, comme nous le savons,
rétablir l'ordre antérieur si ce n'est que les maîtres auront changé, ce sera le Tiers Etat à la place de la Noblesse, mais en tout cas le dispositif reprendra ses règles antérieures. On ne saurait oublier par exemple que lorsque à la fin du règne de Louis XVI, les nobles de la Cour s'amusaient à jouer les bergères et les bergers, autrement dit, à goûter des jouissances pastorales, paysannes, campagnardes nous n'étions pas loin d'une démission du pouvoir et, je dirais, du même coup, d'un appel d'air qui n'a pas manqué de se produire avec, à la clé, très rapidement, l'exercice d'un pouvoir despotique puisqu'on venait de vivre l'échec de ce caractère, de cette convention de la relation entre le maître et le serviteur et que j'ai évoquée à l'instant. En tout cas il est clair que l'on assiste à un phénomène, à un effet de sécularisation croissant, et sans que la pensée laïque, malheureusement, ne soit en mesure de reconnaître dans cette instance que la religion a doté d'attributs paternels et de qualités paternelles, sans que la pensée laïque - celle que l'on pourrait espérer des philosophes bien sûr - soit en mesure de reconnaître que cette instance, que ce caractère paternel de ladite instance n'est que le nom N - O - M donné pour personnifier, humaniser ce qui, en dernier ressort n'est qu'une instance Une, phallique dans l'Autre et qui nous contraint de penser sans avoir elle-même rien qui soit spécifiquement humain. Cette instance, elle se contente de rester Une dans l'Autre, ce que Lacan appellera l'au-moins-un, c'est-à-dire celle qui échappe à la numération et que personnifie parfaitement le zéro. Si vous souhaitez avoir une notion passionnante sur ce qu'est le nombre un et son importance, il faut vous rendre chez Frege dans ses «Etudes sur les fondements de l'arithmétique» et sur les questions essentielles pour nous qu'il est amené à traiter.
Pathologie donc liée à cette contestation dépendante d'un défaut de jouissance, d'une inégalité de jouissance, d'une mau
ise répartition - il y en a qui se rempardent de leur narcissisme et d'autres qui sont là condamnés à devoir jouir de leur corps, jouissance volée puisqu'elle est en plus à son bénéfice, ça s'appelle l'exploitation ! - donc contestation de cet ordre, donc de l'ordre symbolique dont la propriété est ainsi de nouer pour un intérêt, au nom d'un intérêt tiers, l'Un et l'Autre, et venant dès lors introduire, ladite contestation, le discord entre le Maître et l'Autre, entraînant une dis-jonction de leur espace, des conflits d'intérêt et une méconnaissance de l'appartenance à une même communauté. Si nous assistons aujourd'hui à des passions d'appartenance communautaire c'est peut-être d'abord parce que cette communauté là, première, est venue à faire défaut.
Cette contestation de l'ordre symbolique se trouve maîtresse de la pathologie des névroses c'est-à-dire du refus de voir sa jouissance entamée par un manque de quelque côté que l'on se trouve, refus de devoir figurer dans le champ des représentations au titre de semblant puisqu'on n'y est jamais que délégué par cette instance, refus de cette aliénation qui consiste à devoir vivre pour un autre et par un autre puisque difficile de vivre si cette instance phallique vient à manquer.
Quant à la psychose, il se trouve que Lacan est venu poser que les psychoses étaient liées au défaut d'admission, c'est-à-dire à la forclusion ; non pas au refoulement, au déni, au rejet mais au défaut d'admission du signifiant qui indexe, qui est l'index du père, refus du Nom-du-Père et donc de l'instance qui donne son sens sexuel à l'ensemble des signifiants, cette fameuse libido que Freud a eu la surprise de découvrir - quel choc et aussi quel courage de sa part ! - de venir affirmer dans une Vienne démocrate chrétienne que la parole ne parlait que de sexe, que de libido, de cette libido interdite ou refoulée et qui n'est que l'expression de ce pacte, de cette convention que j'évoquai tout à l'heure entre le signifiant maître et le corps, entre le signifiant maître et la femme, entre le signifiant maître et les enfants, etc.
Donc la psychose comme étant liée pour Lacan à la forclusion de ce Nom-du-Père, de ce Nom-du-Père d'ailleurs qui fait du partage des sexes un impératif puisque l'homme et la femme se trouve évidemment fonctionner - ce sont des fonctionnaires - fonctionner à son service et il est bien évident que les dissertations actuelles sur le genre ne sont que des façons de témoigner, d'illustrer la forclusion exercée, je dirais, par la culture dans des zones limitées et déclenchant la fureur identitaire ou religieuse intégriste dans d'autres, la forclusion dans notre culture du Nom-du-Père puisque hommes et femmes ne deviennent plus, en quelque sorte, que des vêtures occasionnelles, que chacun peut à sa guise, endosser, en changer, abandonner, renoncer, autrement dit relever d'un pur ludisme. De telle sorte que cette récusation de l'ordre symbolique, ce qui est sûrement le plus difficile pour un sujet parlant à admettre, c'est-à-dire cette amputation de jouissance qu'implique la parole, eh bien cette contestation se trouve à la clé des névroses et de la psychose.
Mais nous nous trouvons aujourd'hui, comme j'essaye très rapidement de l'introduire, de
nt une nouvelle étape et qui est que cette forclusion du Nom-du-Père, c'est-à-dire cette liberté laissée enfin à la fantaisie de chacun, non pas à son fantasme qui, lui, est très contraignant, mais à sa fantaisie et au point que le lieu d'où il reçoit ses messages, les messages propres à guider sa conduite sont devenus énigmatiques - le plus souvent c'est l'opinion publique comme on dit c'est-à-dire ce qui vient de la part des médias qui jouent un rôle de plus en plus grand dans la façon de penser et d'organiser son style - donc aujourd'hui cette forclusion est à la source d'une pathologie neuve qui est par exemple la passion égalitaire, enfin, répartition égale. Comment obtenir enfin une répartition égale des jouissances et des mêmes jouissances chez chacun. On le met au compte de la devise républicaine alors que l'égalité qui figure sur le fronton de notre mairie a évidemment un tout autre sens que celui-là, mais peu importe, ce n'est pas le problème ici.
En tout cas donc, naissance d'une passion égalitaire et, pourquoi pas, dirons-nous, tous semblables dans le rapport à la jouissance. Malheureusement en difficulté, ladite passion, avec la discordance qu'introduit la dissymétrie propre au langage, puisque le propre du langage sera toujours d'entraîner un type de découpe de l'espace entre l'un et l'autre, il y aura toujours l'Un et l'Autre quelle que soit notre passion égalitaire et quel que soit le sexe que l'on voudra mettre d'un côté ou de l'autre. Cela n'y changera rien : que l'on aspire à voir des femmes prendre, assumer le pouvoir politique n'en a jamais changé la nature ni même les modalités d'exercice si ce n'est que, en général, elles se montrent d'une fermeté plus grande. On dit «la dame de fer», ou fermeté, de Catherine II ou de Christine de Suède, qui vous voudrez, ou E
Peron ou Madame Kirchner, etc. se montrent toujours d'une fermeté infiniment, enfin beaucoup plus grande que celle de l'homme qui, lui, sait que le pouvoir du maître est limité. Ce que une femme, et en tant qu'elle occupe l'espace Autre, ignore : car dans le champ Autre, et c'est là une spécificité essentielle, il n'y a pas de limite. Et de telle sorte que, c'est bizarre à dire, c'est toujours depuis le champ.... depuis ceux qui occupent le champ Autre que viendront les pouvoirs qui vont se révéler despotiques et tyranniques.
Passion égalitaire donc, sans qu'il n'y ait plus de référent tiers pour venir associer l'un et l'autre - puisque ceci ne manque pas de se produire - et éviter donc que le rapport ne soit traumatique. Je dirais volontiers, au vu de mon expérience, que les rapports au sein des couples aujourd'hui sont devenus de type traumatique c'est-à-dire non dialectisable : « Ya rien à dire», «C'est comme ça !».

Je viens donc de vous dire, en cours de route que si d'abord, à l'étude d'un champ, il faut mesurer sa
leur pour savoir si cette étude
ut la peine, le moins que l'on puisse dire c'est que le champ de la psychopathologie a sûrement la plus grande des
leurs puisque, comme on le voit, elle vient concerner chacun dans son fonctionnement aussi bien intime que social, les deux étant bien sûr indissociables : il n'y a pas un dedans et un dehors comme j'ai essayé de le faire entendre. Il y a l'Un et l'Autre et puis éventuellement le tiers ou sinon le trauma.
Avec ce regret - pour que je ne sois pas entendu, je dirais, comme nostalgique, ce qui n'est en aucun cas le sens de mon propos - le regret que le milieu dit des intellectuels soit aussi imperméable. Mais comment cela pourrait-il être autrement et différent ? Etre aussi imperméable à la nécessité de prendre la mesure du rôle décisif de cette instance tierce laïcisée et présente, je dirais, sous ce nom dont Lacan dit qu'il est déjà excessif de le prononcer et qui est celui de «phallus».
En tout cas, la
leur de notre champ ne fait pas de doute. Ces limites n'en font pas non plus puisque ce sont celles finalement de notre spécificité humaine dans le champ animal. On n'a jamais vu d'animal être psychopathologique sauf à avoir une lésion organique ou être un animal domestique, alors ceux-là ils attrapent de l'eczéma bien sûr, le nôtre.

Quel est le trait spécifique des éléments qui constituent ce champ si ce n'est celui de la discordance qui fonctionne entre l'un et l'autre et que la convention, je dirais, liée à une éventuelle référence tierce ne permet pas de parfaitement résoudre ? La guerre au sein des couples a toujours existé malgré, je dirais, cette ternarité reconnue et peut-être aussi bien à cause d'elle. Disons donc que le trait spécifique si situe au niveau de cette frontière, de cette limite entre l'un et l'autre et de ce que pourront être leurs rapports. Est-ce qu'il pourrait y avoir entre eux un rapport dont Lacan dirait «qui soit inscriptible» - ce qui n'est pas le cas aujourd'hui pour des raisons qui vous seront éventuellement développées - ?

Enfin, toujours pour suivre Aristote, notre maître, il y a la question des méthodes : non pas négliger la vision, mais en tout cas renoncer à ce qu'elle soit maîtresse du domaine - nous ne sommes pas dans le champ médical, l'analyse des troubles du comportement nous permet de dresser un catalogue, mais de ne rien saisir - mais d'être à l'écoute puisque, et cette conclusion, je dirais, dans sa simplicité, est sûrement la plus lourde de conséquences puisque c'est du rapport de cette espèce animale que nous sommes au langage que nous devons à la fois cette vie psychique bizarre - qui n'a pas spécialement à s'enorgueillir si on y fait un peu attention, si on suit un petit peu le fil des réactions ou des pensées qui viennent, il y a vraiment pas de quoi se
nter - et à qui nous devons la psychopathologie, c'est-à-dire ce qui reste le caractère très primitif, il faut bien le dire, de la relation que nous avons à notre propre corps et aussi bien à la relation que nous avons dans le couple.

Cette relation dans le couple, ce défaut propre à la relation, Freud en situait le malaise dans la civilisation. Il est clair que l'affranchissement des règles de conduites, des règles dites morales, la liberté des moeurs n'a jamais garanti le bonheur. Le propre du tra
il de celui dont nous nous inspirons, c'est-à-dire Lacan, le propre de ce tra
il était de se focaliser sur l'impossibilité, comme il le disait, du rapport sexuel ; que le rapport entre un homme et une femme ne soit pas inscriptible puisqu'il ne peut y avoir de rapport qu'entre ce qui est écrit. Et peut-être, dans cette approche très succincte que j'en ai donnée, en devinez-vous les possibles linéaments. Donc, lui, son tra
il était focalisé sur ce malaise propre à la vie de couple et dont jusqu'au dernier moment il a gardé l'idée que d'autres écritures pou
ient peut-être en permettre la résolution. Non pas nous guérir de tout impossible puisque c'est le propre de tout système formel..., il n'y a que le délirant qui croit que tout est possible. Mais en tout cas déplacer cette impossibilité que nous vivons dans le langage au niveau des sexes, dans le rapport sexuel, la déplacer sur quelque autre relation, je ne sais pas, à dire vrai, dans laquelle ce pourrait être, mais en tout cas d'estimer que ce type de malaise dans la sexualité pou
it rendre compte de ce qui a
it scandalisé les élèves de Freud quand il a
it sorti son idée de pulsion de mort, d'un Thanatos, qui venait, je dirais, combattre Eros, mais dont on peut peut-être mieux situer l'importance de ce Thanatos, c'est-à-dire, de ce vou collectif que ça s'arrête enfin, dans la mesure où Eros se trouverait, pour nous, marqué de difficultés qui pourraient finir donc par le rendre assez insupportable pour faire espérer que ça en finisse. C'était en tout cas le sens du tra
il que, entre autre, dans notre école, nous poursuivons.

Charles Melman : "Le petit Hans" - 1
Conférencier:
Melman Ch. Dr
EPhEP, Séminaire de Charles Melman, 26/09/2013

Charles Melman : [.] le livre que vous avez amené, puisque nous allons commencer ce soir par l'une des cinq psychanalyses de Freud, et nous allons prendre le cas du petit Hans. Autant vous dire que c'est vraiment la cerise sur le gâteau. Donc pour notre prochaine rencontre, vous pourrez avoir lu et relu ce cas, et également vous être intéressés, de façon anticipée, à la manière dont Lacan l'analyse dans son séminaire sur La relation d'objet ; et vous aurez le plaisir de voir, également, de quelle façon entre ce texte de Freud, l'analyse de Lacan et ce que, grâce à lui, nous pouvons en dire aujourd'hui.
Alors, ce cas du petit Hans est absolument admirable, et je pense que vous allez partager l'intérêt qu'il suscite. Il comporte trois parties, c'est très bien construit du point de vue de l'exposition : une partie d'introduction, une partie d'analyse, et une partie de commentaires. Nous allons donc commencer par la partie de l'introduction, et où vous allez d'emblée vous réjouir à propos de deux incidentes, proposées par Freud. La première, c'est qu'il doit ce cas au fait, dans lequel il n'est intervenu qu'à l'occasion d'une unique rencontre, comme vous le savez, avec le petit Hans, alors qu'il de
it avoir cinq ou six ans, et qu'il l'a guéri en une seule séance - ce qui mériterait que nous en prenions, comme ça, quelque inspiration - eh bien dans un premier temps, vous allez trouver admirable que l'essentiel du cas, ou la totalité, lui est rapporté par le père du petit Hans qui, non seulement était en analyse chez Freud mais, comme il le dit, s'intéressait à la psychanalyse, et dans la mesure où Freud souhaitait pouvoir vérifier in vivo ses thèses sur la sexualité infantile, eh bien le papa s'est en quelque sorte dévoué pour observer directement sur son enfant ce qu'il en était de son rapport à la sexualité. Et, il y a cette remarque qui
avoir quelques conséquences, pour la suite de l'aventure à Vienne, c'est que Freud
dire que finalement cette conjonction de la position du papa, de l'obser
teur et du thérapeute, c'est-à-dire le fait qu'une unique personne supporte ces trois dimensions, a sûrement été favorable pour l'évolution et pour la guérison du cas. Autrement dit si l'analyste est un papa, ça n'en serait que mieux. Ce qui est assurément une assertion redoutable, d'autant qu'il la mettra lui-même en ouvre pour analyser sa fille, mais avec des résultats qui ne furent pas probants. C'est le moins que l'on puisse dire. Sa fille, Anna. Mais, d'un point de vue pour nous qui jugeons de cette affaire plus de cent ans après, puisque le cas a été publié en 1909, pour nous qui jugeons de cette affaire plus de cent ans après, on voit bien ce qui était pour Freud ce fantasme (on ne peut pas le dire autrement) du rapport à un père qui serait suffisamment informé sur la sexualité de ses enfants pour la leur rendre favorable. Mais, comment dirais-je, il en
sûrement en ce domaine comme cela a été le cas pour la conceptualisation et la pratique des rayons X, ceux qui s'y sont livrés, dans cette obser
tion, dans cette activité de transparence, eh bien ils se sont brûlés, et même grièvement. Et à l'évidence, là, Freud
sérieusement se brûler. La seconde chose c'est que, évidemment, il est tout à fait heureux de pouvoir rapporter in vivo les manifestations de la sexualité infantile, à l'occasion d'un cas clinique chez le petit Hans, dans la mesure où jusqu'ici ses thèses se trou
ient déduites à partir de souvenirs rapportés par ses patients adultes sur son di
n et, comme nous le savons, cette sexualité infantile étant particulièrement refusée par notre culture, récusée, niée, il est bien évident que cette obser
tion directe a, pour Freud, un intérêt tout à fait exceptionnel. D'autant plus exceptionnel que, comme vous allez le voir, ou comme vous l'avez déjà vu, le petit Hans, qui commence ainsi à s'intéresser à la chose à partir de l'âge de trois ans, est particulièrement allumé. Je suis sûr que, enfin, je suis sûr. il est rare d'ailleurs que l'on observe un enfant de trois ans flambant, je dirais, comme le fait le petit Hans, et je crois que l'on peut a
ncer que si c'est le cas, c'est peut-être bien qu'aussi bien papa que maman étaient en analyse chez le grand-père Freud, chez pépé Freud, et que donc il de
it y avoir, vraisemblablement, dans la vie familiale une présence tout à fait inhabituelle, exotique, de conversations touchant la sexualité. Outre le fait que le projecteur braqué donc par le père sur son enfant - ce n'est pas un idiot, le petit Hans, pas du tout - projecteur braqué, sur, soyons précis, sur son organe, ne pou
it manquer d'avoir, bien entendu, des conséquences. Donc il a trois ans et, chose admirable, voilà qu'il demande à sa mère : « Maman, as-tu aussi un fait-pipi ? », un Wiwimacher. Et la maman : « Bien entendu. Pourquoi ? », « J'ai seulement pensé. », c'est admirable, hein, comme dialogue, « J'ai seulement pensé. » :
« Au même âge, il entre un jour dans un étable et voit traire une
che :
« Regarde, du fait-pipi il sort du lait. » »
Nous voyons bien le développement d'une interrogation, et en même temps, bien entendu, je dirais, d'une façon de se défendre contre ce à quoi il a
it pensé c'est-à-dire que le fait-pipi de maman lui faisait question, à trois ans.
« L'intérêt [dit Freud] qu'il porte [à l'instrument] n'est cependant pas purement théorique ; [.] [mais] le pousse à des attouchements du membre. A l'âge de 3 ans et demi, il est surpris par sa mère, la main au pénis. Celle-ci menace : « Si tu fais ça, je ferai venir le Dr A. qui te coupera ton fait-pipi. Avec quoi feras-tu alors pipi ? » »
Je ne sais pas s'il y a des dramaturges, il doit y en avoir, capables de restituer la justesse et la fraîcheur, ça c'est vraiment. Et réponse de Hans :
« Avec mon tutu. »
Ce qui veut donc dire qu'il a parfaitement repéré la différence des sexes, et qu'à la provocation maternelle, il répond en témoignant que la différence des sexes lui est parfaitement perceptible. Et alors vous trouvez là tout de suite, chez Freud, un élément qui
mériter de vous interroger, puisqu'il
dire ceci, Freud :
« [Hans] répond sans sentiment de culpabilité encore, mais [il] acquiert à cette occasion le « complexe de castration » - entre guillemets - auquel on doit conclure si souvent dans les analyses des névropathes, tandis qu'ils se défendent tous violemment contre sa reconnaissance. Il y aurait beaucoup de choses importantes à dire sur la signification de cet élément de l'histoire infantile. Le « complexe de castration » - entre guillemets - a laissé des traces frappantes dans les mythes (et pas seulement dans les mythes grecs) ; j'ai fait, dans ma Science des rêves et ailleurs encore, allusion au rôle qu'il joue. »
Or le complexe de castration, tel que Freud, ici, en parle, concerne évidemment ce qui se présente à ce moment-là comme étant la menace d'une. ablation du pénis et, je vous le signale tout de suite, il est vraisemblable que c'est à partir de ce type d'écriture chez Freud, que Lacan a été amené à mettre en place ces trois dimensions du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire. Pourquoi ? Parce que vous n'allez plus rien comprendre si le complexe de castration chez Freud doit être entendu comme organisé par cette menace, la crainte d'une ablation du pénis, vous ne saisissez aucunement en quoi il a un rôle formateur de la sexualité. Et c'est donc très vraisemblablement à partir des difficultés rencontrées, et chez Freud même, par cette évocation du complexe de castration, que Lacan
être amené à distinguer la dimension du Réel, c'est-à-dire effectivement la possibilité d'une ablation chirurgicale, d'une castration du pénis, sa dimension symbolique, qui est la condition d'un accès à la sexualité, et sa dimension imaginaire, qui concerne tout ce que l'on
voir foisonner dans la suite de l'introduction opérée par Freud. Qu'est-ce que ça veut dire la dimension symbolique de la castration ? Si ce n'est qu'il y a en effet une remise de l'autorité ayant pouvoir sur la sexualité à une puissance tierce, dont l'interpellation, dont l'autorisation
être désormais nécessaire pour que le sujet lui-même se permette cet exercice. Opération symbolique qui consiste à déléguer à une autorité dans l'Autre, à faire d'une autorité dans l'Autre, le référent dont
s'autoriser l'exercice de la sexualité. Est-ce que ça a toujours été le cas ? Ça, dans la culture, sûrement pas, mais ce n'est pas là ce qui nous intéresse. En tous cas, c'est comme ça que nous avons à entendre la castration symbolique, et d'autant plus à l'entendre qu'ordinairement ce thème est plutôt évité que déplié. Sans ces catégories qui risqueraient de vous paraître abstraites de Réel, Symbolique et Imaginaire, vous ne pouvez pas comprendre ce qu'il en est chez Freud, qui lui-même n'a pas fait cette distinction. Il faudrait reprendre, chez Freud, ce qu'il a écrit à propos du complexe de castration, le rassembler, pour voir de quelle manière il a
it les plus grandes difficultés. S'il rencontrait chez tous les névropathes, comme il dit, et comme il le dit « la menace ressentie sur l'organe », ailleurs il a parfaitement situé combien le complexe de castration était une étape sur le chemin d'une constitution de la sexualité.
Donc, le petit Hans qui a toujours trois ans, trois ans et demi maintenant, il est au zoo de
nt la cage du lion, et il est très joyeux, excité :
« J'ai vu le fait-pipi du lion ! »
Et donc cette intelligence d'identifier donc le fait qu'il y a peut-être là une sorte d'universel, et un peu plus tard, il voit à la gare une locomotive lâcher de l'eau :
« Regarde, dit-il, la locomotive fait pipi. Où est donc son fait-pipi ? »
[Et puis] après un moment, il ajout d'un ton pensif [il a trois ans et demi]: « Un chien et un che
l ont un fait-pipi ; une table et une chaise n'en ont pas. » Ainsi [dit Freud] il est en possession d'un caractère essentiel pour différencier le vi
nt de l'inanimé.
[Mais] la soif de connaissance [dit Freud,] semble inséparable de la curiosité sexuelle. [Et] la curiosité de Hans est particulièrement dirigé vers ses parents.
[.] (3 ans et 9 mois) - Papa, as-tu aussi un fait-pipi ?
[.] - Mais oui, naturellement.
[.] - Mais je ne l'ai jamais vu quand tu te déshabilles.
Une autre fois il regarde, toute son attention tendue, sa mère qui se déshabille a
nt de se coucher. Celle-ci demande : « [Qu'est-ce que tu regardes comme ça] ? »
[.] - [Ben,] je regarde seulement si tu as aussi un fait-pipi.
[.] - [Mais] naturellement. [.] Ne le sa
is-tu donc pas ?
[.] - Non [, non], je pensais que, puisque tu étais si grande, tu de
is avoir un fait-pipi comme un che
l. »
Quelle courtoisie ! Mais vous voyez là l'introduction du che
l, puisque maman, comme elle est grande, elle de
it avoir un fait-pipi comme un che
l ; l'introduction du che
l comme l'animal qui
ensuite, dont on
réentendre parler avec l'éclosion de la phobie.
Mais le grand évènement de la vie de Hans, c'est la naissance de sa petite sour, Anna, alors qu'il a exactement trois ans et demi. Et cette occasion, son comportement à cette occasion a été noté par le père, le père évidemment prend des notes pour Freud, et pour l'avenir de la psychanalyse, on est sur le terrain expérimental. Et le père écrit donc :
« Ce matin de bonne heure, à 5 heures, comme commencent les douleurs, le lit de Hans est transporté dans la chambre voisine. »
On le sort de la chambre conjugale.
« Il se réveille à 7 heures et entend les gémissements de la parturiente ; alors il demande : « Pourquoi maman tousse-t-elle ? » Puis, après un moment : « Bien sûr [.] la cigogne [
venir] aujourd'hui. »
Un peu plus tard, on le mène dans la cuisine, il voit la trousse du médecin, il dit :
« « Qu'est-ce que c'est ? [.] à quoi on répond : « Une trousse. » [Bonne réponse !] Alors lui, d'un ton con
incu : « C'est aujourd'hui que viendra la cigogne ! » Après la délivrance, la sage-femme vient à la cuisine et Hans l'entend commander du thé, alors il dit : « Ah ! Parce qu'elle tousse, maman
avoir du thé. » On l'appelle alors dans la chambre, mais il ne regarde pas sa maman, rien que les cuvettes, pleines d'une eau sanglante, qui sont encore là, et il remarque, très surpris, montrant le bassin où il y a du sang : « Il ne sort pas [du] sang de mon fait-pipi à moi. »
Donc, la démonstration de deux choses. D'abord ce qui est son parfait repérage, la parfaite lecture, son déchiffrage parfait de ce qui se passe ; mais aussi, et c'est sûrement encore bien plus important là, finalement, la pudeur humoristique avec laquelle il [suit] l'évènement, autrement dit sa façon de participer à la fable, au mythe, à la façon dont il faut raconter l'évènement, et qu'il endosse je dirais parfaitement, tout en faisant savoir en même temps qu'il n'est pas dupe. Alors :
« Hans est très jaloux de la nouvelle venue et, dès que quelqu'un fait des compliments, la trouve jolie, etc., il dit [.] d'un ton sarcastique : « [.] Elle n'a pas encore de dents ! » »
« Elle n'a pas encore de dents », il est bien évident qu'il a déjà repéré qu'il n'y a
it pas que les dents qui lui manquaient, et puis il déclare très simplement que cette petite sour, il lui en veut, ça ne lui convient pas du tout. Mais :
« Au bout de six mois environ la jalousie est surmontée, et il devient un frère aussi tendre que con
incu de sa supériorité sur sa sour.
[Il] assiste au bain de sa sour, [alors] âgée d'une semaine. [Et] il observe : « Mais son fait-pipi est encore petit » et il ajoute, en consolation : « Mais elle grandira, et il deviendra plus grand. » »
C'est très. métaphysique, c'est-à-dire c'est d'abord l'isolement d'un signe caractéristique de toutes les créatures, humaines voire animales, il a fait la distinction, et si on ne le voit pas, c'est qu'il est quand même soit petit, soit quelque part, et qu'il apparaîtra, qu'il grandira. Autrement dit cette conception infantile très répandue qu'évidemment tous les enfants, garçons et filles, relèvent forcément d'un même trait sexuel, quitte à ce qu'à certains moments, la question, comme on
le voir, de la différence se pose. Et puis, à partir de ce moment-là, vous allez voir qu'il
se passer chez lui une grande activité de séduction à l'endroit des fillettes de son entourage, y compris des fillettes bien plus grandes que lui, et vis-à-vis desquelles il adopte une attitude de type paternel. C'est-à-dire à la fois comme si lui, donc, identifié à son père, disposait de l'instrument qui lui permettait, je dirais, d'avoir une position de supériorité à l'endroit de ces fillettes, mais en même temps du fait de l'équivoque des jeux avec elles, qui est fort banal bien sûr chez les enfants, la virtualité de relations incestueuses. Et puis, dit le père :
« Je dessine une girafe pour Hans, qui [a souvent été], ces derniers temps, au jardin zoologique [.] »
La girafe vous la trouverez dans le bouquin, la girafe dessinée par papa, et Hans lui dit. Il dessine une girafe tout à fait convenable, mais Hans lui dit :
« « Dessine [.] aussi le fait-pipi. » Je réplique [dit le père] : « Dessine-le toi-même. » Alors il ajoute à mon dessin de la girafe ce trait, d'abord [.] tirant un trait court, puis [.] le prolongeant d'un autre trait, en remarquant : « Le fait-pipi est plus long. » »
C'est un. alors, de mon temps, ce dessin de la girafe était l'objet d'un nombre considérables d'exégèses, chaque analyste a
it, je dirais, sa poésie particulière, excités par ce dessin. Et ce que vous pourrez, je pense, en retenir c'est vraiment l'intelligence de ce gosse, puisque si le père a dessiné cet animal au long cou, stipulant en quelque sorte que son trait caractéristique ce serait la longueur d'une partie du corps, mais identique pour les deux sexes, une girafe générique, en quelque sorte, abstraite. C'est le petit Hans qui réclame donc le dessin du sexe, et puis qui
en quelque sorte en dessiner deux. D'abord un trait, et puis ensuite le rallonger d'un autre trait, réalisant cette opération fabuleuse. vous verrez que mon association vous paraîtra évidemment excessive. Il y a une assertion biblique qui, elle aussi, est toujours l'occasion d'amusements herméneutiques, qui est : « Quand Dieu créa Adam, il le fit homme et femme ». Alors, est-ce que ça veut dire qu'il les a fait bisexués ? Est-ce que. alors qu'il suffit évidemment de prendre Adam pour le nom générique de l'homme, abstrait, pour savoir qu'effectivement. Alors vous me direz qu'Adam, c'est le nom d'un individu mâle. bien sûr. Mais en tous cas lui reconstruit là quelque chose de très simple, c'est que son père lui offrant une girafe générique, il demande qu'elle soit sexuée, et il lui colle, avec un petit sexe et puis un sexe plus long, il lui colle en quelque sorte deux sexes. Et puis vous voyez aussi sur le dessin ce que Freud n'analysera pas, qu'il y a un trait qu'il lui coupe les pattes, à cette girafe, alors vous auriez tous les commentaires des analystes de l'époque pour évoquer évidemment que la perception par Hans du phénomène de la castration, et puis vous aurez bien plus tard, parce que Lacan l'ignorait quand il a fait l'étude du cas dans La relation d'objet, c'est que le nom de famille, donc, du petit Hans, c'est Graf. Et donc qu'il soit venu spontanément au papa l'idée de dessiner une girafe, c'est le même mot en allemand, Girafe, évidemment témoigne qu'il s'agit bien chez lui d'une production de l'inconscient dont on voit de quelle manière il circule activement, dans cette famille. Le père poursuit :
« Je passe avec Hans près d'un che
l [encore !] qui est en train d'uriner. Hans dit : « Le che
l a son fait-pipi sous lui comme moi. »
Il assiste au bain de sa sour, âgée de trois mois, et dit, d'un ton de pitié : « Elle [en] a un tout petit, tout petit fait-pipi. »
On lui fait cadeau d'une poupée comme jouet ; il la déshabille, l'examine avec soin et dit : « Mais son fait-pipi est tout petit, tout petit ! »
[.] Tout investigateur [dit Freud] court le risque de tomber à l'occasion dans l'erreur. Ce lui est une consolation lorsque - tel Hans dans l'exemple qui
suivre - il n'est pas seul à errer, mais peut en appeler, pour son excuse, à l'usage de [la langue]. Hans voit notamment dans son livre d'images un singe et montre sa queue retroussée en l'air : « Regarde, papa, son fait-pipi ! » »
Je vous disais que Hans était un petit allumé. Il y a là le récit, enfin il est rapporté un évènement dont l'importance ou dont la qualité ne paraissent pas évidentes. C'est que :
« Dans l'antichambre il y a le lieu d'aisance et aussi un cabinet noir où l'on garde du bois. Depuis quelque temps, Hans
dans le cabinet au bois, [il] dit : « Je
is dans mon w.-c. » [Et, dit le père,] Je regardai un jour ce qu'il faisait dans la petite pièce noire. Il fait une exhibition et dit : « Je fais pipi. » Ceci signifie donc qu'il joue au w.-c. Le caractère ludique de la chose est illustré non seulement par [ceci] qu'il fait simplement semblant de faire pipi et ne le fait pas vraiment, mais encore par [cela, etc.] qu'il préfère le cabinet au bois et l'appelle son w.-c. » »
Il est évident que, pas plus Hans que le père, ou Freud ne peuvent savoir ce qu'il fabrique dans cette activité ludique, mais en tous cas nous pouvons y reconnaître le fait qu'il instaure une ségrégation entre l'activité urinaire de ses parents et de lui-même, comme s'il y a
it en quelque sorte le cabinet des grands et puis le sien. Comment entendre cette ségrégation ? C'est bien difficile à dire. Mais en tous cas aussi sans aucun doute un ludisme qui témoigne la perception que dans toute cette affaire, il y a du semblant. Il y a le réel auquel il est affronté, le réel de la différence des sexes, et puis il y a aussi cette dimension du semblant à laquelle à l'évidence il est sensible, et qui sans doute fait partie également de toutes les activités ludiques des enfants quand ils font semblants à tout ce que l'on veut, c'est-à-dire à jouer au docteur, à jouer à la marchande, à jouer à ce que vous voudrez ; mais qui n'a évidemment de l'intérêt qu'à venir témoigner de la mise en place dans la subjectivité de l'enfant de cette dimension du semblant, et combien finalement elle peut provoquer des investissements affectifs, je dirais, d'une qualité sans doute égale à ce qu'il en est de la réalité. La réalité qui est, elle-même, de l'ordre du semblant.
Et puis le père remarque ce qu'il appelle une disposition, chez Hans, à la polygamie. Autrement dit tous les enfants qui l'entourent, qu'ils soient garçons ou filles sont pour lui l'occasion d'investissements, de propositions érotique, ou en tous cas de situations pseudo-conjugales, de jeux de ce type, et sans aucun attachement évidemment spécifique, et donc il est passionné par cette activité qui témoigne donc, c'est le moins qu'on puisse dire, d'une parfaite identification chez lui de cette position sexuelle, mâle. Et lorsque son père
lui demander : « Laquelle des petites filles aimes-tu le mieux ? » puisqu'il y en a toute une série, toute une batterie, il
répondre : « Fritzl. », c'est un garçon. Alors donc on
évidemment immédiatement évoquer Freud, on
pas hésiter à évoquer ce qu'il en serait de touches homosexuelles de l'affaire alors que ça n'a évidemment aucunement ce sens, mais bien plutôt. enfin, c'est un carrefour où l'on peut retrouver tout ce que l'on peut imaginer, c'est-à-dire aussi bien le désaveu du sexe féminin comme étant susceptible d'avoir un attrait, que la défense, je dirais, de
nt le père de s'affirmer comme son ri
l eu égard au sexe féminin, voire (comment dirais-je ?) des propositions libertaires quant à l'usage du sexe et le droit finalement à un usage indifférent à la différences des sexes, enfin, je veux dire, nous sommes là à un carrefour où toutes les interprétations en tant qu'éventuellement causales, déterminantes pour Hans, sont possibles, et vraisemblablement existantes. Et donc sans que l'on puisse le moins du monde parler chez lui, à ce moment-là, de tendances homosexuelles. Et puis peut-être aussi le témoignage d'un attachement pour son père. Donc, gardons ça à l'esprit. Et puis, il y a une grande fille qui s'appelle Mariedl, et il réclame, lui l'homosexuel paraît-il, qu'il veut que Mariedl couche avec lui. Alors on lui dit, c'est pas possible. Alors il dit :
« Il faut [.] qu'elle couche avec maman ou papa. »
Hein, vous voyez que, après tout, la différence des sexes ce n'est pas. après tout c'est rapport de sexe à sexe ; si sexe masculin et sexe féminin sont équi
lents, on voit pas du tout pourquoi y aurait pas rapport de sexe à sexe, quelles que soit leurs différences. Alors on lui réplique qu'il n'est pas possible non plus que Mariedl couche avec papa ou avec maman, parce qu'elle doit aller dormir chez ses parents. Et alors a lieu le dialogue sui
nt :
« [.] - Alors, c'est moi qui [
is descendre] coucher avec Mariedl. »
Alors sa mère :
« [.] - Tu veux vraiment quitter ta maman et aller coucher en bas ? »
Hein, tu
s faire ça à ta maman, quand même ?
« Oh ! Je remonterai demain matin pour mon petit déjeuner et pour aller au cabinet.
[La maman] - Si tu veux vraiment quitter papa et maman, prends ton manteau et ta culotte, et. adieu ! »
Hans, qu'est-ce qu'il fait ? Il prend ses vêtements et gagne l'escalier afin d'aller coucher avec Mariedl. Voyez. Il est prêt à quitter papa et maman pour. voilà. Le petit homosexuel. il est quand même bien décidé. Bon. Et alors Freud note quand même :
« Notre petit Hans s'est comporté, en face du défi de sa mère, comme un vrai petit homme, malgré ses velléités d'homosexualité. »
Mais vous notez bien entendu, en cours de route, le mode d'intervention maternel, qui est à la fois tellement classique. alors vous vous dîtes, vraiment d'où sort ce classicisme ? Quel est l'auteur qui a écrit ces textes classiques ? Pourquoi la mère. ? Elle est vraiment formidable, hein : si tu fais ça, tu
s perdre ta maman, hein. Et lui, il dit, le gosse il a trois ans, quatre ans : oh, ben d'accord ; j'y
is.
« A une autre occasion, dont nous allons parler, Hans dit aussi à sa mère : « Tu sais, j'aimerais tant coucher avec la petite fille. » Cet épisode nous a fort amusés, [dit le père,] car Hans s'est ici vraiment comporté comme un adulte amoureux. Dans le restaurant où nous déjeunons vient depuis quelques jours une jolie petite fille de huit ans de qui bien entendu Hans s'éprend aussitôt. Il se retourne sans cesse sur sa chaise afin de lui lancer des oillades, quand il a fini de manger il
se mettre près d'elle afin de flirter avec elle, mais s'il se sent se faisant observé, il devient cramoisi. La petite fille répond-elle à ses oillades, il regarde aussitôt d'un air confus de l'autre côté, sa conduite fait naturellement la joie de tous les hôtes du restaurant. Chaque jour pendant qu'on l'y mène, il demande : « Crois-tu que la petite fille sera là aujourd'hui ? » Quand elle apparaît enfin il devient tout rouge ainsi qu'un adulte en pareil cas. Un jour il vient à moi tout radieux et me murmure à l'oreille : « Tu sais, papa, je sais maintenant où habite la petite fille. Je l'ai vu en tel et tel endroit monter l'escalier. » Tandis qu'il se comporte de façon agressive avec les petites filles habitant sa maison, dans cette occasion-ci, il est un amoureux platonique et transi. »
Alors voilà ce que dit Freud. c'est le père qui dit ça, c'est pas terrible :
« Cela tient peut-être à ce que les petites filles de la maison sont des villageoises, tandis que la petite fille [.] est une dame du monde. »
C'est [radical], hein. Ben voilà.
« Comme je ne veux pas laisser Hans dans la tension psychique où il a été jusqu'alors, de par son amour pour la petite fille, je leur fais faire connaissance et j'invite la petite fille à venir le voir au jardin [.]. Hans est tellement [ému] par l'attente de la petite fille que, pour la première fois, il ne peut dormir l'après-midi, mais se tourne et se retourne sans cesse dans son lit. Sa mère lui demande : « Pourquoi ne dors-tu pas ? Penses-tu à la petite fille ? » Il répond, tout heureux, que oui. En rentrant du restaurant à la maison, il a aussi raconté à tous les gens de la maison : « Tu sais, aujourd'hui ma petite fille [, ma petite fille,]
venir me voir. » Et Mariedl, qui a quatorze ans, [celle avec qui il voulait aller coucher,] raconte qu'il lui a sans [trêve] demandé : « Crois-tu [.] qu'elle sera gentille avec moi ? Crois-tu qu'elle me donnera un baiser quand je l'embrasserai ? » [.] Il pleut l'après-midi [et] la visite n'a pas lieu. »
Voilà, voilà, voilà.
« Hans a quatre ans et [demi]. Ce matin, sa mère lui donne son bain quotidien et, après son bain, elle le sèche et le poudre. Comme elle est en train de poudrer autour de son pénis, en prenant soin de ne pas le toucher, Hans demande : « Pourquoi n'y mets-tu pas le doigt ? » »
Que
répondre maman ? Qu'est-ce qu'elle répond, une maman, dans ces cas-là ?
Stéphane Renard : Ça ne se fait pas.
Charles Melman : Là vous cherchez dans le texte. Vous vous fiez pas comme ça à.
Stéphane Clément : C'est dégoûtant.
Charles Melman : Elle répond :
« [.] - Parce que c'est une cochonnerie.
[.] - Qu'est-ce [.]? Une cochonnerie ? Pourquoi ? »
L'insigne vraiment émérite, voilà que c'est une cochonnerie.
« [.] - Parce que c'est pas convenable.
Hans (riant) - Mais très amusant ! »
Vous voyez comment il s'en sort. Et donc l'affaire se poursuit avec, évidemment, des jeux de gages. Mais ce qui
être important, c'est que vous voyez on en est en quelque sorte dans la phase exhibitionniste, exhibitionnisme, il faut bien le dire, provoqué par l'attention familiale. Et donc le père
dire ceci :
« Hier, comme j'allais l'aider à faire [son] petit besoin [.] »
C'était papa qui le plus souvent allait le déboutonner, et Freud ajoute : « ce qui aide à la fixation d'une inclination homosexuelle sur le père », en tous cas la question est de savoir pourquoi c'est pas la mère qui le fait, bien sûr :
« Hier, comme j'allais l'aider à faire un petit besoin, il me demanda pour la première fois [.] »
Voilà le drame qui s'installe, tout était jusqu'ici quand même magnifique, le monde simple, tout en place, tout est en place et voilà que, pour la première fois, il demande à son père :
« [.] de le mener derrière la maison, afin que personne ne [puisse] le voir et il [ajoute] : « L'année passée, pendant que je faisais pipi, Berta et Olga me regardaient. » Cela veut dire [dit le père], je pense que l'année passée il lui était agréable d'être regardé, ce faisant, par les petites filles, mais qu'il n'en est plus ainsi. L'exhibitionnisme a [.] succombé [dit le père] au refoulement. Le fait que le désir d'être regardé par Berta et Olga pendant qu'il fait pipi [.] soit maintenant refoulé dans la vie réelle fournit l'explication de son apparition dans le rêve [.] »
Y a un rêve que je vous ai évité, qui n'est pas essentiel.
« [.] où ce désir a emprunté le joli déguisement du jeu des gages. J'ai observé depuis, à plusieurs reprises, qu'il ne veut plus être vu faisant pipi.
[.] Le père de Hans a noté encore une obser
tion datant de la période qui suivit immédiatement le retour de la famille à Vienne : « Hans ([il a maintenant] 4 ans et demi) [.] » »
Vous vous rendez compte, tout ça s'est passé en trois ans, entre trois ans et quatre ans et demi :
« [Hans] assiste de nouveau au bain de sa petite sour et commence à rire. On lui demande : « Pourquoi ris-tu ? »
[.] - Je ris du fait-pipi d'Anna.
« Pourquoi ? » - « Parce que son fait-pipi est si beau. » »
Le père ajoute :
« La réponse n'est naturellement pas sincère. Le fait-pipi lui semblait en réalité comique. C'est, de plus, la première fois qu'il reconnaît aussi expressément la différence entre les organes génitaux masculins ou féminins, au lieu de la nier. »
Ecrit le père.
Alors, il y a à cet endroit un point qui
donner évidemment la. être à la source de l'installation de la phobie ; puisqu'on en est, là, à la fin de l'introduction, et que le chapitre sui
nt, que nous verrons dans quinze jours,
raconter l'installation de la phobie. En effet, il est facile comme le fait le père de penser que - et comme Freud l'a
it prédit - la sexualité se trouve maintenant frappée de refoulement. Ce qui, comment dirais-je ? aurait fait partie du processus de castration, symbolique, autrement dit le fait de renoncer à l'exhibition de son sexe, pour pouvoir s'en autoriser. Et donc y voir comme le père, là, a tendance à le faire, et comme Freud le reprend lui-même, le passage à l'étape sui
nte, que raconte Freud dans sa Métapsychologie, c'est-à-dire de quelle façon la sexualité infantile
être frappée de refoulement, et voilà que le père l'observe sur son propre enfant. Sauf que, et la notation qui est faite, qu'il fait néanmoins, parce qu'il y a quand même une grande sincérité, une grande fidélité dans le rapport des faits, des évènements. ce fait qu'il regarde Anna dans son bain, qu'il rit, qu'il dit qu'il rit parce que son sexe est si beau, et le père le prend comme une dénégation, alors que c'est vraisemblablement l'entrée dans sa phobie, c'est-à-dire le fait que, de
nt la pré
lence familiale du sexe féminin, lui-même
se sentir dépossédé de toute appartenance sexuelle, et de toute référence sexuelle, que son sexe est devenu inadéquat, celui dont il était si fier, est devenu inadéquat pour lui permettre de s'autoriser dans le monde. Ce qui est, et vous le verrez avec la suite de cette remarquable affaire, ça
ut vraiment Conan Doyle et tous les policiers, c'est qu'effectivement, à la maison, le phallique, le phallicisme est supporté par les femmes, et y compris maintenant par la petite sour. De telle sorte que pendant que le père est là, avec son carnet de notes à observer les choses, il ne voit pas que le petit Hans maintenant est dans un état de déshérence. Et ceci donc a l'a
ntage d'introduire (la prochaine fois, on
frapper les trois coups) à l'acte sui
nt, et donc il est merveilleux et normal qu'il se déroule comme d'habitude dans l'aveuglement éclairé des personnages. Alors donc je vous réserve, je réserve à votre attention la suite qui, vous le verrez, d'abord expose, propose des surprises. Pour votre amusement, je peux vous dire que Lacan est allé sur des cartes de la ville de Vienne, rechercher les parcours qu'effectuait le petit Hans avec sa bonne et où il était frappé de sa phobie des che
ux. Il est allé écrire la topologie, ses parcours, je crois que ça lui a rien donné d'ailleurs, mais enfin il l'a tenté.
Une petite remarque encore, pour ajouter au dynamisme, à la dynamique interne de cette affaire. La mère et le père étaient donc en analyse chez Freud. Et à l'évidence, Freud a
it investi le papa, le papa Graf, et semblait ne pas tenir en grande estime la maman. Je pense qu'il de
it la prendre pour une sotte ou. Et il est vraisemblable que la maman s'est vengée, dans sa maison, et en particulier auprès de ses enfants, et également dans ce qui a été sa vie ultérieure puisque. après, ensuite, tout ça terminé, et y compris son propre séjour chez Freud, elle s'est répandue en propos peu amènes sur Freud et également sur l'utilité, ou plutôt l'inutilité de la cure. Et tout laisse à penser que ce qui est resté là en chantier et inanalysé, c'était la manifestation de la fixation de Freud sur papa Graf, sur le père, qui de
it être un homme intelligent, et qui en outre lui fournissait cette obser
tion directe, ce qui pour Freud était évidemment très précieux, très important, et que la maman a ainsi, dans le foyer, retourné la situation, et dans ce qui est resté son insatisfaction de la relation à Freud et à la psychanalyse. Mais on aura l'occasion. ce sont à la fois des à-côtés mais en même temps, vraisemblablement, des éléments déterminants de ce qui a été l'alternative pour le petit Hans, c'est-à-dire la question de savoir. il pensait que la transmission se faisait du côté paternel, tout bêtement, et puis voilà qu'il s'est aperçu que c'était sa petite sour, Anna, qui bénéficiait du privilège d'une transmission qui faisait d'elle la créature phallique par excellence, et préférée par la mère. Le petit Hans n'ayant lui-même manifestement rien à lui offrir qu'une cochonnerie. C'est donc à la fois une situation dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle est banale, et qu'elle n'a ici que le mérite, comment dirais-je ? De venir écrire la première tragédie. Ça se passe comme dans une tragédie, et y compris, vous le savez sans doute déjà, l'intervention dernière, qui est vraiment celle d'un deus ex-machina, intervention. une phrase, qui
tomber, c'est génial ! et qui
faire quoi ? Alors ce sera justement ce que, avec Lacan, nous réinterrogerons. Elle
faire quoi, cette phrase ?
Alors pour ceux qui aiment les anecdotes, mais ce ne sont pas seulement des anecdotes, il y a un bonhomme qui est l'un des. des fabricants du Livre noir de la psychanalyse, qui s'est donné la peine d'aller rechercher - C'est un tra
il ! Faut vraiment avoir une haine bien vissée au corps - toutes les vies des patients de Freud. Ça s'appelle d'ailleurs Les patients de Freud, c'est édité par je ne sais pas qui. Alors, ça fait un petit peu exploration des poubelles, un peu ce caractère, néanmoins il est certain que sur ce qu'il en est de la mère du petit Hans, dont on ne sa
it pas grand' chose, le nom de famille que l'on ne sa
it pas - Lacan ignorait qu'il s'appelait Graf ; puisqu'on verra plus tard, vous le savez, vous vous en souvenez, une girafe chiffonnée -, et puis également ce qu'il en était du père, et puis aussi bien sûr le destin ultérieur du petit Hans. Donc je ne vous recommande pas le livre mais. il a le mérite de nous rappeler que la psychanalyse s'est forcément construite dans un milieu microbien tout à fait privilégié, c'est forcé. Tous ces gens vi
ient au milieu de tous les microbes, et je dirais qu'ils ont plutôt été dignes dans une situation aussi polluée, et où eux-mêmes évidemment. comme lorsque Freud évoque le fait que si l'analyste c'est en même temps un père, ou si y a les deux, c'est-à-dire qu'il évoque évidemment ce qui aurait été pour lui le fait d'avoir eu un père qui aurait été un peu plus éclairé et averti sur ce qu'il en est de la sexualité des enfants, on parle toujours de soi, forcément. Et qu'est-ce que ce serait un père qui, vis-à-vis de ses enfants, serait éclairé ? Comment il se comporterait ? Une mère aussi, d'ailleurs. Evidemment, peut-être qu'elle éviterait de parler de cochonnerie, du genre « ah ben bon, prends ton manteau et ta culotte, et puis
-t'en », quelque chose comme ça. Mais si elle le faisait, si elle évitait ça, ça manquerait de sel. Il faut du sel, quand même.
Voilà, donc c'est une. ce qui est mis là aujourd'hui à l'examen pour nous c'est une remarquable. comment dirais-je ? Vous avez sans cesse l'impression d'être au plus près de la vie, de la façon dont la vie est faite, avec tous ses balbutiements, toutes ses erreurs, et en même temps une espèce d'inflexibilité, l'impression d'un destin, et ce sera celui de Hans évidemment.