Il n'est pas inutile de relire.
Dans son séminaire de 1989/1990, " Refoulement et déterminisme
des névroses ", Charles MELMAN ne ménage pas l'histoire
: historiser le Réel, c'est un moyen de s'en défendre (notamment
à propos de l'Oedipe, ou encore du mythe individuel du névrosé).
Bien. Alors, que fait-on de l'histoire ? Il nous semble, tout en tenant compte
bien évidemment de la remarque de MELMAN, qu'il y a ce moyen, l'histoire,
pour lire... pour l'utiliser, l'outiliser dans l'actuel... sans doute est-ce
se défendre du Réel. Mais on pourrait lire l'histoire avec la
parti-pris des béances qu'elle comporte, non pas dans ses contenus
mais dans son actualisation possible. Se répète-t-elle, telle
quelle ? Peu importe, ici.
Quoiqu'il en soit, c'est le signifiant " La psychanalyse aujourd'hui
", signifiant donné par Jean-Jacques Lepitre dans sa demande,
qui m'a guidé vers " La psychanalyse d'aujourd'hui ", dont
je gardais l'idée d'une parution qui n'était pas pour rien dans
le conflit premier, en France, des Ecoles de psychanalyse. En effet ce petit
ouvrage, dont la première édition date de 1956, théorise
des positions analytiques qui furent quelque années auparavant les
enjeux de ruptures, de scissions. Il est intéressant même actuellement,
peut-être surtout actuellement, de relire certains des textes, leurs
titres, les espoirs et les promesses, d'apprécier les évolutions,
et ceci d'une manière moins " affolée ", moins d'emblée
destructrice et dans une réfutation mal argumentée si ce n'est
" L'Appartenance ". LACAN lui-même ne basait pas ses rejets
sur un simple argument d'autorité mais selon le fait que, lisant les
textes, et justement, lisant les textes de ceux qu'il allait contester, il
pouvait faire Autorité, selon des arguments propres à son élaboration
et bien nourris !
" La psychanalyse d'aujourd'hui " est un ouvrage publié sous
la direction de Sacha NACHT, aux P.U.F., dans la collection " L'Actualité
psychanalytique ", " Bibliothèque de l'Institut de psychanalyse
". Le première édition, datée de 1956, est préfacée
par Ernest JONES, alors Président d'honneur de l'Association psychanalytique
internationale (I.P.A.). " Depuis que j'ai participé à
la fondation de la Société psychanalytique en 1927, j'ai toujours
suivi avec intérêt les fortunes diverses de la psychanalyse en
France... " ; puis : " Le premier français qui s'y soit intéressé
(à la psychanalyse) était Romain Rolland, dès 1905,...
"... " ..Il est inutile de nous étendre ici sur les vicissitudes
qui ont pu entraver le développement de la psychanalyse en France,
mais il est rassurant de constater qu'enfin, sous la direction du Dr. Nacht,
l'organisation du travail psychanalytique y a maintenant atteint un haut degré
de stabilité ".
La seconde édition est datée de 1967/1968. Cette fois c'est
le " Dr. Nacht " lui-même qui préfacera la parution.
1953. Scission. La S.P.P. éclate. 1964. L ' " excommunication
". La S.F.P. éclate.
La présentation de Sacha NACHT est intéressante ; nous en donnons
des bribes.
" Dans le domaine médical, la psychiatrie a été
profondément influencée par les acquisitions tant cliniques
que théoriques de la Psychanalyse. Cette transformation est particulièrement
importante dans l'une de ses branches, la psychiatrie infantile. " "
La médecine " du corps " n'a pas échappé à
l'apport psychanalytique. Le courant de la " médecine psychosomatique
" en témoigne... " " Mais la méthode psychanalytique
a été également étendue à l'étude
de l'homme soit en tant qu'individu soit en tant que membre d'un groupe ethnique
ou social. " " Les activités de l'homme n'ont pas échappé
à un examen procédant des connaissances psychanalytiques : les
domaines de la littérature et de l'art offrent un champ inépuisable...
" Et : " En l'état actuel de sa progression le mouvement
psychanalytique en France - mises à part quelques rares incursions
dans les domaines linguistique et de la littérature - est resté
limité aux recherches cliniques et techniques ".
Les chapitres sont les suivants :
Indications, contre indications de la psychanalyse chez l'adulte ; Clinique
: la relation d'objet ; La thérapeutique psychanalytique ; La psychanalyse
des enfants ; Psychanalyse et médecine ; Psychanalyse et neurobiologie
; Psychothérapie psychanalytique des psychoses ; Psychanalyse et sociologie.
Les auteurs sont Nacht, Lebovici, Bouvet,Diatkine, Held, Ajuriaguerra, Racamier,
entre autres.
A l'époque, S. Nacht a publié " La présence du psychanalyste
".
Il est remarquable à la lecture des textes que cette psychanalyse là
a pris un chemin, ennuyeux, établi sur une psychologie du moi. Exemple
caricatural : dans le chapitre III de " Psychanalyse et neurobiologie
" (de Ajuriaguerra, Diatkine, Badaracco), cette phrase, citant tout de
même Lacan : " C'est dans la même période qu'il (l'infans)
commence à se reconnaître dans le miroir (Preyer). Wallon a insisté
sur l'importance de ce phénomène auquel Lacan attribue un rôle
fondamental dans la formation du moi. " Sans ambiguïté la
conférence de Lacan, à Rome en 1936, reprise au XVI e Congrès
international de psychanalyse à Zürich, le 17 juillet 1949, porte
le titre " Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je telle
qu'elle nous est révélée dans l'expérience psychanalytique
".
Quant à " la présence de l'analyste ", en mars 1964,
Lacan la pose comme " manifestation de l'inconscient ", le concept
de l'inconscient ne pouvant lui-même pas être séparé
de la présence de l'analyste. " Présence de l'analyste
- c'est un fort beau terme, qu'on aurait tort de réduire à cette
sorte de prêcherie larmoyante, à cette boursouflure séreuse,
à cette caresse un peu gluante, qui l'incarne dans un livre qui a paru
sous ce titre. " ! !
La psychanalyse aujourd'hui.
Dans cette même année - 1964 - Lacan définit le champ
freudien comme un champ qui, de sa nature, se perd. En effet, champ de l'inconscient,
ce concept fondamental, à savoir " ce qui trace un sillon dans
la science ", est appréhendé dans ce séminaire comme
une nasse, dans sa pulsation d'ouverture et de fermeture. Le signifiant n'en
n'est qu'instauré sur le bord. " Pas de belle derrière
les volets " dit Lacan. Le recueil s'effectue à l'extérieur,
adresse.
" ... Un champ qui, de sa nature, se perd. C'est ici que la présence
du psychanalyste est irréductible, comme témoin de cette perte."
" ... c'est une perte sèche, qui ne se solde par aucun gain, si
ce n'est sa reprise dans la fonction de la pulsation. "
Oui, Jean-Jacques Lepitre, au Responsable de l'Ecole psychanalytique du Centre-Ouest
(EPCO), je réponds bien volontiers : la psychanalyse,...aujourd'hui
!